Dargaud, op. cit., t. III, p
Un autre jour, quand il eut offert à Henri IV ses services, à la tête de cent chevaux, le roi voulut lui en témoigner sa gratitude et suppléa à l'argent qui lui manquait par le don d'une terre. L'acte en bonne forme fut expédié et remis à La Noue. Celui-ci, l'acte à la main, court chez le monarque: «Sire, lui dit-il, ce m'est beaucoup d'honneur et de contentement de recevoir ces témoignages de la bonne volonté de Votre Majesté, et je vous ne les refuserais pas si vos alfaires étaient en état de faire de telles libéralités.... Pour celte heure, si vous vouliez récompenser de la façon tous ceux qui vous serviront, Votre Majesté serait incontinent ruinée...» Vainement Henri insista pour qu'il gardât ce don; La Noue exigea la nullité de l'acte'.
Nous n'étonnerons pas nos lecteurs en leur disant que nul ne fut plus humble que Casaubon. Ils nous sauront gré de détacher ici, de ses Éphémérides, une page intime où se révèle naïvement toute rhumihté du grand helléniste. Cette page est du 14 des kalendes de mai (i8 avril) 1599. «Ce jour est doublement sacré : et par la cène du Seigneur que nous avons célébrée et par le jeûne que notre Eglise a institué pour apaiser sa colère. Nous avons accompli ce jeune, ô Eternel, et imploré ta bonté. Pour moi, j'ai fait non tout ce que je devais, mais tout ce qui était en moi, afin de te prouver, ô Seigneur mon Dieu, que ma repentance était sincère et véritable. Mais hélas! cela ne me servira de rien, à moi ni aux autres, si nous ne montrons notre repenlunce par les actes. Ces actes, comment puis-je les accomplir, moi qui suis l'arbre décrépit et stérile, impropre à porter des fruits? 0 Seigneur, ô Père plein de clémence, je confesse mes péchés : je sais qu'ils te sont
1. Vie de La A'o«fi, par Aiiiyranlt , ]). "201), ihuis lis Mrmnirrs. fie, de 1780, t. XLVII, p. 4J.
17G ir- PARTIE. — LA VIE DES HUGUENOTS.
connus, à toi qui sondes les cœurs, et je ne saurais non plus moi-même les ignorer. Les étincelles de la piélé ne sont pas, ô mon Dieu, si complètement éteintes en moi, que je ne vienne à réfléchir sur la conduite que j'ai tenue depuis mes jeunes années, sur celle que je tiens chaque jour envers toi. Oui, Père plein de bonté, j'ai la conscience de mes péchés et cependant je continue à pécher, malheureux que je suis! La chair, la chair maudite entraîne l'esprit, et trop souvent c'est la partie de moi-même qui devrait obéir, qui commande. De là, ces fréquents et coupables emportements, de là, cette infirmité de ma foi, ce manque d'assiduité dans le culte qui t'est dû, cette négligence dans l'éducation de mes enfants, enfin tout ce qu'il m'arrive de faire chaque jour, je le reconnais, contre la règle de la loi Mais je me repens, ô mon Dieu, de mes transgressions, et je viens suppliant à l'autel de ta miséricorde, afin de recouvrer par toi la vie que par moi j'ai perdue... Rends-moi différent de ce que je suis; éveille en moi le zèle ardent de la piété; conforme ma conduite aux prescriptions de ta loi'. . . »
Nous trouvons des aveux tout à fait semblables dans les lettres de Calvin, de Calvin qui prenait un ton tranchant jusqu'à l'arrogance quand, la Bible à la main, il croyait parler au nom de Dieu, mais dont l'humilité était extrême quand il jugeait ses propres actes. Lorsqu'il fit ses adieux aux seigneurs de Genève en 1564, il les remercia en toute humilité et certainement aussi en toute sincérité de ce qu'il leur avait plu « lui faire d'honneur plus qu'il ne lui appartenait, et le supporter en plusieurs endroits comme il en avait bien besoin*...»