‹ Les Huguenots dans le diocèse de Rieux;Chapitre 4 sur 49 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

nots, certaines manifestations imprudentes de haine antipapiste, les efforts du clergé catholique pour ramener l'unité du culte, les difficultés pratiques et journalières qu'entraînaient la question des mariages mixtes et celle de la participation, au moins extérieure, des religionnaires, aux cérémonies de l'église, et, à un moment donné, la question autrement grave de leur réception effective des sacrements de pénitence et d'eucharistie; enfin, dominant le tout et avivant les blessures, le souvenir et le récit des crimes passés, et l'on aura une idée du malaise où l'on vécut dans l'évêché de Rieux, comme en d'autres diocèses méridionaux, par suite des carnages du xvf siècle et des dissensions religieuses perpétuées. C'étaient des haines latentes, des conflits sans cesse renaissants. D'ailleurs, ces milieux de discorde au territoire exigu et aux animosités vivaces étaient de temps en temps secoués par l'application d'un édit du Roi, de quelques ordonnances d'intendant plus zélé que sagement politique; par l'exécution d'un arrêt du parlement de Toulouse ou d'un juge délégué condamnant à la confiscation des biens ou au bagne des hérétiques surpris en des assemblées prohibées, voire condamnant à l'écartèlement réel, ou en effigie dans le cas de contumace, un ministre convaincu du crime de prédication au désert !

A ces traits, on distingue une situation spéciale et caractéristique que nos documents permettront d'étudier avec clairvoyance et d'apprécier sans parti pris.

La méthode employée pour la publication des textes a été déjà mise en usage dans Les Huguenots en Comminges et ailleurs. L'auteur ne cherche pas

INTRODUCTION. xiii

ici à faire prévaloir son jugement : il forme, il classe et offre ensuite un dossier qui s'unira à ceux que l'on connaît déjà relativement aux guerres de religion en Bigorre, Béarn, Navarre, Couserans et Comminges. L'histoire de la Réforme en nos provinces s'élabore ainsi peu à peu, mais sûrement : la sentence sera un jour prononcée avec pleine connaissance de la cause. Dans mon rôle secondaire et bien modeste, toute mon ambition est de mériter une fois encore le témoignage d'absolue impartialité que des juges non suspects m'ont précédemment décerné \

' Voy. notamment, dans la Revue Historique^ de septembre-octobre 1901, pp. 92-93, l'article de M. Hauser reproduit dans la Revue de Gascogne, 1901, pp. 495 et suiv. — Depuis la publication des Huguenots en Comminges ont paru deux documents que j'ai ignorés en temps utile et qui auraient eu leur place tout indiquée dans ce recueil. Ils méritent d'être signalés : Henri IV à risle- Jourdain, par M. Alph. ViGNAUX (Revue de Gascogne, 1901, pp. 344 et suiv.), et un texte relatif aux Huguenots à Saint- Bertrand, publié par M. le baron de Gorse, dans la Revue de Comminges (1903). Enfin, sous ce titre : Les Guerres de Religion en Couserans, M. le baron de Bardies a publié à nouveau, dans le Bulletin de la Société Ariégeoise, nne série importante de textes et de notes empruntés aux Huguenots en Comminges.

Enquête faite en 1569, SUR les excès des huguenots dans le diocèse de Rieux.

L'enquête qu'on va lire fut provoquée par le syndic du diocèse de Rieux, afin de démontrer l'impossibilité où se trouvaient les ecclésiastiques de payer les tailles et impositions royales après la spoliation de leurs biens. Le parlement de Toulouse en confia l'exécution à Firrain Bayssière, licencié ez droits et lieutenant général en la judicature de Rieux. Au cours de sa mission, ouverte au mois d'avril 1569, le commissaire entendit les dépositions de vingt témoins sur des faits antérieurs au passage de Mongonméry. En août de la même année, dans la continuation de la même enquête, F. Bayssière reçut les dépositions de quarante autres témoins ; c'était au lendemain des ravages de l'armée des vicomtes.

On trouvera ici le texte intégral des premiers témoignages et des derniers; pour les autres, on s'est borné à une analyse, sauf à reproduire, chemin faisant, les détails spéciaux que ne renfermaient pas les dépositions données intégralement.

A Xosseigneurs de Parlement.

Supplie humblement le scindic du clergé de Rieux que durant ses trobles les enuerays de Dieu, du Roy et perturbateurs du repos publicque, s'estant emparés long temps par avant des villes du Caria, le Mas d'Azilz, Foussat, Artigat et Savarat aud. diocèse, et illec commis infinis maulx, lesquelz continuant à

ses derniers trobles, faisant encores, se seroient saisis d'aultres villes aiidict diocèse, sçavoir est : Gualiaguet, Castetz, Méras, Campaigne, Guabre, Camarade, Monfa, Ciouras, La Tour, La Peyrère, Massabrac, Caujac, Marliac, Sainct-Qiiirc, Lyssac, Canté, Sperce, Saint-Martin de Doydes, Brie, Merigon, Lanotz, Casteras, Montnesple', et aultres ez envyrons d'icelles, y ayant faict tel degast que les barbares, sectes et payens encores qu'ils y feussent passés, n'en eussent pas faict tant, oultre ce que ont bruslé toutes les esglises et maisons des ecclésiasticques desd. villes et villaiges, et qu'est à notter, ruynées lesd. abbeyes du Mas d'Azil, Calers et Salenques, sans y avoir layssé pierre sur pierre^ ayant aussi desmoly à l'Abbé de Lézat dix ou dotze esglises champestres oultre plusieurs metteries et boys couppés, et ne se faict (ce que ledict scindic ne peult dire sans pleurs), aulcung acte ecclésiasticque pour le culte et service divin en aulcune desd. villes et villaiges, ains les Abbés, moynes, prieurs, nonains, curés et aultres bénefficiers ont esté constrainctz quicter tout et s'enfuyr à Tholoze ou ez Espaignes pour sauver leur vie, craignant la' fureur et raige desd. ennemys, sans comprendre ung grand nombre que par iceulx eu ont esté tués et meurdris.

Ce considéré, et que lesd. excès ont esté commis contre les edictz du Roy et arrestz de la court, vous plaise de vos grâces ordonner que en sera enquis par le premier des secrétaires de la court, huyssier d'icelle, juge de Rieux, Saincte-Gabelle, leurs lieutenants ou aultre magistrat royal sur ce requis, sur un brief intendit que sur ce leur sera bailhé, pour, l'inquisition veue, estre procédé contre les coulpables ainsi que de raison.

Si ferès bien... De Lamote.

Soict enquis par le premier des huyssiers et Vung des magistratz mentionnés en la requeste. — Faict à Tkolose, en Parlement , le XXI^ apvril Van mil VLXIX. — Lacroix.

' Voy., pour l'identitication des lieux cités dans l'ouvrage, la Table placée à la suite des documents.

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, a nostre juge de rieux ou son lieutenant et premier des huyssiers de

NOSTRED. COUR DE PARLEMENT, SEANT A ThOLOSE, SUR CE REQUIS, ET CHASCUNG d'eULX, SALUT.

Veue la requeste à nostre dicte court bailhée par le scindic du clergé de Rieux, cy soubz le contre scel de nostre chancellerie attachée, et l'ordonnance de nostred. court, nous vous mandons et comraectons par ses présentes que à la requeste dud. scindic enquérés secrettement, bien et deueraent, de et sur les faictz contenuz en lad. requeste plus à plain, à [et] bailhiés par déclaration, si besoing est, icelle, touteffois consernant l'affaire, et l'information faicte l'envoyer et mettre féablement devers nostred. cour le plus tôt que fère se pourra, pour par elle veue, y estre pourveu et ordonné ainsin qu'il apartiendra. Mandons et commandons à toutz nos subiectz ce faisant vous obéyr.

Donné à Tholoze, en nostred. Parlement, le vingt-deuxiesme jour du moys d'apvril, l'an de grâce mil cinq cens soixante-neuf, et de nostre règne le neufviesme.

Collationné par la court : Bartier, ainsi signé.

Articles et intendit que bailhe par devers vous très honorés seigneurs tenant la court de parlement de Tholose, ou commissaire par vostre aucthoritté depputté, le scindic du clergé de Rieux ez parties de Gascoigne, sur les meurdres, desmolitions, bruslemens, sacagementz, pilleries, expoliations des esglises, biens et fruictz des ecclésiastiques, invasions des villes et villaiges, maisons, chasteaulx et aultres lieux dud. diocèse, ensemble aultres infinis maulx et actes exécrables commis et perpétrés par les ennemys de Dieu, du Roy, et pertubateurs du reppos publicque, despuys les derniers trobles, sur lesquelz excès requièrent très humblement inquisition estre faicte et les tesmoings que vous seront administrés, oùys, suyvant l'appoinctement contenu en la requeste cy attachée, affin de leur pouvoir servir en temps et lieu.

Premièrement est par trop notoire que lesd. ennerays ont tenu et occuppé les villes du Caria, Mas d'Azilz, et y ont fait l'exercisse de la nouvelle relligion despuys les premiers trobles, qu'estoient Tan mil v"^ lxii, non oLstant les edictz de Sa Majesté. Et sur la fin du mois d'aoust dernier se myrent aux champs à force d'armes à feu, tant à piedz que à chevalz, en grand nombre, et se empararent des villes de Savarat, le Foussat, Artigat, Gualhiaguet, Sainct Martin de Doydes, et plusieurs aiiltres dud. diocèse. Où estant ont faict cources de nuict et de jour par les villaiges des envyrons d'icelles villes, lesquelz ont pilliés et sacagés jusques au nombre de septante ou plus, et, que vient en concidération, en ont admené tout le bestailh des pouvres paysans jusques à leur laisser rien pour vivre, sans préjudice des battemens et meurdres infinis sur lesd. paysans, leurs femmes, enfens et serviteurs commis.

Et toutes les esglises desd. villes et villaiges ont esté pillées, et plus, bruslées, jusques au nombre de septante ou plus, et tant de prebstres qu'ilz ont peu rencontrer faisant lesd. cources, ont esté mys à mort, comme au lieu d'Esperce, Savarat, Le Mas d'Azilz et plusieurs aultres, les faisant morir fort ignominieusement. Ausdictes villes ne villaiges ne se faict despuys led. temps aulcung acte ecclésiastique pour le culte et service divin, d'aultant que prebstre ne moyne, encore que par la grâce de Dieu quelques ungs se soient sauvés, ne y osent habiter, ains se soient retirés ez villes fortes et en Espaigne pour sauver leurs vies, voyant la rage des ennemys.

La plus grand partie desd. bénefficiers dud. diocèse n'ont peu jouyr, troys ans y a, de leurs bénefïices, et moings payé les décymes et aultres charges, n'ayant seulement peu vivre sans l'ayde de leurs parens, et plusieurs constrainctz à prendre les armes pour le service de Sa Majesté, pour soy garder de mandier. Le recepveur des décymes dudict diocèse, despuys led. temps, ne ause aller ny envoyer ses commis par le diocèse, à cause de quoy et pour ces raisons susd. ne peut lever les deniers tant des décymes que emprontz, et ce non obstant, est vexé par le recepveur général ou son commis, souffrant par ce moyen si grandz fraiz et despens que plusieurs foys c'est présenté audict

scindic avec grandes protestations, soy desniectant de la recepte et liève desd. décymes et emprontz,

Lesd. ennemis continuant leur invétérée rage ont prins tous les fermiers des fruictz décymaulx appartenons ausd. bénefficiers, qu'ilz ont peu, et les ayant admenés ausd. villes les ont détenuz prisonniers, les menassant de pendre et estrangler, jusques à ce que par craincte estoient contrainctz leur bailler l'entier payement de lad. ferme, et par ce moyen n'estoit possible ausd. bénefficiers payer lesd. décymes et empromptz.

Huict pièces de canon ont esté conduictes par le s*" de Bellegarde despuys Tholose jusques audict Caria, y ayant demeuré, tant devant la prinse que après, l'espace de deux moys ou envyron, accompaigné de six compaignies de cavalerie et quarante compaignies de piétons à si grandz fraiz et despens que chascung peult considérer, en quoy lesd. bénefficiers ont contribué pour le peu de patrimoyne qu'ilz avoient, et ainsin destitués de tout moyen de vivre, comme sont aussi de payer lesd. charges.

Ayant en oultre commis plusieurs infinis maulx à chascung si notoires que on ne scauroit exprimer, lesquelz continuent aultant ou pire que jamais, qu'est une très grande désolation mesmes à cause de la cessation du service divin, administration des sainctz sacrementz et prédication de la parolle de Dieu, ung grand et irréparable dommaige pour le service du Roy, oultre la entière ruyne des pouvres catholiques et mesmement aux ecclésiastiques, d'aultant qu'il n'y a aulcung accès à la plus part dud. diocèse pour le recouvrement desd décymes et empromptz et aultres deniers impousés sur le clergé dudict diocèse, pour les continuelles cources desd. ennemys.

Par quoy requiert ledict scindic très humblement de tout ce dessus, comme est prédict, estre enquis pour en temps et lieu luy servir ce que de raison. — De La Motte, ainsin signé.

Inquisition et information secrettement faicte par nous Firmin Baissière, licentié ez droictz, lieutenant général en la judicature de Rieux, commissaire à ce depputté par aucthorité de la cour de parlement de Tholose, et à la requeste du scindic général du

clergé du diocèse de Rieux, laquelle a esté par nous continuée

dans la ville de Rieux comme s'ensuict :

Charles, etc.

A Nosseigneurs de Parlement, etc. Supplie humblement, etc.

Articles, etc.

Du vingt cinquiesme jour cm moys d'apvril Van 1569, dans la cité de Rieux.

M® Pierre Poussart, habitant du lieu de Camarade et aigé de cinquante ans, tesmoing receu, juré, qui a deppousé par devant nous, commissaire susdict, comme s'ensuict :

Premièrement enquis sur le contenu de la requeste bailhée par ledict scindic et Intendit d'icelle a dit sçavoir et estre vray que lesd. ennemys et gens de la prétendue nouvelle relligiou ont tenu et occupé les villes du Caria et du Mas d'Azil et y ont faict l'exercisse de la nouvelle relligion, despuys les premiers trobles estant l'année mil v° lxii, non obstant les édictz du Roy sur ce faictz et sans avoir esgard à iceulx comme dict estre chouse notoire.

Dict aussi estre vray que sur la fin du moys d'aoust dernier lesd. ennemys se métoient aux champs à force d'armes à feu et aultres arnoys, tant à pied que à chevailh, et en grand nombre, et se emparèrent des villes de Savarat, Le Fossat, Artigat, Gualiaguet, Sainct Martin Doydes, et plusieurs aultres du diocèse de Rieux, où estant ont faict cources tant de nuict que de jour par les villaiges des envyrons d'icelles villes, lesquelles ont pilhées et sacquaijées jusques au nombre de septante ou envyron comme ledict lieu de Savarat, bruslé et saccaigé Les Bordes, Campaigne, Lanotz, Clermont, bruslé une partie de La Tour, Meras, Ciouras, Lebault, Castetz, Sainct Félix des Salenques, Gabre, bruslé Artigat, Le Fossat, Saincte Suzanne, Durfort, Calers, Sainct Ybars, Massabrac, Cainenx et plusieurs aultres desquelz n'est souvenance. Esquelz lieux et habitans d'iceulx ont faict une infinité de maulx, prius et roïné toutz les biens meubles et bestailh gros et menu des pauvres paysans, jusques à leur laysser

rien pour vivre, et non contents de ce, eu ont tués et coppé la gorge à ung nombre infini, ravyes et prinses par force et violance plusieurs femmes et fillies.

Dict aussy estre vray qu'ilz ont pilliés et bruslés les esglises des susd. villaiges et plusieurs aultres, et non contentz de ce, tant de prebstres qu'ils ont peu rencontrer en faisant lesd. cources et bruslemens, les ont mis à mort cruellement comme au lieu d'Esperce, Savarat, le Mas d'Azil, et en plusieurs aultres lieux, les faisant morir et souffrir tourmentz inhumainement, et plus cruellement que ne firent jamais les tirans.

Sy dict estre vray que en continuant incessamment leur tiranye ilz sont venuz du lieu du Mas d'Azil le jour de Sainct Marc dernier passé, xxv^ jour du moys d'apvril mil v° lxix, pourtans leurs armes à feu, au devant du lieu des Bordes, où illec tuarent inhumaynement à grandz copz d'arquebuzades six paysans des habitans dud. lieu et les ont menasses les tuer et meurdrir tant qu'ilz en trouveront tant dud. lieu que Daulmazan, Rieux, Montesquieu et aultres lieux du diocèse de R-ieux.

Dict aussy estre vray que ausd. villes et villaiges dudict diocèse ne se faict despuys led. temps aulcung acte ecclésiastique et service divin, d'oultant que prebstre ne moyne ne ausent habiter esd. lieux, ny les recteurs et curés ne ausent demeurer ny rézider en leurs cures, car lesd. ennemys et gens de lad. prétendue relligion expressément suyvent les maisons desd. curés et prebstres et tant qu'ilz en treuvent, en partie en tuent, et ceulx qui ont bruict de avoir arg-ent les en admènent attachés comme des larrons et après les tiennent eu prison et destresse, les font ransonuer et bailher tout ce qu'ilz ont et ce faict les mettent à mort tellement que lesd. curés et prebstres sont constrainctz habandonner et laysser tout leur bien et se retirer ez villes fortes, et plusieurs aussi s'en vont en Espaigne pour se sauver, voyant la force desd. ennemys.

Dict aussi estre vray que la plus grande partie des bénefficiers dud. diocèse n'ont peu jouyr, troys ans y a, de leurs béneffices, moings payer les décymes et aultres charges, ains sont esté constrainctz soy retirer et vivre avec leurs arays, sa et là, comme ilz ont peu, vizitter leurs pareus et s'emprompter d'eux, et plu-

sieurs coustrainctz prendre les armes pour servir la majesté du Roy, pour se g-arder d'estre meurdris, comme il a veu faire à plusieurs,

Dict en oultre estre chouse véritable que non contentz de ce prendre ausd. curés et prel)stres, encores tourmentent grandement les Abbés estant dudict diocèse, et par plusieurs foys se sont efforcés, armés comme dessus, à grand nombre, les aller quérir dans leurs abbeyes pour iceulx prendre tuer et meurdrir, brusler et pilhier tout leur bien, comme ont ftiict à l'abbaye de Lézat auquel ont bruslé les églises estant au distroict de son abbaye, une partie de ses mettaries et boys de hault fustaige, illec estans et par plusieurs foys se sont esforcés parmy les boys, estans près et voysins de Lézat, et illec le gueyter à guet et pans pour le prendre, saisir et meurdrir, tellement qu'il a esté constrainct, pour sauver sa vie, soy retirer en la cité de Tholose pour illec vivre à grandz fraiz et mises, si a esté constrainct habandonner son abbaye, et le semblable ont faict à l'abbé de Corabelongue estant près le lieu de Rieumont où illec ont bruslé la maison dud. abbé, et le semblable ont faict à l'abbé de Calers et le Mas d'Azilz et abbesse des Salenques.

Dict en oultre sçavoir et estre vray que causant les cources, larrecins, pilhieries et meurdres que journellement commectent lesd, rebelles et ennemys estans toutz les jours par les reuynes [ruines'\, cachés parmy les boys, le recepveur des décymes du diocèse de Rieux, ny aultre ayant charge lever aulcungz empromptz, denyers royaulx ny aultres, despuys lesd. trobles ne ausent aller, ne chamyner à pied, ne à chevailh, par led. diocèse, lever lesd. deniers, ny envoyer aulcung commis, d'aultant que si en treuvent aulcung leur oustent l'argent et couppeut la gorge, qu'est cause que lad. liève de décymes et aultres deniers est retardée, et ce non obstant dict avoir veu que'les recepveurs généraulx vexent journellement à grandz fraiz et despens lesd. recepveurs particulliers à faulte de avoir levé lesd. deniers comme dict avoir veu et veoict journellement, voyant lesd. commis des recepveurs généraulx audict Rieux.

Dict en oultre estre vray que lesd. ennemys ont prins et saisi tant de fermiers des fruictz décymaulx, apartenens aux bénefiû-

ciers, qu'ilz ont peu, et les ayant admeués esd. villes les ont tenus prisonniers, les raenassaut iceulx prendre et estrangler jusques à ce que, pour craincte, estoient constrainctz leur bailher l'entier payement, de lad. ferme, ce que ont faict à plusieurs, et par ce u'estoit possible ausd. bénefficiers païer les décymes et empromptz.

Dict aussi estre notoire que voïant lesd. excès, tiranyes, larrecins, pilhieries, meurdres, bruslemens d'esglises, raptes et ravissemens de filhes, le seigneur de Bellegarde est venu despuys Tholose au lieu du Caria pour y conduire huict pièces de canon pour abbatre led. lieu et meurs, et conduictz grandz compaignies de gens d'armes tant de pied que à chevailli à grand fraiz et despens, de toute qualitté de gens, qu'est une grand ruyne à tout le pays et républicque, et que pis est, toutz les jours lesd. ennemys continuent leurs entreprinses de plus en plus.

Et telle dict estre la véritté, et le scavoir pour ainsin l'avoir veu et ouy, et estre chouse notoire et esvidante à tout le pays et habitantz dud. diocèse. — Pousart.

Dudict jour.

W Pierre Pélissier, habitant du lieu de Dalmazan, eaigé de quarante ans, tesmoiug receu, juré, qui a deppousé par devant nous commissaire susdict comme s'ensuict :

Premièrement, enquis sur le contenu de la requeste bailhée par le scindic et Intendit d'icelle, a dict estre vray que lesd. ennemys et gens de la prétendue relligion nouvelle ont tenu et occupé les villes du Caria et du Mas d'Azilz, et y ont faict l'exercisse de lad. nouvelle relligion despuys les premiers trobles estans l'année mil cinq cens soixante deux, non obstant les édictz du Roy sur ce faictz et sans avoir esgard à iceulx, comme dict estre chouse notoire.

Dict aussy estre vray que sur la fin du moys d'aoust dernier, lesd. ennemys se metoient aux champs à force d'armes à feu et aultres armes, tant à pied que à chevailh en grand nombre, et se empararent des villes de Savarat, le Poussât, Artigat, Gualiaguet, Sainct Martin Doides et plusieurs aultres du diocèse de Rieux, où estans ont faict courses tant de nuict que de jour, par les villaiges des envyrons d'icelles villes, lesquelles ont pilhées et sacquaigées

jiisques au nombre de septante ou envyron comme ledict lieu de Savarat, bruslé et sacquagé les Bordes, Campaigne, Lanotz, Clerrnont, bruslé une partie de La Tour, Meras, Cioras, Loubault, Castetz, Sainct Félix des Salleuques, Gabre, bruslé Artigat, Le Foussat, Saincte Suzanne, Durfort, Calers, Sainct Ybards, Massabrac, Canenx et plusieurs aultres desquelles n'est souvenance, esquelz lieux et liabitans d'iceulx ont faict une infinité de maulx, prins et ravys toutz les biens meubles et bestail gros et menu des pouvres habitans, jusques à ne leur laysser rien pour vivre, et non contentz de ce, en ont tués et couppé la gorge à ung nombre infini, ravy et prins par force et violance plusieurs filbes et femmes.

Dict aussi estre vray qu'ilz ont pilhés et bruslés les esglises des susdicts villaiges et plusieurs aultres, et non contens de ce, tant de prebstres qu'ilz ont peu rencontrer en faisant lesd. cources et bruslemens, les ont mys à mort cruellement comme au lieu d'Esperce, Savarat, le Mas d'Azilz et plusieurs aultres lieux, les faisant morir et souffrir tourmentz inhumainement et plus cruellement que ne firent jamais les tirans.

Si dict estre vray que en continuant incessamment leur tiranye ilz sont venuz du lieu du Mas d'Azilz le jour de Saint Marc dernier passé, vingt ciuquiesme du moys d'apvril mil cinq cens soixante neuf, pourtans leurs arnoys à feu au devant le lieu des Bordes, où illec tuarent inhumaynement à grands cops d'arquebuzades six païsans des habitans dud. lieu, si les ont menasses les tuer et meurdrir, tant en tuèrent, tant dudict lieu que Daumazan, Rieux, Montesquieu, que aultres lieux du diocèse de Rieux.

Dict aussy estre vray que aux villes et villaiges dud. diocèse ne se faict despuys led. temps aulcung acte ecclésiastiques et service divin, d'aultant que prebstres, uy moyne, ne aultres, ne ausent habiter esd. lieux, ny les recteurs et curés demeurer et rézider en leurs cures dont presque l'on n'y trouveroict personne à qui parler, car lesd. ennemys et gens de la prétendue relligion expressément suyvent les maisons desd. curés et prebstres, et tantz qu'ilz en trouvent une partie les tuent, et à ceulx qui ont bruict de avoir argent les en admeynent attachés comme des larrons et après les tiennent eu prison et destresse, les font raussonner et bailler tout

ce qivilz ont, et ce faict les mectent à mort, tellement que lesd. curés et prebstres sont constrainctz habandonner et laysser tout leur bien et se retirer ez villes fortes, et plusieurs aussi s'en vont en Espaigne pour se sauver voyant la force des ennerays.

Dict aussy estre vray que la plus grand partie des béuefficiers dudict diocèse n'ont peu jouyr, trois ans y a, de leurs béneffices, et moings païer les décimes et aultres charges, ains sont esté constrainctz se retirer et vivre avec leurs amys, sa et là, comme ilz ont peu, visitter leurs parents et se emprompter d'eux, et plusieurs constrainctz prendre les armes pour le service de la Magesté du Roy, et pour se garder d'estre meurdris, comme il a veu faire à plusieurs.

Dict en oultre estre chouse véritable que non contentz de s'en prendre ausd. curés et prebstres, eucores tourmentent grandement les abbés estans dud. diocèse et par plusieurs foys se sont efforcés, armés comme dessus, en grand nombre, les aller quérir dans leurs abbeyes pour iceulx prendre, tuer et meurdrir, brusler et pillier tout leur bien, comme ont faict à l'abbé de Lézat auquel ont bruslé les esglises estans au distroict de son abbaye, une partie de ses mettaries et boys à hault fustaige, illec estans et par plusieurs foys se sont enfermés parmy les boys estans près et voysins de Lézat, et illec le gueyter à guet et pans pour le prendre, saisir et meurdrir, tellement qu'il a esté constrainct pour sauver sa vie soy retirer en la ville de Tliolose où vist à grand fraiz et despens et par ainsin toutellement constrainct abandonner son abbaye, comme ont aussi faict l'abbé de Combelongue, l'ayant bruslé sa maison, ensemble l'abbé de Calers.

Semblablement sçavoir et estre vray et pour chouse notoire estre que pour raison et cause des grands cources, larrecins, pilleries et meurdres journellement commis par lesd. rebelles et céditieux de lad. nouvelle relligion, estans les jours cachés et enfermés parmy les boys et sur les passaiges des allans et venens, les recepveurs des décymes du diocèse de Rieux, ne aultres ayans charge lever aulcune sorte de deniers royaulx par emprompt ou aultrement, et despuys lesd. trobles, ne auzent aller, ne chemyner à pied, ny à chevailh, par lad. diocèse, lever lesd. deniers, ny y envoyer aulcungz commis qui incontinent les prendroient et soy

adraèneroieut, tant eiilx que leurs chevaulx, lesquels, comme il sçait, tant pour l'avoir veu que ouy dire à plusieurs, après les avoir prins, les menassent pendre, meurdrir et massacrer, jusques à ce qu'ilz se soient faict baillier ausd. commis toutz et chascungz deniers qu'ilz ont peu lever, qu'est cause du retardement de la liève des deniers. — Non obstant quoy, a dict, il, avoir veu par plusieurs foys les commis des recepveurs généraulx aud. Rieulx, acompaignés de commissaires ou sergentz, pour vexer et constraindre lesd. recepveurs particuliers au payement desd. deniers.

Davantaige a dict estre vray et notoire que lesd. ennemys ont prins par plusieurs foys tant des commis des fermiers desd. décymes que aultres et des fermiers mesmes, lesquelz admenés ez villes par eulx occuppées les détiennent j^risonniers à grand destresse, jusques à ce qu'ilz se aiiroient faict païer l'entière somme de l'arrentement desd. affermes, tellement que après avoir esté eschappés n'auroient ung soult pour païer les arrentemens aud. recepveur.

Si dict cliouse vraye et nottoire estre à tous les habitans de ce pays que pour extirper lesd. excès, tirannyes et larrecins, meurdres et saccaigemens tant des esglises, villes, lieux et personnes que tousjours se sont maintenuz et maintiennent soubz l'obeyssance du Roy, contre lesquelz lesd. ennemys se bandoient et faisoient courses, comme encores ilz font, le seigneur de Bellegarde feust constrainct dresser camp et conduire liuict pièces d'artilherie devant la ville du Caria pour icelle abbatre, ce qui a esté une grande ruyne, cause de dégast aud. pays et diocèse de Rieux, et pour ce, despuys, ne restent-ilz de continuer leursd. entreprinses, murdres et sacaigemens plus que ne faisoient au commancement, et telle auroict dict estre la vérité par ainsin l'avoir veu et estre chouse notoire et evidante à tout led. pays et habitantz dud. diocèse de Rieux. — Pelissiek.

Dud. jour.

M® Jehan La Roche, habitant de la cité de Rieux, eaigé de trente ans, tesmoing receu et juré, qui a deppousé par devant nous commissaire susd. comme s'ensuict :

Enquis sur le contenu de lad. requeste et Intendict a luy donnés

pour entendre, a dict scavoir et la vérité estre telle que lesd. ennemys de lad. prétendue nouvelle relligion ont tenu et occuppé les villes du Caria et Mas d'Azils ausquelz ont faict tout exercisse de lad. relligion despuys les premiers trobles en l'année mil v*' lxii contre la teneur des édictz et ordonnances du Roy, sur ce faictz.

Que sur la fin du moys d'aoust dernier lesd. ennemys se mirent aux champs munys de grand force d'armes à feu et autres armes avec grand nombre de cavalerie et d'ung coup se emparèrent des villes de Savarat, le Fossat, Artigat, Saint Martin Doides, Gailbiaguet et plusieurs autres villes et lieux du diocèse de Rieux et d'illec faict cources, tant de nuict que de jour, par les villaiges des envyrons d'icelles qui jusques au nombre de septante ou envyron les auroient pilhées, saccaigées et ruynées, jusques n'y avoir rien layssé, mesme led. lieu de Savarat l'ayant bruslé et saccaigé, les Bordes, Campaigne, la Notz, Clermont, une partie brûlé Méras, Lobauld, Ciouras, La Tour, Castetz, Guabre, bruslé le Fossat, Durfort, Artigat, Saincte Suzanne, Calers, Massabrac, Sainct- Ybars, Cauenx et autres du diocèse de Rieux, que à présent n'est bonnement recordz, ausquelles villes et lieux, et habitans en icelles, ont faict et commis plusieurs infinis maulx, ravy et voilé tous et chascuns leurs biens, jusques à ne leur avoir rien layssé, ensemble ravyes, viollées et admenées plusieurs femmes et filhes.

Dict estre chouse notoire et manyfeste à tous de lad. diocèse que lesd. ennemys ont pilhiés et bruslées les esglises des susd. villaiges et aultres lieux et tant de prebstres qu'ilz auroient peu trouver tant dedans icelles que en leurs maisons ou alieurs, leur auroient couppé les gorges et faict morir cruellement aultant et plus que ne feirent jamais les tirans mesmes, entre aultres, aux lieux d'Esperce, Savarat et Mas d'Azilz et aultres partz.

Si auroict dict estre vray que le jour Sainct Marc dernier ceulx de lad. relligion vindrent du Mas d'Asilz en grand force et bien munys de beaucop d'armes à feu droict le lieu de las Bordes, et n'ayant peu executter leur entreprinse, tués et massacrés six ou sept des habitans dud. lieu et menasse tant les aultres habitans d'icelluy, tant de Dalmazau, Rieux, Montesquieu, et aultres lieux dudict diocèse qu'ilz pourroient trouver et davantaige.

Qu'il est chose vraye et notoire que aux susd. lieux, despuys

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