‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 11 sur 154 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La Réforme, affaire de conscience.

I. — Lk But : l \ Piétk. — La Réforme ot la coiibcieiice. — Fr. Lambert d'Avignon. — Ramus. — Vicomte de Turenne. — Nicolas Ballon. — Le baron de Rioux. — Jeanne d'Albret. — D'Aubigné. — Coligny. — Dandelot.— Bèze, etc.

IL — Les Moyens, — l. La Bible. — Idéal religieux des huguenots : la piété selon la Bible. — Letevre, etc. — Les enseignements de la Bible, autres que les enseignements catholiques. — Aveux de Farel, de Duplessis-Mornay ; le comte de Montgomméri. — Vieux exemplaires de la Bible.

1. Confession gallicane. — La foi biblique résumée dans la Confession gallicane. — Largeur et étroitesse. — Corruption de la nature humaine; prédestination. — Martyre et foi de Philippe de Luns.

?>. Discipline et Synodes. — La coniession, règle de la foi ; la discipline, règle des mœurs. — Sévérité de la discipline. — Chanté et piété. — Synodes. — Règlement de l'église de Nîmes, 1566. — Peines infligées aux délinquants. — Chapitre curieux de l'histoire générale des mœurs.

— Les synodes recommandent les prières publiques en temps de calamités, la fondation d'écoles, la charité, la décence dans les vêtements, interdisent certains jeux, l'usure, la danse, le duel, les paroles injurieuses envers les papistes, etc., etc.

4. Culte et chansons spirituelles. — Éléments du culte des huguenots.

— Cène. — Marreaux. — Instruction catéchétiquo. — Prédications fréquentes. — Les Psaumes. Recommandés par Calvin et Clément Marùt. — Divers jugements sur les Psaumes. Sont en grande faveur. Mis en musique. — Chansons spirituelles. — Poésie.*; de controverse.

— Verve gauloise. — Petits livres protestants mis à l'index. — Devises huguenotes,

L Le But : la Piété.

C'est qiie les huguenots du seizième siècle avaient de fortes convictions. Ils obéissaient à leur conscience. Tls estimaient que rien ne vaut une conscience tranquille. Fais ce que dois, advienne que pourra. C'est là, dans cette fière devise, qu'est le secret de leur force, l'explication de leur courage. Bel exemple qu'ils donnèrent aux générations suivantes; exemple d'autant pins digne d'admiration, (ju'ils

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vécurent en un temps où, selon l'énergique expression de Montaigne, toutes les notions du juste et de l'injuste étaient ])erverties.

J'en vois qui, dès que leurs convictions se sont formées, les confessent joyeusement; d'autres. qui hésitent: il leur faut la maladie, les tribulations, les encouragements d'un ami, pour se décider. Quelques-uns, après s'être déjà prononcés, reculent devant le feu des persécutions. Mais tous ensemble, les faibles comme les forts, sont unanimes à dire: nous croyons, c'est pour cela que nous parlons et que nous saurons souffrir.

Qu'est-ce qui détermina l'honnête François Lambert d'Avignon à déposer l'habit monastique? Des motifs de conscience. U décrit lui-même d'une manière charmante (1523) le chemin qu'il suivit pour arriver à la Réforme. «J'habitais Avignon, ville célèbre des Gaules, quand, ayant dans mon bas âge perdu mon père et me trouvant sollicité au bien par l'esprit de Christ, je fus frappé de l'éclat extérieur dont brillait l'ordre des Frères mineurs Observantins, et de cette grande apparence de sainteté que je regardais, dans ma simplicité enfantine, comme l'image de leur caractère intérieur. J'admirais en eux la décence du costume , les regards baissés, la tête inclinée, le langage mielleux d'une piété feinte, leurs pieds nus parés de grossières sandales. Je m'extasiais de la dignité de leur tenue, de leur démarche grave, de leurs bras croisés sur la poitrine, des gestes pleins de grâce et d'élégance qui accompagnaient leur prédication. Mais j'ignorais que sous des vêtements de brebis se cachaient des cœurs de loups et de renards. Je ne doute point que Dieu n'ait voulu que je fusse séduit par leurs beaux dehors de piété, afin de pouvoir, après avoir appris ce qui en était, quitter leur société et faire connaître au monde quelles ordures étaient cachées sous ces sépulcres

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blancliisV" Ainsi c'est par horreur de l'Iiypocrisie que Lambert se détourne de la vie monacale. Des livres de Luther tombent entre ses mains. Ils répondent à ses secrètes aspirations. Il s'enfuit du couvent et renonce aux molles douceurs de la vie monastique; sa conscience dès lors est en lepos.

C'est également pour obéir à la voix de sa conscience que Uamus, l'un des plus grands savants du seizième siècle, se fît protestant. Sa conversion, qui date du colloque de Poissy(15Cl), fut déterminée par le cardinal de Lorrahie lui-même, ainsi que Ram us prend soin de le lui expliquer dans une lettre remarquable de 1570. «C'est de vous, lui dit-il, tjue j'ai appris cette précieuse vérité : que, des quinze siècles écoulés depuis le Christ, le premier fut véritablement un siècle d'or et qu'à mesure qu'on s'en est éloigné, tous les siècles qui ont suivi ont été de plus en plus vicieux et corrompus. C'est alors qu'ayant à choisir entre ces différents âges du christianisme , je m'attachai à l'âge d'or; et? depuis ce temps, je n'ai pas cessé de lire les meilleurs écrits de théologie; je me suis mis en rapport avec les théologiens eux-mêmes , autant que j'ai pu le faire; et, enfin , pour mon instruction personnelle , j'ai rédigé des commentaires sur les principaux points de la religion ^»

Le vicomte de Turenne fut du nombre de ceux qui résistèrent longtemps. Les réformés et surtout La Noue le pressaient journellement de vouloir entendre des nouvelles de son salut. Il leur répondit plusieurs fois, raconte d'Aubigné^ qu'il aimait mieux êlre chien que huguenot. Mais enfin, attiré

1. Correspondance des réformateurs dans les pays de langue française, par Herminjard. Paris et Genève, 1866, 1. 1, p. 118.

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