‹ Les Huguenots dans le diocèse de Rieux;Chapitre 27 sur 49 · Autre supplément au mémoire · texte numérisé non relu

Autre supplément au mémoire

Ces « articles », écrits sur des feuillets distincts du Mémoire^ sont également l'œuvre de l'évêque de Rieux.

Articles adioutés au Mémoire.

Dans les Cévennes, le diocèse d'Uzès, le Vivarais et une bonne partie du diocèse de Castres il y a quantité de paroisses où il n'y a que des nouveaux convertis, pas un seul catholique ^. A l'offertoire le curé se trouvera-t-il seul avec son valet, dans l'église, et quelques enfans qui ne penseront qu'à suivre leurs pères et à se tourmenter de ce qu'ils les auront quittés ? Qui pensera, dans ces églises de la campagne, à retenir tous les enfans

^ « Du S'Hode de Paris, de 1559., rapporté aux Observations sur l'article 4 du « chapitre xni des mariages, et encore au texte de l'article 20, et aux Observa- (c lions suivantes où il jmraît que plusieurs provinces vouloient attendre que les (( prosélytes eussent fait la cène avant de bénir leur mariage. » • — ■ Note de M. de Bertier.

' C'est-à-dire : j^as un seul ancien catholique. — Cette assertion de l'évêque de Rieux suppose que dans ces quartiers, comme dans son diocèse, aux Bordes, au Mas-d'Azil, notamment, des paroisses entières avaient adhéré au protestantisme.

à l'église, s'il n'y a que le curé et son valet d'anciens catholiques dans sa paroisse ?

Quand ces enfans auront quatorze ans, qu'ils n'iront plus à récole, quelle conduite gardera-t-on à leur égard? Ils ne manqueront pas de dire, instruits par leurs pères et mères, qu'ils ne croyent point à la messe. Si l'on est arresté par la raison des profanations, il faudra se relâcher pour eux comme l'on a fait pour leurs parens : de quelle utilité aura-t-il esté de les avoir retenus à l'église pendant plusieurs années ? Peut-on croire que le sermon ou le prône du curé ait plus de force sur l'esprit de ces enfans que l'autorité de leurs pères ?

Si l'on craint les désertions, dans le royaume, elle arriveront autant par ce moyen que par tout autre, paroissant insupportable aux parens qu'on donne par force une auire religion que la leur à leurs enfans. Dans la plus grande quantité des paroisses les curez sont incapables de faire un sermon : à quoi se réduira donc le culte de cette espèce de gens qui feront profession ouverte de n'estre pas catholiques et d'insulter à nos mystères, en les abandonnant les dimanches et les festes avec mépris et scandale?... Les Papes ont ordonné à Rome que les juifs assisteroient aux instructions, aucun ne s'y est jamais converty. Il est du bien de l'Estat et de la religion de désunir le consistoire, d'en abattre les chefs; rien ne les unira davantage que cette manière. On les verra se rassembler, marcher fièrement à l'église tous ensemble, les chefs à leur teste, sans autre dessein que d'aller faire une espèce de protestation contre la vérité de nos mystères, qu'ils renouvelleront toutes les semaines. Ce relâchement sera pris, par les nouveaux convertis, pour un premier pas qui les ramène à leur ancienne religion. C'est une nation qui tire avantage de tout. Ils croiront que leur résistance leur a procuré cet adoucissement et qu'en s'opposant avec oppiniastreté à l'exécution de cette décision, ils obtiendront bientost tout le reste. Cela paroit par ce qu'ils viennent de faire à Orange où ils ont esté en foule, sur le seul advis qu'ils ont eu que l'on délibéroit sur ce qui les regardoit, concluant de là que tout leur étoit permis.

Il y aura plus de peine à les obliger de mener eux-mêmes leurs enfans à l'église pour y demeurer, qu'il n'y [en] auroit eu de les y

faire aller et demeurer eux-mêmes. S'il est vray, comme on le suppose, que la plupart de ces gens-là croyent que c'est idolâtrer d'aller à la messe, peut-on se persuader que les parens puissent tranquillement y mener leurs eufans, et si l'on ne veut pas les y contraindre parce que l'on dit qu'ils asseurent que la messe est une abomination, comment veut-on qu'ils n'ayent pas une répugnance invincible à donner notre religion à leurs enfans, que l'on veut qu'ils ayent en horreur pour eux-mêmes? Le cœur d'un père peut-il s'accommoder d'un pareil tempérament?

(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)

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