‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 40 sur 154 · Bulletin, t. XYII, p · texte numérisé non relu

Bulletin, t. XYII, p

conséquent, de leur malheur, aigiihant en ce temps leurs plumes qui roupaievt aussi bien que leurs épées\

L'anonyme, entre autres, dont nous avons reproduit plus haut un cantique des plus suaves, le doux provincial qui gémit, à Paris, sur les horreurs dont il est témoin, sait aussi donner un libre cours à l'indignation qui le saisit parfois. Il trouve des accents guerriers jusqu'à la férocité. Ainsi, à propos du massacre de Vassy^:

Sus donc, ô Dieu, prends les armes, Venge ce sang épandu; Seigneur, tu as vu nos larmes.

Tu as nos cris entendu; Console donc notre plainte Et par ta droiture sainte Envoy ce prince au cercueil.

D'une mort juste et fatale , Si bien que sa peine égale La fierté de son orgueil.

Les catholiques provoquaient par des injures non moins que par des massacres. Alors les huguenots, oubliant pour un instant le pardon des offenses reçues, rendaient injures pour injures, invectives pour invectives.

Les premiers chantaient, au lendemain de la journée de Vassy':

Honneur et salut à Dieu

Et au roi notre sire.

Qui nous a, en ce bas lieu,

Si bien gardés de l'ire

1. Mémoires, etc., édition Michaud et Poujoulat, t. I, p. 81. 1. Bulletin, i.^,\>.hn.

3. Leroux de Lincy, Chanta historiques français , t. II, p. 269. Bulletin, t. V. .391.

rnAr. iv. — i.a I!fforme, affaire de conscience. 91

D<\<? hiipiieneaiix

Roinpiis de maux, Qui nous voulaient occire!

Un jour viendra

Qu'on les fera Très tous crever de rire !

Nous avons un bon seigneur

En ce pays de France, Et prince de grand honneur, Vaillant par excellence!

El très-humain.

Doux et bénin; C'est le bon duc de Guise,

Qui à Vassy,

Par sa mercy, A défendu l'Église.

Or, on- sait de quelle maûière le duc de Guise défendit l'Eglise et quelle bénignité fut la sienne. Les réformés ne pouvaient entendre, sans fiéniii-, ces audacieuses diatribes; ils y répondirent par une des plus audacieuses satires qui aient été, en aucun temps, composées contre un culte dominant, savoir par la Chanson novvelle, contenant la forme et la matière de la messe. Je n'en copierai que les deux couplets les plus doux, qui sufîQront à donner une idée du reste * :

L'on sonne une cloche, Dix à douze coups; Le peuple s'approche, Se met à genoux; Le prêtre se vest, etc.

I. L'original, im|irimc à Lyon, se oompo.se de quatre feuillets petit in-8". Voir Leroux de Lincy, t. Il, p. 239 et 266. Bnlletin, t. V, p 392.

Un morceau de paste

Il fiiit adorer,

Le rompt de sa patte

Pour le dévorer,

Le gourmand qu'il est! etc., etc.

Je ferai connaître encore, d'après Lestoile, deux pièces huguenotes où perce l'esprit le plus mordant, la verve la plus satirique.

La première est de 1564. Elle a été composée sur un bourgeois de Paris, nommé Colin, qui, après avoir fréquenté pendant quelque temps le culte huguenot, était retourné à la messe, 'pour ce que la plupart y allaient^:

Pour suivre le monde à la messe Colin pense être homme de bien; Pour aller souvent à confesse, Colin cuide (pense) être homme de bien. . Le pauvre homme s'abuse bien , Car tant plus de monde il ira C'est signe que tout n'en vaut rien, Car la plus grant'part périra.

La seconde est une épitaphe sur le sire Philbert de Marsilly, sieur de Cipierre, vaillant et brave capitaine, qui mourut en 1566.

Passant, veux-tu savoir de qui est ce tombeau,

Quels os y sont cachés et quel corps y repose?

C'est d'un qui n'eut désir, quand vivait, d'autre chose

Que d'être des enfants de Dieu cruel bourreau.

En sa vie ne fit rien de bon ni do beau

Que réduire en un bourg uiie grand'ville close.

Comblé d'ambition, et si encor dire ose,

A tout mal adonné, même dès le berceau;

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