FÉVRIER
Plaintes de l'archiprêtre du Carla au sujet des mariages DES « Nouveaux convertis ».
Ecrivant à M. de Riboutié, vicaire général de l'évêqne de Rieux, M. Surville, archiprêtre du Caria, l'entretient d'abord du mauvais état de son église paroissiale et de l'abjuration prochaine d'un soldat. Dans la seconde partie de sa missive, il s'élève contre les « suittes « scandaleuses de ces mariages précipités » que contractaient les nouveaux convertis. L'archiprêtre propose un remède à ce mal.
7 Au Caria, 17 février 1700.
Monsieur. — Le mauvais tems et un malade que j'ay, et que ie ne puis pas abandonner, ne me permettent pas d'aller voir Monseigneur pour sçavoir de luy ce que je dois faire pour faire réparer le désordre de l'église. Il y fait un si grand froid et les ventz y donnent si fort, que ie ne sçaurois y faire aucune instruction et à peine y puis-ie dire la sainte messe, et cella sert même de prétexte à ceux qui ne sont pas fort échauffés dans la religion de s'en exempter. Les M*'^ de la communauté disent bien qu'ils veulent faire ce que M^' trouvera à propos ; mais cependant ils ne veulent pas faire aucune démarche qu'ils ne sçachent son sentiment afin de prendre leur conseil là-dessus. Ils croyent que n'ayant pas
1 Louis XIV.
receu cette église, non plus que les fruictz prenantz, ilz ne sont pas en obligation de la remettre en état, et dans toutes les apparences, si la chose dépend d'eux, cette réparation ne se faira pas de long tems s'ils n'y sont constraintz.
Monseigneur ne voulant pas me donner la liberté de luy parler, il m'ordonna de m'en revenir sur mes pas pour trouver encore icy M"" de Laboul])ène qui étoit venu vériffier ce désordre; il n'aura pas manqué sans doulte de rapporter les sentimens de nos tq^^ et comme je vois que je n'ay pas aucun ordre et que la chose presse, j'ay pris la liberté de vous prier de parler à Monseigneur, comme aussi de sçavoir si je dois et s'il veut que je fasse faire abjuration à un soldat que j'ai malade et qui est venu depuis peu de tems du service. Il n'a pas passé dans le pays étranger, il a toujours servi le Roy depuis jîIus de vingt et cinq ans, il a fait son abjuration entre les mains de Monseigneur l'évêque d'Arras, de laquelle il n'a pas porté certifficat. Il a toujours, dit-il, fait son devoir et souvent même la sainte communion. Il est instruit en soldat : je tasche de l'instruire et de le préparer à recevoir les sacremantz, à quoy je n'ay eu nulle peine de le résoudre. J'atteudray cependant les ordres que vous aurés la bonté de me donner.
Les suittes scandaleuses de ces mariages précipités, à l'égard de ces nouveaux réunis, m'obligent de vous prier de proposer à Monseigneur s'il ne trouveroit pas bon de faire deffendre aux notaires de retenir des pactes entre ces gens-là, s'ils ne portent de certifficats, de leurs curés, de leur catholicité. Cella empôcheroit mille crimes, mille parjures et une infinité d'hypocrisies, car pas un de ceux qu'on a mariés ci-devant ne fait son devoir, au contraire les uns pervertissent les autres. J'en ay un exemple dans la paroisse, d'un homme qui faisoit du tems de mon prédécesseur fort bien le devoir de catholique et le faisoit faire à sa famille; mais s'étant remarié, sa femme l'a perverty et on ne le voit que rarement à l'église. J'ay encore un jeune homme des Bordes qui s'est reffugié depuis le jour de ses fiançailles, c'està-dire depuis sept ou huit mois, chés sa fiancée, fille à un certain Lourdi Siroupet. Je n'ay pas peu obliger le père de les séparer et on croit bien dans la parroisse qu'ils sont dans le concubinage. C'est le fruict de ces contractz et nous avons tous les jours ces
gens aux trousses nous sollicitantz de les marier, tout huguenotz qu'ilz sont, se contentantz de faire quelque grimace. Par cette defFence ou couperoit chemin à tout cella et on arresteroit toutes ces importunités. Monsieur le curé de Carbonne, dans le livre de ses Bétiédictions, remarque que c'estoit en quelque manière l'usage, du tems de TertuUieu, lorsqu'il dit que personne n'estoit receu au mariage qu'après que les prélats avoient éprouvé et connu la foy de ceux quy vouloient s'engager dans cest estât, et signé leur con tract; et c'est dans ce sens qu'il dit qu'il faut entendre ces paroles de ce sçavant auteur : Fœlix matrimonium quod conciliât Ecclesia. Il me semble que ça pourroit produire quelque bien dans son tems, car de les marier avec la même facilité qu'on a fait par le passé, c'est leur donner lieu de croire que leur religion est bonne et qu'ils peuvent, sans intéresser leur conscience, faire un mélange de l'une avec l'autre. Aussi la plus grande partie suivent l'hérésie de Marc-Anthoine a Dominis, et est error pejor priore.
D'abort que le tems se mettra au beau et que je seraj^ libre, j'auray l'honneur d'aller faire la révérence à Monseigneur, car je feus affligé de ne pouvoir luy rien dire, et de vous assurer de vive voix que je suis avec beaucoup de respect, Monsieur, vostre très humble et très obéissant serviteur :
SuEviLLE, archiprêtre du Caria.
Monsieur de Riboutié, vicaire général de Monseigneur l'évêque de Rieux, à Rieux.
(Arch. de la Haute-Garonne : Evêehé de Rieux.)
1700. — 11 Mars.
Lettre du curé du Mas-d'Azil a l'évêque de Rieux.
M. Rousselet, curé du Mas, communique à l'évêque un état des revenus que le Roi peut tirer des biens des religionnaires fugitifs de sa paroisse, et se plaint d'une insulte que lui a faite M. de Goty.
Monseigneur. — Suivant l'ordre que Vostre Grandeur me donna, la dernière fois que j'eus l'honneur de la voir, je luy envoyé un estât des revenus que le Roy tirera des biens des
religion naires fugitifs de ma paroisse, qui vont à plus de 1.500 livres. Il est vray qu'il peut y avoir quelque chose de plus ou de moins' parce que je n'ay pas veu les con tracts d'aiïerme qui ont esté passés par Gardebosc, notaire de Pamiès qui assistoit M. Carme, mais c'est très ])eu de chose, et Vostre Grandeur peut avec assurance faire fonds sur quatorze ou quinze cens livres, sans compter qu'il y a des biens qui n'ont point esté saisis et dont nos consuls ont envoyé depuis })eu un estât à M. l'intendant par son ordre. Au reste la nécessité de bastir présentement une nouvelle ég-lise paroist indispensable, car les deux derniers dimanches il y a eu une si grande foule de peuple dans mon église que pleusieurs furent obligés de s'en retourner pour ne pouvoir pas y entrer : il est vray qu'il y eut très peu des principaux bourgeois; mais ils viennent les jours ouvriers au sermon du soir, et mardi dernier l'église n'estoit pleine que des messieurs et des demoiselles de la ville \
Il est important que j'informe Vostre Grandeur d'une insulte qui me fut faite dimanche dernier, au conseil de ville, par le s'' Labassane de Goty et Saurimont, premier consul, car quoy que je sois authorisé d'assister aud. conseil, par arrest du conseil d'en haut, néanmoins ayant voulu m'opposer à quelques entreprises que ces Messieurs vouloient faire au préjudice de la communauté, ils eurent la hardiesse de me soustenir en face que je n'avois pas voix délibérative, mais seulement droit d'assister au conseil sans pouvoir dire mon advis. Voilà la récompense que je reçois des bons offices que Vostre Grandeur sçait bien que i'ay tousiours rendus aud, s^' de Labassane, n'ayant mesme esté reçeu à nostre conseil de ville qu'à ma seule sollicitation et malgré l'opposition qu'y faisoient tous les autres, prévoyant bien ce qu'il y avoit à craindre de cet esprit dangereux. Comme Vostre Grandeur m'a tousiours fait connoistre combien ce point estoit essentiel pour moy et pour le bien de la religion, j'espère qu'elle aura la bonté de me fournir des armes pour repousser cette insulte et qu'Elle voudra bien me faire la grâce de m'envoyer l'arrest du conseil ou du moins une coppie eu bonne forme et de m'ordonner ce qu'Elle
' M. RouKselet fait allusion aux réunions du carême, préparatoires ù la communion pascale.
trouve à propos que je fasse daus cette rencontre importante qui tient icy tous les esprits en suspens.
Peut être que Vostre Grandeur sera bien aise de sçavoir que quelques religieux ou commencé d'entrer dans la maison de Barricave où ils vivent chacun eu leur particulier \ Le prieur n'est point sorti de la sienne et n'en fait aucun semblant et l'on ne parle plus à M"" Beillard de donner sa maison.
Je prends encore la liberté de supplier Vostre Grandeur d'avoir la bonté de se souvenir de ce qu'Elle me promit, la dernière fois que j'eus l'honneur de la voir, de me procurer quelque secours pour le luminaire de mon église, des revenus que le Roy tirera sur les biens des fugitifs de ma paroisse ; sur quoy je dois encore l'advertir qu'on a desia commencé à payer parce que le Roy jouit de la récolte de l'année passée.
Je suis avec un profond respect, etc.
RoussELET, curé du Mas.
Au Mas-d'Azil, ce IP mars 1700.
Estât des reveneus que le Roy tire des biens des religionnaires fugitifs, dans la paroisse du Mas d^Azil, suivant les contrats d'affermé qui en ont esté passés par Gardebosc, notaire de Famiés, le mois de janvier 1700.
1° Pour les biens du s^" Guillaume Baricave et de ses
sœurs, 500 livres 500 1.
Plus, pour les biens des s'"^ de Falentin, La Naudgrasse,
la Rivière et Larisolle, 400 livres 400 1.
Plus, pour les biens des s""^ Estienue, Barthélémy, Daniel et Elie Labaur, frères, (pour la première année qui est 1699, 400 liv.,) et pour la seconde année qui est 1700, 500 livres 500 1.
Plus, pour les biens du s'' Charles Bourdin, ministre . . 50 1.
Plus, pour les biens de Daniel Mercier, 60 liv., sur quoy il faudra déduire les tailles d'une petitte mesterie qui iront au plus à 8 ou 9 liv 60 1.
' Cf. Abbaye du Mas cTAzil, par M. l'abbé Cac-Durban, p. 51.
Plus, pour les biens de la légitime d'un autre Daniel
Mercier, fils de fen Jean Mercier, marchai 8 1
Plus, pour ceux de David Cave 8 1
Plus, pour ceux de Jacques Béret 8 1
Plus, pour ceux de Jean Mans 101