Éclaircissements envoyés par l'évêque de Rieux
Comme le Mémoire en réponse à M'' l'archevêque à Paris est un tissu des principes dépendants de l'histoire ecclésiastique et profane, il faudrait entrer dans une grosse discution pour les fournir de toutes les preuves qu'on en sçait. On répond néanmoins aux demandes que l'on a fait précisément dans l'écrit de deux pages : Sentiments des protestans sur la matière en question.
1° Ceux qui ont leu les ouvrages théologiques des protestans sçavent qu'ils ont tenu et tiennent des sentimens contraires sur la tolérance des religions diiférentes de celle du prince, suivant le pays et les besoins de leurs affaires, et quelque opposés qu'ils soient dans leurs dogmes, ils conviennent tous de bauir la religion catholique. Ceux de leurs autheurs qui ont écrit contre les anabaptistes et les sociniens veulent qu'on châtie et oblige par des peines et même par le glaive les hérétiques, et ils suivent en cela Calvin, lequel, ayant fait bruller Servet à Genève, justifia sa conduite par un écrit où il prouve que l'on doit punir de mort les hérétiques ^ ; mais comme cette doctrine prise cruement n'accommodoit pas ces sectaires répandus dans les Etats des princes catholiques, ils se sont rangés pour la plus part à distinguer les
' Voy. : Defensio ortliodoxae fidei de sacra Trhiilate, contra prodigiosos errores Michaelis Serveti : uhi ostenditur haereticas iure gladu coercendos esse et nominatim de homine hoc tain impio juste et mérita sumptum Genevae fuisse supplicium.
hérétiques qu'ils appellent blasfémateurs, d'avec ceux qui dififèrent de l'église sur quelque poiut de religion de moindre conséquence, bien que ce soit toujours sur des points contenus dans leur profession de foy. Le gros party des protestans qui sont en Allemaigne et en Hollande tiennent présentement que les particuliers doivent se ranger et professer la religion dominante du pays où ils se trouvent, pourvu qu'on ne les oblige pas à jirofesser rien de contraire au sistôme que Jésus Christ est fils de Dieu, auquel ils réduisent tout le christianisme. Les Sociniens, encore plus accomodans, sont tousjours prêts à prendre des ajustemens de paix avec toutes les sectes et disent que puisque Dieu tolère dans le monde le culte des sectes diiïérentes, ce n'est pas aux hommes à les abolir et que c'est blesser la charité qui veut qu'on souffre le foible dans la foy et non pas qu'on le persécute, et que personne ne doit être traitté d'incorrigible dans cette vie.
2° L'on a desja fait sçavoir que la pièce de Blondel, dont il est parlé dans ma lettre, est insérée dans un livre qui a pour titre : Actes authentiques des églises rejformées de France, Germanie^ Grande-Bretaigne, Pologne, Hongrie, Pays-Bas, imprimé à Amsterdam, chez Jean Blacu.
3° Lorsqu'on parle de plus de septante Constitutions des premiers empereurs chrétiens, depuis le grand Constantin, dans l'intervalle de cent neuf ans, sous neuf empereurs orthodoxes, etc., c'est une observation de l'autheur du Mémoire, car bien que dans le Code Théodosien il y ait soixante-six lois contre les hérétiques, sept contre les apostats et treize contre les hérétiques, et six contre les apostats au Code Justinien, néanmoins lorsque les connoisseurs examinent ces lois ils trouvent qu'il y eu a plusieurs répétées dans les deux Codes, ou bien qui n'estoient qu'à temps, de sorte que ces Constitutions depuis l'an 326 de Notre-Seigneur jusques en l'an 435 étant bien examinées, elles roulent à peu près sur le nombre marqué dans le Mémoire. Au reste l'on a désigné qu'elles sont l'ouvrage de neuf empereurs ortodoxes parce que, bien qu'il y ait eu plus de neuf empereurs pendant les cent neuf ans, les autres ont été hérétiques et Julien l'Apostat pire que tous.
4" Ce qu'on rapporte des roys goths contre les Ariens, et de Charlemagne contre les Saxons, et de saint Louis contre les
Albigeois, est souteDu des preuves en si grand nombre et si étendues qu'on ne sçauroit rapporter ce qu'on a tout prêt, dans son portefeuille, sans composer un gros traité. Et à l'égard de l'endroit où l'on a coulé que si l'o7i examine le droit canonique depuis sept cents ans Fou trouvera quon est allé bien plus avant ^ etc., c'est que le Mémoire devant paroître devant le Maître \ on n'a pas jugé à propos de parler en détail des conciles qui ont déclaré les princes justement dépouillés de leurs Etats pour avoir négligé de bauir et de punir les hérétiques de leurs terres : tout le monde sçait pourtant ce qu'il en coûta au comte de Toulouse et aux gros seigneurs de son partg.
(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)