G65. — 3 JUIN
Protestation du recteur de Camarade contre les
MINISTRES de LA R. P. R.
Il s'agit ici d'un de ces cas, trop nombreux, de catholiques subornés par les huguenots qui les attiraient à la réforme. Mille occasions et mille prétextes favorisaient ce genre de prosélytisme dans les accointances journalières de la vie de village. Le roi avait essayé d'y pourvoir par ses édits ; mais les recteurs eurent fort à faire pour empêcher qu'on n'abusât des simples et des ignorants.
-|- L'an 1665 et le 3™*^ jour du mois d'avril, après raidy, dans la ville du Mas d'Azil... auroit compareu personnellement M'' Jacques Labrunie, prebtre et recteur de Camarade, quy a dict estre venu à sa notice que Magdaleine Dupred, procréée de parents catholiques et ayant tousjours vescu dans la religion catholique, appostolique, romaine, jusques à maintenant aud. lieu de Camarade, qu'auroit esté séduitte et subornée soubs prétexte de mariage que ses séducteurs préthendent qu'elle contracte avec un nommé Jean Vergé, du masage de las Molos, juridiction dud. Camarade, faisant profession de la religion prétendue réformée, et que pour venir à bout de leur dessein ils l'auroient engagée à tenir un enfant à baptesme dans le temple du Mas d'Azil où elle auroit esté encore subornée par le ministre qui baptisa l'enfant, le 25™® du moys de mars dernier, et d'autant que ces entreprises et façons de suborner les catholiques choquent les éditz de Sa Majesté et les derniers arrêts et règlements du conseil quy ont esté inthimés et nottiffiés tant aux ministres dud. Mas d'Azil qu'aux conseil et diacre de la R. P. R. dud. Camarade, et notamment l'arrest du 3™® novembre dernier 1664, qui deffend très expressément aux ministres de la R. P. R. d'authoriser tels mariages que six mois après le traicté d'iceux, et que les catholiques quy se seront faicts de lad. R. P. R. n'en ayent faict l'exercice publiquement pendant lesd. six mois, à peine de suspension...
De quoy led. s'" Labrunie, prebtre et recteur dud. Camarade, auroit requis à moy notaire luy retenir le présent acte pour le faire inthimer et notiffier tant aux ministres dud. Mas d'Azil que autres
soy disant ministres ou diacres qu'il appartiendra, avec protestation d'eu porter sa plainte, en cas de contrevention, par devant et où il appartiendra... etc.
Présent : JVP Jean Tornier, prebtre et recteur de Saverdun, etc. Acte notifié, le 3 avril 1665, à André Bourdin et Jean Baricave, « soy disans ministres de lad. ville » du Mas d'Azil.
(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)
Nous trouvons, le 11 juillet 1676, une autre protestation relative à des incidents de même nature. Elle fut dressée, devant notaire, à Montbrun-en-Comminges, à la requête de Jacques Labrunie, recteur de Camarade, agissant au nom du sindic du clergé du diocèse de Rieux, et signifiée au ministre Delgabé. Le recteur déclare que Hélie de Granier, s'' de Soulouraiac, gentilhomme verrier, natif de Grabré, de la R. P. R., habitant « aux verrières de c( Mauvesin, annexe dud. Camarade », essaie, sous prétexte de mariage, de suborner une de ses parentes, d"'' Marie de Granier, fille de noble Jacques de Granier, « au grand desplaisir des père <( et mère de lad. d^^° Marie de Granier, qui font et ont toujours « faict profession de la religion catholique, apostolique, romaine ». Hélie agirait de la sorte « en haine de la religion catholique ». Dans le même acte, Jacques Labrunie spécifie que des suborneurs entraînent au prêche, et que les ministres reçoivent « toute sorte « de personnes dès qu'elles sont allées une ou deux fois au « prêche... » On les y mène « journellement, et bien souvent sans « sçavoir s'ils sont libres ou intelligentz de ce qu'ilz font... » — {Ibid.)
DÉCLARATION DES CONSULS DES BoRDES AU SUJET DU CIMETIERE DES CATHOLIQUES ET DES ÉLECTIONS CONSULAIRES.
L'usurpation des cimetières catholiques par les huguenots donna lieu à des édits royaux et à des ordonnances des Parlements obHgeant les religionnaires à restituer à leurs concitoyens catholiques les emplacements usurpés. Comme on le comprend, les huguenots ne s'exécutaient pas sans peine : il y fallut ténacité de la part des catholiques, surtout réduits à un petit nombre et illettrés, comme aux Bordes, et sanctions
pénales. Menacés, les huguenots promettaient obéissance et, de longtemps, ne bougeaient pas. Obligés de rendre gorge, ils posaient en victimes, ils criaient et faisaient rage. Cette tactique leur a valu de nos jours, dans l'histoire, des sympathies aussi immodérées qu'irréfléchies. De pareils démêlés donnèrent lieu, dans les moindres villages, à des colloques et entrevues où l'on déployait, de part et d'autre, quelque diplomatie. Une scène de ce genre se passait aux Bordes, le 12 octobre 1666. Ce jour-là, Pierre Rouais et Jean Raynaud, consuls catholiques du lieu, reçurent la visite de m" Bernard de Guilhem, leur recteur. Il leur rappela que, conformément aux arrêts royaux, M"" de Bezons, intendant en Languedoc, avait ordonné que :
« Les catholiques des villes et lieux dud. pays de Foix seroient (( mis en possession, dans huictaine, des cinietières occupés par « ceux de la R. P. R., avec deffences ausd. de lad. religion d'y « enterrer à l'advenir leurs mortz à peyne de désobéissance, auquel c( effect, en présence des consulz et curés desd. villes et lieux, par « le mesme commissaire leur seroit indiqué un lieu commode « qu'ils achepteroieut à leurs fraix et despens pour doresnavant y « enterrer leurs mortz et, en oultre, que dans led. délay de huic- « taine il seroit procédé à la nomination d'un greffier ou secrétaire « catholique, que les scindic et bayle de chascune desd. commute nautés seroient catholiques... »
Cette ordonnance, du 10 septembre dernier, et l'arrêt du conseil donné à Vincennes, le 18 septembre 1664, n'ont pas été exécutés aux Bordes. Le recteur en requiert l'exécution comme « chef des catholiques » de cette ville. Il demande la séparation des cimetières, celui des huguenots « tenant celuy des catholiques dans l'en- « clos de l'esglise parrochielle », ainsi que les nominations de greffier et syndic catholiques.
En conséquence, sont assemblés « dans la place publique de lad. « ville des Bordes », Jean Baron, Fauroux et Paul Anglade, consuls huguenots des Bordes; noble Raymond de Robert, s"" de Betbèze ; Jean Duprais, ci devant notaire ; Jacob Dumas, s"^ de Marbeilh; Paul Dugabe, bourgeois; Paul Béret, notaire; Jacques Rosseloty, notaire; Jean Moussouné et Jean Lafont, « les tous de « la R. P. R. y>, faisant jjour eux et pour les autres de lad. religion.
Les consuls catholiques leur font lire l'ordonnance et la requête. Ils répondent qu'ils se proposent de s'y conformer et « ce faisant, de
« faire deslaissement, en faveur des catholiques, du cimetière par « eux occupé tenant celuy des catholiques, au bout du pont de la c( présente ville, dans l'enclos où estoit l'esglise parrochielle, non « obstant qu'ils en soient en possession et jouissance en consé- « quence du partage qui fut fait par le commissaire de S. M., et ce « lorsqu'ilz eu seront requis par devant le magistrat royal qui se « doibt porter sur le lieu pour en investir lesd. catholiques », à condition qu'on leur fixe un autre lieu et que s'il arrive un décès, dans l'intervalle, le décédé soit enseveli au lieu accoutumé.
Quant aux greffier, baile des consuls et syndic, leur création se pourrait faire s'il y avait « personnes idoines et capables » parmi les catholiques : « Mais pour ce que le nombre de ceux de leur « religion est plus grand dans la présente ville que celuy des « catholiques quy ne sont qu'un petit nombre et illitérés, hors de « quelques uns qui sçavent lire et escripre, et quy ne sont pas « versés au fait de praticque, ils ne pourroient pr^s y procéder <:( pour le présent, ce qu'ils fairont néanmoings dans quelque « temps, conjoinctement avec nous, dans lequel intervalle ils « adviseront de quelles personnes eux et nous pourrions faire « nomination pour remplir lesd. charges. . . »