H LES HUGUENOTS
lescl. saccageraentz et bruslemens, ne se y exerce aulcung acte ecclésiastique et service divin et ce despuys led. temps, aulcungz prebstre ny personne ecclésiastique ni ausent demeurer, moingz les recteurs et curés rézider en leursd. cures, se craigniant de incontinent estre prins, tués et massacrés par lesd. ennemys, veu l'exemple qu'ilz en ont faict à plusieurs qui entendent avoir bruict estre riches et avoir argent, les ayant prins les faisoient presque consummer en prison jusques à ce qu'ils en avoient eu ce que demandoient, et après les tuoient et massacroient, tellement que pour craincte de ce lesd. curés auroient esté constrainctz habandonner le tout et se retirer aux villes fortes ou mieulx leur auroict semblé.
Que aussi la plus part des béneiïîciers dud. diocèse, troys ou quatfe ans sont passés, pour cause de ce, n'ont peu jouyr de leurs bénefiices, et par ce moyen peu satisfaire le droict des décymes et aultres charges, ains partie estre constrainctz se retirer ez mains de leurs amys et parentz, et les aultres prendre les armes pour le service du Roy.
Dict en oultre que non contentz de ce prendre avec lesd. curés et prebstres se forcent tourmenter journellement, comme il est trop notoire, les Abbés estant dans led. diocèse et à ses fins, par plusieurs foys assemblés à grand forsse pour les aller prendre dedans leurs maisons et abbayes, mesmes à monsieur l'abbé de Lézat auquel ont bruslé les esglises estant au distroict de son abbaye, ensemble pilhé, sacaigé et ruyué partie de ses mettaries et boys à hault fustaige, se y estant jjar plusieurs foys enfermés et cachés dedans pour y demeurer à guet et pans, led. s"" abbé, et le prendre, saisir et meurdrir tellement qu'il a esté constrainct, pour sauver sa vie, se retirer en la ville et cité de Tholose et habandonner sad. abbaye, comme du semblable a esté faict à messieurs les abbés de Combelougue et de Calers.
Davantaige dict sravoir que causent les cources que journellement sont faictes par lesd. ennemys, pilheries, meurdres, saccaigemens de toute qualité de personnes, se tenent cachés parmy les boys et passaiges, le recepveur des décymes dud, diocèse ny aultre ayant charge lever aulcune sorte de deniers soient-ilz royaulx ou aultres, ne auzent aller ne chemyner à pied, ny à chevailh, moings
envoyer aulcung de leurs commis pour en faire la liève, de tant que s'ilz sont rencontrés par iceulx ennemys ilz les destrossent, voilent et hosteut tout ce qu'ilz portent et après les tuent et meurdrissent qu'est la cause du retardement de l'assemblée desd. deniers sans avoir esg-ard auquel des commis des recepveurs généraulx, v(>lent comme il a veu plusieurs foys, les recepveurs particulliers desd. décymes.
Si dict aussy sçavoir et estre chouse notoire que ayant prins lesd. ennemys plusieurs fermiers des fruicts décymaulx appartenens ausd. bénefficiers et iceulx admenés aux villes par eulx occupées, les tenens prisonniers en grand destresse, les menassoient et faisoient partie leur debvoir à les prendre et estrangler jusques à ce que voyant lesd. fermiers lad. tirannye, estoient constrainctz leur bailhier l'entier payement de leurs affermes, tellement qu'estant eschappés ne leur estoit possible païer les décymes ausd. recepveurs.
Et que pis est, comme est chouse notoire à tous les habitans dud. diocèse, voyant tout le pays les grandz excèz, pilhieries, tirannyes, larrecins, meurdres, bruslemens des esglises, rapts et ravissemens des fîlhes, le seifi:neur de Belleguarde auroict esté constrainct lever et dresser camp devant la ville du Caria et à ces fins conduict et faict admener liuict pièces d'artilhierie de la cité de Tholose pour iceluy abattre et extirper ce dessus, qui a esté une grande ruyne, folle et dégast aud. diocèse, car pour ce, n'en fout que pire plus que au commencement, et telle dict estre la véritté pour ainsin l'avoir veu, ouy dire et estre nottoire à tout le pays au diocèse dud. Rieux — La Roche, tesmoing.
Dud. jour.
M^ Odinet du Carton, marchant de Rieux, eaigé de quarante cinq ans, tesmoing receu juré, qui a deppousé par devant nous commissaire susdict comme s'ensuict : Sur le contenu desd. requeste et Intendit par luy bien entendu dict scavoir comme il est trop notoire et esvidant à tous les habitans de ce pays que lesd. ennemys et gens de la prétendue relligion ont tenu, despuys les premiers trobles, les villes du Caria et Mas d'Azilz auxquelles
toiisjours despuys led. temps ont faict tout exercisse de relligion, contrevenant aux édictz et ordonnances du Roy sur ce faictz.
Neantmoings que sur la fin d'aoust dernier lesd. ennemys se meysrent aux champs munys en grand force d'armes à feu et aultres armes, et ung bon nombre de cavallerie, et tout d'uug assault se empararent des lieux de Savarat, le Foussat, Artigat, Sainct Martin Doydes, Gailhiaguet et de plusieurs aultres villes et lieux du diocèse dud. Rieux, et despuys faict plusieurs cources tant de nuict que de jour aux villes des envyrons d'icelles, et pilhés, sacaigés et ruynés sans presque y avoir rien layssé jusques au nombre de soixante ou septante ou envyron, entre aultres lesd. lieux de Savarat, Paj-ant bruslé et saquegé, les Bordes, Campaigue, Lanotz, Clermont partie bruslé et l'aultre sacquagé, Meras, Lobauld, Ciouras, Latour, Castetz, Guabre, bruslé le Fossat, Durfort, Artigat, Saincte Suzanne, Calers, Sainct Ybars, Massabrac, Cauenx et aultres dud. diocèze desquelles à présent n'est recordz et tant ausd. lieux que liabitans d'iceulx faict plusieurs et divers maulx, les ayant presque ravy et empourté toutz leurs biens jusques à n'avoir rien que vivre et en auroient admenées, ravyes et violées plusieurs femmes et filles que leur auroict semblé.
Si dict estre vray et notoire à tout led. diocèse que lesd. ennemys ont pilhées et bruslées les esglises des susd. villaiges et d'aultres lieux, mesmes celles des lieux d'Esperce, Savarat, Mas d'Azilz et aultres partz, et tant de prebstres qu'ilz y trouvoient ensemble dedans leurs maisons, et aultres pars, les s'en admenoient et coppoieut les gorges, les faisant morir fort cruellement plus que ne firent jamais les barbares.
Qu'il est trop notoire que le jour Mons*" Sainct Marc dernier, lesd. ennemys vindrent du Mas d'Azilz, ville par eulz occupée, en grand force d'armes à feu et aultres, tout au devant du lieu des Bordes et illec tuer et meurdrir inhumainement six ou sept habitans dud. lieu, tellement que n'ayant peu executter leur dessaing et entreprinse, auroient menasses tant les habitans dudict lieu que de Dalmazan, dud. Rieux, Montesquieu et aultres qu'ilz pourroient trouver, les tuer et mettre en pièces.
Que despuys la prinse desd. lieux et courses par lesd. de lad.
prétendue relligion ne se y exercesse {sic) aulcung acte ecclésiastique et divin service, pour ce aulcun prebstre ny personne ecclésiastique ny ausent demeurer, moings les recteurs et curés en leurs cures, de ce incontinent seroieut tués et massacrés par lesd. ennemys, ou bien admenés aux villes et lieux par eulx occupés où les pourroient faire consommer et demeurer en grand destresse en prison jusques à ce qu'ilz en auroient ce que vouldroient, comme ont faict à aultres, que a esté la cause que la plus part desd. bénefficiers auroient habandonné leurs béneffices et cures et se retirer en la part que meilleur leur auroict semblé.
Si dict aussi sçavoir pour estre chouse notoire et l'avoir il veu que la plus j)art des bénéficiers dud. diocèse, environ troys ou quatre ans sont passés, pour cause desd. saccagemeus et meurdres ne auzent résider en leurs cures et béneffices et par ainsin n'ayent peu satisfaire le droict des décymes et aultres charges, ains partie d'iceulx se demeurent à résider avec leurs parens et amys et les aultres contraincts à avoir prins les armes pour servyr le Roy.
En oultre que non conteutz lesd. ennemys se prendre avec lesd. curés et prebstres, font journellement leur debvoir executter leur mauvais dessaing contre les Abbés estans dans led. diocèse, comme il est trop évident et notoire aux diocésains d'icelle diocèse et pour ce, faire assemblées, par plusieurs foys, mesmes contre M"" l'abbé de Lésât, l'ayant bruslé parties des églises du distroict de son abbeye, pillié, saccagés et ruynés la plus part de ses metteries et boys de liault fustaige et le bruict commun est que lesd. ennemys se y sont cachés plusieurs foys dedans pour le prendre, tuer et massacrer, tellement que pour cause et craincte de ce, il auroict esté constrainct quicter lad. abbaye et se retirer en Tholose, et du pire auroict esté faict à messieurs les abbés de Combelongue et de Calers.
Dict aussi sçavoir et pour estre chouse notoire et connue à tous les habitans dud. diocèse que pour raison et cause des cources, pilhieries, meurdres et saccagemens desquelz lesd. ennemys usent journellement que se tiennent cachés parniy les boys et passaiges, uzent contre ceulx qu'ilz peuvent appréhender de toute cruaulté et inhumaine violance. Les recepveurs des deniers des décymes dud. diocèse, ny aultres ayant charge eu lever, soient royaulx ou par
emprompt, ue les auzeat aller lever, moingz y envoyer aulcung de leurs commis à pied ny à chevailh pour le grand doubte d'estre apréhendés par lesd^ennemys qui incontenent, comme ont faict à d'aultres, les volleroient et hosteroient tout ce qu'ilz pourroient avoir leur, et en dangier, de après, avoir couj^pé les gorges, qu'est la cause du retardement de l'assemblée desd. deniers. Ce non obstant, les recepveurs généraulx vexent par leurs commis les recepveurs i)articulliers comme par plusieurs foys et par ce respect les a il veuz aud. Rieux accompaignés des sergeus et commissaires.
Dict aussi sçavoir que ayant prins lesd. ennemys plusieurs fermiers décymaulx appartenant ausd. bénefficiés, et iceulx s'en ayant admenés aulx lieux par eulx occuppés, les tenoient en grand destresse prisonniers, les menassant de les pandre, jusques à ce que voyant lesd. bénefficiers et fermyers lad. tirannye, estoient constrainctz leur bailler l'entier payement de lad. afferme et tout ce qu'ilz demandoient, tellement que après n'avoient de quoy pour satisfaire aud. recepveur.
Davantaige, que pour extirper lad. tiranye et casser [chasser'] les rebelles, le seigneur de Bellegarde auroict faict dresser le camp devant le Caria et faict conduyre et admener liuict pièces ou plus des artilhieries de Tholose pour icelluy abbatre, que a esté une grande despence, folle et dégast aud. diocèse, et que pis est, que despuys ce, lesd. ennemys continuent exécutter leurs maulvais desseins et eutreprinses et font plus de maulx que faisoient auparavant, comme est notoire à tous les habitants de ce pays et diocèse. Telle dict estre la vérité, ainsi n l'avoir veu, ouy dire, et de ce estre bien certiffié. — Audinet de Carton, ainsin signé.
Dud. jour.
M^ Guilhaume de Carton, habitant de la cité de Rieux, eaigé de quarante cinq ans, tesmoing receu juré qui a deppousé par devant nous susdit commissaire comme s'ensuit : Interrogé sur le contenu desd. requeste et Intenclit à luy leuz et donnés pour entendre, dit scavoir comme il est aussi notoire à tous les habitans dud. diocèse que ceulx de la prétendue nouvelle relligion ont tenu despuys les premiers trobles en ce pays advenuz, en l'an mil cinq cens soixante
deux, les villes du Caria et Mas d'Azilz et faict tout exercisse de lad. relligion non obstant les edictz et ordonnances du Roy sur ce faictz. Que sur la fin du moys d'aoust dernier lesd. ennemys se mirent aux champs, tant de gens de pied que cavellerie, en grand force armes, et munys de force d'armes à feu, et de faict emparés des lieux de Savarat, le Foussat, Artigat, Sainct Martin de Doyde, Gailliiaguet et de plusieurs autres villes et lieux dud. diocèse, et de là estant, faict plusieurs courses en divers pars et lieux des environs d'icelles, pilhé et saccaigé tout ce qu'ils ont peu mesmes ausd lieux de Savarat, l'ayantbruslé et saccaigé, Campaigne, Clermont, Las Bordes, Lauetz, [Lanoux], Méras, Lobault, Ciouras, Latour, Gabre, Castetz, Durfort, bruslé le Fossat, Artigat, Saincte Suzanne, Sainct Ibars, Calers, Massabrac, Canenx et plusieurs aultres lieux dud. diocèse à l'environ de soixante ou plus que bonnement il n'est présentement recordz, esquelz lieux et habitants d'iceulx ont ilz pourté et faict plusieurs et divers maulx, pilheries et saccaigemens, ravys et admenés jmr grand force plusieurs femmes et filhes.
Davantaige dict sçavoir et pour estre chose vraye et notoire que ceulx de lad. religion ont bruslées et saccagées les esglises des lieux d'Esperce, Savarat, le Mas d'Azilz et plusieurs aultres dud. diocèse, et tant de prebstres qu'ilz y ont peu trouver ensemble dedans leurs maisons et aultres partz, les tuoient et meurdrissoient, et ceulx qui leur sembloient estre riches les s'en admenoient attachés et les détenoient prisonniers en grand destresse jusques à ce que leur avoient faict ranssonner tout ce qu'ilz vouloient et après tuoient et mettoient en pièces.
Si dict avoir entendu pour en estre le bruict et famé commune à tous les habitans dud. diocèse que le jour monsieur Sainct Marc dernier, lesd. ennemys vindrent en grand force d'armes au devant le lieu de Las Bordes et tuèrent cinq ou six personnaiges des habitans dud. lieu et voyant n'avoir peu executter leur entreprinse auroient menasse tous les habitans dud. lieu que de Dalmazan, Rieux, Montesquieu et aultres dud. diocèse tant que en pouvoient trouver, de les massacrer et murdrir.
Qu'il est trop notoire à tous les habitans dud. diocèse que despuys la prinse desd. lieux et à cause des courses que lesd.
ennerays ont par cy devant faictes et continuent faire journellement ne se y exerce aulcuug acte ecclésiastique et divin service, de ce [que] aulcung prebstre ny personne ecclésiastique ne y ause demeurer, ny les recteurs et curés en leurs rectories et cures pour ne estre prins et massacrés comme sont esté d'aultres, ains esté constrainctz quicter et habandonner leursd. rectories [et] cures et se retirer aulx villes fortes ou mieulx se seroient peuz accommoder.
Davantaige dict sçavoir et estre évident que envyron troys ans sont passés, pour cause desd. courses et pilhieries, aulcung desd. benefficiers ne ont peu jouyr d'aulcuug droict de leurs béneffices ains se retirer avec leurs amys, et d'aultres s'en aller à la guerre pour le service du Roy, qu'est cause que ne leur a esté possible pouvoir payer aulx recepveurs le droict des décymes.
Si dict sçavoir et estre notoire que non coutentz lesd. ennemys se prendre avec lesd, prebstres et recteurs si en fout-ilz du pire contre les abbés dud. diocèse et a ouy dire le depposant que lesd. ennemys se sont souventes foys assemblés pour prendre l'abbé de Lézat cestans cachés parmy ses boys, auquel auroient bruslé, ruyné et despopullé partie des esglises du distroict de son abbaye, ensemble de ses mettaries, dont il auroict esté constrainct se retirer en Tliolose comme dict semblable a esté faict à messieurs de Combelongue et de Calers.
Dict aussi sçavoir comme il est trop notoire à tous les habitans du pays que pour raison desd. meurdres, courses et saccaigemens que journellement sont commis par lesd. ennemys, les recepveurs particulliers des décymes ni aultres ne auzent aller lever aulcungs deniers car tant qu'ilz sont trouvés par lesd. de la relligion, incontinent les voilent et hostent tout ce qu'ilz treuvent pourter et apprès les coppent la gorge, qu'est cause du retardement de l'assemblée desd. deniers, sans avoir égard à quoy les recepveurs généraulx ne restent pour ce continuer de vexer les recepveurs particulliers, comme il auroict veu aud. Rieux, ayant des commis et sergents pour les constraindre et estre aussi chouse notoire que quand lesd. ennemys ont prins quelques fermiers des fruictz décymaulx appartenentz ausd. benefficiers les s'en admènent aulx lieux par eulx occupés, lesquelz y détiennent à grand destresse jusques à ce que les ont baillé tout ce que lesd. ennemys leur
demandent, les faisant ranssouner tout l'entier payement de lad. afferme dont après n'ont de quoy pour satisfaire ausd. recepveurs. Si dict sçavoir et estre notoire que pour raison de ce dessus et le tout extirper, le seigneur de Bellegarde auroict dressé son camp et faict conduire sept ou huict pièces d'artilhierie devant la ville du Caria pour icelle abattre, que a esté une grand folle, ruyne et dégast aux diocésains dud. diocèse, non obstant quoy lesd. ennemys ont tellement despuys persévéré qu'ilz en font pire que jamais comme il est notoire et évident à tous les liabitans de ce pays. Et telle dict estre la vérité tant pour l'avoir ouy dire que luy mesme avoir veu. — G. Cartoms.
Du vingt sixiesme jour des moys et an susdits.
Anthoine Barat, de l'eaige de cinquante ans, baille pour le Eoy et seigneur du lieu de Seix, judicature de Rieux, tesmoing receu juré qui a deppousé par devant moy comme s'ensuict :
Enquis sur le contenu de lad. requeste et Intendit d'icelle a dict sçavoir et estre vray que durant les trobles les ennemys et ceulx de la relligion prétendue se sont emparés long temps auparavant des villes du Caria et du Mas d'Azilz, du Foussat, d'Artigat, Savarat, Guailhiaguet et })lusieurs aultres estans du diocèse de Rieux et illec commis infinité maulx, lesquelz continuant en ces derniers trobles se sont saisis d'aultres villes dud. diocèse comme Castex, Meras, Campaigue, Gabre, Camarade, La Peyrière, Monfa, Ciouras, Latour, Massabrac, La Caunhe, Marliac, Sainct Quirc, Lyssac, Canté, Sperce, Sainct Martin Doides, Brie, Magrin, Lanotz, Casteras, Montnesple et i^lusieurs. aultres estans ez envyrons d'icelles esquelz ont faict, commis et perpétré plusieurs meurdres de toute qualité de gens comme prebstres, curés, moynes, relligieux, pouvres paysans, femmes, iceulx faisant morir inhumainement, prendre et ravyr par force tout le meuble, bestailh, bledz, vins des pauvres gens et après brusler leurs maisons, brus- 1er les esglises, copper la teste aux ymaiges, prendre toutz les ornementz et calices, et en tirer les cloches et après les vendre et mettre en feu et ruyner les abbayes comme celles du Mas d'Azilz, Combelongue et l'abbaye de Lézat, et toutz les jours sont en armes parmy les champs et cachés dans les bois pour prendre et
admeurdrir et faire ranssonuer toutz les bons catholiques et crestieus qu'ilz peuvent trouver, et tiennent en telle crainte les ha,bitans dud. diocèse que personne ne auze trafficquer ny aller par les chemyns au grand préjudice de toute la république, et le dict sçavoir pour l'avoir veu et ouy et estre chouse trop notoire. Plus n'a dict. — Récollé a persévéré et sçait escripre.
Dudict jour.
Pierre Rocque, consul du lieu de Caujac, eaigé de 60 ans, tesmoing receu, juré, qui a dict et depposé comme s'ensuict :
Enquis du contenu de lad. requeste et Intendit a dict estre cliouse véritable que les ennemys et gens de la prétendue nouvelle religion ont tenu et occuppé les villes du Caria et du Maz d'Azilz et y ont faict l'exercisse de la nouvelle relligion despuis les premiers trobles qu'estoient l'an 1562, non obstant les edictz du roy sur ce faicts, sy ce sont emparés et saisis de quarante ou cinquante villes et villaiges dud. diocèse comme le Fossat, Savarat, G-ualIiiaguet, Artigat et plusieurs aultres où ilz estans ont faict cources tant de nuict que de jour et ont pilliés et saccaigés tous lesd. villaiges, bruslés toutes les esglises, prins et ruyné tous les ornemens et les cloches d'icelles, commis et perpétré une infinité de meurdres de toute qualité et condition de gens, mesmes les prebstres et curés, jusques à prendre et ravyr tout leur bien, et après tués et meurdris toutz ceulx qu'ilz ont peu apréhender jusques à suyvre les maisons, tellement que plusieurs d'iceulx curés sont esté constrainctz se retyrer ez villes fortes et habandonner leur bien qu'est cause que ne peuvent païer au Roy ny décimes, ny empromptz, et tiennent en telle crainte tous les habitans dud. diocèse que personne ne se auze voïager et trafficquer, d'aultant que lesd. ennemys, tant à pied que à chevailh, sont tous les jours parmy les chemins et bien souvent cachés parmy les boys, bien armés, portant chacun deux pistolez à feu.
Dict aussi que lesd. ennemys ont aussi ruyné les abbayes dud. diocèse, comme Calers, Combelongue, Lézat et aultres, tellement que par plusieurs foys lesd. ennemys se sont cachés parmy les boys estans près l'abbaye dud. Lézat, pour tuer et meurdrir led. Abbé lequel voyant la furie et raige a esté constrainct se retirer en
la ville de Tliolose, et causent lescl. excez que journellement ilz conTinectent, bruslemens d'esglises en plusieurs lieux dud. diocèse, ne se y faict, ne sélèbre aulcung service divyn, et telle dict estre la véritté. — Récollé a persévéré et ne sçait escripre.
Dud. jour.
Benoist du Rieu, consul du lieu de Caujac, eaigé de cinquante ans, tesmoing- receu, juré, qui a dépousé comme s'ensuict :
Enquis sur le contenu de lad. requeste et Intendit a dict estre vray que les ennemys et gens de la nouvelle relligion prétendue par force se sont saisis et emparés des villes du Caria, le Fossat, Savarat, Las Bordes, Lanotz, Clermont, Meras, Ciouras, Lobault, Castetz, Guabre, Artigat, Durfort, Calers, Sainct Ybars, Massabrac, Canenx et plusieurs aultres du diocèse de Rieux, où illec estantz, ont faict et commis une infinité de maulx, saccaigées et bruslées toutes les esglises desd. lieux et plusieurs aultres, si en ont tiré les cloches, commis et perpétré une infinité de meurdres tant de gens d'esglise que séculiers, pilliées leurs maisons et après bruslées, et si font journellement plusieurs cources tant de jour que de nuict grand nombre de gens bien armés, tant à pied que à chevailli, estans et demeurans sur les chemyns pour defïaire tous les pouvres* passantz et chemynans, se tiennent les pouvres liabitans dud, diocèse en telle craiucte que personne ne ause cheminer, ny trafiicquer, le recepveur particulier des décymes du Roy dud. diocèse uy ause aller ny envoyer aulcung commis pour lever desd. deniers pour ce que, incontinent, sont voilés, tués et meurdris. Les prebstres et aultres bénéfficiers dud. diocèse sont contrainctz pour sauver leurs vies soy retirer aux villes fortes et habandonner tout leur bien et béneffices. Si en ont tués plusieurs et admeurdris jusques à les aller quérir par leurs maisons au grand préjudice de la République et le dict sçavoir pour ainsin l'avoir veu et ouy. — Recollé a persévéré et ne sait escripre.
Dud. jour.
Pierre-Jehan Manauld, consul du lieu de Monjoy, judicature de Rieux, eaijé de cinquante ans, tesmoing receu, juré, qui a déppousé comme s'ensuict :
Enquis sur le contenu de lad. requeste et Intendit a dict sçavoir et estre vray que lesd. ennemys à grand force d'armes se Sont emparés et saisis des villes de Caria, Mas d'Azilz, Le Fossat, Gailhiaguet, Savarat, Lanotz, Clermont, Artigat et plusieurs aultres lieux estans dud. diocèse de Rieux, illec faisant les actes de leur relligiou, faisant courses de jour et de nuict et en grand nombre, tant à pied que à clievailh, bien armés, pourtans tous Lastous à feu. Si ont pilhés et saccaigés envyron de cinquante ou soixante villaiges, bruslées et pilhées toutes les esglises et houstées les cloches, tués et meurdris plusieurs prebstres et bénefficiers dud. diocèse. Si ont prins et saisis les fermiers, et par force et violance leur ont faict païer les assensementz et argent qu'ilz debvoient pour raison d'iceulx, et ont prins les bénefficiers dud. diocèse, tellement qu'ilz n'ont peu païer aulcunes décymes ny emprumptz, et sont esté constrainctz habandonner leurs biens et béneffices et soy retirer aux villes fortes, et non contentz de ce, se tiennent toutz les jours parmy les champs pour prendre et saisir tant de passantz qu'ilz peuvent trouver pour iceulx prendre et faire ranssoner; tellement que personne ne auze chemyner ny trafficquer. Si est ung grand dommage à toute la Républicque que le lieu du Mas d'Azilz où se tiennent la plus grand partie des ennemys que ne soit razé et abbatu car personne ne sy auze approcher à troys lieux pour raison des grandz excez, meurdres et saccagementz qu'ilz y font toutz les jours, non craignans personne du monde, d'aultant qu'ilz marchent en grand nombre et force, et telle dict estre la véritté par ainsin l'avoir veu et ouy. — Recollé a persévéré et ne sçait escripre.
Dud. jour.
Beneseich Guarrigues, consul du lieu d'Esperce, judicature de Rieux, eaigé de quarante ans, tesmoing receu, juré, a deppousé comme s'ensuict : Enquis sur le contenu en lad. requeste et Intendit a dict sçavoir et la véritté estre telle que lesd. ennemys et gens de la nouvelle prétendue relligion, despuys les premiers trobles qu'estoient l'an 1562, à grand force d'armes se sont emparés et saisis des villes du Caria, Mas d'Azilz, Le Fossat, Artigat, Gua- Ihiaguet, Durfort et plusieurs aultres et illec estantz ont faictes
et font journellement plusieurs courses tant de jour que de nuict, à grand nombre, bien armés, pourtans tous bastous à feu. Si ont pilhées ou saccaigées quarante ou cinquante villes dud. diocèse, bruslées les esglises desd. lieux, abbatus les ymaiges, tirées les cloches comme d'icelle de Durfort et aultres. Si ont tués et murdris une infinité d'hommes tant d'esglise que séculliers et iceux faict morir inhumainement jusques à suyvre les maisons des prebstres et curés desd. lieux pour iceulx tuer et meurdrir. Si ont prins et ravys tous leurs biens et se sont saisis de leurs fermes, lesquelz ont faictz ranssonner tout l'argent qu'ilz debvoieut ausd. bénefiîciers, de leurs fermes, tellement que aujourd'hui aulcun bénefificier ne se ause trouver en son béneffice, ains sont esté constrainctz de laysser tous leurs biens et béueffices et mandier parmy leurs amys et parentz.
Dict en oultre que lesd. ennemys ont ruynés les abbayes estant aud. diocèse comme l'abbaye de Lézat, Calers et Combelongue et par plusieurs foys se sont cachés parmy les boys estans aux envyrons d'icelles pour iceulx tuer et meurdrir. Si tiennent les habitans dud. diocèse en si grande crainte pour raison des meurdres exécrables que journellement ilz commettent que personne ne ause y tourner ny trafficquer. Si est ung grand intérestz et dommaige à tout le pays que led. lieu du Mas d'Azilz, auquel se retirent tous ceulx de la prétendue religion, ne soit abbatu et deffaict causant la infinité des maulx et saccaigemens qu'ilz font tous les jours car personne ne auze approcher dud. lieu à troys lieux. Et telle dict estre la véritté et le sçavoir pour ainsin l'avoir veu et ouy. — Récollé a persévéré et ne sçait escripre.
Du 27^^^ jour des moys et an susdits.
Jehan de la Tour, scindic du lieu de Grézac, diocèse de Rieux, eaigé de quarante ans.... Enquis sur le contenu de lad. requeste et Intendit d'icelle a dict sçavoir et estre vray que lesd. enneniys, gens de la nouvelle prétendue relligiou, à grand force d'armes se sont emparés et saisis de plusieurs lieux estans dud. diocèse, comme du Caria, du Maz d'Azilz, du Fossat, Savarat, Gualiaguet, Artigat et plusieurs aultres en grand nombre où illec ont faict
l'exercisse de leur relligion, contre les édietz du Ro)'. Si ont
bruslé cinquante ou soixante esglises... etc.. »
Le reste de la déposition est identique aux précédentes. Le témoin fait observer que les fermiers des biens ecclésiastiques doivent payer les dîmes aux Huguenots « à peyne d'estre pendus « et estranglés ».
Dud. jour.
Jean Delpuecli, consul de Marliac, âgé de trente ans, spécifie que les hérétiques ont : « ravy tout le bien meuble; bestailh, bledz, « vins des pouvres gens, et après, iceulx tués et meurdris... » II note « les grandz excez, murdres, pilheries, voUeries et saccai- « gementz que lesd. ennemis journellement perpètrent, que l'on ne c( treuve que gens tués et meurdris... ». Les ecclésiastiques n'osent résider : « car incontinent ilz ont à la veue lesd. ennemys comme « le lebvrier courant après le lièvre ».
Bertrand Medan, consul de Saint-Michel, judicature et diocèse de Rieux, âgé de trente ans.
Ce témoin remarque que les religionnaires ont « couppé la teste «.aux ymaiges » dans les églises, où ils ont commis aussi « mille « inominies ».
Ils ont attenté à la vie de l'abbé de Lézat et l'ont « volu tuer « et meurdrir, comme par plusieurs foys l'ayant attendu, ilz estant « cachés parmy les bois ». B. Medan appelle le Mas d'Azil « la « pépinière et norrice de toutz les meschans, volleurs et bandoliers ce de tout le paj'S ». Il serait bon que ce repaire fut « razé et ce abattu ».
Dud. jour.
Guilhaume Barcus, consul de la ville de Saint-Sulpice-Lézadois, âgé de soixante ans, détermine comme théâtre principal où s'exerce la cruauté des huguenots : Esperce, Savarat, le Mas d'Azil, le Caria. Dans le diocèse de Rieux, plus de prêtres pour célébrer les offices, d'ailleurs les églises sont « ruynées, pilhées et bruslées. » Plusieurs religieux des abbayes du diocèse ont été tués et meur-
tris, des femmes ont été violées. Les bois de « hault fustaige » dépendant de l'abbaye de Lézat sont brûlés et détruits. Le Mas d'Azil est un repaire de malfaiteurs.
Dud. jour.
La déposition de Jean Tilliol, marcliaud de la ville de Saint- Sulpice-Lézadois, âgé de soixante ans, n'offre aucune particularité notable.
I)u 28"^^ dud. mois.
Pierre Ferrère, syndic du lieu de Castaiguac, âgé de trente-deux ans, signale les mauvais traitements infligés aux moines : « comme « du pire ont faict à ceulx de Combelongue et Calers. »
Gi-ermain Ribalz, marchand, du lieu de Castaignac, âgé de soixante ans, classe le monastère des Salenques parmi ceux qui ont été grièvement atteints.
Dud. jour.
Dépositions de Pierre Lalobière, consul de Castaignac, âgé de 40 ans, et de Jean Guy tard, consul de Lacaugne, âgé de quarante ans : rien à relever.
Dud. jour.
François Severii, habitant de Daumazan, âgé de cinquante ans, spécifie que les religionnaires « tuent à grandz coups d'arque- « buses » les gens qu'ils rencontrent.
A la suite de ce témoignage on lit : « Les susd. tesmoingz « estans en nombre de vingt, leurs deppositions contiennent « trente-six feuilletz papier escriptz, comprins le présent, ont dict « et deppousé par devant nous commissaire soubz signé, escript( vaut soubz nous M^ Guilhaume Pelegrin, nostre clerc, comme à « plain est contenu en leurs dites deppositions. — En foy de quoy « nous sommes icy soubzsigné, ensemble nostre greffier : « Bayssière, /. général et commissaire susdit. »
2 août 1569.
Noble Pierre de La Roge, capitaine de deux cents hommes arquebusiers, c( pour le service de Dieu et du Roy », quarante-cinq ans.
Il dépose que : « despuys le commencement des troubles et « mesmes despuys que l'armée de ceulx de la religion conduictz « par le comte de Montguoméry passèrent par ce pays et dio- « cèse de Rieux s'en allant en Béarn pour lever le siège que « M"" de Terride, lieutenant pour le Roy, avoit mys devant la « ville de Navarreux en Béarn, qu'estoit tenue et occupée par « ceulx de lad. relligion, en passant faisant innumérables maulx, « massacres, bruslemens d'esglises, vioullemens de filles, meurdres, « boutemens de feu par les metteries des pouvres subiectz du Roy <i et mesmes des gens ecclésiastiques, se seroient ramassés une « grand troppe desd. de la relligion conduictz par ung que se « faisoit nommer cappitaine Vindrat et aultres quy par force se « seroient saisiz et emparés de plusieurs villes, fortz et grandz «metteries, mesmement des lieux de Loubauld... La Tour, « Guailliiaguet et metteries fortes, oultre le Mas d'Azilz, le Caria c( et Mazières, duquel Mazières se seroient emparés lesd. de la « relligion le lundi dixiesme jour de juillet dernier passé, tués et « admeurdris partie de ceulx quy estoient dedans tenans led. « Mazières pour et soubz l'obéyssance du Roy, desquelz lieux de « Loubauld, Le Caria, le Mas d'Azilz, Mazières et aultres lieux « par eulx tenuz et occuppés journellement faisoient cources, de c( nuict et de jour, se voullant emparer de la ville de Rieux, ville « cappitalle et principalle dud. diocèse, Montesquieu, La Bastide « de Besplas, Dalmazan, Las Bordes, Saverdun et aultres villes <i fortes et murées, pour d'illec tenir fort et mieux faire à leurs « plaisirs et voulleries, ausquelles obvier le deppousant avec i>artie « d'arquebuziers de sa compaignie, tant à la réquisition de mesc( sieurs du chappitre dud. Rieux que consulz et habitans d'icelluy, « seroict venu aud. Rieux où auroict demeuré par l'espace de « deux moys ou envyron, durant lequel temps lesd. ennemys ne c( faisoient que courir d'ung cousté et d'aultre jusques ez portes c( desd. villes de Rieux, Montesquieu et La Bastide et aultres lieux
a circonvoisins pour d'iceulx se emparer, pour ausquelles cources « obvier luy quy deppoiise et plusieurs aultres dud. Rieux, Monc< tesquieu, Daulmazan, se joignirent ensemble, se seroient assem- « blés en diverses foys, leur gardant de fère leurs maleureuses et c< dampuées entreprinses. Quoy voïant, led. Vindrac escripvit c( lettres aux bénefficiers dud. Rieux, mesmes au recteur de Maroc quefave que s'il ne luy envoioit quatre cens escuz qu'il luy « brusleroit sa metterie de Lugron, et de mesmes faisoit aulx « mettaiers des envyrons, les intliimidaut et menassant que s'ilz « paioient la dixme aulx bénefficiers, à aultre que à luy, leur « brusleroient leurs metteries, tellement que aulcung personnaige « ne leur ausoit contredire causant leurs forces ; et dict que lesd. « de la relligion estans esd. villes du Mas, Le Caria, Mazières, « Loubault et metteries par eulx occupées, auroient prins, ravys et « s'en emportés les fruictz décymaulx... etc.. »
Il signale comme lieux particulièrement rançonnés : c< Faillies, « Montagut, Guabre, Lanotz, Montnesplé, Pujagou, Artigat, Le c( Fossat, Ciouras, Martiuhac, La Peyrière, Meras, Lobauld, La c( Tour, La Trappe, Cantanhiac, La Bastide de Besplas, Daulmac( zan, Auguiac, Albigniac, Touare et Fornetz, Montberauld, La « Fitère, Le Plan, Sainct Martin de Doydes, Sainct Estienne « Desplas, Justinhac, Marliac, Drulhie, Gante, Orssas, Arboville, « Puydaniel, Moressac, Massabrac, Gualhiaguet, Aurivailh, « Saverdun... »
« Dict aussy sçavoir... que le jour Nostre Dame, au mois d'aoust c( dernier passé, led. Vindrac adverti que l'on avoit retiré quelques « gerbes des dismes de la metterie de ung nommé Menguiet de la « Rocque, dict de Peate, par despit auroict faict brusler cinq c( grands garbiers de bled et mis le feu en une metterie de Ogier « de la Failhe et s'en admené quinze ou setze beufz ou vaches « desd. La Roche et la Failhe aud. Loubauld, que ne leur ont « voiillu rendre que ne leur ayent paie plus que ne valloict led. « bestailh, et faict plusieurs aultres maulx... »
J^ud. Jour.
Pierre Lafont, sergent de la compagnie de deux cents arquebusiers, « soubz la charge de noble Pierre La Roge... », trente ans.
Il dit qu'après le passage de Tarmée de Mougonméry : « se « seraient assemblés en grandz troppes plusieurs de lad. relligion, « en armes, conduictz par ung que se faisait nommer le cappitaine « Vindrac, jadiz moisne de Lézat, aultres nommés le cappitaine « Bousquet, Lavailh, à main armée, se seroient emparés du lieu « de Loubauld, lieu fort et défensable, de Mazières, ville forte. » Il sj^écifie comme lieux rançonnés : «. les bénéfices de Pailhès, « Montagut, Guabre, Lanotz, Montnesple, Pujagou, Artigat, Le « Fossat, Ciouras, Martinliac, La Peyrière, Meras, Lobault, La « Tour, La Trappe, Castainliiac, La Bastide de Besplas, Dolmazan « Auguiat, Albinhiac, Touars et Fornetz, Montberauld, La Fitère, « Le Plan, Saint-Martin de Doydes, Saint-Estienne des Plas, « Justinhiac, Marlhiac, Drulhie, Gante, Castetz, Arboville, Orssas, « Puydaniel, Mouressac, Massabrac, Gualhiaguet, Aurivailh, c( Saverdun... »
Les églises sont brûlées « de manière que c'est grand pitié de ce les veoir en Testât que sont ». Il les a vues lorsque, avec son capitaine et sa compagnie, il est sorti « pour donner sus ausd. « ennemys ».
Dud. jour.
Sire Pierre Bernard Arbayssa, habitant de La Tour, cinquante ans.
Déclare qu'à l'occasion de passage de Mongonmery c< plusieurs c( de la relligion se seroient ramassés en ce cartier et diocèse de c( Rieux, principallement ung nommé Vindrac, jadis moyne de « Lézat, par voies oblicques, ayant dressé trois emboscades aux « envyrons du lieu de Loubauld, à main armée, se seroict emparé c( dud. Lobauld le mescredy 14™® jour du mois de juing dernier « passé, n'estant pour lors en nombre que quarante arquebouziers c( comme le suppliant (sic) dit sçavoir, qu'il estoit sur la porte dud. « Lobauld où il faisoit garde, et fust faict prisonnier et inhumayne- « ment blessé jusques à venir presque à la mort, et venu quelque « i)eu à convalescence et guérison, led. Vindrac et gens de la « religion l'auroient eslargi après leur avoir payé deux cents c( escuz de ransssou, et dict que despuis que led. de Vindrac et « aultres de sa suytte se feurent emparés dud. Lobauld, y veuoient
« plusieurs de la relligion, tant du Mas d'Azilz, de Montfa, du « Caria que aultres lieux, de fasson que parfois estoient plus de « six cents hommes armés, de bon équipaige... »
Il spécifie qu'étant lui-même fermier du bénéfice de Lobauld, au nom de l'éveque de Rieux, la présente année, et l'année précédente de celui de Labastide-de-Besplas, les hérétiques lui firent payer deux cents écus, — tiigné : Pey Bernât Arbayssa.
JJud. jour.
Sire Audinet de Carton, marchand, de Rieux, cinquante-cinq ans.
Après le passage de Mongonméry, Vindrac et ses partisans s'emparèrent c( du lieu de Loubauld, lieu fort et deffensable, à « moings de canon, de la ville de Mazères qu'estoit tenue soubz la « main du Roy, d'une méthérie appelée des Plas près de Durfort, c( Sainct-Martin de Doydes et aultres lieux circonvoisins, et ce au « commencement des fruictz de la présente année... »
« Dict aussi que le jour Notre-Dame au mois d'aoust dernier C( passé, sur le matin, certains de la compagnie dud. Vindrac sçai- « chant que Menguet de la Roque, dict Peate, et Ougier de la « Failhie avoient recuyli les fruictz desd. dismes de leurs mettec( ries avec les leurs, suipvant l'arrest de la Cour, seroient venus « esd. mecteries, par despict misrent le feu en cinq grandz gerbiers « bled estans en la metterie dud. Menguet, et firent brusler « entièrement, et d'illec en la metterie dud. La Failhie ou en c( firent brusler une partie, et non contentz de, ce en admenarent c( tout leur bestailh de labeur et aultre en nombre de vingt-cinq « chiefz... » Il le sait « pour estre sorty plusieurs fois en armes « avec le cappitaine La Roge pour garder que lesd. ennemys ne c( fissent tant de maulx... » — Signé : Audinet de Carton.
Dud. jour.
Barthélémy Baissière, chaussatier, de Rieux, âgé de quarante ans, dit que Vindrac, « avec une grand compaignie de huguo- « naulx » et « d'aultres de lad. religion », firent des ravages près de Saverdun, Gaillac, etc., dans les métairies et en diverses mai-
sous champêtres. Quand ils avaient levé la moisson des sols à dépiquer, afin de la mettre « en leurs tanyères et retraites », ils brûlaient ce qui restait. — Signé : Bartliomieu Baxsière.
Dud. Jour.
Antoine Carrière, sergent royal, de Rieux, âgé de quarante ans, fait la déposition suivante : « ... Le 4"'^ jour du mois de juillet, « luy que deppouse, acompaigné de Barthélémy Duplan, de man- « dément tant de IVP Pierre Laforce, cognome pour le Roy des « fruictz de l'évesché de Rieux, s'en allarent en la ville de Saver- « dun, Sainct Martin de Doydes, Sainct Estieune Desplas, Juste tinhac, Marlhiac, Orssas, Drulhie, Brie, Durfort, Sainct Estienne « d'Arbouville, Canté, Castetz et aultres béneffices deppendens de « l'évesché de Rieux et chapitre dud. Rieux, tant pour iceulx « arrenter que iuthimer aux parrochieus desd. béneffices de recol- <.( liger les droictz de décimes des grains qu'ilz lèveroient en leurs « terres avec les leurs, comme estoit porté par l'arrest de la cour « de parlement de Thoulouse, où estans ne treuvèrent personne « que auzast arrenter lesd. béneffices, ains disoient que encores ce que on leur donnast ne les vouldroient recollyer de crainte que « les hugonaulx ne leur bruslassent leurs biens, car ainsy le leur « auroient mandé et dict les hugonotz qui se tenoient aulx envyc( rons et se retirèrent en une metterie du seigneur de Saint « Martin de Doydes, à Durfort, à Justignac et aultres maisons « fortes des envyrous dud. Saverduu, entre aultres ung nommé le « cappitaine Bosquet et aultres de la relligion estant en grand « nombre quy ne cessoient de courir, prendre et ravyr les fruictz « desd. benefficiers, tellement que led. Duplan ne auroict treuvé (( aulcung que voloist arrenter aulcung desd. béneffices or moingz « [sinon] le beneffice de Orssas à ung nommé Arnauld de Jehan « que après avoir recolligé les grains et foins, led. capitaine Bosc( quet avec ses huguenotz le constitua prisonnier et luy fist « payer led. arrentement avant que de sortir, et néanmoings s'en « apportaient toutz les grains et admenarent le bestailh et de « mesme ont faict aulx aultres ])eneffices des envvrons... »
Dud. jour.
W Arnauld Ruffat, escollier, habitant de Rieux, âgé de trente ans, expose qu'il accompagnait Laforce, économe pour le Roi des fruits de l'évêché de Rieux, lors de l'arrentement des bénéfices. Il spécifie que Vindrac prit successivement Loubauld, Meras et Latour et qu'il circulait « plusieurs lettres sça et là » de ne point payer les dîmes et que lui, Vindrac, se chargeait de faire enlever les fruits décimaux des sols et des champs.
Dud. jour.
Bernard Fitte, cardeur, de Rieux, âgé de trente-cinq ans. En compagnie de Philippe Cabié, trésorier du chapitre de Rieux, il se trouvait avec Laforce au moment de l'arrentement des fruits décimaux de l'évêché. A Justignac et à la métairie des Fias, appartenant au seigneur de Saint-Martin.-Doydes, il a vu les huguenots enlever les gerbes, les faire « battre et despicquer et en « faire à leurs plaisirs et voullontés ». Par ses incursions et ses incendies, Vindrac c( a presque tout ruyné led. pays ». — Signé : Bernât Fite.
Guilhem Fitte, cardeur, de Rieux, âgé de trente-trois ans. Il avait été mandé par « M'"'^ du vénérable chapitre de Rieux » pour aller recueillir les dîmes à Ganté, nul autre n'osant l'entreprendre. Les religionnaires disaient aux paysans que s'ils payaient les ecclésiastiques, eux, huguenots, leur « coupperoient la gorge et c( brusleroieut leurs maisons et metteries ». Les hérétiques ont enlevé blé, seigle, avoine « et pour n'y rien laisser s'en ont c( apporté les foins et pailhes ». Fitte avait « recolligé » les fruits décimaux de Ganté : le capitaine Lavailh les lui prit cependant et essaya d'emprisonner Fitte lui-même ; mais « par voies oblicques », celui-ci « treuva moïen leur eschapper et se retirer à la ville de Saincte Gabelle ». — Signé : G. Fitte.
Du tiers jour dud. mois et an.
Sire Garles Bourgau, consul de Montesquieu-Volvestre, âgé de soixante ans, atteste les manœuvres de Vindrac qui voulait s'em-
parer de Rieux « pour tenir bon contre le Roy ». — Signé: Caries
BOURGAU.
Dud. jour.
M® Françoys de Mauvoysin, arbalétrier, de Montesquieu-Volvestre, âgé de quarante-cinq ans. (Rien à relever.) — Signé : Fraucès Mauvesin.
Dud. jour.
Pierre Blessebois, consul de Montesquieu-Volvestre, âgé de trente-six ans. Au sujet des entreprises des huguenots contre Rieux et Montesquieu, il dit qu'ils n'ont pu parvenir à s'en emparer ce pour la bonne garde des cappitaines et habitans d'icelles » villes ; mais, ajoute-t-il, ils ont brûlé « une mecterie dicte de « Mottes et aultre mecterie appartenant à M^ Jehan Maylin en la « juridiction dud. Montesquieu, par despict de ce qu'ilz avoient c( laissé récolliger quelques gerbes des dismes esd. metteries au « sol sive hère desd. metteries, et s'en admené les métadiers pri- « sonniers pour les faire ransonner ».
Georges Cardonne, boucher, de Rieux, âgé de trente-huit ans, classe Saverduu parmi les repaires des huguenots.
Du 4^"'^ jour dud. mois.
M® Pierre Pellecœur, couturier, de Rieux, âgé de cinquante-cinq ans. (Rien à relever.) — // signe ; P. ff .
Dud. jour.
M® Géraud Peysson, couturier, de Rieux, âgé de soixante ans, spécifie ce qui arriva lors de la prise de Loubauld. Vindrac fit massacrer « partie de ceulx qu'i[l] auroict treuvé dedans et tenus « les aultres prisonniers. » Il connaît ces faits par Bernard Arbayssa, « qui y fust prins et blessé. »
Dud. jour.
Bernard Labat, de Canté, âgé de trente-sept ans, nous apprend le lieu d'origine de Vindrac : Gaillac-[Toulza]. A propos du
capitaine Lavailh volant les grains dans le territoire de Canté, il dit que ce personnage agissait « sans avoir craincte de Dieu ny de « personne. » Comme B. Labat ne sait pas signer, Jehan Pellecœur et Anthoine Guarrigues, de Canté, l'assistent en sou témoignage.
Dud. jour.
Antoine Lagarde, de Brie, diocèse de Rieux, âgé de trente-huit ans. Il spécifie les lieux ravagés par les capitaines Bosquet et Lavailh : Justignac, Esplas, Orssas, Drulhie, Canté, Marliac, Castetz, Saint-Etienne-d'Arbouville. C'est lui qui a retenu la plaisanterie des huguenots disant, en face des dîmes, « qu'ils c( estoient evesques, chanoines, recteurs... ». — A. Lagarde ne sachant écrire est assisté de Paul Daragon, fustier, et de Barthé- Xemy Pujol, chaussatier, de Rieux.
Jean Paul Castetz, habitant de Lissac, âgé de quarante ans. — Jehan Antinhan, sergent royal, de Rieux, âgé de trente ans. (Rien à relever en leurs dépositions.)
Dud. jour.
Firmin Cazarré, de Rieux, âgé de quarante-cinq ans, nous apprend que M*' de Mothes fut emmené prisonnier à Loubauld et mis en liberté, après avoir été détenu quelques jours, moyennant 80 livres de rançon.
A la suite de cette déposition, on lit : « Les présentes inquisi- « tions contenant les deppositions de vingt témoingz, escriptes en ce vingt feuillets papier, ont esté faictes par nous lieutenant et « commissaire susdict, escripvant soubz nous Barthélémy Duplan, « bazochien de Rieux, les an et jours que dessus... En foy de « quoy nous sommes cy signés : Bayssière, lieut. gen. et commis- « saire... Duplan, ainsin signé. — Coppie extraicte à son original « et collationné par moy Duplan. »
22 août 1569.
Bernard Vignaulx, habitant de Rieux, cinquante ans, dit que les vicomtes « se mirent aulx champs despuis le Lauragois,
a venant au lieu de Mazères droit à Savardun, où passareut la « rivière de la lliège à gué, et d'icelle s'en vieudreut passer ez « lieux de Moressac, Gresac, Castaiguac, Gailhac, La Grâce-Dieu, c( Magrein, Esperce, Caujac, Caneux, La Tour, Batz, près la ville « de Rieux, droict au lieu de Montesquieu et firent leurs effortz « de prendre led. Montesquieu tirant grands eoupz d'arcabuzades « devès lad. ville, et d'illec s'en allareut à La Fitère, Saincte « Croix, Montberault, Montbrun, lieux de la diocèse de Rieux, c( et ont bruslé ung nombre infini de maisons et raeteries, les « bledz estans aux sols et hères, prestz à despicquer, saccagées et « bruslées trente ou quarante esglises, prins et admenés plusieurs « personnes ecclésiastiques, religieux et aultres tant qu'ilz en « pouvoient treuver, et ont commis et perpétrés meurdres infinis « et ruyné tout led. païs, pouvres paysans et aultre qualité de « gens, ny ont laissé bled, ny vin, ny bestailh, et tous les calices « et ornemens d'esglise s'en ont apporté, tellement que le pouvre « monde et peuple voyant leur furie estoient constrainctz aban- « donner tout leur bien et se sauver parmy les bois et ruysseaulx « comme pouvoient et aller mendier sa et là, et d'illec s'en sont « allés ez lieux de Valentine et Sainct Gaudens, Montréal de « Rivière, et iceulx sacaigés et pilhés, pendus et meurdris « plusieurs hommes et femmes, et d'illec au païs de Béarn pour « lever le camp du Roy nostre sire y estant... »
I^ud. jour.
Anthoine Carrière, sergent royal de la ville de Rieux, âgé, « comme a dict, de trente sept ans ou environ, tesmoing receu, « juré, a deppousé par devant nous commissaire susd. comme ce s'ensuict :
« Enquis et interrogé sur le contenu en lad. requeste par luy « leue et bien entendue, dict sçavoir et estre plus que notoire tant « à luy que aultres manans et habitans des villes et villaiges du « diocèze de Rieux, Tholose, que aultres circonvoisins, que ceulx « que on dict de la nouvelle religion prétendue, continuant et c( acoraellant {accumulant) les massacres, meurdres, assaultz de « villes, saccaigementz et bruslemens des esglises, prinses et et ravissemens des personnes et biens des ecclésiasticques et aultres
c( par cy devaDt faictz, que au commencement de ce présent mois
« d'aoust, an susd., mil cinq cens soixante neuf, le compte de
« Mongonméry aultrement dict Lorge, les vicomtes de Paulin et
« de Caulmont acompaignés de sept ou huict mil hommes de lad.
c( prétendhue religion, tant à pied que à cheval, bien armés, se
c( mirent aux champs despuis le païs de Lauragois jusques eu la
« ville de Mazères eu tirant droict à Savardun passarent la
« rivière de l'Ariège à gué, de tant que ne se sentoient assés forts
« pour prendre lad. ville pour la bonne garde et deffence qui se
ce faict en icelle, jour et uuict, par le capitaine Larouge avec sa
« compaignie estans en garnison pour le Roy n""^ sire en icelle
« avec les habitans. Et voyant lesd. de la religion que ne
c( pouvoient venir à leur meschant desseing, se sont mis et
Cl acheminés ez villes et villaiges dud. diocèze de Rieux, comme
« sont Moressac, Gressac, Castaignac, Gaillac, La Grâce-Dieu,
« Magrein, Esperce, Caujac, Caneux, Latour, Batz, villes et
« villaiges prochans et limitroffes dud. Rieux, et de faict, firent
« leurs efifortz de se emparer de la ville de Montesquieu etallarent
c( jusques au près des murailhes de lad. ville crians comme gens
« insensés : Sortes, grèges papaux ! et aultres oprobres, tirans
(i incessement plusieurs arquabuzades devès lad. ville. Touteffois,
c( par la grâce de Dieu, par la deifence que firent les habitans de
ce lad. ville, ilz n'eurent moïens de y entrer. TouteiFois lesd.
« ennemys bruslarent, pillarent et vollarent les meteries estans
« aux environs d'icelle, et aultre nombre de infinis maulx et
ce murdres, et passant oultre s'en allarent à la Fitère, Sainte
« Croix, Montberauld, lieux de la diocèze de Rieux et aultres
c( lieux dud. diocèze, et n'est possible à comprendre les maulx
ce qu'ilz ont faictz, singulièrement ont bruslé et profené plus de
ce trente esglises, bruslés les herbes aux hères sive solz où se
ce levoient les rentes d'icelles, comme avoient faict par cy devant,
c( de sorte et manière qu'est chose impossible aux bénéficiers et
ce recteurs d'icelle de pouvoir payer au Roy les décymes ordonnées
ce estre levées aud. diocèze, causant les massacres, sacagemens et
« choses susdites.
ce Causant ce dessus et d'alhieurs qu'ilz ont prins, ravy et s'en ce apporté tout ce qu'ilz ont peu treuver esd. esglises comme sont
« ornemens d'icelles, calices, chandeliers, fornymeus de lampes, « voire jusqnes aux lames sive bares de fer que soubstiennent les c( portes desd. esglises, et après le feu, et les pouvres paysans des « envyrons constrainctz à fouyr et vagabonder, se voyant c( destruictz et leurs biens bruslés, comme le deppousaut dict « sçavoir pour l'avoir veu et estre chose notoire et aussi pour « plusieurs fois estre allé pour requérir les recteurs, prieurs et « aultres bénefficiers dud. diocèze de payer au Roy, ou son « recepveur particulier à Rieux, les sommes à quoy estoient « tauxés; mais luy faisoient responce que trois ans sont passés « n'auroient jouy de leurs béneffices, et que le Roy prinse le tout « car les huguenaultz les en avoient gardés et bruslé tout.
«Et telle dict estre la vérité et le sçavoir pour les raisons susd. c( et pour estre chose notoire et manifeste à tout le païs. Plus n'a c( dict. — Recollé a percévéré et c'est signé : de Carrière, ainsin « signé. »
Dud. jour.
M^ G-ermain Falherii, praticien, de la ville de Rieux, âgé de vingt-sept ans, note que les huguenots ayant passé l'Ariège à gué, entre Saverdun et Sainte-Gabelle, n'osèrent attaquer Saverdun « pour la bonne garde et deffense que se faict en icelle, jour et « nuict, par le capitaine Larouge et sa compaignie et les habitans « d'icelle ».
Il ajoute : « Et n'est possible à l'homme de comprendre les « maux que lesd. de la religion ont faictz en passant par led. « diocèze tirant à Saiut-Gaudens... Et tellement ruyné et bruslé ce « païs que les pouvres habitans des lieux où ils sont passés sont « contrainctz d'aller vagabonder et mandier leur vie... », etc. — Signé: Falherii.
M^ Jehan Caplane, chaussatier, de Rieux, âgé de cinquante ans, expose que s'étant éloignée de Montesquieu, l'armée des vicomtes passa par La Fitère, Sainte-Croix, Montberault, Montbrun, Montardit. Camarade. Voici eu quels termes il dépeint les excès des religionnaires : « ...Ont, bruslé ung nombre infini de maisons et
«: raeteries, les bledz estans aux solz et hères prestz à despicquer, « sacquagés et bruslés trente ou quarante esglises, prins et c( admenés prisonniers plusieurs personnes ecclésiasticques, reli- « gieux et aultres tant qu'ils eu pouvoient treuver, et ont commis c( et perpétrés murdres infinis et ruyné tout led. païs, pauvres « paysans et aultre qualité de gens; ne y ont laissé bled ny vin, « ny bestailli, et toutz les calices et ornemeus d'esglises qu'ilz ont « peu treuver par toutes les esglises s'en ont aporté, tellement que « le pouvre monde et peuple voyant leur furye ont esté cons- « trainctz abandonner tout leur bien et se sauver parmy les bois « et ruyssaulz comme pouvoient, et aller mendier sa et là, et » d'illec s'en sont allés ez lieux de Montréal de Rivière, Valeutine, « Saint-Gaudens, etc.. jd. — Signé: J. Caplane.
Dud. jour.
W^ André Latapie, praticien, de Rieux, âgé de vingt-quatre ans, fait la déposition suivante : « ...Au commencement de ce présent c( mois d'aoust, an présent 1569, les comptes de Mongonméry, « aultrement dict le compte Lorge, les vicomptes de Paulin, « Monclar et Caumont, acompaignés de six ou sept mil hommes « de lad. nouvelle religion, à pied et à cheval, bien armés d'arca- « bouzes, pistollés, et aultres armes invazibles, se seroient mis « aux champs partant de Mazères pour s'en aller en Béarn lever c( le camp qu'estoit devant Navarrens pour le Roy nostre sire, c( soubz la conduite du seigneur de Taride et aultres, et seroient « passés en ceste diocèze de Rieux, bruslés, secaigés les villes et « villaiges par où sont passés, que sont : Moressac, Gressac, La « Grâce Dieu, Magrein, Gailhac, Esperce, Caujac, Castaignac, (.( Canenx, Latour, Batz, La Fitère, Sainte-Croix, Montardit, c( Montberault, Montbrun, Camarade, et plusieurs aultres lieux « dud. diocèse, tellement qu'ils n'y ont rien laissé que tout pilhé, « bruslé et voilé, tués et meurdris les pouvres habitans, et en avoir « admené tout leur bestailh et faict une infinité d'aultres maulx « exécrables jusques à se transporter aux hères et solz où estoient « les grains des pouvres gens et bénéfficiers prestz à despicquer, y « raetans le feu et à vray dire tout en ruyne, saccaigés et bruslés « plus de trente esglises, prins et en admenés plusieurs personnes
« gens ecclésiastiques et aultres, violé femmes et fillies, et plu- « sieurs aultres excez et insolances, tellement que les pouvres c( habitans desd. lieux et gens d'esglise ont esté constrainctz « abandonner et laisser tout leur bien pour sauver leurs vies et « aller mendier sa et là voyant la feurieur désordonnée et mentien « desd. de la religion.
« Si sont aussi passés ez lieux de Valentine, Saint-Gaudens, « Montreg[e]aude Rivière et iceulx saccaigés et pilhés, faictz plu- « sieurs meurdres tant par glève que aultreraent, faisant pendre « plusieurs hommes d'esglise et aultres. Si auroient faict leurs « elFortz de vouloir entrer à Montesquieu pour le saccaiger et « commettre massacres comme ont accoustumé; mais ne y peurent « entrer causant la defFense de cealx qui estoient dedans, et ont « faict pluisieurs aultres maulx que le deppousant ne homme « vivant ne sçauroit estimer. Et ce dessus dict sçavoir tant pour ce l'avoir veu et esté despuis en partie desd. lieux, veu la misère « desd. pouvres habitans que pour estre par trop notoire et mani- « feste à tous les habitans dud. diocèze et aultres lieux circou- « voysins. Et plus n'a dict. — Récollé a percévéré, et c'est soub- « zigné : Latapie. »
Dud. jour.
Martial Servat, baile de Rieux, âgé de cinquante ans, parlant des excès des huguenots dans les métairies, déclare qu'ils « n'y « ont laissé bled, ny vin, ne bestailh : non contens d'avoir beu ce c( que auroient peu, persoient les vaisseaulx à grandz coupz « d'aquabuzades, et tellement que le pouvre peuple voyant leur « furye estoient contraiuctz habandonner tout leur bien et se « sauver parmy les bois comme ont peu... » Il ajoute: « ... et le « dict sçavoir pour avoir veu passer ksd. ennemys auprès dud. « Montesquieu (il s'agit de l'armée de Mongonméry), et despuis a avoir esté sur partie desd. lieux bruslés, tellement que c'est ce grand pitié et crevé cœur à ceulx qui le voyent, dans la perte du « bien que y ont faict les habitants d'iceulx. Et estre vray... etc., « et ne sçait escripre. »
Dud. jour.
Guilliemot Vergés, marchand, de Rieux, âgé de trente-six ans, parlant des ravages exercés par les partisans de Mongonixiéry dans le diocèse de Rieux, dit qu'ils ont : « tout voilé, pilhé et bruslé, « tués et murdris les pouvres habitans et en avoir admenés leur « bestailh tant de labur que lane et faict une infinité d'aultres « maulx exécrables jusques à se transporter aux hères et solz des « pouvres gens et bénefficiers, met tans le feu aux gerbiers, et, à « vray dire, tout eu ruyne, saccagées et bruslées plus de trente « esglises, prins et en admené plusieurs personnes gens ecclésias- « ticqnes et aultres, viollé femmes et filhes et plusieurs aultres (i excès et insolances, tellement que les pouvres habitans desd. « lieux et gens d'esglise ont esté constrainctz habandonner et « laisser tout leur bien et sauver leurs vies voyant la feureur et « désordonné maintien desd, ennemys.
« Si sont aussi passés ez lieux de Valentine, Saint-Gaudens, c( Montreg[e]au et iceulx saccaigés et pilhés, faict plusieurs meur- « dres tant par glaive que aultrement, faisant pendre et estran- « gler pluisieurs gens tant d'esglise que aultres, etc.. Et est « grand pitié de voir les esglises, villes et villaiges, meteries et « maisons bruslées par lesd. de la religion eu s'en allant en « Béarn, sans comprendre ce qu'ils avoient cy devant faict. Et ce « dessus a dict le deppousant sçavoir pour en avoir veu la plus c( grande partie desd. lieux bruslés... » — Signé: G. Verges.
Du 23''^^^ jour desd. mois et an.
M^ Claude, maître sellier, de Rieux, âgé de vingt-sept ans, énumère comme les autres témoins les lieux que l'armée des vicomtes a ravagés. 11 ajoute que les huguenots : ce ont faictz, c( commis et perpétrés plusieurs larecins, pilheries, sacaigemens, « boutentz le feu partout, ont tué et meurdris une infinité d'hom- « mes tant ecclésiastiques que aultres sans avoir esgard à aulcung « eaige, bruslées et saccaigées les esglises de Caujac, Castaignac, « Massabrac, Montberauld et aultres jusques au nombre de trente « ou plus, et que pis est, non contens de ce, se transportèrent aux (( meteries et hères où l'on avoit recoligé les fruictz des dixmes
« des béneffices illec estans pour estre despicqués, et soubdain « metoient le feu partout, tellement que les pouvres bénefficiers « n'ont aultre moïen, pour aujourd'huy, de vivre, que céder à c( fortune et aller mendier, pour estre frustrés, par lesd. ennemys, « des biens que Dieu les avoit donnés et sont en telle perplexité, « n'ayant moïen de vivre, de quiter le tout et que le Roy ou ses « officiers praig'[n]ent leur bien pour estre payés des décymes; et « aultant en ont faict aux pouvres laboreurs habitans desd. lieux, « s'en ayant amené tout leur bestailh de labur et lane, bruslé « leurs bledz et meteries, viollé leurs femmes et filhes et tellement « procédé que c'est une i)itié de voir lesd. lieux bruslés et les c( pouvres gens esgarés... Et ce dessus dict sçavoir pour avoir esté c( ausd. lieux eu partie... Ne sçait escripre. Présent au recollement : « Domenges Daugas. »
Duel. jour.
M^ Jehan Tartanac, chirurgien, de Rieux, âgé de cinquante ans.
— Déposition identique aux précédentes. Le témoin ajoute des détails qui lui sont personnels : «... Et mesmes au deppousant « luy ont bruslé une meterie qu'il avoit et a au lieu de Batz, et « l'esglise dud. Batz et de Latour et aultres y estans, tellement « que les pouvres habitans ont esté coustrainctz habandonner le « tout^ et si Dieu ne y pourveoit (qui peult tout), seront cons- « trainctz laisser leurs terres incultes et à laborer, pour ce que « lesd. ennemys en ont admeué tout leur bestailh de labeur... etc. « Et a signée sa depposition : Jehan Tartanac ».
Dîid. jour.
M*^ Pierre Sainct-Lary, maréchal, de Rieux, âgé de quarante ans.
— Il déclare que les religionnaires que conduisait Mongonméry, allant en Béaru : « ont commis et perpétrés une infinité de larac( cins, pilheries, saccaigementz, boutans le feu par tout où ilz ce passoient, tué et admurdry une infinité d'hommes et femmes, « sans avoir esgard à aulcung eaige, bruslées et sacagées les « esglises de Caujac, Castaignac, Massabrac, etc.. » — Signé : Pierre de Sainct-Lary.
Dvd. jour.
Jehan Casties, « fauré », de Rienx, âgé de vingt ans, signale l'investissement de Montesquieu par les troupes de Mongonméry : « ... pour le vouloir prendre et saccager et tirer force coupz d'arca- « bouzades, comme il dict sçavoir pour ce qu'il y estoit dedans, et « d'illec s'en allareut à La Fitère, Montberaud, Saincte Croix, La (( Serre de la Voulp... » — Jean Casties, ne sacliant écrire, « bien « a faict sa merque ». -
Dud. jour.
M® Claude Spaladon, notaire, de Rieux, âgé de cinquante ans, fait une déposition qui corrobore les précédentes. Pour lui les maux causés au diocèse de Rieux, en cette année L569, sont « yrréparables ». — Signé : Spaladon, tesmoing.
Dud. jour.
Jehan de Lézat, marchand, de Rieux, âgé de vingt-sept ans, ajoute au tableau des « maulx ynnumérables » causés par les soldats des vicomtes, les traits suivants : « ... à voir ce qu'ilz ont (.( faict })ar les lieux où ilz sont passés, c'est une grand pitié et « cruhaulté inhumaine à ceulx qui l'ont faict, mesmes que les « pouvres habitans et métadiers n'ont aulcung accès ne démence rance esd. lieux sinon habiter en de petites cabanes que ont esté « coustrainctz faire... » Lorsque les huguenots mettaient le feu aux métairies et aux gerbes, ils disaient : Que c estoit aux papaux ! Le témoin connaît ces faits tant « pour avoir veu passer lesd. c( ennemys que aussi pour avoir desja esté sur les lieux bruslés ou c( partie d'iceulx... » — Signé : Lezat, tesmoing.
Dud. jour.
George Cardonne, boucher, de Rieux, âgé de trente-huit ans, fortifie par sa déposition celles des témoins précédents au sujet des ii infinis maulx » que les huguenots c< ont par cy devant faictz « et font journellement au grand détriment de la république et des « pouvres habitans dud. diocèze. » Quand il a raconté les excès des partisans de Mongonméry, il ajoute : a. Que à voir ce qu'ilz ont « faict par les lieux où ilz sont passés est grand pitié et cruhaulté
« inhumaine à ceulx qui l'ont faict pires que barbares ; mesmes « que les pouvres habitans n'ont aulcung accès ny deraeurance « esd. lieux sinon en de petites cabanes qu'ilz ont faict pour (( demeurer au couvert... ». G. Cardonne connaît les faits qui remplissent sa déposition : « pour avoir veu passer lesd. ennemys «. et pour despuis avoir esté sur partie des lieux bruslés... ». — Il ne sait écrire.
Du 24*^^ jour desd, mois et an.
W Pierre Pellecœur, couturier, de Rieux, âgé de cinquante ans, s'exprime en ces termes : «... Estre notoire que ceulx de la « nouvelle religion continuant les massacres par eulx cy devant « faictz, le penultiesme et dernier jour du mois de juillet et « premier de ce présent mois d'aoust, le comte de Mongonmery « avec les viscomtes de Paulin, Caumont et de Montclar conditeurs « desd. de la religion, seroient partis de Mazères jusques au « nombre de six à sept mil, que cavallerie et enfanterie, bien « armés et ecquippés d'arcabuzes et pistollés, pour s'en aller en « Béarn lever le siège qu'estoit devant Navarrens pour le Roy « nostre sire, soubz la charge du s"" de Taride et passant par led. (.( diocèze, à Moressac, La G-râce Dieu, Magreing, Caujac, Esperce, « Castaignac, Canenx, Batz, Latour, et vouloient prendre d'assault « Montesquieu, Arguaing, La Fitère, Monberaud, Sainte Croix, ce Montardit et j)luisieurs aultres villaiges que le deppousant ne « sçauroit dire, ausquelz lieux n'ont rien laissé, ains tout pilhé, « bruslé et saccaigé meteries, maisons, tué et meurdry plusieurs c< hommes et femmes, s'en admené leur bestailh et aultre bien, « tellement que pour le présent n'ont de quoy vivre ne où c( demeurer, de tant que lesd. ennemys ne leur ont laissé ne pain, « ne vin, demeurance, ne bestailh, ains tout bruslé et voilé, c( comme le deppousant dict s(?avoir pour avoir esté ausd. lieux.
« Dict en oultre que lesd. ennemys se faisant conduire par les « paysans aulx meteries et solz où l'ont avoict retiré les fruictz « décimaulz des béneffices desd. lieux, où estant, prenoient et « pilhoient tout ce que bon leur semblait, tuoient les hommes et « femmes y estans, et après métoient le feu partout, comme dict « sçavoir pour avoir veu lesd. bruslemens.
« Dict en oultre, que en continuant lesd. meurdres, saccaigec( mens et volleries, auroient ilz bruslé et voilé plus de trente c( esglises dud. diocèze, comme sont les esglises desd. lieux de t! Caujac, Castaignac, Massabrac, Montardict et aultres que le « deppousant ne sauroit dire, ne nommer, etc. »
Dud. jour.
Reymiez de Massie, natif et habitant de Rieux, qualifie la ville de Montesquieu « ville forte et riche ». Il fait une déposition semblable aux précédentes et a été un témoin oculaire. — Signé : R. Massio.
Dud. jour.
Cizi Cazarre, maître serrurier, natif et habitant de Rieux, âgé de vingt-sept ans, spécifie les meurtres d'hommes, femmes « et t( petitz enfens ». — Ne sachant écrire, il fait sa marque ordinaire,
Dud. jour.
Firmin Cazarre, habitant de Rieux, âgé de quarante-cinq ans, dit savoir : c( que au mois de juillet dernier passé, les huguenaultz « soy disant de la religion se tenans au Mas d'Azilz et Monfa « seroient venus en grand nombre ez environs de la ville de « Damazan pour icelle surprendre, et s'en assaisir pour voiler et « meurdrir les habitants dud. lieu, ce que ne peuvent [pouvant] « faire bien s'en allarent à l'hère sive sol que on dict le « sol de la rente où le dépousant ayant charge de l'écognome « commis par le Roy notre sire au régime et gouvernement de « l'évesché de Rieux avoict faict charroyer tous les grains, gerbes « de bledz, seigles et oyes provenus â la part de l'évesque, pour « iceulx faire despicquer, pour après iceulx vendre pour païer « au Roy ou à ses recepveurs généraulx ou particuliers les sommes « tauxées sur lad. évesché tant pour les décymes que empromptz c( faictz sur le diocèze de Rieux, comme aussi avoict faict le « recteur dud. lieu; de quoy advertis lesd. ennemys se seroient c( retirés en lad. hère, sive sol et auroient mis le feu aux gerbes, et « non contens de ce, serchoient le deppousant et estivandiers pour c( leur couper la gorge, et de faict firent brusler tous les gerbiers
« estans en lad. hère où pouvoict avoir trois cens cestiers de
« bled... ».
Le témoin raconte ensuite les excès de Tarmée de Mongonméry et énumère les lieux dévastés : « lesquelz lieux, » dit-il, « ont « totalement ruynés, bruslés les maysons et meteries, forcé et « viollé plusieurs femmes et filhes, tué et admeurdry les })ouvres >i laboreurs qui leur ausoient remonstrer et se plaindre de la « désordonnée charge que leur donnoient, s'en admené tout le (( bestailh tant de labeur que aultre, ne leur laissant bled, ny vin, (( pour ce que ont rais le feu en leurs gerbiers et maisons, ne leur « ayant laissé rien en ce monde pour vivre, ayant tout des- « robe, etc. ».
Les religionnaires prenaient les paysans « et à peyne d'estre « pendus les faisoient amener et conduire la part où se batoient et « recolligeoint les fruictz des recteurs, bénefiiciers et aultres (( ecclésiastiques, et estans ez meteries et solzs/zJe hères où estoient « lesd. fruictz, après avoir prins et pilhé tout ce que y estoit, « metoient le feu aux gerbiers et meteries, etc. ».
Au sujet de la destruction des églises, le témoin dit avoir vu une partie des églises ainsi ruinées et brûlées, notamment « les « esglises de La Tour, Castaignac, Caujac, Massabrac, que à les « voir c'est grand pitié eucores à ceulx qui les voyeut... » — S/(/né : F. Cazare.
J)ud. jour.
Jehan Antignan, sergent de la ville de Rieux, âgé de trente ans, déclare qu'à voir les églises détruites et en cendre « il n'y a cœur c( d'honmie qui ne gémysse et plaigne le domaige... » — Si^né : J. Antignan.
Dud. jour.
Guilhem Modoix, mangenier de la ville de Rieux, âgé de quarante-cinq ans, a vu Mongonméry et ses partisans passer l'Ariège entre Saverdun et Sainte-Gabelle, car en ce moment il se trouvait « aud. Saverdun pour vendre huyle ». — « Dict aussy que « lesd. ennemys ])assarent aux lieux de Moressac, Gressac, La « Grâce Dieu, Magrein, Gailhac, Caujac, Esperce, Castaignac, « Massabrac, Canenx, Batz et aultres lieux dud. diocèse et en
« iceulx passans auroient pillié, voilé et bruslé plusieurs maisons « et meteries desd. villaiges jusques à ny laisser rien, raesmement « tués, meurdris prebstres et aultres que bon leur avoit semblé... » Ils ont c( f\iict pluisieurs aultres niaulx infinis que le deppousant « ne sçauroit dire, uy expécifier, pour le faict estre si grand, et c( dict sçavoir ce dessus pour l'avoir veu, ayant veu la trasse desd. « ennemys, et ce pour se retirer en la présente cité de Rieux de « crainte de les rencontrer eu aultre part, et pour avoir entendu « les plaintes et doléances des pouvres hommes et femmes desd. « lieux. Dict aussi avoir veu et estre notoire que les esglises de « Caujac, Castaignac, Massabrac auroient esté bruslées par lesd. c( ennemys et que environ le jour qu'il })assoit par lesd. lieux c( qu'estoit le tiers dud. mois d'aoust, le feu se y tenoict... » — Signé : G. Modoix.
« Les susdictz tesmoings en nombre de vingt contenent les c( deppositions escriptes en vingt-sept demys feuilhetz pappier, le « présent inclus, o"n dit et depposé par devant nous commissaire (.( soubz signé, comme a plain est contenu en leurs deppositions. « — En foy de quoy nous sommes icy signés, ensemble nostre « greffier : Boissière, /. général et comtnissaire susdict. Duplan, « clerc escripvant soubz led. seig^ corn^'^.
a Coppie par moy susd. Duplan tirée de son original deuement (.( collation née : Duplan. »
(Arch. de la Haute-Garonne, évêché de Rieux.)
Entreprises des huguenots du Mas-d'Azil SUR Saint-Lizier.
Menacés par les huguenots dn comté de Foix, notamment par ceux du Mas-d'Azil, en 1560 et 1561, les habitants de Saint-Lizier sont entrés en de grands frais afin d'assurer la sécurité de leur ville. Pendant plusieurs mois ils ont pourvu à l'entretien de leur garnison, et lors des troubles de Toulouse, au mois de mai 1562, leur évêque Hector d'Ossun a levé deux mille hommes destinés à secourir cette ville : cette troupe a vécu pendant quelque temps aux dépens des habitants
de Saint-Lizier. Pour ces motifs, les États sont priés d'accorder une indemnité.
Au cours de notre enquête sur Les Huguenots en Comminges nous avons été amené à constater le zèle d'Hector d'Ossun pour sauvegarder Saint-Lizier de toute surprise '. On trouvera dans les pièces qui suivent l'écho des louanges que les habitants du Couserans ont données à plusieurs reprises à leur vigilant prélat. Combien de soldats H. d'Ossun amena-t-il à Toulouse en mai 1562 ? Certains historiens disent quatre mille -. Notre document donne deux mille ; ce chiffre nous paraît plus probable. On sait d'ailleurs que le Parlement, après avoir provoqué cette levée de troupes, les remercia et les fit disperser, leur présence à Toulouse étant devenue inutile.
1". — Requête des consuls de Saint-Lizier AUX États de Comminges.
A messieurs les gens des Troys Estatz du pais et comté de Comenge.
Supplient humblement les consulz et scindic de la cité de Saiuct Lezé que estans envyronné^ de gens de la nouvelle religion par plusieurs pars, mesmes de la ville de Foys,.Mas d'Azilz, que aultres estant parmy les fourestz, gens céditieux, leur seroit convenu de faire résistance et donner ordre que telles gens n'eussent puissance sur eulx, ny la ville et cyté de si grand renommée fust mise en leur subiection et obéissance, par le moyen de quoy auroi[en]t faict plusieurs réparations, dépenses tant pour les gens que le révérend père en Dieu l'évesque de Couserans, du mandement de nosseigneurs de Parlement auroit assemblé en ladite cité que aussi pour raison des centinelles et garde des portes que n'a esté sans grandz fraiz et coustange, le tout aux despens de la
' Voy., op. cit. : Introduction et pp. 92-93.
^ « Les catholiques ayant reçu par là des secours suffisans, le Parlement « refusa celui de quatre mille hommes de pied qu'Hector d'Ossun, évêque de « Couserans, avoit assemblé dans son diocèse et qu'il avoit amené jusqu'à « quatre mille de Toulouse, et, après avoir remercié ce prélat, il lui fit dire « qu'il n'avoit pas besoin de ses troupes. » — V. Histoire générale de Languedoc, t. XI, p. 391.
« L'évêque de Coserans accompagné de quatre mille fantassins ou environ « qu'il avoit assemblés à toute diligence [se rendit à Toulouse]. Il fut reçu en « grand honneur par les délégués de la cour [de Parlement] et les capitouls, le « gratifiant à son entrée de cet acte tant mémorable et opportun, n'ayant rien « épargné au besoin, comme bon prélat, pour la défense de son troupeau, sans « sans s'arrêter aux abois et embûches des mécréants. » — Voy. : Les troubles advenus en la ville de Tolose Van 1562, réimpression d'Aug. Abadie, p. 111.
pouvre cyté laquelle entre aultres c'est montrée victorieuse contre tel calibre de gens comme verrez par le rolle cy attaché et certificatoire du cappitaine Villeneufve ordonné en lad. cité. — Ce considéré..., etc.
2°. — Certificat du capitaine Villeneuve, en garnison A Saint-Lizier.
Nous, Arnauld Crustans, cappitaine Villeneufve, cappitaine pour la foy en la cité et diocèse de Couserans, à tous ceulx qui ces présentes verront, sçavoir faisons et attestons que pour raison des troubles, séditions, rebellions et entreprinses faictes par les huguenaulx se estans emparés de plusieurs pays, villes et villaiges de la France, mesmes en la comté de Foix, où une partie des forces desdictz huguenaulx c'estoit retirée, lesquelz s'estans montrés enemys du Roy nostre syre, se seroynt aussi déclarés ennemys capitaulx de lad. cité et auroyent envoyé plusieurs lectres missives deffiant le révérend père en Dieu Mons"" l'evesque de Couserans et les habitans de ladite cité, et par plusieurs entreprinses auroyent taché de surprendre et iuvader ladicte cité de nuict; mais que par une bonne diligence tant dudict seigneur evesque que de nous et desdictz habitans, que aussi estans renforcés de cent soldatz desquelz ledict seigneur evesque nous auroyt fornys et iceulx soldoyés et agaigés, et ayant aussi led. s'' evesque et habitans de lad. cité avec grandz frais et despens faict rondes et sentinelles, bonnes gardes' aux portes, aurions si tellement faict avec l'aide de Dieu, que tant lad. cité que aussi les aultres villes et villaiges de l'envyron sont demurés sous l'obéyssance du Roy et de l'Esglise catholique romaine, et ayant aussi led. s'' evesque faict assembler deux mille hommes en armes ou envyron, dans lad. cité de Sainct Lizier, pour donner secours à la ville de Tolose en vertu des lettres à lui envoyées par la court de Parlement, au temps de la sédition faicte audict Tholose, ladicte compaignie de deux mille hommes auroyt séjourné en lad. cité où y auroict faict de quatre à cinq cens liv. de despens aux habitans de lad. cité...
14 janvier 1562 [uouv. style 1563].
Villeneufve.
Du mandement dud. s*" cappitaine :
Samson.
3", — FnAIS SUPPORTÉS PAR DKS HABITANTS DE SaINT-LiZIER. —
H. d'Ossun et la sédition de Toulouse.
Déclaration des fraiz et despeyis, domaiges et intérêtz souffertz et portés par les consulz, scindictz, manans et habitans de la cité de Sainct-Lézer despwjs la /este de Noël 1561 jusques à présent, pour garder et maintenir lad. cité soubz l'obéissance du Roy allencontre de ses ennemys kereticques.
Premièrement pour ce que lad. cité de Saint Lizier est ville cappitale de la diocèze de Cozerans et ville de garde, forte de tours, bolvars et murrallies, les ennemis du Roy et héréticques estans saisis des villes de Foix et du Maz d'Azilz prochaines de lad. cité, ayant entreprins et conspiré de prendre et saisir lad. cité de Sainct Lizier et la ouster de la oubéissance du Roy, le jour de Noël dernier passé eut ung an, la nuyct close, une troppe desd. héréticques armés d'arcabouses et autres armes seroient venus auprès des portes et murralhes avec une escalade, et estans descouverts se seroient retirés, au moyen de quoy le seigneur evesque de Cozeraus auroict dressé garnison en lad. cité de cent souldars arcabouziers soubz la charge du capp"" Villeneufve, et iceulx souldars faict loger entre les habitans de lad. cité, lesquels soldats y auroient demeuré l'espace de quatre moys faisans grandz frais et despens aux habitans de lad. cité, et pour les utanciles et service qui leur falhoit balher comme il est recquis et nécessaire, lesquelz despens ont cousté à lad. cité durand lesd. quatre moys la somme de 200 liv. ou environ.
Et pour ce que au temps de la sédition de Tolose la court de Parlement envoya lettres au susd. evesque de Cozerans pour les [leur] envoyer secours de tant de gens qui luy seroit possible, icelluy seigneur evesque à grand diligence auroict faict ses efFors et tellement qu'il assembla deux raille hommes en armes ou environ dans lad. cité de Saint Lizier pour les conduire aud. Tholose, lesquelz deux mille hommes séjournèrent en lad. cité et se lotjarent le moingz mal qui fut possible, et y eut de folle et despance en lad. cité 500 liv.
Lesquelz deux mille hommes allans aud. Tholose en compaignie dud. seig"" evesque et de plusieurs gentilshommes cappitaines, et
estans venus au lieu de Gratenx et La Fite, eurent contre mandement de la court de Parlement de Tholose de s'en retourner, à cause de quoy une grand troppe retourna aud. Sainct Lizier et y lotgea une nuyt qui leur fit de despense 50 liv.
Despuys lequel temps, puys ung an en sa, lesd. consuls ont esté constrainctz toutes les nuitz fore guet et ceutinelles par les tours et murailles de lad. cité et les rondes par la ville, tenants le feu allumé aux ceutinelles, mesmes le temps d'yver, et fornir de chandelles à ceulx qui faisoient la ronde et craignans d'estre surprins desd. ennemys estans à troys petites lieues de lad. cité, esd. lieux du Maz d'Azilz et Foix, et aussi en embûche aux forestz et montaignes fuitifz de divers lieux, qui leur a cousté 200 liv. ou environ.
En oultre ont tenus portiers en armes aux troys portes de lad. cité, sçavoir deux hommes à chascune porte, ausquelz ont donné de gaiges à chascun 5 1. le moys, montant 30 liv. pour chascun moys, lesquelz portiers y ont vacqué despuys ung an, montant lad. despence, à la part de la cité, 120 liv. et le seigneur evesque et son chappitre ont payé le surplus, pour ce, cxx liv.
Et d'abondant oût faict réparer et couvrir dix tours de lad. cité et haulcer les murralhes en aulcuns endroictz fère de bolvars et deffences qui ont cousté de cinq à six cens liv. comme appert par le rôle de lad. despense...
Et d'aultant que led. s^'' evesque ordinairement entretient led. capp°^ et soldatz despuys led. temps, (et plus grand nombre là où les aiïaires se présentent non seullement pour la tuytion de lad. cité et diocèse, mais encore de tout le pays et circonvoisins, là ou led. s^"" evesque est requis et apelé, le tout à ses propres despens et sans espérer aultre récompense que de Dieu avec volonté d'y exposer tout ce qu'il a en ce monde), aux fraiz et despens de plus de 20.000 livr. et que au regard du temps cecy ne prend fin, là où l'on peult assoir tel jugement que lad. cité n'est sinon en charge de fraiz insupportables. — (Les États de Comminges accordèrent 60 liv., à Saint-Lizier pour les dépenses faites lors de la sédition de Tholose.)
(Archives de Muret. — États de 1563.)