‹ Les Huguenots dans le diocèse de Rieux;Chapitre 8 sur 49 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Pkocès-verbal de visite de la paroisse de Sabarat.

Dans cette pièce, M. de Guilhem, recteur des Bordes, rend compte à M. de Bertier, évêque de Rieux, de l'état dans lequel il a trouvé, le 27 avril précédent, la paroisse de Sabarat visitée par lui à titre de commissaire.

•f L'an 1636 et le 27™^ apvril passé, conformément aux mémoires qui m'avoient esté baillés par le commandement et ordre de Monseigneur de Rieux, le 22™'' dud. mois auquel il tint son synode, je me serois transporté au lieu de Sabarat, où estant, j'y aurois rencontré m""^ Jean Verdaud, vicaire dud. lieu, auquel j 'aurois demandé s'il estoit approuvé par mond. seigneur. Il m'auroit respondu qu'il l'avoit esté verbalement à Rieux par led. seigneur quelques jours après saint Luc et le jour que M"" le régent de Rieux fit une harangue dans la maison de ville, à laquelle mond. seigneur avoit acisté, et en s'en allant dans la maison épiscopale luy auroict donné le pouvoir de servir lad. cure, et luy ayant demandé où estoit M'' le curé, me respondit estre à Tholose poursuivant ses estudes. A suite luy aurois demandé le nom des catholiques, lesquels il m'auroit porté au lieu des Bordes dans ung papier qui contenoit le nombre suivant :

Catholiques de Sabarat.

1 Premièrement Pierre Dagaiug, maistre tisserau.

5 Plus maistre Pol Rosaud, peignier, avec sa femme et trois

en fan s.

5 Plus Jean Loup, fornier, avec sa femme, ung enfant et deux

filles.

1 Plus Guilhelme Barbuillère, femme vefve.

A la Tour Sardane.

Estienne Pelata, avec une femme vefve, sa parente, et trois enfans desquelz l'un, nommé lean Pelata, est marié avec Françoise Barthe, lequel lean Pelata a trois enfans.

Au masage de Coutele.

5 François Nogué et Madaleine Benete, sa femme, et trois eufans.

4 Raymond Nogué, frère dud. François, avec sa femme et ses

deux enfans.

A Molères.

5 Manaud Vila, avec sa femme, deux enfans aagés et une fille

desia grande.

4 Anthoyne de Vila, frère dud. Manaud, avec sa femme et deux filles.

4 Pol Calvet, consul à présent, avec sa femme et ses deux filles.

A Mourilhou.

2 Pierre del Riu avec sa femme.

5 Bertrand Pelata, consul à présent, avec sa femme et trois

enfans.

Pareillement led. jour 27™*= je serois allé à. l'église dud. lieu, à laquelle on n'a faict autre réparation que seulement recouvrir et la fermer. Le cemetière n'est poinct fermé et dans iceluy tant les corps des huguenotz que des catholiques sont pesle mesle eusepvelis, et mesme au devant la porte de lad. église le ministre dud. Sabarat avoict faict fraîchement ensevelir ung de ses enfans, et me feust dit qu'on avoict faict deffenses aux huguenotz d'y faire ensevelir aucun de leurs mortz, à quoy ilz ont refusé d'obéir, ains sans faire aucun cas de lad. deifense continuent, à tous rencontres, d'y ensepvelir ceux qui meurent parmy eux.

Finalement j'aurois demandé, par diverses fois, aux catholiques dud. lieu s'ils estoient bien servis et si on les faisoit passer sans messe aucun dimanche ny feste. Il me feust respondu que led. Verdaud, vicaire, y estoit fort assideu et ne manquoit poinct de satisfaire à son devoir. Après, me serois disposé à mettre tout ce dessus par escript et le signer de ma main pour le remettre entre les mains de mond. seigneur afin de luy tesmoigner, avec tout respect, l'obéissance que je luy doibz.

Faict aux Bordes, le 5^ jour du mois de may 1636.

De GUILHEM.

[Cote] : Procès-verbal de Guilhem, recteur des Bordes, 1636. — Pour Testât de l'église de Sabarat : nombre des catholiques. — Cimetière. — Service. — Les limites [de la paroisse] manquent. (Arch. de la Hante-Garonne : Évêché de Rieux.)

1664. — 15 Novembre.

La paroisse du Mas-d'Azil de 1630 a 1664.

L'état dans lequel se trouvait le Mas-d'Azil après les guerres de religion a été fidèlement exposé par M. l'abbé David Cau-Durban dans son livre L'Abbaye du Mas-dJAziV. Cependant le Mémoire dressé sur ce sujet par le recteur de la paroisse et envoyé à l'évêque de Kieux, Antoine-François de Bertier (1657-1705), ajoute à cette chronique quelques traits nouveaux. Si l'on compare les documents, cités par l'historien de l'abbaye, avec le rapport qui suit, on constatera que le recteur du Mas n'a pas outré les choses.

Mémoires à M'-"' de Rieux contre ceux de la R. P. R. du Mas d'Azil

despiiis Vannée 1630.

Premièrement, M^"^ sçaura comme les ecclésiastiques furent restablis au Mas par le bénéfice de la paix en l'année 1630. Feu M^'' Jean-Louis de Bertier, d'heureuse mémoire, évesque de Rieux, plain de zelle, il fist touttes les choses imaginables pour faire les consuls mi-partis, et vint aud. Mas pour ce subiect accompagné de feu M' de Senaux, conseiller en la Cour et commissaire député d'icelle, et voulant procéder à l'élection consulaire, les huguenots firent les quatre consuls comme ils voulsirent et se moquèrent de lui. Néanmoiugs mond. s^"^ et led. commissaire esleurent deux consulz catholiques pour le premier et troisième rang, sçavoir le capitaine Casse de Castelnau, bientenant, et François Gousy, comme appert par V Ordonnance que j'ay en main. Ceux de la religion vouloient emprisonner lesd. consulz catholiques sans que M"" de Durban, lieutenant du Roy, dans la province, s'y trouve et les fist promener par toutte la ville, moy les accompaigniant.

En l'année 1632 et le 10<^ jour d'apvril, M«^ Nicolas de Rabaudy, conseiller en la Cour, servant à la chambre de Castres, et Samuel de Scourbiac, aussy conseiller en lad. chambre, furent depputés de la part de Sa Majesté pour establir le Conseil my

> Voy. oj). cit., pp. 44-48.

party, comme il appert par le verbal que j'ay en [mon] pouvoir \ Ils défendirent par iceluy de prendre chose quelconque sur les catholiques : tant s'en fault, qu'ilz n'en veulent jamais observer les termes et clauses dud. verbal; ains au contraire ilz nous ont tousiours obligés par pure tirannie de contribuer aux gages de leurs ministres, diacres et frais de leur académie, non obstant plusieurs actes que je leur ay faicts jusques à présent que par mon adresse j'ay fait en sorte que François Duros, mon nepveu, ayt esté consul, quy est intelligent, non obstant la ligue de certains catholiques qui estoient d'intelligence avec Bourdin, soy disant ministre, pour empêcher qu'il ne feut pas esleu consul.

Au surplus le s'' de Montaigne, conseiller du Roy et magistrat au siège de Montpellier, en l'année 1636 et le 10*^ de septembre, estant commissaire de la part de sa dicte Majesté, pour la desmolition des murailles dud. Mas, il y avoit une cloche à une tour proche de l'hospital où l'on faict le divin service, il ordonna qu'elle seroit baillée au s'^ Grilhou, prieur du chapitre du Mas ou au curé. J'ay recouvré lad. ordonnance que j'ay en mon pouvoir.

Davantage, ceux de la religion ayant demandé à M*" de Saint- Papoul ^, alors abbé du Mas, les luiets ^ pour les pauvres, et qu'ils ne paieront point ausmones pour les peauvres, il leur accorda, et despuis ilz ont jouy au nom de leur consistoire, chose inouïe en France, brefz ilz ont fait ce que bon leur a semblé.

Itein, le ministre Bourdin tient une maison que la ville luy a bailhé quitte de tailhes, quy est obit \ Il fault que ceux de la

^ Voy. Coppie (lu 2>rocès-verhal de Veslection consulaire et conseil politique my party de la ville du Mas-d'Azil pour la présente année 1632. (Arcli. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.) Les commissaires, après avoir présidé à l'élection des consuls et conseils mi-partis à Montauban, Milhau, Mazères et Saverdun, arrivèrent au Mas-d'Azil, le 17 avril, à midi, accompagnés de « M'' Roux, huissier, de nos clercqs, de nos deux valets de chambre, tous sept à « cheval, et de trois valets de pied. » Ils furent reçus très poliment, les consuls huguenots et un grand nombre d'habitants vinrent leur adresser « les complice mans acoutumés » et y ajoutèrent « leurs protestations de la très humble « soumission et fidelle obéyssance qu'ils désirent rendre à Sa Majesté, etc.. » Il paraît que la suite ne répondit pas à de si heureux commencements.

^ Jean de Montpezat de Carbon.

^ Petits cierges offerts à l'officiant dans diverses cérémonies, notamment aux funérailles. On donne parfois à ces luiets le nom d^illeluia et de bourdons.

^ C'est-à-dire hypothéquée de rente pour service obituaire.

religion fassent paroistre le pouvoir qii'ilz ont, et moy il m'a faleu loger comme j'ay peu, à 50 liv. par an pour me loger.

Davantage, feu François Goty obtint par surprise et par son adresse, du Roy, de vendre les fossés de la ville, et nottamment ceux de l'abbaïe parce que le couvent estoit baty sur les murailhes de lad. ville et à la sortie. Il y a un foiidz notable quy a esté aliéné pour le temporel, pour peu de chose, et quy est grandement considérable.

Il fault remarquer qu'il y a des gens et principalement un religieux de l'abbaïe, nommé de Lamote, nepveu de feu M' d'Auxilion, conseiller en la Cour de Tholose, qu'après le siège ils firent tomber le cloché de l'abbaïe auquel il y avoit une cloche quy appartenoit au chapitre, laquelle Louis Gouttes, appoticaire, un nommé Gassis et Jasion Durieu, dit Nonnet, se la partagèrent.

Ainsin il est très important de procurer à régler le conseil my party quy est de 48 à 24, ou bien faire les consulz tous catholiques car autrement nous sommes esclaves.

Tout ce dessus contient la pure vérité.

Fait au Mas, le 15 novembre 1664.

Davantage, les mess''^ de la religion ont bâty sur les murailles du Roy, despuis la démolition quy feust faicte par led. Montagne, et ont fermé la ville, hors des portes quy n'ont pas ozé les mestre en estât.

Item ilz ont basty deux fortaresses l'une au bout de la ville, et une autre à une porte du chemin de La Bastide de Serou, et un autre fort d'un moulin quy est au s"" Goty qu'est le passage de toutte la montagne. Brefz, ceux de la religion, il a trois ans ou environ, pendant le consulat du s' Montaleou, ilz vendirent un jardin qui appartenoit à l'hospital, faisant accroire qu'ilz n'en tiroient rien et par conséquent qu'il le falloit vendre et mestre l'argent aux inthérests, lequel jardin feust vendeu à un nommé s' Sentenac à la somme de 80 livr., et ont mangé icelluy argeant sans en avoir rendeu aucun compte.

(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)

1665. — 6 Mai.

Lettre du recteur d'Artigat a l'évêque de Rieux.

Plaintes du recteur contre certains huguenots qui essaient de suborner une fille catholique de la paroisse d'Artigat.

A Artigat, ce 6 may 1665.

Monseigneur. — Marie Sicrez, fille à feu Jean Sicrez, catholicque et apostolicque romain, habitant d'Artigat, estant tirée d'entre les mains de Pierre Sicrez, aussi catholique, habitant d'Artigat, et mise entre les mains d'un certain cordonnier nommé Bourbon, du Caria, hérétique, son oncle du costé de sa mère, lequel quoyqu'il eust promis de ne faire aller au presche ladite Marie, néantmoins du despuis qu'elle a esté chés led. Bourbon elle feust contrainte d'aller au presche et mener vie calviniste. Et qui plus est ledict Bourbon veult la marier avec un huguenot, ce que led. Pierre Sicrez, frère du père de lad. Marie vouldroit empescher veu qu'elle a esté baptizée à l'esglise et vesqueu environ dix ou douze ans en icelle, en bonne catholique, et ne le pouvant faire sans vostre secours, m'a prié de vous escrire pour vous très humblement prier, comme je fais du plus proifond de mon cœur, d'y donner remède, car il est trop faible pour le pouvoir empescher estant un pauvre et simple charpentier qui attend vos ordres et assistences nécessaires pour faire les inhibitions au ministre du Caria, ou aultres, et agir comme il doibt contre ledict Bourbon sur ce subject, et ledict Sicrez priera Dieu pour vostre prospérité et santé, et la fille aussy, estant par vostre moyen remise au giron de l'Esglise, et je joindray mes prières aux leurs et seray avec respect, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur.

Darbieu, prebstre indigne, recteur cV Artigat.

Adresse : f Artigat. — A M^"", M^^" l'Illustrissime et Révérendissime Evesque de Rieux, ou à Monsieur Mulatier, vicaire général.

(Arch. de la Haute-Garonne : Évêché de Rieux.)

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