‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 3 sur 154 · Declaratio de/ectmwi virorum ecclesiœ , w · texte numérisé non relu

Declaratio de/ectmwi virorum ecclesiœ , w

queute pour dcploicr la décadence de l'Église : il avait flétri ces simoniaques, ces prêtres incestueux, qui accouraient de tous côtés à Rome pour solliciter la protection des papes; «ces derniers ne manquaient jamais de l'accorder à quiconque avait de quoi la payer». La cour de Rome, avait-il ajouté non sans àpreté , peut bien recevoir quelquefois des sujets vertueux, mais il est rare qu'elle les rende tels; car les méchants y apprennent bien moins à se coriiger que les bons à se pervertir \

1. Traité (le In considération , d'après le Bulletin, t. V, p. 266. Déjà au treizième siècle, un prédicateur s'était écrié: «Quel prêtre rougit de paraître en public l)ien peigné, de marcher avec une allure molle, indigne de son .'^exe, en un mot d'être femme? Regardez ceux qui devraient donner aux autres l'exemple de la modestie, de la gravité, de la mortification : les voyez-vous parés avec un soin minutieux, les cheveux crêpés, la raie bien dessinée, la face rasée de frais, la peau polie à la pierre ponce, la tête découverte, les épaules nues, les bras traînants ou portant des signes gravés, les mains chaussées et les pieds gantés ? ... Toute la journée ils sont en quête d'un miroir; ils se promènent Y habit immaculé, Vdme toute souillée; leurs doigts resplendissent de l'éclat des anneaux, leurs yeux de celui du sourire. Ils portent la tonsure si petite qu'elle semble moins la marque d'un homme d'Église que celle d'un corps vénal. »

Nous empruntons ces paroles à la Revue des Deux Mondes, 15 août 1869, p. 827.

Un peu plus loin, M. Aubry-Vitet ajoute ce qui suit : '< C'est contre les mauvais prêtres que les orateurs sacrés s'arment du fouet le plus impitoyable, et ce n'est là ni la moins curieuse, ni la moins éclatante preuve de leur abnégation et de leur sincérité. Moines, curés, abbés, évèqucs, sont cités à la barre, et quelles rudes sentences! Point d'indulgence pour l'évêque négligent, avide, orgueilleux ou simoniaquc. Ne devrait-il pas être, dit Jacques de Vitry, «l'avocat •I des pauvres, l'espoir des infortunés, le tuteur des orphelins, le bâton " des vieillards, le vengeur des crimes, le marteau des tyrans, s'entourer " de familiers honorables et de coopérateurs cherchant, non pas leur in-

6 r* PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.

Presque à la même époque , Pétrarque traçait le portrait effrayant de la cour papale d'Avignon, et Dante plaçait trois papes dans son Enfer.

Ainsi, sans même prendre en considération les Vaudois, les Wicléfites, ces fiers précurseurs de la Réforme, qui, longtemps avant le seizième siècle, osèrent rompre avec l'Église de Rome, ilest permis d'affirmer, qu'à travers tout le moyen âge, les plus zélés enfants de l'Église même, qui.

« térêt, mais celui de Jésus-Christ?» Combien peu de prélats approchent de cet idéal! Celui-ci est en proie à l'avarice; il vend la justice, il vend les prébendes. Réclame-t-on son saint ministère? Si c'est uir riche qui l'appelle, il court; si c'est nu pauvre, il fait la sourde oreille; il thésaurise, il amasse, sans jamais se rassasier. Avoir, c'est un doux poison , s'écrie, dans un langage que nous regrettons d'altérer, un prédicateur normand malheureusement anonyme. Maintes gens commencent à amasser comme dans une intention louable , comme pour servir Dieu et faire des aumônes; mais quand ils ont «assemblé leur avoir», alors « change leur courage». Le prêtre se dit : « Ton épargne t'aidera quand tu «auras la crosse»; et le moiue : « Mon abbé mourra et mes deniers me « feront avoir l'abbaye.» Cet autre est tout entier aux plaisirs de la table. « Quelle différence y a-t-il aujourd'hui, nous dit Élinand, entre la table « d'un pontife et celle d'un roi? Est-ce que les abbés eux-mêmes ne veu- (( lent pas des mets princiers? Montrez-moi un de ces riches se couvrant « de pourpre et se nourrissant d'huîtres qui vaille le riche de la parabole « de Lazare, gémissant aux enfers 1 » Et contre le népotisme, celte autre plaie de l'épiscopat, quels accents indignés! Écoutons encore Jacques de Yitry : « Les malheureux, les insensés! lis abandonnent le soin de plu- « sieurs millions d'âmes à des enfants auxquels ils n'oseraient conlier trois « poires, dans la crainte qu'ils ne les mangent ! J'en connais un de ces « jeunes intrus , que son oncle avait installé au chœur dans la salle de «l'archidiacre, et qui la souillait encore comme naguère le giron de sa « nourrice! »

« Si les hauts dignitaires sont ainsi traités, on pense bien que les simples curés, les simples moines, n'ont pas de ménagements à attendre. Les sermonnaires accablent impitoyablement « le mauvais prô- «tre, qui donne quatre fois lo baiser de Judas en célébrant la messe : à

CIIAP. I. — r.KFOmiE DES CROYANCES ET DKS MŒins. 7

pour rien au monde, n'eussent consenti à en sortir, ne craignirent pas de protester, de toute leur autorité , contre la démoralisation du clergé, séculier et régulier, papes et cardinaux, moines et religieuses. Longtemps le flot avait grondé sourdement; il allait renverser ses digues.

On était à la veille d'une ère de renouvellement de toutes choses ; de toutes parts l'édifice social craquait et menaçait ruine: comment l'Eglise eût-elle résisté, seule, au branle

« l'autel, à la patèue, au livre d'évangile et à son assistant {minister). » — « Plongé dans les choses de la matière, dit Gcofïi'oy de Troyes, il s'in- " quiète peu de celles de rintclligeuce; il diffère du peuple par l'habit, " non par l'esprit, — par l'apparcucc, non par la réalité. » Aux moines qui ont fait vœu de pauvreté, on reproche amèrement leur richesse. '< Des palais pour hôpitaux, des fortifications pour murs, des tours pour réfectoires, des châteaux pour églises, des villas pour granges, est-ce que tout cela ne prête pas à rire aux laïques? Ne pouvait-on, à moins de frais, souper dans le réfectoire, loger le pauvre dans le dortoir?» «Les chanoines surtout sont fustigés d'importance. <i Aux offices où l'on fait une distribution de deniers, ils accourent; mais tout le temps • que durent les autres ils restent chez eux à jouer aux dés. » Ils n'assistent aux services funèbres que lorsque la lugubre cérémonie doit être suivie d'un de ces repas , de ces rememhiances où ils peuvent satisfaire leur goinfrerie. Ils ne se soumettent même pas aux avertissements de leurs supérieurs; si l'évêque les veut admonester, ils prétendent ne dépendre que du doyen du chapitre; si le doyen s'avise alors de les morigéner, ils répondent insolemment qu'ils ne relèvent que du chapitre même. Aussi, de quelles convoitises les canonicats ne sont-ils pas l'objet! «11 en est qui tombent en délire quand il y aune vacance, comme les chiens lunatiques lorsque le cours de la lune décroit. » Heureux encore lorsqu'ils se contentent d'une seule prébende ; mais, hélas! il n est pas rare de voir ces ambitieux en accaparer sans vergogne deux,

trois, quelquefois plus encore Tout cela n'est rien encore auprès du

concubinage des prêtres. Voilà pour le cLcrc le plus affreux des vices,

et contre lui l'Église na pas assez d'anathèmes » (Voy. la Chaire

française au moyen tige, particulièrement au treizième siècle, par M. Lecoq de La Marche.)

universel? Dans l'ordre politique, comme dans l'ordre intellectuel, le moyen âge achevait de disparaître. Les royautés locales tendaient à se fondre dans de grandes unités nationales. Les arts, les lettres, les sciences se pénétraient d'une vie nouvelle. La renaissance des lettres et l'imprimerie avaient ruiné le principe de l'obéissance aveugle et réveillé dans tous les esprits la sainte soif de connaître.

L'Église, elle, ne comprit pas les obligations que lui imposaient les temps nouveaux qui allaient paraître. Aujourd'hui ce sont les plus adroits d'entre ses défenseurs qui le disent : le clergé du seizième siècle suivit, avec une déplorable opiniâtreté, les errements du moyen âge. Les peuples avaient un intérêt immense, moral et matériel tout à la fois, à ce que des réformes eussent lieu : il n'en opéra aucune nouvelle, et revint même sur celles qui avaient été opérées.

Nicolas V avait détruit la Pragmatique de Mayence, et Pie II la Pragmatique de Bourges. Jules II avait excommunié le roi Louis XII pour des intérêts temporels et dépouillé les Vénitiens. Alexandre VI avait souillé la chaire de Saint- Pierre des cruautés et des débauches de Néron. Et maintejiant même Léon X, par le concordat de 1516, ruinait les libertés ecclésiastiques en supprimant les élections canoniques ; répandait dans l'Europe entière le scandale des indulgences à prix d'argent; remplissait son trésor d'une autre manière encore en vendant trente chapeaux de cardinaux tout d'une fois; faisait représenter devant lui la Mandragore de Machiavel; accordait un archevêché comme récompense à un musicien et comblait l'Arétin de présents : il vivait , enfin , en grand prince voluptueux et non en vicaire de Jésus- Christ, donnant ainsi un exemple trop imité par le sacré collège. Le tableau des désordres auxquels se livrait le clergé de France en particulier, tel que le représentent

Maillard, Menot et l^rantôine, d'après les contemporains, inspire autant de dégoût que d'indignation. Le pape et les cardinaux se recommandaient au moins par l'instruction et l'esprit; mais la masse des évêques restait plongée dans une honteuse ignorance ; celle des riches abbés était proverbiale. Les mêmes hommes possédaient la plupart du temps quatre ou cinq, quelquefois même jusqu'à huit ou neuf archevêchés, évêchés, abbayes : Wolsey, Duprat, le cardinal de Lorraine peuvent être cités, parmi une foule d'autres prélats de ce temps, comme ayant cumulé une énorme quantité de bénéfices ecclésiastiques, rapportant chacun annuellement plusieurs centaines de mille livres. De là un luxe royal, une mollesse et des excès de Sybarites; de là aussi, en l'absence du titulaire, l'indigne administration des évêchés par des remplaçants payés au rabais, et le défaut de surveillance pour la conduite et la doctrine du clergé inférieur.

On a raison d'avouer que c'étaient là autant d'abus qu'il fallait détruire \ Mais quand des écrivains, d'ailleurs impartiaux, se figurent que, si l'on eût donné satisfaction à l'opinion publique par quelques réformes dans la discipline, les innovations de Luther et de Calvin n'auraient trouvé « ni sympathie, ni chaleur dans les masses », ils se font singuHèrement illusion.

Il ne s'agissait plus seulement, au début du seizième siècle, de détruire quelques privilèges abusifs du clergé, ou d'établir une sévère discipHne. On avait compris, comme par instinct, que les vertus et les vices, les abus et les bonnes mœurs ne sont autre chose que l'expression visible

I . Poirson , Précis de l'Histoire de France dans les temps modernes. 3» édition. Paris, 18.i2, t. II.

des convictions et des croyances. En d'autres termes, une sévère révision du dogme chrétien était devenue inévitable.

C'est au fruit qu'on connaît l'arbre. Décidément, le fruit était mauvais, la moralité ecclésiastique détestable : il était temps que la cognée fût mise à la racine de l'arbre.

Il ne suffisait plus de quelques concessions pour arrêter l'élan de l'esprit humain : la Bible se répandait, l'esprit d'examen s'était déchaîné sur le monde, la presse centuplait les moyens d'instruction. Quels sont les droits du pape? Qu'il les établisse, disaient les uns. Est-il vraiment le vicaire de Jésus-Christ? Et ces cardinaux, ces archevêques, ces grands seigneurs ecclésiastiques, de quel droit plientils sous le faix des richesses et des honneurs? Consultons la Bible! — Consultons la Bible, disaient d'autres ; consultons-la en toute liberté, pour voir si elle autorise l'invocation de la Vierge et des saints, la transsubstantiation, le céhbat des prêtres, le purgatoire, la confession auriculaire, les sacrements, la vente des indulgences , les taxes de la

chancellerie de Rome Et ainsi la doctrine romaine tout

entière dut comparaître devant l'auguste tribunal des Saintes Écritures, que tous, désormais, pouvaient se procurer et méditer.

Je viens d'écrire : les taxes de la chancellerie romaine. Je m'arrêterai à ce mot, parce que la chose qu'il recouvre est, plus qu'aucune autre, propre à montrer qu'entre les mœurs du commencement du seizième siècle et le dogme catholique, il y avait une étroite solidarité, et que l'on ne pouvait sérieusement songer à réformer les unes sans toucher à l'autre.

On sait généralement que, peu à peu, l'Eglise' permit à

1. Les détails qui suiveul sont empruntés en grande partie à une consciencieuse étude de feu M. lung. Bulletin, t. V, p. 5il et suiv.

ses fidèles de remplacer de longues années de pénitence par un pèlerinage à Rome ou ailleurs. Ces permutations, eWe les aulorisaii par indulgence , et, bientôt, on appela t( indulgence » l'absolution des péchés ainsi obtenue. Les chrétiens en vinrent bientôt à se persuader que, pour qu'ils fussent réconciliés avec Dieu, c'était assez de l'acte extérieur, abstraction faite de la contrition et de l'amendement. D'autre part, l'Église, ajoutant encore à son indulgence, permit aux pécheurs de se soustraire, à prix d'argent, aux pénitences déjà mitigées : elle se créa de la sorte de beaux revenus qu'elle ne craignit pas d'affermer aux grands financiers de l'époque.

Au quinzième siècle, ce scandaleux système était arrivé à son entier développement. Un collège de la chancellerie romaine, la Pœnitentiaria, réglait les dispenses pour les délits ou péchés. Il publia des règles, Regulœ, propres à guider les confesseurs dans tous les cas imaginables, et suivies des Taxes de la chancellerie. Il n'est point aisé de se procurer aujourd'hui ce fameux petit volume. De fervents amis de l'Eglise romaine ont tenté, paraît-il, d'en faire disparaître à tout prix les exemplaires restants. L'auteur du savant article que nous résumons nous fait savoir que, déjà au commencement du dix -septième siècle, un éditeur de ce document curieux, après s'en être procuré avec beaucoup de peine un exemplaire, crut devoir en faire constater publiquement l'authenticité.

D'autre part, un savant du dix-huitième siècle, Voétius, conseilla — le fait est significatif — aux bibliothécaires des universités protestantes non-seulement de se procurer à tout prix les exemplaires dont ils auraient connaissance, mais encore de les enfermer dans des caisses solides où ils fussent bien gardés.

Quel est donc le contenu de ce précieux volume dont on

12 I" PARTIE. — LA FUI DES HUnUENOTS.

a parfois osé nier jusqii'<à l'existence et dont deux exemplaires ont été à la disposition du célèbre bibliothécaire de Strasbourg ' ?

Les cas taxés sont des plus curieux: le cumul de plusieurs bénéfices, les dispenses d'âge pour en posséder, les expectatives ou nominations par anticipation; l'autorisation accordée à un magistrat municipal de remplacer ses sceaux à cire verte par des sceaux à cire rouge, le droit de s'approprier injustement un bien, sauf à en restituer le quart, la faveur de visiter le Saint-Sépulcre en compagnie de deux domestiques, tout est sujet à taxe. Le pape vend la permission de chercher des blés en Turquie pour les transporter en pays chrétiens. Il se fait payer l'absolution générale d'un laïque pour toutes ses transgressions et tous ses crimes, le droit de porter certains capuchons; aune femme juive, devenue chrétienne, le droit d'entrer en possession de l'héritage de ses parents demeurés Israélites.

Il vend aux ecclésiastiques le droit d'avoir des défectuosités corporelles; la taxe est plus ou moins grande, selon que l'impétrant est privé d'un œil ou seulement de deux ou trois doigts et selon qu'il prétend à un grade plus ou moins élevé.

Parmi les centaines de cas prévus et taxés, il en ^st qui soulèvent à bon droit la conscience chrétienne. Il y a des rémissions intégrales, accordées à des familles entières, dont le sens ne saurait être doute.ux: elles s'appliquent évidemment aux péchés futurs non moins qu'aux péchés déjà commis.

Les moines demanderont, sous peine de huit gros, s'il

l. Édition des Règles et Taxes . sauctioniiées par Léon X et imprimées à Paris par Toussaint Denys, en 1520.

leur est permis de porter des sandales à pointes. Les prêtres, pour user enterrer un usurier, payeront également huit gros. Des cas scandaleux sont également taxés; nous ne les citerons pas

Le parjure est estimé six gros, ainsi que le faux témoignage. Le prêtre qui vole son église payera sept gros; il en payera neuf pour avoir célébré le culte dans une ville frappée d'interdit. Au prix de sept gros, on est dispensé de jeûner pendant le cai'ême. L'assassinat d'un laïque est taxé cinq gros, d'mi prêtre ou d'un moine, sept à neuf gros. On paye cinq à sept gros pour avoir assassiné son père, sa mère, son frère, sa sœur, son époux. Entre laïques, l'absolution et la dispense pour vol, incendie, rapine et meurtre se payent huit gros. La religieuse paye deux gros pour avoir fréquenté les bains publics; le moine qui est sorti de son couvent sans permission est condamné à une amende de sept à neuf gros.

Ces citations sommaires, à la fois arides et éloquentes, suffisent pleinement à notre but. Elles justifient la parole de M. Michelet : « Les finances sont l'alpha et l'oméga de l'administration romaine. » Elles expliquent la dégradation des mœurs à la fin du quinzième siècle. Elles prouvent surabondamment que, pour transformer la moralité, il importait de toucher au dogme, de l'étudier à nouveau, de rechercher, et dans les replis de la conscience et dans les profondeurs bibliques, les véritables principes moraux, les conditions auxquelles s'obtient le pardon des péchés. Il fallait, en un mot, pour réformer les mœurs, réformer les idées, en France non moins qu'en Allemagne, dans le pays où s'immortalisa Luther.

C'est ce que comprirent admirablement tous les promoteurs de la Réforme. La Réforme éclata simultanément et spontanément en France, en Suisse, en Allemagne. Les

temps étant accomplis et l'attente universelle, la diffusion des Saintes Ecritures et l'apparition de quelques hommes de génie pour les commenter avec des langues de feu firent le reste. Nul d'entre eux n'abdiqua son originalité, ne répudia son caractère propre; nul ne prit conseil d'autrui : chacun d'eux parla et agit selon que l'Esprit le lui enseigna.

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CHAPITKE II.

Premiers commencements de la Réforme en France.

La Réforme, facile : tiers état; prélats; génie de la Ration.

La Réforme, diflicile : le peuple; la noblesse; le roi; le clergé ; la haute magistrature. — Rapides progrès de la Réforme : Sismondi ; Duplessis-Mornay; le duc d'Aumale ; Brantôme; FI. de Rémond. — Le luthéranisme pullule à Paris dès 1525.

Il semblait que les doctrines de la Réforme dussent trouver en France l'accueil le plus empressé.

Le tiers état, non-seulement désirait ardemment la réforme d'une constitution encore empreinte de l'esprit féodal, mais encore n'éprouvait que du mépris pour des prêtres sans foi, sans lumières, sans moralité, plus avides de s'enrichir que de prêcher l'Évangile.

Les prélats les plus éminents réclamaient eux-mêmes des réformes; la noblesse voyait d'un œil jaloux les privilèges du clergé; le lien qui unissait les rois de France au saint-siége s'était relâché au point de ne plus exister.

Le génie de la nation la portait vers les grandes choses.

Les grands seigneurs se livraient à des passe-temps devant lesquels reculeraient aujourd'hui les esprits les plus audacieux. Nous avons remarqué, dans un auteur du temps, une page où se montre à nu une hardiesse, chevaleresque jusqu'à la folie. « Les galants de M. d'Orléans avaient promis un temps de ne marcher aux villes que par-dessus les maisons, sautant de toit à autre les rues étroites; se précipitent (sic) dans les puits, font passer les chevaux à travers les flammes. Le sieur de Tavannes, à Fontainebleau, fait sauter son cheval d'une roche à l'autre , de la largeur de vingt-huit pieds, accompagne son maître où l'ardeur de

IC l" PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.

jeunesse le porte, à se battre à coups d'épée, inconnus, faisant embuscade aux siens propres pour s'éprouver, blesse

et est blessé se jouant » — « Ceci, ajoute naïvement le

chroniqueur, est écrit non pour louanges , mais pour connaître les folies de ce temps-là , duquel sortirent tant de gens valeureux \»

Pures folies, je le crois bien. Mais que ces hommes, non moins vigoureux d'esprit que de corps, en vinssent à s'occuper des questions religieuses : il était à prévoir qu'ils s'y porteraient tout entiers, avec passion , hardis à secouer le joug de la tradition , impétueux à l'attaque , opiniâtres à se défendre ; on pouvait s'attendre à des chocs effrayants entre les esprits, à des luttes héroïques, à des prodiges de bravoure intellectuelle.

Mais que l'on aille au fond , que l'on pénètre plus avant, et l'on comprendra le sort épouvantable qui attendait les huguenots.

Le peuple, habitué à un culte matériel, dut voir, d'un œil indifférent d'abord, puis avec une hostilité croissante, ces hommes qui allaient parcourir le pays, prêchant avec feu contre ces formes religieuses si contraires à l'Evangile , mais si chères à la piété catholique.

Parmi les nobles il en était beaucoup qui possédaient en commende de riches bénéfices dont le sort était intimement lié à celui des richesses du clergé. De là , des conflits inévitables entre leurs convictions et leurs intérêts; que de fois ceux-ci n'allaient-ils pas triompher !

François P"" se croyait des droits sur le duché de Milan et le royaume de Naples; pour les faire valoir, le concours du pape lui était indispensable.

1. Mémoires de Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes. T. VIII de la collection des Mémoires pour serrir à l'Histoire de France par Michaud et l'oujouiat, p. 8 de la Nolico.

ClIAP. 11, — COMMENCEMENTS DE l.A RÉFORME. 17

Le clei'Lié Mirluiil, chose facile à prévoir, allait, de concerl avec le parlemciil, user de toute son influence pour étoulfer les idées nouvelles. On s'étonne de trouver l'ardeur de la persécution dans des magistrats qu'on se représente calmes, intègres, impassibles, éclairés, et dans un corps qui avail, avec les réformés, au nidins un poini de contact: l'oj)posilion à la cour de Rome. Mais (ju'on y regarde de plus près, et l'on verra s'évanouir ce que la conduite de la haute magistrature française présente , au premier abord, d'extraordinaire. La moitié des membres du parlement se compusail de conseillers clercs, c'est-à-dire d'hommes appartenant au clergé. En 1545, ils n'avaient puisé ni dans l'élude, ni dans la comparaison des doctrines, ces doutes qui rendent l'intolérance impossible. Fort savants en jurisprudence, ils se réglaient, en matière religieuse, sur les principes de ce concile de Constance qui voulait bien qu'on réformât la discipline, mais non pas que l'on modifiât le dogme et qui, c'est tout dire, tout en s'attaquant aux abus de Rome, avait brûlé Jean IIuss et Jérôme de Prague *.

Voilà les conditions, plus défavorables aux huguenols qu'à leurs adversaires, dans lesquelles la lutte allait s'eii-

On frémit à la simple pensée des dangers que les réformés allaient courir; on demeure stupéfait en constatant la rapide extension de leurs doctrines sur le sol de la France.

La Réforme, dit Sismondi, s'avançait par deux routes différentes; elle gagnait des partisans parmi les classes pauvres et laborieuses, par une conséquence du besoin de croire et d'espérer, (jui dispose à la religion les malheureux et qui n'était nullement satisfait par un clergé haïssable et méprisable; elle s'étendait en même temps dans la classe

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