X INTRODUCTION
villages, des églises si bien enveloppées de flammes que le feu y tenait encore le 3 août. A voir tant de ruines, il n'y avait « cœur d'homme qui ne gémysse » ; ce spectacle causait « grand pitié et crève cœur ».
A la faveur de pareils bouleversements, des bandes de pillards, très épris de la façon dont s'établissait la réforme, sortirent du Mas-d'Azil et de divers autres repaires. Ces troupes, qui allaient chaque jour grossissant, avaient trois chefs principaux : Vindrac, que nous avons déjà rencontré près de Rieux et à Loubault, Bousquet et Lavailh, natif de Gaillac- Toulza. Ces capitaines improvisés et leurs milices menaient, depuis plusieurs années, grasse et joyeuse vie aux dépens du « commun populaire », des cures, des menses abbatiales et des deniers royaux. A dater de 1566, ils empêchèrent les économes, que les titulaires ecclésiastiques et le pouvoir royal avaient chargés de la gestion des bénéfices, de percevoir le moindre denier. Nos huguenots, emportant les gerbes du sol de la dîme, disaient agréablement aux paysans « qu'ils estoient evesques, chanoines et (( recteurs... ». Ce clergé, d'une espèce inconnue jusque-là, ravagea Saint-Etienne-d'Arbouville, près de Sainte-Gabelle, ainsi que les environs de Saverdun, Canté, Esplas, Castets, Marliac, Justiniac, Orssas, etc., et acheva ainsi, en divers endroits de l'évêché de Rieux, l'œuvre de destruction que Mongonméry avait si gaillardement menée.
Je n'avais eu d'abord d'autre intention que celle de publier le texte dont l'analyse précédente fait
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entrevoir le haut intérêt. Or, voici qu'un autre lot de documents a sollicité après coup ma curiosité et piquera aussi, je l'espère, celle du lecteur. Sauf quelques-uns qui leur sont antérieurs, les textes dont il s'agit maintenant appartiennent aux xvif et xviif siècles, et nous mettent en face d'un état de choses que l'on ne rencontre pas en étudiant les guerres de religion en Comminges. Les huguenots, en effet, ont seulement traversé, quoique à maintes reprises, cette région ; dans l'évêché de Rieux, au contraire, ils ont établi résidence fixe et permanente : de là découle la situation anormale dans laquelle, de Louis XIV à Louis XYI, se trouvèrent placées les communautés rivoises où, malgré édits et répressions violentes, ne cessa de dominer l'élément huguenot.
Lorsque les catholiques ri vois purent, avec quelque assurance de sécurité, relever leurs habitations et se rétablir dans leur propre pays, ils se groupèrent de nouveau, mais diminués quant au nombre et appauvris. Ils trouvaient une partie de leurs églises brûlées. Parmi celles que le feu avait épargnées, plusieurs étaient usurpées et converties en temples huguenots. Les hérétiques exerçaient, à peu près exclusivement en divers lieux, les charges municipales et les fonctions notariales : ils choisissaient les régents des écoles et administraient à leur gré les rentes affectées aux pauvres. Voilà bien du terrain à regagner et de multiples causes de tiraillement ! Que l'on ajoute à cela l'opposition des doctrines, les rivalités d'influence, le prosélytisme exercé en sens contraire dans les deux camps; de la part des hugue-