I. Bullelin, t. IV, p
1. lett)-ps frcmçaises , publiées par M. Bonnet, t. Il, p. 568.
Longtemps avant de se trouver en face de la mort, il tint un langage analogue. Dans l'œuvre qu'il accomplissait, il ne voyait qu'un pénible fardeau qu'il fallait porter parce que Dieu le lui avait imposé. C'est ce qu'il exprime quelque part dans cette forme vive et originale qui lui plaisait : « Un chien aboie s'il voit qu'on assaille son maître ; je serais bien lâche, si, voyant la vérité de Dieu ainsi assaillie, je faisais du muet, sans sonner mot'. »
Sa piété était si réelle, il avait un sentiment si vif de la culpabilité de l'homme, si profond de l'absolue inviolabihté du devoir, qu'il ne pouvait parler de lui-même qu'avec une extrême modestie. Une fois il s'écrie : « Maudite soit la sainteté qui nous enivrera de tel orgueil, que nous mettions en oubli la rédemption des péchés! » Une autre fois, tout ému encore des chutes d'un adversaire, il y voit un solennel avertissement pour lui-même : « Quand je le vois ainsi hors des gonds, je tremble tout. » Il doute que Dieu puisse tenir pour agréable son ministère qu'il exerçait cependant avec une si rare fidélité : « J'espère avoir lieu au nombre des serviteurs de Dieu, combien que j'en sois plus que indigne. » Voilà bien la modestie de Calvin prise sur le fait, tirée de lettres où l'on ne saurait dire que le réformateur songeât à poser: c'est bien le fond de sa pensée qui s'y montre à découvert*.
Les huguenots connaissaient trop bien l'Évangile, ils lisaient trop souvent celte recommandation: Que votre parole soit oui, oui, non , non, pour ne pas être d'une franchise toute chevaleresque et d'une loyauté toute chrétienne qu'ils eurent seulement le tort de prêter trop complaisamment à leurs adversaires.
1. Lellres françaises , publiées par M. Roiiiict, t. 1, p. 114.
2. Ibid., t. I, p. 235; t. It, p. 26. Cp. Bulletin , t. IV, p. 416.
On a souvent cité une belle parole de Th. de Bèze. Le roi de Navarre, le faible Antoine de Bourbon, excusait le massacre de Vassy en disant que, si les huguenots avaient été maltraités, leur insolence en avait été cause. Bèze lui répondit hardiment: « Sire, c'est à la vérité à rÉgUse de Dieu au nom de laquelle je parle, d'endurer les coups et non pas d'en donner; mais aussi vous plaira-t-il vous souvenir que c'est une enclume qui a usé beaucoup de marteaux'. »
On connaît également cette autre parole adressée, après l'attentat de Châtel (1594), par d'Aubigné au roi qui lui montrait sa lèvre percée : « Sire, vous n'avez encore renoncé Dieu que des lèvres, il s'est contenté de les percer; mais quand vous le renoncerez du cœur , il percera le cœur*. » Parole prophétique s'il en fut jamais.
Mais voici, de d'Aubigné encore, un billet laconique que l'on connaît moins et qui mérite de l'être. Le duc de la Trémouille, ayant besoin de son secours, lui écrit: «Mon ami, je vous convie, suivant nos jurements, à venir mourir avec votre très-f...... D'Aubigné répond: «Monsieur,
votre lettre sera bien obéie ; mais je la blâme d'une chose, c'est d'avoir allégué nos promesses qui devaient être trop présentes, pour les ramentevoir\ »
Sans l'extrême confiance de Coligny, à qui les avertissements ne manquèrent pas, et des gentilshommes huguenots qui ne purent croire, en 1572, à la duplicité de leurs ennemis, les massacres de la Saint-Barthélémy n'étaientpas possibles : les huguenots tombèrent victimes de leur bonne foi.
Larochefoucauld, entre autres, fut averti qu'il «se bras-