‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 53 sur 154 · I. Florimond de Raeraonfl. p. 31 et · texte numérisé non relu

I. Florimond de Raeraonfl. p. 31 et

128 ir PARTIE. — LA VfIC DES HUGUENOTS.

liant (au rencontre) leur parlait des yeux. Il les reconnaissait à leur seul geste, comme cet ancien escrimeur savait distinguer par l'entregent de la démarche ceux qui avaient appris dans sa salle l'art d'escrime. Avec cette modestie extérieure, ce n'était qu'obéissance et humilité. Ils tâchaient à s'établir, non avec la cruauté, mais avec la patience, non en tuant, mais en mourant, de sorte qu'il semblait que la chrétienté fût revenue en «ux en sa première innocence et que cette sainte réformation dût ramener le siècle d'or'.»

Cette fois-ci le tableau est complet; Palissy n'eût pas mieux dit. Aucun trait n'y manque : les huguenots ne respiraient que sainteté. Ennemis du serment, du luxe et des débauches publiques trop en vogue parmi les catholiques, ils préféraient aux danses et aux hautbois leurs psaumes et leur Bible. Leur port, leur démarche, leur physionomie, tout, en eux, portait le cachet des fortes convictions qui remplissaient leur âme. Rien qu'à voir ces femmes modestes et ces hommes graves frappés du Saint-Esprit , on discernait en eux des huguenots. Et, avec cela, quelle patience ! Ils ne tuent pas, ils meurent et c'est en mourant qu'ils font des adeptes.

Et qui est-ce qui les dépeint ainsi? C'est Raemond!! 0 vérité, que tu es forte!

Ils meurent, dit Raemond, et il les met en scène, arrachant, en mourant, des larmes à leurs bourreaux.

Les feux, dit-il, étaient allumés partout. Et comme, d'un côté, la justice et sévérité des lois contenait le peuple en son devoir, de l'autre l'opiniâtre résolution de ceux qu'on traînait au gibet, auxquels on ôtait la vie plutôt que le courage, en étonnait plusieurs. Car comme ils voyaient les

l. Floriuioml de Uaeiuoiid, p. 863.

r.iiAi'. I. — .iLr.EMENTs d'ensemble. 129

simples fchnnelettes chercher les tourments pour faire preuve de leiir foi et courir à la mort en chantant des psaumes et en invoquant le nom du Christ; les jeunes vierges marcher plus gaîment au supplice qu'elles n'eussent fait au lit nuptial; les hommes se réjouir en voyant les terribles apprêts et outils de tnort qu'on leur avait préparés et, «mi-brûlés et rôtis, contempler du haut des bûchers, d'un courage invaincu, les coups des tenailles reçus, porter un visage et maintien joyeux entre les crochets des bourreaux, être comme des rochers contre les ondes de la douleur, bref: mourir en riant », ces tristes spectacles qui se renouvelaient sans cesse jetaient le trouble non-seulement en l'âme des simples, mais des plus grands qui ne pouvaient se persuader que ces gens n'eussent la raison de leur côté. D'autres en avaient compassion ; ils étaient «marris de les voir ainsi persécutés. Et contemplant dans les places publiques ces noires carcasses suspendues en l'air , avec des chaînes vilaines, reste des suppHces, ils ne pouvaient contenir leurs larmes; les cœurs mêmes- pleuraient avec les yeux. Cependant les curieux désiraient voir leurs livres, et savoir le fond de leur créance, et pourquoi on les faisait mourir; et n'ayant d'autre guide que leur propre sens et jugement, quelques-uns se laissaient séduire, embrassant avec telle opiniâtreté les premières impressions qui leur entraient en tête, qu'il n'y avait crainte de mort ni espèce de tourment qui les en pût arracher; il semblait que plus on en envoyait au feu, d'autant plus on envoyait renaître de leurs cendres'». Bien plus : Raemond lui-même, le croirait-on? fut sur le point de se déclarer huguenot, lui qui, dans son gros livre, ne fait que tourner en dérision le culte des réformés, ses fon-

Horinioiid de Ractuond , p. 80 i.

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dateurs, ses ministres «prêchant en robes de chambre ou

robes noires» Après avoir assisté au martyre d'Anne

du Bourg-, il fui du nombre de ces jeunes gens qui fondiient en larmes dans leur collège au retour de ce supplice et plaidèrent sa cause après son décès, maudissant ces juges injustes qui l'avaient justement condamné. « Son prêche, en la potence, dit-il, et sur le bûcher fit plus de mal que cent ministres ^eussent su faire '. »

Tels sont les incroyables aveux que le détracteur le plus passionné du protestantisme se laisse arracher par l'évidence des faits.

«Mais, dira-l-on, Raemond ne se serait-il pas aperçu du démenti qu'il se donnait à lui-même en prodiguant les éloges à la vie et au martyre de ces mêmes hommes que sa tâche était de traîner dans la boue?»

Certainement.

Mais ce sont gens si habiles que les Raemonds, cenx du dix-neuvième siècle et cet autre qui, pressé par la vérité, dut avouer, il y a trois siècles, «qu'il semblait que la sainte réformation dût ramener le siècle d'or » !

Voici comment, pour sa part, il crut se tirer d'affaire.

Le martyre des huguenots avait fait pleurer son cœur avec ses yeux, selon sa charmante expression; mais, continue-t-il, combien de gens avons-nous vu évidemment convaincus de crimes énormes, prêcher néanmoins au gibet leur innocence, chanter par les rues lorsqu'on les mène au supplice! Combien de pauvres misérables qui se sont exposés à la mort pour une religion fausse!.... Le diable , gui sera toujours singe de Dieu, a voulu de tout temps avoir ses martyrs'^.

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