‹ Les Huguenots dans le diocèse de Rieux;Chapitre 6 sur 49 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Les huguenots de Mazères, Savekdun, Aignes, Gibel, et les

DIMES DE OaLMONT, SaINTE-GtABELLE ET MoNTGEARD.

Le 8 juin 1574, à Toulouse, dans la maison de messire Jean Olyve, chanoine de Saint-Sernin et syndic de ce chapitre, se présenta, accompagné d'un notaire, le procureur de Paul Caussidières, marchand de Montgeard et fermier des fruits décimaux appartenant audit chapitre. Ce procureur, nommé Guy Caries, praticien de Toulouse, parlant au nom de P. Caussidières, renonça à son contrat d'arrentement, puisque les huguenots de Mazères, Saverdun, Aignes et Gibel enlevaient déjà les fruits décimaux dans les paroisses de Calmont-lès-Mazères, Sainte-Gabelle et Montgeard. — Il déclare :

...Qu'il relauxe l'arrentement qu'il tient d'eulx [chanoines] du prieuré de Caulmont-lès-Mazères attendu qu'il ne peult jouyr [des fruits décimaux] obstant ces troubles, et pour l'empêchemeut que chascun jour font ceulx de la nouvelle opinyon que jà commencent de lever les fruictz, profictz et revenus dud. prieuré de Calmont que aultres lieux circonvoysins comme sont Montgeard..., Saincte Gavelle et aultres lieux catholicques que les rebelles de Mazères, Saverdun, Aignes et Gibbel lèvent comme terres tenans dud. lieu de Calmont, dans lequel il y a aussy troys fortz que ceulx de lad. oppinion tiennent comme sont Terre Cucques où le seigneur dud. Calmont se tient ayant naguyères prins les armes contre les catholicques, le viguier et le Roy. Au moïen de quoy, et que ceulx dud. Mazères ont arranté lesd. fruictz de Calmont à leur profict dont led. Caussidières ne peult aulcunement jouyr dud. arrentement, ny ne se treuve personne que y veuUe aller pour luy pour les lever, pour ce que ceulx dud. Mazères se sont j actes de tuer et massacrer tous ceulx qu'ils y treuveront pour lever les fruictz pour lesd. catholicques, ensemble de prandre leur bestailh comme ilz font journellement; au moyen de quoy ledict Caussidières est constrainct relauxer led. afferme et arrentement dudict prieuré de Calmont.

Paul Caussidières avait demandé la même annulation du contrat d'affermé en 1573, pour les mêmes motifs.

(Arch. des notaires de Toulouse. — Chapitre de Saint-Sernin. — Reg. de Puyméjean, not., ad annum.)

Les huguenots du Mas-d'Azil, Montesquieu,

CONTRAZY, LeSCURE, ETC.

Les communautés de Lescure, Mérigon, Montbrun, Contrazy, Montesquieu-de-Lavautès, etc., ont été pillées et incendiées en 1572 par les huguenots de Camarade et du Mas-d'Azil \ Le trésorier du pays de Comminges, Jean Roquade, constatait en 1576 qu'il ne recevait aucun denier de ces différents lieux : « A cause que les ennemys ont ruiné « les maisons des catliolicques, où lesd. catholicques n'osent habiter, « tellement que le pays s'est rendu inferlile\ » Voici une nouvelle preuve de l'état pitoyable où se trouvaient réduites ces malheureuses communautés à la date précitée. Dans le cahier de comptabilité de Jean Roquade on lit :

Montesquieu-de-La vantés et Contrazy : « ...Lesdits lieux sont « inhabitables, bruslés et ruynés par les ennemys... »

Lescure et Montbrun : « ...Lesdits lieux de Lescure et Montce brun ont esté batus de canon, inhabitables, bruslés, environnez « des ennemys... »

Saint-Sever-de-Rustaing : « ... Lad. ville est bruslée et n'y « habite personne ^ . . »

(Arch. de Muret : États de l'Isle-en-Dodon, 1576.)

Catherine de Médicis et Saverdun.

Lors de son voyage de pacification en Languedoc et au lendemain de la conférence de Nérac (janvier-février 1579), Catherine de Médicis, écrivant à son fils Henri III, l'entretenait en ces termes de l'état des affaires religieuses à Saverdun et des dispositions du roi de Navarre, le futur Henri IV :

6 avril 1.579 : ...Ma fille la royne de Navarre veint ledict jour seuUement coucher audict Agen, où je luy escripviz que je séjour-

^ Voy. Les Huguenots en Comminges, pp. 318 et suiv. 3 Voy. Ibid., p. 97.

3 Voy. Ibid., pp. 82-83.

nerois aiulict Valence vendredy dernier, comme je feis, affiu que je peusse voir avant ni'acheminer ])lus oultre, pour ce que mondict fîlz le rov de Navarre ne se veult acheminer à Casteluaudarry que Saverdun ne soit rerais, suivant vostre édict de pacifficatiou et articles résoluz en noslre conférance, et s'en va cependant à l'Isleen-Jourdain, où il meyne ma dicte fille et en ses aultres terres qui sont là à Tentour; mais s'il me tient promesse, ilz n'y seront pas long temps, car par vertuz des despesches qu'il veit que je feiz en sa présence, ledict jour de vendredy à plusieurs personnes, suivant son désir et ce qui avoit esté advisé par moy avec ceulx de vostre conseil pour le faict dudict Saverdun, j'estime que le sieur de Fonteuilles ^ qui est porteur desdictes despêclies et que j'ay commis de vostre part pour exécuter vostre édict de pacifficatiou et articles de nostre dicte conférance en ce païs-là, fera incontinant remettre, comme avons résolu, ledict Saverdun des main's de ceulx qui le tiennent en celles du sieur de Pailletz ^, gentilhomme fort catholique, qui le gardera jusques à ce que nous avions vuidé deux difficultez qui se trouvent audict Saverdun : l'un pour sçavoir à qui appartient ung temple qui a esté basty par les huguenots en une place publicque, des matières de l'église parochialle dudict Saverdun : ce que je ne veulx vuider qu'avec l'advis des président Daphis, advocat Duranty ^, et plus grande compaignye que celle que j'ay icy à présent de ceulx de vostre conseil ; l'aultre poinct est pour quelques ungs de la religion prétendue réformée qui ont loué des maisons dedans ledict Saverdun. Mais cependant nous sommes d'accord mondict filz le roy de Navarre et moy; et ledict sieur de Pailletz prenant la charge dudict Saverdun, comme j'espère qu'il fera suivant les lectres fort expresses et affectionnées que je luy en ay escriptes, et à ceulx qui ont pouvoir et sont dedans ledict Saverdun, nous serons, Dieu aydant, audict

' Sur Philippe de la Roche, baron de Fontenilles, gendre de Biaise de Monluc, voy. Les Huyuenots en Coraminges, p. 65, note.

'•' Biaise de Villemur, baron de Pailhès, gouverneur du comté de Foix, était fils de Jacques de Villemur, baron de Pailhès, et de Fleurette d'Armaignac.

^ Il s'agit de Jean Daffis, premier président du parlement de Toulouse, et de Jean-Etienne Duranti, capitoul en 1563, successivement avocat-général (1568) et premier président du parlement de Toulouse (1581), victime des fureurs de la Ligue toulousaine et massacré le 10 février 1589, âgé de 56 ans.

Castelnaudary dedans trois ou quatre jours, car j'yray aujourd'huy coucher à Thoulouse, où ne séjourneray qu'un jour ou deux que je ne m'achemine audict Castehiaudarry. Mondict filz le roy de Navarre s'y achemine aussy de sa part, par le costé de Muret, etc.

11 avril 1579 : ... J'ay envoyé le sieur de Cornusson \ et avec luy le sieur de Villambiz ^ devers ceulx de Saverdun, auxquelz j'ay aussy envoyé la déclaration dont il vous plaira veoir le double qui est encloz en ce paquet avec ceste-cy, affin qu'ilz remettent les villes dudict Saverduu et y laissent et souffrent exécuter vostre édict de paciffication suivant la résolution de nostre conférance, espérant en avoyr aujourd'huy de bonnes nouvelles; aultrement mon filz le roy de Navarre, qui est, comme je vous ay escript par ma dernière lectre, allé à l'Isle-en-Jourdain, n'en veult partir qu'il ne saiche ledict Saverdun estre remis.

Il y a aussy une petite ville appelé Muret, qui est à trois lieues d'icy sur la rivyère, par où il fault qu'il passe nécessairement pour venir à Castelnaudary. Ceulx de ladicte ville et aulcungs de ladicte relligion prétendue refformée priucipallement des principaulx serviteurs en Foix de mondict filz le roy de Navarre, se sont tant faict la guerre et sont si fort ennemis les ungs avec les aultres, que j'ay eu grande peine à fayre consentir aulx habitans dudict Muret de laisser })asser mondict filz le roy de Navarre par ladicte ville, encores craius-je bien qu'il y ayt du désordre, quelque peine que je mette d'y obvier et l'éviter, ayant ung merveilleux regret du temps quy se pert et du retardement que je veoy en nostre assemblé dudict Castelnaudarry où les députez sont arrivez ; et si je veoy que ledict Saverdun feust pour nous arrester (comme j'en ay grand peur), d'aultant que mon dict filz le roy de Navarre est résolu de ne passer oultre qu'il ne soit remis, je luy envoieray proposer dez demain de mander de venir du costé de deçà aux députez de Languedoc, affin de fayre ce quy reste de noz affaires, quy est priucipallement pour la parfaicte et entière exécution dudict édict de pacifiication et articles de la conférance audict

' Jean de la Valette, seigneur de Cornusson, Parisot, Montels, Lestang, sénéchal de Toulouse et Albigeois. — Voyez au sujet des sénéchaux de Toulouse qui ont appartenu à la famille de La Valette-Cornusson, VHistoire de Parisot, par M. Lombard.

- Sur les frères Villambits, voy. Les Huguenots en Bigorre, p. 14.

pays de Languedoc, et aussy pour la chambre de la justice d'icelluy païs; et plus tost retourueray-je à l'Isle-en- Jourdain, affin de gaigner temps.

{Lettres de Catherine de Médicis, publiées par le comte Baguenault de Puchesse, t. VI, p. 333.)

Trois ou quatre mois après ces missives les huguenots de Saverdun, unis à ceux de Pamiers et de Mazères, s'emparaient de Saint-Lizier en Couserans '.

1599. — 26 Octobre.

Attestation pouk Jean de Vaulvire,

ABBÉ DU MaS-D'AzIL ^.

Dans cette attestation consulaire « de non valoir » du bénéfice du Masd'Azil, on trouve un tableau saisissant de l'état où était le Mas-d'Azil à la fin du xvi*^ siècle. Le pillage de la florissante abbaye, notamment, avait été complet. Notre document confirme ce Mémoire pour les catholiques du Mas-d'AziP, dressé au xvii^ siècle, dans lequel on lit cette assertion énergique : « Presque tous ceux qui ont du pain à « manger au Mas ne sont devenus riches que des débris de l'église ».

Nous, consuls de la ville du Mas-d'Azil, au comte de Foix, juges ordinaires ez causes permises par l'ordonnance du roy audict lieu et juridiction, à toulz ceulx qui ces présentes lettres verront, salut.

Sçavoir faisons et certiffious, huy datte des présentes, a compareu par devant nous Michel Langlois, sieur de Bamentières, procureur et ayant charge de révérend père en Dieu messire Jean de Vaulvire, abbé et seigneur dud. Mas d'Azil, qui a dict que pour satisfaire à l'intention de Sa Majesté contenue en son édict sur le règlement des décimes faict au mois de janvier dernier passé, publié en sa court de parlement de Tholoze, le 16'' jour de juing, avoir besoing de certifficat et attestation de nous... pour luy servir où il appartiendra, sy trente ans sont et plus à cause des esmo-

' Voy. Les Huguenots en Comminges, p. 105.

- Jean de Vaulvire, abbé du Mas-d'Azil après Germain de Lévis, mourut en

^ Voy. Abbaye du Mas-d'Azil, par M. l'abbé David Cau-Durban (pp. 33 et passi7n).

tions et séditions des oruerres civilles intervenues au dedans dud. comté de Foix, tant par ceulx de la religion que aultres, lad. abbaye dud. Mas d'Azilz auroit esté entièrement dissipée, la plus grande partie des habitans tués et ruinés, leurs maisons bruslées et abattues non seulement en lad. abbaye mais aussy en toutz les membres qui deppendent d'icelle, et mesmes que durant la viollance des guerres et hostillittez lad. abbaye, maisons des abbés et relligieulx et aultres ediffices qui estoient très beaulx et de grande valleur auroient esté razées et desmolies en telle sorte qu'à présent il ne reste que la place où souloit estre lesd. ediffices, que à cause desd. domaiges, desmolitions et perte d'habitans quy ont esté en partie tués, les aultres fugitifz ez païs estrangers et mortz de faim, leurs maisons sont demeurées dessertes, de façon que le revenu de lad. abbaye est tellement disminué qu'il ne répond à la 3^ partie de ce qu'il valloit auparavant, d'aultant que les terres, vignes et aultres héritaiges sur lesquelz led. s'" abbé avoit accoustumé prendre le droict de disme auquel conciste tout le revenu de lad. abbaïe demeure en frische, sans labeur, ne porte aulcun fruictz; que le surplus des habitans demourés et escliappés desd. calamittez sont si pouvres qu'ilz n'ont aulcun moïen de remettre, ny moingz faire valoir le labouraige desd. terres, la nécessité y estant sy générale qu'à présent le peu de revenu qui reste en lad. abbaye et membres qui en deppendent est de cy peu de valleur qu'il ne peult satisfaire aulx charges d'icelle comme à la nourriture des relligieulx qui sont au nombre de tretze et deux novices, entretien des officiers, paiement des prédicateurs, rédiffication et entretènement desd. églises, ornemens et aultres choses nécessaires au divin service, que la despence et frais qu'il convient faire excède led. revenu, de sorte que le s"" abbé est constrainct d'employer du sien propre au lieu d'en retirer aulcune commodité, dont led. Langlois, aud. nom, nous a requis acte et à cest effaict eussions à ouyr et interroger les présans assistans et aultres qu'à ce faire seront requis.

Alhors par nous dits consuls ont esté appelles sire Martin Roques, scindic, Bernard de Jean, Gaspard Barthe, Bernard- Jean Rudelle, Jehan Jasse, Jacmes Barbe, Pierre Dorie, Blaize Lafont, Jehan Falanti, merchans ; m^° Jehan Guilhon, Daniel Monfalcon,

Dotaires, gens ancieus et prudhommes de lad. ville du Mas d'Azilz, Giiilhem-Pey Courtade et Paulhou Vergé, aussi anciens et prudhommes de Camarade, lesquelz enquis par nous sur ce dessus moyennant sèrement à nostre mandement preste, la main à Dieu lebbée, ont toutz unanimement et d'un commun accord dict et attesté :

Qu'il est très certain et véritable que le revenu de lad. abbaïe est à présent de peu de valleur et que par le moïen des guerres et hostillittés qui se sont commises aud. comté de Foix, 30 ans sont et plus, la plus grande partie des habitans ont esté meurtris et assassinés, leurs maisons desmolies et ruinées, que lad. abbaïe dud. Mas d'Azilz est située au dedans dud. comté de Foix et que le peu des habitans qui restent subiects et tenanciers de lad. abbaïe et membres qui en dépendent sont cy pauvres et nécessiteulx qu'ils n'ont peu, ny ne peuvent d'icy à longues années, se remettre et relepver desd. hostillittés et ruines, que la plus part ont esté constrainctz quitter leurs maisons et aller en pays estrangiers mandier leur vie, de façon que presque touttes leurs terres, vignes et aultres héritaiges sur lesquels on avoit accoustumé prendre droict de disme, qui est le seul bien en quoi conciste leur revenu, sont en frische, incultz et sans valleur, et qu'à présent led. arrentement ne revient au tiers de ce qu'il avoit accoustumé; joinct aussi que tous les temporels qui concistoyent en de belles pocessions et grands revenuz, domaines et héritaiges deppendans d'icelle, ont cy-devant esté vendus et qu'à présent il n'en reste aulcune choze; et que l'église de lad. abbaïe, maisons, bastimens et édiffices sont entièrement ruinés et rassés jusques à terre, comme aussi les autres maisons et granges, crives [cribles], treuilz et aultres estancilles où l'on avoit accoustumé faire récolte desd. fruictz, ont esté bruslés et emportés ; que par le moïen desd. desmolitions, ruines, hostillittés, meurtres, chairté des années et aultres incommodités survenues aud comté de Foix, à présent les charges et fraix de lad. abbaïe, pencions des relligieulx, gaiges d'officiers et autres frais annuels et nécessaires excèdent le revenu que l'abbé en peut avoir et que ce peu qu'il en rettire est avec grands frais et procès pour les indues occupations que plusieurs font de son revenu...

Faict au Mas d'Azilz, le xxvi^ jour du mois d'octobre 1599. — J. Garrie, consul; de Jehan, Johan Jasso, Montfalcon, Dorie, Barthas, J. Tailhefer, J. Grilhou, attestant; J. Falanty, Roques, scindic.

(Arch. de la Haute-Garonne : Évêché de Rieux \)

Demandes des catholiques du diocèse de Rieux.

La requête suivante, adressée, en 1623, par le sindic du clergé du diocèse de Rieux aux a commissaires depputés par Sa Majesté au bas et « hault Languedoc, pays et comté de Foix, pour l'exécution de l'édict « de pacification w, nous révèle les désirs légitimes des catholiques rivois. Entre autres souhaits, ils formulaient celui de rentrer en possession des églises et cimetières que les huguenots leur avaient confisqués. Les matériaux de plusieurs églises démolies étaient entrés dans la construction des temples de la religion nouvelle : les catholiques revendiquaient matériaux et emplacements usurpés.

Supplie humblement le scindic du clergé du diocèse de Rieux qu'au dict diocèze, despuis longues années, les lieux de Saverdun, Le Caria, le Mas d'Azilz, Les Bordes, Sabarat, Camarade, Guabré, sont ocuppés par ceulx de la Religion préthendue réformée et en iceulx les esglises, chapelles et maisons apartenantes aulx ecclésiastiques ont esté desmolies, bruslées et sacaigées. Iceulx de la religion se sont emparés des ornemans et vazes sacrés, ont chassé et exillé les ecclésiastiques desd. lieux sans qu'en aulcuns desd. lieux ilz ayent peu estre restablis à cause du pouvoir et authoritté qu'ilz se sont acquis ausd. lieux, qu'a esté cause que le divin service a cessé et cesse encore non obstant l'édict de Nantes et ordonnances des commissaires exécuteurs d'icelluy, ont donné du trouble et empêchement ausd. ecclésiastiques, à leurs fermiers, ageants et procureurs en la perception et liôbe de leurs droictz, rentes, revenus et esmolumens dépendans de leurs bénéfices, comis plusieurs excès, murtres, battemans, bruslementz de fruictz, desplacementz de gerbes, de nuict, sans payer les dismes, tué leurs

' Côte : « Attestation de non valoir du bénéfice et abbaye du Mas-d'Azil ».

chevaulx et intimidé en telle sorte lesd. ecclésiastiques, fermiers, ageants ou par eulx depputés qu'ilz n'ozoient ce présenter esd. lieux, aulx fins qu'à Fadvenir ne se trouvast personne quy voulsist prendre à afferme leursd. biens, rentes, revenus et esmolumans, constraignaut par ce raoïen lesd. ecclésiastiques de les leurs baillier à cy bas et vil pris qu'il leur plaizoit en donner.

Ont faict en oultre expresses inhibitions à tous habitans et domiciliers desd lieux d'administrer aulcune sorte de vivres ausd. ecclésiastiques, leurs rentiers, ageans et procureurs, les loger en leurs maisons, leur donner aulcun ayde ny acistance directement ou indirectement, sur de très grandes peynes, reffuzent le payement du pris des afifermes par eulx faictes eu années précédentes les troubles et mouvemans derniers et des affermes par eulx faictes en l'année dernière 1622 des termes et pacz non esclius l'hors de la déclaration faicte par Sa Majesté à Montpellier, le 20^ octobre aud. an 1622, soubz prétexte qu'ilz disent les avoir employés aulx affaires de la guerre.

A cause de quoy exécutant l'édict de pacification et déclaration de Sa Majesté, plairra à vos grâces ordonner que lesd. de la religion prétheudue et refformée, chacun endroict, soy bailheront lieu propre et convenable dans leursd. villes où le divin service se puisse faire avec l'honneur et dessence requise, quiteront la pocession vuide des places où estoient construictes et basties lesd. esglises, rendront les matériaulx provenans de lad. desmolition d'icelles, ornemens et vazes sacrés par eulx enlevés, les ciraettières où souloient aultre fois estre encepvelis les catholiques, et cejjendant afin que lesd. ecclésiastiques puissent faire leurs fonctions et devoirs de leurs charges, leur bailheront logement sans que pour raison de ce ilz soient tenuz de rien payer, leur faire inhibitions et deffences de donner à l'advenir aulcun trouble ny empêchement ausd. ecclésiasticques, leurs fermiers, augeans ou procureurs par eulx deputtés à la perception et jouissance de leurs fruictz décimaulx et aultre revenus et esmolumens dépendautz de leursd. bénéfices, leur enjoindre d'iceux loger et administrer les vivres et alimans nécessaires à leur entretien, leur bailher lieu et place propre pour despicquer leurs gerbes, et pour leur assurance et conservation de leurs personnes et desd. biens les mettre soubz la

protection et sauvegarde du roy, à peyne qu'en cas d'excès les consulz et scindiez desd. lieux seront tenuz d'en respondre à leur propre et privé nom; néantmoingz que dans ung brief déliai ilz payeront ausd. ecclésiastiques entièrement le pris et arrératges de leurs affermes et termes eschus avant les troubles et mouvemans derniers, et non eschus l'hors de lad. déclaration faicte par Sad. Majesté, et pour l'exécution de vosd. ordonnances commettre un de vosd. messieurs ou le premier magistrat ou juge royal requis sur le lieu.

Faugas. — S[ain]t-Privat.

(Arch. de la Haute-Garonne : Evéché de Rieux ^)

1625, — 12 Septembre.

Destruction des murs de Camarade.

Au mois d'août 1625, le maréchal de Thémines vint dans le pays de Foix pour réduire les huguenots. Au sujet de son expédition contre Camarade, de Lescazes s'exprime en ces termes : « Le dimanche der- « nier d'aoust [1625] les aproches des villes des Bordes et Sabarat « ayant esté heureusement faits par ladite armée, le lundy à minuit, « premier septembre audit an, le feu y fut mis par les habitans mes- « mes, qui se sauvèrent dans le Mas-d'Azil. Après laquelle fuite et « embrasement l'armée print sa route vers le chasteau de Camarade, « qui fut totalement démantelé, ruyné et razé, etc.. - ». En quittant Camarade, le maréchal de Thémines s'en fut assiéger le Mas-d'Azil ^ C'est lorsqu'il tenait le camp devant cette ville qu'il écrivit aux consuls des communautés mentionnées ci-après, pour leur demander d'aider à la démolition des fortifications de Camarade *.

' Côte : « Requeste pour le scindic du diocèse de Rieux contre le scindic et « consuls de Saverdun, Le Caria, Les Bordes, Sabarat, le Mas-d'Azil, Camarade « et Gabre. »

' Voj'. Le mémorial historique (1644), p. 147, de la réédition donnée par M. Félix Pasquier.

^ Voy. Journal du siège du Mas d'Azil, en 1625, écrit par Jacques de Saint- Blancard et publié par M. Barkière-Flavy, dans le Bulletin de la société ariégeoise, t. IV, pp, 310 et suiv.

•* Voy. Les Huguenots en Comyninges, pp. 306-307. — Bulletin de la société ariégeoise, t. III, p. 282 : Deux lettres de Louis XIII et du maréchal de Thémines (1625-1629), publiées par M. Barrière-Flavy. — Les Guerres de Religion dans le comté de Foix, sous Louis XIII, par M. P.-Ant. Brun, /iiJ., t. V, p. 47.

Le marquis de Tkémines, maresckal de France, lieutenant général pour le roij au gouverneinent de Guienne et commandant son armée en Languedoc.

Il est enjoinct aux consuls des lieux mentionnés en Testât cy attaché, de mander promptement, avec tous outilz, le nombre d'hommes qui leur est ordonné pour la desmolition du lieu de Camarade, temple et autres fortz des environs, par la direction du sieur Le Gardeur ou t«l autre qu'il pourra mettre en son absence ou légitime empescliement, et qu'à cest effect, en cas de refFus ou remise, ils y seront constrainctz comme il est accoustumé pour les propres affaires de Sa Majesté; enjoinct à tous prévostz, huissiers et sergens de faire tous exploitz nécessaires.

Faict au camp devant le Mas d'Asilz, le 12*^ jour de septembre

Par M'J'' : Lacoukt. Thémines.

Rolle des lieux qui fourniroîit les ouvriers pour la desmolition du

fort de Camarade et autres des environs, au nombre porté par

icellwj, adressé au s' Le Gardeur, commissaire, par nous depputé

en cest endroict :

Montjoy au diocèse de Rieux. . . . viii hommes.

Tourtoze vi —

Fabas iv —

Sainte-Croix iv —

Rimont vi —

Seix VI —

Cerisolz vi —

Bedeille iv —

Castelnau-de-Durban vi —

Alsen-La Bastide de Cerou vi —

Montesquieu vi —

Lescure (diocèse de Couserans) ... x —

Lxxii hommes.

Thémines.

(Archives de la Haute-Garonne : Évéché de Rieux.)

État du diocèse de Rieux après les guerres de Religion.

Il est possible de juger de l'état pitoyable dans lequel se trouvaient bon nombre d'églises du diocèse de Rieux, après les guerres, par les procès-verbaux de visite de ces églises, documents précieux rédigés sur place en 1626, 1633, 1634 et 1635. Au cours de ces années, Jean-Louis de Bertier parcourut son malheureux diocèse et fit dresser journellement la relation circonstanciée de ce qu'il vit et entendit. P^n maints endroits il rencontrait des traces de la fureur des religionnaires : églises détruites, propriétés ecclésiastiques usurpées, cimetières profanés, cessation du culte en certaines paroisses, absence de divers bénéficiers à charge d'àmes que le danger avait mis en fuite, relâchement de plusieurs moines et recteurs qui, à la faveur des troubles, s'étaient dégagés de toute discipline, de leurs obligations même les plus strictes et achevaient, par leur vie scandaleuse, l'œuvre de désorganisation morale que les religionnaires avaient si fort avancée.

A la lecture des pièces dont nous produisons des extraits, on éprouve l'impression que c'en était fait alors du catholicisme en des parties relativement importantes du diocèse de Rieux, Des paroisses entières ont versé dans la Réforme. En 1633, on compte seulement quarante catholiques « petits ou grands » à Sabarat, quatorze ou quinze aux Bordes, trois ou quatre à Saint-Félix-des-Salenques, il n'y a qu'un catholique dans la ville du Mas-d'Azil, les autres fidèles habitent la campagne. Si quelqu'un manifeste des velléités de conversion il s'expose à des vexations de village, toujours aisées à accomplir, souvent irritantes, il est outragé et risque d'être assassiné... M. de Bertier va, constatant le désastre et a])])ortant de sages règlements. Il ne manifeste ni découragement, ni zèle indiscret. Son émotion ne se trahit qu'au Mas-d'Azil, quand il reproche, en « termes très aigres », aux consuls et habitants, leurs travaux du dimanche.

L'oppression des catholiques dans le diocèse de Rieux, constatée par Jean-Louis de Bertier, continuait sous son successeur. Elle explique les mesures répressives que celui-ci, Antoine-François de Bertier, préconisait dans un célèbre Mémoire adressé au Roi, en 1698, sur la conduite à tenir à l'égard des réformés.

JusTiGNAC. — « Nous avoDS vérifié l'église dudit lieu et treuvé « icelle desmolie, ce qui nous a esté attesté avoir esté faict par « les héréticques, il y a long temps, s'estans lors saisis et emparés « d'icelle, sauf ce qui auroit esté réservé pour servir de fort. » — (Visite du 20 octobre 1626, fol. 61,)

Campagne, — « Les habitans dud, lieu nous ont dict que lad, « esglise de la Magdelaine a esté bastie depuis vingt et trois ans, « l'esglise parrochielle dud. lieu estoit anciennement au bas, sur

« le chemin venant de Daumazau, dédiée à Saint-Martin, qui feust « démolie il y a longtemps, pendant les guerres, et, dict-on, par « les habitans mesme du lieu de peur que l'ennemi ne s'en saisit. » — (Vis. du 19 oct. 1633, fol. 94.)

Bordes. — « Lad. esglise n'est qu'un apentif de trois canes de « longueur et de dix huit pans de largeur, le toict d'icelle faict de « meschant bois et ouvert de tous costés, elle est bastie sur le « fonds de l'esglise ancienne, elle n'est point pavée. » Il n'y a que quatorze ou quinze personnes catholiques distribuées en quatre familles. — (Vis. du 19 oct. 1633, fol. 95.)

Sabarat. — « Nous aurions trouvé l'église ancienne toute ce ruinée, n'y ayant qu'un petit apentif et fort bas au fond des « mazures de lad. esglise ancienne, où est encore le clocher pres- « que tout entier, et n'ayant peu entrer dans led. apentif à cause « que la porte estoit fermée et le curé absent depuis le commence cément du mois de juillet, nous estions sur le point de nostre « départ dud. lieu, lorsque la femme du premier consul catholique, « nommé Pierre Daguain, nous envoya la clef avec laquelle nous « ouvrismes la porte dud. apentif, et tout à l'heure serions entré « dedans, où après nous aurions trouvé un autel bâti de caillons « et de sable, avec une pierre au milieu par nous consacrée, non « enchâssée, sans nappes, ny devant. » On tient l'eau bénite dans une écuelle posée dans une cavité formée contre la parois. Il n'y a que quarante catholiques a petits ou grands » en cette paroisse. — (Vis. du 19 oct. 1633, fol. 96.)

Saint-Félix des Salenques. — Eglise « toute ruinée, sans c( aucun couvert, les murailles estant encore en estât pour les « pouvoir soustenir; le curé nous ayant dict qu'elle avoit esté mise « en ce piteux estât par les huguenaulx lors des premières guerres c( et qu'il n'y avoit aucun village présentement dans lad. paroisse, ce tous les paroissiens estants dispersés en diverses métairies, n'y ce ayant que trois ou quatre catholiques ». L'église de Saint-Félix joint l'enclos des dames religieuses des Salenques, où tout est ruiné. — (Ibid., fol. 97, 98.)

MÉRAS. — L'évêque ne trouve ni curé, ni vicaire. Il constate que l'autel paroissial est érigé c( dans la maison de Paul, Jean et (( Pierre Meras frères, il est en bois, au milieu une pierre sacrée

« enchâssée dans du bois, garnie de nappes devant, au dessus « quelques images de papier. Led. lieu est fort indécent ». Non loin on voit un terrain où « il y a un commencement de nouvelle « esglise ». Tantôt le curé de Martignac, nommé Cortade, tantôt Georges Seguin, prébendier de Rieux, viennent faire les offices à Méras. — (Vis. du 21 oct. 1633, fol. 104, 105.)

Artigat. — L'église est « toute desmolie jusques aux fonde- € ments pour avoir lad. esglise, pendant les troubles, esté occupée « par ceux de la religion prétendue réformée, hors mis une petite « voûte qu'il y a, où l'ancien grand autel est encore et où le c( recteur [Martin Delmas] nous a dict qu'il célèbre la sainte c( messe fort incommodément et indécemment ». — (Vis. du 5 nov. 1633, fol. 127.)

Lanoutz. — « Lad. esglise est toute ruynée, sans aucun c( couvert, ny ayant que les seules murailles auxquelles il y a « mesrae des ouvertures, ayant esté desmolie par les huguenots. »

— (Ibid., fol. 131.)

Castéras. — Eglise en ruine, mise en interdit : le service religieux se fera dans la chapelle du château du seigneur du lieu.

— (Ibid., fol. 132.)

Pailles. — L'évêque dit la messe, le 6 novembre 1633, dans la chapelle du château de Paillés et donne le sacrement de confirmation à un grand nombre de personnes. Il voit la piscine baptismale transportée là ce despuis le commencement des troubles « à cause du voisinage du Caria, Mas d'Azil, Sabarat, Les Bordes « et Artigat, lorsque les habitants dud. lieu d'Artigat estoient « huguenots, ainsi que nous a esté tesmoigné par tous les habi- « tants dud. lieu de Pailhès ». Précédemment, les « fonts « baptismales » étaient dans l'église paroissiale, attestent les paroissiens, et elles furent transférées au château « au commence- « ment des troubles, pour craincte des huguenots circonvoisins ».

— (Vis. du 6 nov. 1633, fol. 133.)

Pujagou. — Le service religieux a cessé dans cette paroisse depuis cinquante ans. C'est d'ailleurs un bénéfice « de si peu de « revenu... ». L'église paroissiale fut démolie « par ceux de la « R. P. R. des lieux de Savarat, Lesbordes, le Cariât « et autres « circonvoisins. » Les paroissiens se sont joints aux habitants de

Monesplé pour les offices. — (Vis. du 7 nov. 1633, fol. 143.)

MoNESPLé. — Eglise « champêtre » et « en partie desmau- « telée ». Le couvert placé au-dessus de l'autel menace ruine, point de pavé, ni de vitres, ni de châssis. — (Ibid., fol. 144.)

Saint-Martin d'Oydes. — Les huguenots prirent ce lieu en 1581. Ils détruisirent alors la chapelle dédiée à Notre-Dame, formant la croix avec une autre chapelle parallèle de l'église c( en mesme perspective, de mesme grandeur » que la chapelle qui reste. L'église fut rebâtie en 1592. — (Vis. du 8 nov. 1633, fol. 149.)

N.-D. DE Bessas, annexe de Ddrfort. — L'évêque, ne trouvant pas le recteur, entre dans cette église avec quelques habitants Elle est « eu très mauvais estât, sur le fonds d'icelle estant « desmantelée de longueur de deux ou trois canes, la voulte du «presbytère toute rompue et quy menace ruyne... » — (Ibid., fol. 153.)

Saint-Vincent de Couladère. — Eglise en mauvais état : c( La muraille du cœur du costé de la rivière de Garonne estant « tombée et led. cœur tout à descouvert, et le reste des muralhes « menassant ruine... » — (Ibid., fol. 168.)

Saint-Paul de Mornac, annexe d'Esperce. — L'église est la « moytié toute descouverte... ». — (Vis. du 7 oct. 1634, fol. 254.)

N.-D. DE SouLHE, ANNEXE DE Gaillac-Toulza. — Jeau-Louis de Bertier, voyant cette église « toute ruynée et descouverte », passe sans y accomplir de cérémonie religieuse. — (Ibid., fol. 255.) Pour ces derniers endroits la dévastation des édifices n'est pas attribuée ici aux religionnaires; mais il faut éclairer ces passages par V Enquête de 1569.

Saint-Pierre de Mailholas. — « Eglise non pavée et dont c( le couvert, joignant le clocher, est fort ruiné ». — (Vis. du 18 oct. 1634, fol. 265.)

Batz, annexe de Latrappe. — A droite, eu sortant du presbybytère (sanctuaire), l'évêque remarque une chapelle avec autel dédié à la Vierge : « où il y avoit un imaige de pierre que les « huguenots ont brisé, comme ils firent aussi celuy de Saint- <(. Ferréol » patron de l'église, ce Estant remarquable qu'un héré- « tique ayant rompu le bras de l'image dud. saint et le faisant

« bruller, miraculeusement il deschira sa langue avec les dentz, c( ainsy que Peyronne BoufFartigues et Peyronne Gorse nous out « attesté. » — (Ibid., fol. 266.)

Drulhe. — L'église est « toute desmolie, ne restant que « quelque peu de murailles du costé du grand autel. Elle est fort « petite. Elle a esté ruynée par les huguenots de la ville de « Saverdun, proche d'icelle ». — (Vis. du 20 nov. 1634, fol. 399.)

Saint-Raymond de Brie. — Eglise « entièrement descouverte; « mais les muralhes de chasque costé sont en estât, laquelle ruyne « a esté faicte par les huguenots de la ville de Saverdun qui sont « au voisinage. » — « Nous avons interrogé le scindic et paroisce siens s'il y avoit aucun qui feust de la Rel. Pr. Réf., par « lesquels, de commune voix, nous a esté dict qu'il n'y en a pas « un, ny ne y a présentement aucun huguenot, quoy qu'ils soient « proches voisins de ceux de Saverdun qui, pendant tous les trouce blés, faisoient tous les jours des courses dans led. lieu de Brie ce qui est un village ouvert, sans aucune closture, la plus part « ayant esté contraincts de quicter leurs maisons, et que mesme « leur seigneur temporel qui est le sieur de Madron est de la « R. P. R. » — (Ibid., fol, 401.)

Saint-Jean de Marlhiac. — Le 20 novembre, visite de certaines reliques restituées jadis à cette église par Antoine Prim, en son vivant recteur de Justignac. « Le tout baillé par led. feu « Prim, recteur, qui disoit l'avoir retiré d'une femme qui servoit <? feu Jean Pigot, recteur de Marlliiac, lors de son décès à Durfort, « lequel Pigot avoit retirées lesd. reliques dans sa maison pendant « la guerre. » Les témoins affirment que ces reliques étaient à Marlhiac « avant les troubles ». (Ibid., fol. 404.)

Saint-Fiacre de Monfa, annexe de Clermont. — Le 22 avril 1635, M. de Bertier constate que « le bastiment de lad. esglise « est en très piteux estât, le toict plain de goûtières, les veues « ouvertes, non pavée, ny lambrissée. . . » Il n'y a pas de clocher. — (Ibid., fol. 416.)

Saint-Paul de Clermont. — Eglise rebâtie sur l'emplacement de l'ancienne, encore est-elle c< fort ruynée, ny ayant qu'un petit « apentif ». — (Vis. du 23 avril 1635, fol. 422.)

Saint-Jean-Baptiste de Latour. — « La moytié de lad. église

« est couverte de tuille et fermée de murailhe jusques au milieu, « fors une porte qu'il y a pour y entrer, et le surplus est descou- « vert, où sont les fonts baptismales toutes rompues... » — (Vis. du 29 avril 1635, fol. 428.)

Saverdun. — L'évêque de Rieux arriva en cette ville le dimanche 19 novembre 1634, entre 5 et 6 heures du soir. On voyait à ses côtés : M"*^ de Saint-Sivier, abbé de Saint-Sernin, chanoine et archidiacre de Toulouse; Bernard d'Alies, chanoine et prévôt de Rieux; Jean de Saint-Martin, recteur de Peyssies, substitut du promoteur en l'officialité, et plusieurs autres ecclésiastiques. Vinrent à sa rencontre, avec la croix : M'''^^ Isaac Delaux, recteur de Sainte-Colombe de Saverdun ; Antoine Abadie, vicaire de François Tissier, recteur de N,-D. de Saverdun; Bernard Rauly. s"" de Valnègre ; Jean Lesglize, Jean Mistou et Anthoiue Pitorre, tous quatre consuls, « avec grand nombre des principaux habi- « tans » de la ville, tant catholiques que réformés. Après avoir prié dans une chambre haute de l'hôpital, transformée en chapelle, l'évêque passe du faubourg dans la ville })ropremeut dite et se retire en un logis qu'on lui a préparé chez la veuve Flassa. Le 20 novembre, M. de Bertier célèbre la messe « tout le peuple « catholique n'estant pas encore arrivé, pour estre la plus part « dispercé dans la juridiction dud. Saverdun qui est de grande « estendue ». Il remet donc les cérémonies de la visite au lendemain 21, fête de Notre-Dame, patronne de l'église de Saverdun. En ce jour il dit la messe vers 8 heures et exhorte le peuple à « vivre et mourir en la religion catholique, apostolique, romaine, « et service de nostre Roy et de continuer tousjours leurs vœux et c( leurs prières à Dieu pour la conversion des hérétiques et partice culièrement de leurs concitoyens lesquels ils doivent tâcher de « ramener au giron de l'église, tant par leurs dévotions, prêches « et charités que vie exemplaire ». L'inspection des registres paroissiaux prouve à M' de Bertier qu'à Saverdun « le nombre « des communians est d'environ six vingt [120] d'ordinaire, et c( qu'il y avoit grand nombre de petitz enfans et autres personnes ce catholiques de plusieurs lieux circonvoisins qui venoient ouyr la « sainte messe aud. Saverdun ».

Le vicaire Antoine Abadie se plaint : « qu'au grand scandale

(( des catholiques, ceux de la R. P. R. travaillent les jours de festes « commandées par l'église et contenues dans le calendrier de c( nostre diocèse qui leur a esté signifié, ouvrent les boutiques et « travaillent ouvertement dans la ville et à la campagne, et que « les consuls catholiques ne leur donnent aucun empêchement ». Le s"" de Valnègre et Jean Mistou, consuls, disent que sur deux curés, l'un, François Tissier, ne fait aucun service « à cause de « son indisposition ». Le vicaire le remplace de son mieux, « vivant « sans reproche, ni escandalle ». Quant à M'"'' Isaac Delaux, recteur de Sainte-Colombe : « ils ne luy ont veu dire que quelques (( fois messe et jamais le prosne, loge ordinairement dans les ce cabarets et est un peu quereleux. » Ce recteur est encore accusé d'avoir mal administré le blé des pauvres, etc. Nos consuls n'en disent pas davantage, car ils ne veulent pas scandaliser les assistants. En sortant de la salle, l'évêque visite, à main droite, une chapelle dédiée à saint Joseph, « sans autel, ni fermure quelcon- (.( que au devant, ayant esté le tout desmoli pendant les guerres ».

Il y a trois cimetières appartenant aux catholiques : « l'un en c( la ville haute joignant les masures qui restent de l'esglise « Nostre-Dame, l'autre au devant de la porte du fauxbourg appelle « de Sainte-Colombe, et le troisième hors la ville où sont encore « les ruines de l'esglise de Saint-Prim, dans lesquels ou enterre « les corps de ceux de la R. P. R. » L'hôpital est aux protestants, « à cause de ce, les catholiques y sont très mal receus et mal c( soignés ». L'évêque remarque des traces des dévastations huguenotes au cimetière de l'enclos des Augustins. Le monastère de ces religieux « a esté desmoly par ceux de la R. P. R. ». Il y reste « des vieilles marques tant du clocher que de l'enceinte des « murailles ». Les réformés enterrent en ce lieu. Près de l'hôpital s'élevait une maison, propriété des évêques de Rieux, les huguenots l'ont démolie.

En la ville haute de Saverdun, M'" de Bertier voit l'emplacement où *;( estoit anciennement bastie l'esglise N.-D. y ayant « encore des marques du costé du grand autel et où estoit l'entrée c( de lad. esglise, la montée au degré, basti de bricques à chaux et « sable, de l'un des clochers de lad. esglise, y en ayant eu trois. » Cet édifice, détruit par les religionnaires, mesurait 18 canes en

longueur et 8 caues en largeur. Le presbytère (sanctuaire) mesurait G canes dans œuvre. Quatre cliapelles s'ouvraient dans la nef au midi et quatre au septentrion. La maison du recteur avait été également abattue.

Au faubourg de Saiote-Colombe apparaissent les fondements de l'ancienne église qui avait 12 canes en longueur et 7 canes en largeur. Sur l'autre bord de l'Ariège s'élevait, avant les guerres, l'église dédiée à Saint-Prim et à Saint-Clair : « N'y ayant rien à « présent qu'une grande masse de ruines amoncelées et une « enceinte de murailles faicte de bricque et cailloux, à chaux et « sable, de la hauteur de 8 à 9 pams. » Cette église, anéantie par les huguenots,- formait autrefois un centre de dévotion populaire ^ Antoine Abadie ajoute à ces renseignements : « qu'il y avoit « encore plus avant dans la plaine une église dédiée à Saintce Quentin », au terroir d'Antenac, et deux annexes au delà de la ville, eu un lieu écarté, nommées Saint-Pierre de Monterson et

' Le vicaire A. Abadie, les consuls et les habitants catholiques du lieu donnent à ce sujet à l'évêque d'intéressants détails : « Anciennement, il y avoit « grande affluence de peuple en lad. esglise, le jour de la feste de St Prim et « St Clair, laquelle tombe le premier jour du mois de juin, à cause des reliques « de ces bienheureux saints qui reposoient en lad. esglise et lesquelles furent « transportées, lors de la prinse de lad. ville, dans l'esglise Saint-Estienne « d'Arbouville au bout du pont de Sainte-Gabelle, où elles sont de présent dans (( un petit coffre de cuivre esraaillé, et qu'à cause des miracles qui s'y faisoient « journellement et la dévotion du peuple qui y accouroit de toutes parts, un de « nos prédécesseurs evesques, — écrit M. de Bertier, — • l'auroict faicte sacrer « pour la rendre plus célèbre, ce qu'ils nous auroient justifié par un billet de « telle teneur, oultre la commune tradition : « L'an 1539 et le 21 del mes de « novembre, en Savardu, la glisa de Sainct-Prim et Sainct-Clar force sacrada « per le Révérend Payre en Dieu mossur Eustache, abesque de Grâ (?), et en sa « comi)aigna eran Mossur Basson et Cailhelas et autres officiers, per Mossur de « Rieux, et jo deios escriven era un des diagues en lod. offici. — M. Ferris, « cappella. » Ainsi signé. L'escriture duquel cartel on nous auroit asseuré estre (.(. de feu M® Michel Ferris, prehtre dud. Saverdun, par M'' Estienne Martin, « notaire et secrétaire de la ville et autres habitans.

« Nous auroit remonstré aussi led. Abadie et consuls qu'il y avoit ancienne- « ment en lad. esglise de Saint-Prim un certain prebstre appelé YEscogola de « Saint-Prim, qui avoit la charge de sonner les cloches, servir et fournir le vin « aux messes et gardoit l'esglise... » Les habitants souhaitent que les reliques de saint Prim et de saint Clair leur soient rendues, et qu'en attendant la reconstruction de l'église, grâce aux aumônes des fidèles, il soit permis de chômer le P"" juin et de faire annuellement une procession, de N.-D. de Saverdun à Saint-Prim, ce qui est accordé. — ■ (Ibid.). Au sujet des scobolains, escogola, voy. Roqueville, par M. l'abbé H. Duffaut.

Saint-Jean de Valnègre, « où il y a eu autrefois un couvent de « religieuses de S' Bernard ». Tous ces édifices religieux sont actuellement détruits. L'annexe appelée de Baulies, terroir et consulat de Sainte-Gabelle, a eu le même sort.

L'évêque ne manque pas de consigner dans ce procès-verbal si instructif qu'un avocat huguenot, Isaac de Maysonade s'est approprié les matériaux des murs de Saverdun : ces matériaux étaient ceux de l'église N.-D. détruite par les religiounaires. Enfin visitant le château bâti à l'aide de ces mêmes dépouilles, — dans lequel M. de Maysonade et ses amis le reçoivent avec courtoisie, — il remarque des pierres « sur lesquelles il y avoit des chérubins « taillés en relief, et des naissances des arcades et cordons des « voûtes, tant en pierre que bricque. » M. de Bertier prescrit la restitution de tous ces objets volés afin de faciliter la reconstruction d'une église. Comme il achève sa visite, si suggestive, on en conviendra, il apprend que les catholiques avaient érigé des croix « à toutes les avenues et carrefours » de Saverdun, et que les huguenots les ont enlevées. — (Ibid., fol. 322, 329.)

Mas-d'Azil, — C'est le 22 avril 1635 que l'évêque de Rieux commença la visite de cette paroisse. Les religieux de l'abbaye et les consuls lui offrirent leurs hommages ; mais Isaac Barricave, deuxième consul, fut repris « de ce qu'en son discours il ne nous « donnoit que la qualité de conseiller au Parlement de Toulouse c( et non d'évêque diocésain, en laquelle il semblait, par son « discours, qu'il faisoit difficulté de nous recognoistre, de quoy il (( nous auroit fait ses excuses et se seroit expliqué, et à mesme « temps M' Jean Olier, ministre en lad. ville, accompagné de tous « les anciens du consistoire, nous auroit aussy faict ses salutac( tions et offre de leurs services avec toute sorte de soubmission, « tous lesquels nous aurions exhortés d'estre à l'advenir plus « fidèles subiects et obéissans à leur prince qu'ils n'avoient esté « par le passé, afinn de mériter les grâces qu'ils reçoivent tous les « jours de sa clémence, en obéissant à ses commandements portés c( par ses édits et déclarations, mesme en ce qui concerne l'obser- « vation des festes qui sont contenues dans uostre calendrier, et « pour le payement des dismes et droits deubs à l'Esglize, respect c( et honneur aux ecclésiastiques, et de n'uzer point de menaces

a et intimidations envers les nouveaux convertis en l'Esglize et c( ceux qui se veulent convertir, ainsy que nous avons appris « qu'ils faisoient, et aud. ministre, en particulier, nous l'avons « admonesté de se comjiorter sy discrètement en ses presches et « ses actions, qu'il ne puisse pas donner subiect d'aucune « plainte. »

Le 23 avril, M. de Bertier visite, à l'Hôtel-Dieu, « la salle « haute », où l'exercice du culte catholique était comme rélégué. Il demande pourquoi l'on n'y conserve pas la réserve du Saint- Sacrement. Le recteur répond qu'il agit ainsi « tant pour le « defiPaut de tabernacle que pour l'appréhension qu'il n'arrivast « quelque accident, lad. salle estaus ouverte de tous côtés et dans « une ville où tous les habitans sont de la R. P. R., et que d'ail- « leurs les pauvres logent dessoubz le plancher de lad. salle « ouvert en plusieurs endroits, et que lesd. pauvres et autres « l^abitants malicieusement fout de grandz bruictz pour troubler « le service, mesme allument des feux qui jettent des fumées « puantes et infectent lad. salle. Sur quoy frère Belot, religieux « et supérieur audit monastère, nous auroit supplié de considérer c( Testât pitoyable auquel ils sont réduictz, les incommodités qu'ilz « reçoivent, et les indécences que nous voyons estre en la célébra- « tion des divins offices... » La réédification du monastère, des lieux réguliers, de l'église, s'impose. Le prélat est prié d'agir sur l'abbé commendataire pour l'obtenir de lui. La sacristie possède un seul calice, et il est en étain. On compte en tout cent trois communiants, tous de la campagne. Il y a un seul habitant de la ville qui communie; mais il « reçoit tous les jours des mauvais « traitements » de la part des réformés « en haine de sa couverte sion ». La mission, confiée à deux capucins, au Mas-d'Azil, depuis quatre ou cinq ans, pour la conversion des hérétiques, c( n'a « faict aucun fruict ». Les huguenots en prennent même occasion de menacer, tous les jours, ceux qui manifestent un désir de conversion.

L'évêque parcourt l'emplacement qu'occupait le monastère bénédictin du Mas-d'Azil, détruit par les religionnaires. Il y voit de « vieilles mazures » et juge que l'abbaye était vaste, « de très « grande estendue ». Il aperçoit la trace des églises et lieux régu-

liers. Il défend aux huguenots d'ensevelir les leurs dans l'ancien cimetière catholique. Entré dans le temple des réformés, il voit c( un grand vaisseau bien basty et propre pour en faire une « esglize, lequel temple a esté basty, comme il y a force apparence, c( sur le fonds d'icelle ». Les religieux observent que si leur monastère est reconstruit un jour, ce voisinage leur causera « de « très grandes incommodités ». Ils avouent que, logeant en pension en des maisons particulières, ils ne peuvent vivre comme vrais religieux « pour n'avoir ny esglize, ny cloistre, ny dortoir, ny « réfectoir, ny chappitre, ny aucun lieu régulier, ny mesmes pour « n'estre payés entièrement de leurs pensions monachales... » Le huguenot M. de G-otti est procureur de l'abbé : on croit que lui et frère Grilhou, prieur claustral, — tous deux vivent en bonne intelligence, — se sont absentés dès qu'ils ont connu la prochaine venue du prélat. Grilhou et Gotti, par leurs artifices et aux dépens des revenus de l'abbaye, donnent « de grands empesche- (( mentz à l'advancement et progrès de la religion catholique en « lad. ville, paroisse et lieux dépendant de lad. abbaye. »

Au Mas-d'Azil, comme à Saverdun, les huguenots « travaillent « tous les jours de festes chomables de l'année, et bien souvent les « dimanches : sur quoy, dit M' de Bertier, nous aurions faict des « remontrances très aigres ausd. consuls et habitants... ».

Comme dernière observation, notre évêque relate qu'au sortir de la ville il avait vu « quantité de bouletz de canon enchâssés dans c( une murailhe pour marque perpétuelle du siège qu'ilz avoient « fait lever, de l'armée du Roy commandée par feu M"" le maresce chai de Thémines, ce qui nous avoit esté dict et assuré par « plusieurs avoir esté faict à ce dessain en l'année 1625 ». — (Ibid. fol. 418-420.)

(Arch. de la Haute-Garonne : Visites de l'évêché de Rieux ^).

' Dans une requête non datée, mais qui est des dernières années du seizième siècle, Bernard Ferréol, prêtre, recteur d'Auribail, disait à l'évêque de Rieux, que la paroisse d'Auribail est un lieu « pouvre, ayans esté ruynés lesd. habitans « par le moyen des troubles et guerres passées, partie du terroir demeure incuit, « herme, et sans estre labouré, estant oultre ce de petite estandue ». — (Arch. de la Haute-Garonne : évêché de Rieux, L 41.)

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