I. Mémoire!) de Brantôme, édition de 1735, l. lil, p
558 ir* PARTIE. — LA VFE DES HUGUENOTS.
Lô, à qui Montgoméry essaya en vain de persuader la reddition de la place, il prèle cette fière réponse: «Non, non, mon capitaine, je n'ai point le cœur si poltron que de nie rendre, pour être mené à Paris servir à ce sot peuple de passe-temps et de spectacle en une place de Grève, comme je m'assure qu'on vous y verra bientôt. Voilà le lieu (montrant la brèche) où je me résous de mourir, et où je mourrai possible dès demain, et mon fils auprès de moi. » Nous avons dit ailleurs qu'il en advint ainsi.
Il raconte que Louis de Bourbon, aimant mieux laisser sa vie que de reculer, usa de ces propres mots quand on lui parla d'être lâche: « A Dieu ne plaise qu'on dise jamais que Bourbon ait fui devant ses ennemis ! »
Il rapporte ailleurs une curieuse parole de Catherine de Médicis. Le 22 mars 1575 les députés de Henri de Condé s'étant présentés devant le roi avec une requête, la reinemère répondit au seigneur d'Éresnes qui portait la parole: « Je sais bien que ce sont des chats que vos huguenots, qui se retrouvent toujours sur leurs pieds ; rnais quand ils auraient cinquante raille hommes en campagne, avec l'amiral vivant et tous leurs chefs debout, ils ne sauraient parler plus haut qu'ils font^»
Ces farouches guerriers, si âpres à lutter, si décidés à vendre chèrement leur vie, eurent cependant, paraît-il, même à l'armée, des mœurs plus douces que leurs adversaires. Ils commirent, eux aussi, d'horribles dévastations dans les églises et les couvents, sous prétexte d'en faire disparaître tout signe d'idolâtrie ; mais, presque partout, au dire d'un écrivain qui connaît à fond l'histoire du seizième siècle, presque toujours ils respectèrent les personnes
1. Mémoires, etc., collection Poiijoiilal , t. I, p. 5:5, 21, .)7.
mêmes des prêtres, et ce qui était plus rare, ils laissèrent aux catholiques une entière liberté de pratiquer leur culte'.
Leur piété, plus réelle et plus profonde que la piété catholique, les suivit au camp. On y entendait non-seulement les cliquetis des armes, mais encore la voix grave des ministres présentant à TEternel des armées, au nom de tous les soldats, les prières du matin et du soir*.
Quel émouvant spectacle ne présenta pas l'ouverture du fameux colloque de Poissy, d'où pouvait sortir — on l'espéra un instant — la paix de l'Église ! D'un côté cinquantedeux prélats, brillant de tout l'éclat de leurs dignités, de leurs richesses, de leur faveur à la cour. De l'autre, des ministres protestants qui, sur la foi toujours suspecte des saufs-conduits, venaient faire connaître leui's doctrines, sans avoir oublié le sort de Jérôme de Prague et de Jean Huss au concile de Constance. Ils parurent entre une haie de soldats, plus semblables à des malfaiteurs qu'on surveille qu'à des pasteurs des âmes chargés d'exposer le contenu des Ecritures. Ils s'avancent jusqu'à la barre qu'on avait préparée pour eux, se découvrent, s'agenouillent, et Rèze, au nom de tous, récite une courte prière...
Un ou deux ans s'écoulent. La bataille de Dreux va se livrer. De funestes pressentiments oppressent toutes les poitrines au seuil de ces guerres civiles entre hommes d'une foi contraire, d'une valeur égale et d'une égale ardeur à remporter la victoire. Comment ces huguenots, aux âmes mieux trempées encore que l'acier de leurs cui-