Vauvilliers
Cette lettre' est de 1566. Jeanne ne tarda pas à appréhender que les racines de la piété de son fils ne fussent guère profondes. «Je crains, dit-elle à Coligny, qu'il ne soit pas assez pieux, qui lui répondit que les fils tiennent trop de leurs mères pour que le sien pût rester indifférent à l'Evangile » : si elle eût vécu quelques années déplus, il lui eût été trop aisé de constater que dans l'âme de Henri il y avait place pour tout, sauf pour Dieu.
Mais cette lettre si intéressante, ne prouve-t-ellepasune fois de plus que la reine de Navarre remplit aussi consciencieusement que possible son devoir de mère chrétienne?
Elle s'inspira des mêmes principes pour l'éducation de sa fille Catherine.
Pour l'avoir constamment sous les yeux, elle fit expressément élever, dans la partie la plus touffue du parc de Pau, un petit bâtiment où la jeune fille pût se livrer tout entière à ses études. Jeanne le nomma Castelbeziat, château chéri. Nul étranger ne pénétrait dans cette retraite de prédilection. C'est là que Catherine apprit les langues mortes sous la direction de Charles Macrin; les lettres et les beaux-arts sous celle de sa gouvernante, la sage baronne de Tignonville; les principes religieux, sous celle de sa mère.
Nous nous sommes arrêté avec une complaisance particulière devant la figure si attrayante de la reine de Navarre, parce que nulle autre n'est plus propre à mettre en évidence les principes pédagogiques des huguenots du seizième siècle.
Obéissant à la fois à son génie maternel et aux conseils évangéliques, Jeanne d'Albret n'oublia rien de ce qui pouvait contribuer au bonheur de son fils. Elle ne néglisfea ni
I, A Th. de Bèze. Bulletin, t. XVI, p. 65,
son corps , ni son intelligence , ni son imagination , ni surtout sa conscience.
Toute princesse qu'elle était, elle ne perdit jamais de vue l'éducation de ses enfants ; elle s'en occupa le plus et le mieux qu'elle put, sachant bien que, pour ce qui est des choses de l'âme, personne ne saurait remplacer la mère auprès de l'enfant. Elle ne réussit qu'à demi : les fruits de l'éducation trompent parfois les espérances les plus légitimes. Elle n'en fut pas moins une mère-modèle.
D'autres parents encore léguèrent à leurs enfants des exemples d'héroïsme chrétien cent fois plus efficaces que les plus beaux discours, et leur apprirent à préférer à la vie l'honneur et le service de Dieu.
A Navarreins, on voulut contraindre une femme huguenote, du nom de Miramonde, à abjurer. Elle était entourée de ses enfants et de son mari, vieillard infirme. Au milieu des douleurs de la torture : « Mes enfants, disaitelle, ne vous étonnez point; ayez bon courage: que la menace ni la douleur n'arrache jamais de votre bouche aucune plainte indigne de moi; il est bon de mourir pour la vérité, pour son Dieu : c'est acquérir une gloire immortelle' . »
Agrippa d'Aubigné n'avait que huit ans et demi quand son père, passant avec lui à Amboise où les têtes de ses compagnons se voyaient encore «sur un bout de potence, s'écria en présence de la foule : Ils ont décapité la France, les bourreaux!» Le jeune Agrippa, « ayant piqué près du père pour avoir vu à son visage une émotion non accoutumée, il lui mit la main sur la tête en disant: Mon enfant, il ne faut point que ta tête soit épargnée, après la mienne, pour venger ces chefs pleins d'honneur; si tu t'y épargnes, tu auras ma malédiction'!» Scène grandiose, où l'on voit