‹ Les Huguenots dans le diocèse de Rieux;Chapitre 7 sur 49 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Contribution du diocèse de Rieux au « dégât ».

En 1628 les troupes royales dévastèrent les récoltes sur les territoires des communautés huguenotes de Mazères et de Saverdun \ Pareil châtiment fut infligé, l'année suivante, aux huguenots du comté de Foix. Le roi chargea Adrien de Monluc, comte de Carmaing (ou de Caraman), de l'application de cette odieuse mesure à laquelle le diocèse de Rieux eut à contribuer de ses deniers. Yoici en quels termes Louis XIII en informait l'évêque de Rieux, par lettre datée du camp devant Alais, le 12 juin 1629.

Mons'^rEvesque de Rieux. — Puisque les rebelles persistent avec tant d'opiniastreté en leur rébellion, il est juste de continuer à leur donner les chastiments qu'ils méritent afin que les ayants réduits par force à l'obéissance qu'ils me doivent, mes bons et fidelles subiects puissent jouir d'un ferme et asseuré repos.

Vous sçavez sans doubte comme je m'employe en personne à ce dessein en ces quartiers de deçà, sans avoir esgard aux peines et aux périls qui s'y rencontrent puisqu'il y va du bien de mon royaume. Et d'autant que j'ay jugé important, pendant que je suis occuppé à nettoyer ce pays des Sevennes, de ne perdre pas l'occasion de faire faire le dégast des bleds, vins et autres fruicts es environs et proche des autres villes rebelles, j'ay ordonné au comte de Carmaing, conseiller en mon Conseil d'Estat, cappitaine de cent hommes d'armes de mes ordonnances, sénesclial et gouverneur de mon pays et comté de Foix, de faire le dégast devant les villes rebelles dud. comté, et pour ces effects de mettre son régiment à mil hommes, et sa compagnie de gendarmes à cent.

Et d'autant que je ne puis fournir à la despence nécessaire pour la subsistance desd. trouppes durant led, dégast à cause de celle que je suis obligé de supporter pour l'entretènement [de mes] armées, j'ay advisé de la faire porter à mes subiects des diocèses de Pâmiez, Rieux, Mirepoix et Couserans ainsy qu'il fut faict

^ « ... Le dégast ayant esté derechef ordonné par le seigneur comte de Car- « maing contre les rebelles de Mazères et de Saverdun, le 10 juillet, en la mesme « année 1628... » — Voy. Le Mémorial historique, p. 161. — Cf. : Histoire de la ville et de la chûtellenie de Saverdun, par M. Barrière-Flavy, p. 145.

l'année dernière, vous faisant cette lettre pour vous dire que vous ayez à contribuer ce qui dépendra de vous pour cet effet, ainsy que led. comte de Carmaing vous dira plus particulièrement de ma part, vous assurant que le service que me rendrez en ce subiect me sera en particulière recommandation.

Sur ce je prie Dieu, Mons"" l'évesque de Rieux, vous avoir en sa sainte garde.

Escrit au camp devant Alets, ce xii^ juin 1629.

Louis, bouthilliek.

[Adresse] : A Mons' l'Evesque de Rieux.

[Cote] : Lettre du roy pour les dégâts des fruicts des rebelles du comté de Foix.

(Arcli. de la Haute-Garonne : Evéché de Rieux.)

Lettres relatives aux fortifications de Mazères, DU Carla et du Maz-d'Azil.

Le « démantellement » de ces places fortes s'est effectué à l'instigation de Jean-Louis de Bertier, évêque de Rieux (1620-1657). On verra, par la cinquième de ces missives, à quel point le prélat tenait à la complète destruction des murailles à l'abri desquelles les huguenots de son diocèse avaient longtemps tenu en échec les édits du Roi et les arrêts de son Parlement.

1° — Lettre du duc de la Vrillière a l'évêque de Rieux.

Monsieur, par la lettre qu'il vous a pieu m'escrire et qui est sans datte, je vois que vous souhaitteriez que Le Caria et le Mas d'Azil fussent aussy bien desmolis que Saverdun; mais pour y faire prendre résolution il seroit nécessaire que vous nous fissiez sçavoir quelles desmolitions il y a à faire en ces deux places, affin qu'en suitte je vous peusse mander ce qui sera de l'intention du Roy pour la faire executter.

J'attendray donc sur ce point-là. l'esclaircissement qu'il vous plaira m'en donner.

Celuy qui m'a rendu vostre lettre ne m'a faict veoir aucuns actes ny mémoires concernant le partage survenu à la chambre touschant l'eslection du cinquiesme consul de Saverdun qui doibt estre catholique. Lorsque l'on me les apportera, je les feray considérer et verray, avecq M. le Garde des sceaulx, le remède qu'il fauldra apporter pour vuider led. partage et faire executter, en ce rencontre, la déclaration de Sa Majesté sur le faict des consulatz.

Cependant, je vous supplie de croire qu'aux affaires qui regarderont le bien général de votre diocèze je tiendray à contentement de vous y tesmoigner que je suis. Monsieur, vostre très humble serviteur.

La Vkillière.

De Forges, ce xxvi*' juin 1633.

A M. fÉvesque de Rieux.

2° — Lettre de Beljambe a l'évêque de Rieux.

Monsieur. — J'ay receu par cet ordinaire une commission pour faire razer toutes les murailles et fortifications qui peuvent rester es villes de Mazères, du Mas et du Caria, et parce que Mons'" de La Vrillière me mande que cette résolution a esté prise au Conseil sur la poursuitte que vous eu avez faict, j'ay estimé vous en devoir donner advis afin de prendre les ordres qu'il vous plaira me prescrire sachant que vous cognoissez ces lieux-là, et que vostre bien en est proche, vous assurant qu'en cette occasion et en toutes autres je ne manquerai jamais de vous tesmoigner avec combien de passion et de fidélité je désire vous demeurer pour jamais. Monsieur, vostre très humble et très affectionné serviteur.

Le Maistre Beljambe.

Je vous envoie coppie de la commission en attendant que nous aions l'honneur de vous veoir.

A Tersac, ce ii^ juillet 1633.

A Af M^ l'Evesque de Rieux, à Tolose.

3°. — Autre lettre de M. de La Vrillière a l'évêque de Rieux.

Monsieur. — J'ay envoyé à MM, Miron et Le Camus les ordres nécessaires pour la desmolition entière des murailles du Mas

d'Azil et du Caria ^ et comme je veux croire qu'ils les feront exécuter avec tout le soing et la dilligence que le bien du service du Roy et le repos de ses sujets le requièrent, aussi ne doubté-je nullement que vous n'apportiez tout ce qui sera de vous pour en tirer l'avantage que vous vous en estes promis et que l'on attend de vostre piété et de vostre vigilance pour l'avancement de la gloire de Dieu et l'édification de ces peuples-là. N'ayant que ce mesme but de nostre costé, vous pourrez juger par cette résolution que j'ay fait prendre, selon vostre désir, que nous n'y perdrons poinct le temps.

Quant aux murailles de Mazères l'on a voullu, pour certaines considérations, demeurer dans la délibération qui avoit esté cy-devant prise d'en excepter dix ou douze pans afin qu'elles peussent servir seulement de closture, qui est tout ce que j'ay à vous dire en responce à la lettre du 14 de ce moys qu'il vous a pieu m'escrire sur ce sujet.

Le Roy fait sçavoir à Mons"" le duc d'Aluyn le bon succès qu'il

a eu du siège de cette ville que M"" le duc de Lorraine a mieux

aymé remettre en dépost entre ses mains, par un traicté, que d'en

bazarder la perte, aussi bien que de ses autres estatz, par la

continuation de la guerre. De quoy il y a d'autant plus de sujet de

louer Dieu que c'est un avantage pour la France le plus grand que

se pouvoit désirer, et parce que M"^ le duc d'Alluin ne manquera

pas d'en informer de là les bons serviteurs de Sa Majesté comme

vous, je m'en remettray sur luy et vous prieray de me croire,

Monsieur, vostre très humble et affectionné serviteur.

La Vrillièrb.

A Nancy, le 28 septembre 1633.

A AP M^ VEvesque de Rieux, en Languedoc.

4°. — Nouvelle missive de M. de La Vrillière A l'évêque de Rieux.

Monsieur. — J'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escrire du

' L'entrepreneur des travaux de démolition « des murailles et fortifEcations « de la ville du Caria » fut payé, selon les conditions du bail, 2.300 liv. L'ingénieur, nommé Valenot, reçut 100 liv. Au préalable on avait placé des affiches concernant cette besogne, dans les villes et villages, à six lieues à la ronde. — La dépense totale monta à 4.500 liv. (Décision des commissaires vérificateurs : 11 juillet 1634.)

vii^ du passé touchant la desmolitiou des murailles du Mas d'Azil.

Je ne doubte pas que les liabitans ue fussent bien aises que l'on changeast les ordres qui ont esté donnez sur ce suiect, ou du moins que l'exécution en fust remise à un autre temps sur l'espérance qu'ils auroient d'y recevoir quelque grâce. Mais touttes les instances qu'ilz en pourroient faire, je vous asseureray tousiours qu'il ue leur sera rien accordé comme je croy vous l'avoir mandé. Cependant j'ay escrit par le dernier courrier de Montpellier à M. d'AUuin qu'il face partir M. de Montagne, à qui il a donné la commission de ce travail, pour y vacquer sans remise quelconque. A quoy j'estime qu'il satisfera puisque le service du roy requiert que la chose ne soit plus différée, quelque prétexte que Ton voullust alléguer.

Je vous supplie me faire la faveur de me croire. Monsieur, vostre très humble et affectionné serviteur.

La Vrillière.

A Paris, ce ô'^ juillet 1636.

A M^ M^ Vemsque de Rieux, cons^^ du Ro)j en son Conseil d'Estat.

5°. — Lettre du duc d'Alluin a l'évêque de Rieux '.

Monsieur. — Je me suis endurcy le cœur pour l'amour de vous et malgré M*' de Miron, qui m'a allégué mille exemples, je vous envoie les ordres pour la démolition tels que vous les désirés, sauf aux intéressés à avoir recours sur la communauté. Cela estoit néantmoins, en quelque façon, considérable et il y a quelque compassion si ces gens perdent tout ce qu'ils ont au monde en perdant leurs maisons. Je vous supplie donc d'y faire pourvoir et de leur ouvrir les expédiens pour cela et de me croire, Monsieur, vostre plus humble et plus affectionné serviteur.

A Bésiers, ce xi^ juillet 1636. Schomberg.

A Monsieur, Monsieur V Evesque de Rieux,

[Cote] : Lettre de Monsieur le duc, du IP juillet 1636, et aultres, pour la démolition des murailles du Mas d'Azilz.

(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)

' Charles de Schomberg, duc d'Alluin par sa femme, gouverneur de Languedoc, maréchal de France en 1637, mort en 1656.

Injonction de l'Evêque de Rieux aux kecteurs de son

DIOCÈSE, relativement A LA RESIDENCE.

Cette injonction, basée sui' les principes du droit canonique, est, en outre, motivée par a la continuation des conversions qui se font jource nellement... ». — Il sera de nouveau question dans le présent travail des abjurations de huguenots dans le diocèse de Rieux.

Jean-Louis de Bertier, evesqne de Rieux..., etc.. Comme ce jourd'hui datte des présentes, en nostre assemblée synodale, à la réquisition du promoteur en nostre diocèse, lecture ayant esté faicte du décret du sainct Concile de Trente et de nostre ordonnance sur la résidence que les curés doibvent actuellement faire à leurs paroisses, nous avons loué plusieurs desd. curés présens, résidans efFectuèlement à leurs cures suivant le debvoir de leurs charges, remonstré à l'assemblée le bien et utilité que leur présence a apporté à leurs j^roissiens et Teedification qu'ilz en reçoivent, et avons enjoinct à tous les recteurs de nostredict diocèze, suivant les saincts décrets et nos ordonnances tant synodales que de visite, de faire résidence actuelle sur leurs cures, sur les peynes y contenues, singulièrement aux lieux occuppés par ceux de la religion prétendue réformée de Saverdun, le Caria, Sabarat, les Bordes, le Mas d'Azil, Camarade, pour que par ce moyen TEglise soict augmentée, la foy exaltée, et que la continuation des conversions qui se font journellement dans lesd. lieux ne soict arrestée par le defFaut des pasteurs, et précisément aud. curé de Sabarat, attendant qu'il soict promeu à l'ordre de prestrise, nous luy avons enjoinct de faire servir lad. cure...

Donné à Rieux, dans nostre palais épiscopal, le 26'^ jour du mois d'avril 1635.

(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)

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