C.lWr. 11. — DÉTAILS
(le fi'uits, de coquillages, de poissons et de reptiles, représentes avec una vérité de formes et de coloris qui fait rndmiralion des hommes de l'art.» Selon d'autres biographes de l'humble potier de terre, non-seulement ses faïences sont caractérisées par un style particulier et plusieurs qualités qui leur sont tout à fait propres, mais encore par l'heureux choix des sujets qu'elles représentent. M. Alfred Dumesnil fait remarquer que ce qui constitue l'originalité de Palissy, c'est qu'il a reproduit mieux que des plantes et des animaux: «Un siècle avant Rembrandt, en France, il prend les pauvres, les misérables, les mendiants des campagnes, joueurs de vielle et de cornemuse, aux vêtements bariolés, au visage rougi par les intempéries, et leur donne un air de moialité si touchant, que dans ces figures je vois le reflet deTàmc de l'artiste '.» C'est, en un mot, le souffle évangélique (jui anime les artistes huguenots.
C'est encore ce souffle que l'on retrouve dans les écrits scientifiques des huguenots, dans leurs idées morales, dans toutes les manifestations de leur intelhgence et jusque dans leur style.
Lamartine, qui s'y connaissait, dit, en pailant du style de Palissy, de ce «simple artisan» : «Nous ne connaissons point de style plus biblique et plus moderne à la fois. On y sent les premiers bouillonnements d'une source qui va jaillir: c'est une langue qm se moule sur l'âme, et non sur l'antiquité.»
Voici un fragment des Discours admirables de cet humble et illustre chrétien du seizième siècle :
«Le nombre de mes ans m'a incité de prendre la hardiesse de vfius dii'e* qu'un de ces jours je considérais la couleur de
i. France protesta ute , t. Mil, arlicle I'aj.i.ssv. 2. 1! s'adresse au seigntur Antoine de Pons.
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ma barbe, qui me causa penser au peu de jouis qui me restent pour finir ma course : et cela m'a fait admirer les lis et blés des compagnes, et plusieurs espèces de plantes, lesquelles changent leurs couleurs veiles ou blanches, lorsqu'elles sont prêtes de rendre leurs fruits. Aussi plusieurs arbres se hâtent de fleurir quand ils sentent cesser leur vertu végétative et naturelle. Une telle considération m'a fait souvenir qu'il est écrit : que l'on se donne garde d'abuser des dons de Dieu et de cacher le talent en terre; aussi est écrit que le fou celant sa folie vaut mieux que le sage celant son savoir. C'est donc chose juste et raisonnable que chacun s'efforce de multiplier le talent qu'il a reçu de Dieu, suivant son commandement. Par quoi je me suis efforcé de mettre en lumière les choses qu'il a plu à Dieu me faire entendre, selon la mesure qu'il lui a plu me départir, afin de profiter à la postérité.» Dans ces lignes, quel charme naïf!
Les préceptes de la morale évangéhque, les recommandations d'amour fraternel se présentent tout naturellement aux écrivains huguenots, découlent, sans effort, de leurs lèvres.
« Personne ne doit s'en aller triste et marri de la parole d'un prince, se plaisait à répéter la mère de Jeanne d'Albret'.»
«Il n'y a rien en quoi les hommes soient réputés imiter Dieu de plus près qu'en s'employant charitablement pour le profit d'autrui : considéré que ce n'est pas pour vivre solitairement, comme des sauvages et à la façon des bêtes brutes, que nous sommes mis ici, mais pour y vivre en compagnie, et y apporter ce que Dieu a départi à un chacun'»; ainsi s'exprime le président La Place.
1. M"'' de Yauvilliers, Histoire de Jeanne d'Albret, 1. 1, p. 44.