‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 123 sur 154 · I. Bulletin, t. IV, p. Ô · texte numérisé non relu

I. Bulletin, t. IV, p. Ô

ii72 ll»^ PARTIE. — LA VIE D lis HUGUENOTS.

iiioiitreut à découvert et l'inconstance du roi, si prompt à passer de l'ingratitude à la générosité, et la fierté chcvaleres(iue du pieux guerrier huguenot qui, dans sa blanche vieillesse comme dans la force de l'âge, mettait toute sa joie à s'entretenir avec son Dieu :

0 Dieu! lu m'as, enfant, instruit de tes merveilles; Enfant, j'ai enseigné les cœurs par les oreilles

A ton saint nom bénir :

Ne me retire encore en ma blanche vieillesse, Tant que j'aie achevé d'élever la hautesse

Aux siècles à venir".

D'autres guerriers huguenots trouvèrent dans leur foi, à des degrés divers il est vrai, un calme que les stoïciens leur eussent envié.

En 1560, le prince de Condé attendait patiemment l'exécution de l'arrêt qui le condamnait à mort. Il jouait avec des officiers de garde auprès de lui, lorsqu'un de ses serviteurs, auquel on avait permis de le rejoindre, feignant de s'approcher pour ramasser une carte, lui dit à l'oreille : «Notre homme est croqué!» Maîtrisant son émotion, le prince achève sa partie; il trouve ensuite moyen d'être un moment seul avec ce serviteur, et il apprend de lui que François II est mort! Sa foi l'avait préparé à tout événement.

Condé lui-même avait à peine fermé les yeux, lorsque l'amiral, déjà vivement éprouvé, apprit la mort de son frère Dandelot. Il écrivit alors à ses enfants et à ceux de son fière défunt, réunis à la Rochelle sous le même précepteur, Le Gresle, une lettre où le plus vif sentiment chrétien alterne avec les exhortations les plus paternelles et avec les regrets les plus sincères. Celte lettre est du 18 mai 1569.

l. France protestante , t. 1, p. 165 à 179.

<i O'i^iiciue je ne doute pas (y lisons-nous) que la nioil de mon frère Dandclot ne vous ait causé une grande aflïiction, j'ai pensé toutefois de vous rappeler combien vous êtes heureux d'être fils ou neveux d'un si grand personnage. J'ose assurer qu'il a été un Irès-fulèle serviteur de Dieu et un très-excellent et célèbre capitaine. La mémoire et l'exemple de ses vertus doivent être constamment devant vos yeux, afin de les imiter autant (pùl vous seia possible... Certes, je n'ai point comiu d'homme plus équitable, ni plus pieux et dévoué à Dieu. Je n'ignore pas qu'il ne me serait pas bienséant de publier ses louanges aux étrangers; mais je vous les présente plus librement pour vous inciter et vous aiguillonner à l'émulation de si grandes vertus, que je me propose moi-même pour exemple. En effet, je supplie très-humhlement Dieu et notre Seigneur que je puisse quitter cette vie aussi pieusement et heureusement que je l'ai vu mourir.

«J'ai un si vif chagrin de l'avoir perdu, que je vous demande, pour tempérer ma douleur, de faire en sorte que je puisse voir revivre et briller en vous ses vertus. A cet effet, je vous prie de vous adonner de tout votre cœur à la piété et à la religion , et d'employer, pendant que vous êtes dans l'âge favorable, votre temps à l'étude des saintes lettres

qui vous mettront dans le chemin de la vertu Sur toutes

choses, honorez votre maître et lui obéissez comme à moimême; car je m'assure qu'il ne vous enseignera ni conseillera rien qui ne soit pour votre honneur et pour votre profit, aAu reste, si vous m'aimez, ou plutôt, si vous vous aimez vous-mêmes, tâchez que je reçoive toujours d'agréables nouvelles de vous, et efforcez-vous de croître autant en piété et en vertu qu'en âge et en stature '.»

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