Mémoires de d'Auhigné , édition citée, [). 1 i
le voir « profiter en la connaissance de toutes choses bonnes», mais surtout en la crainte et l'amour de Dieu.
Que de raisons n'a-t-il pas d'aimer Dieu par-dessus tout! Que de bienfaits n'en a-t-il pas reçus! Dieu lui a donné « d'être né en son Église , ce qu'il a dénié à tant de nations et à tant de grands hommes ». Il l'a «séquestré du règne des ténèbres, de la tyrannie de l'Anti-Christ » , où croupissent encore la plupart des grands du siècle... Qu'il reconnaisse une telle grâce. Qu'il ne se laisse détourner du droit chemin nijpar les diverses fantaisies qui se présentent à la jeunesse, ni par les mauvais conseillers qui l'obséderont. Qu'il se souvienne de l'exemple do son père qu'elle l'adjure d'avoir toujours devant ses yeux. Qu'il ne l'oublie pas ellemême. .. «Je suis maladive, dit-elle, et ce m'est de quoi penser que Dieu ne me veuille laisser longtemps en ce monde;
vous garderez cet écrit en mémoire de moi Je croirai
que vous vous souviendrez de moi quand j'ouïrai dire, en quelque lieu que vous alliez, que vous servez Dieu et ensuivez votre père j> ; sachant cela, j'entrerai contente au sépulcre, à quelque heure que Dieu m'appelle. . . .
«Je vous recommande au reste vos sœurs; montrez, en les bien aimant, que vous aimez et aurez aimé votre mère. Pensez même, tout jeune que vous êtes, Dieu nous retirant d'ici, que vous leur devez être père, et je prie Dieu, mou fils, qu'il vous donne à tous de vivre en sa crainte et en vraie amitié l'un envers l'autre, et en cette assurance vous donne ma bénédiction, et le supplie de tout mon cœur qu'il la bénisse en Jésus-Christ son fils, et qu'il vous communique son Saint-Esprit. Écrit à Saumur, ce 25 avril 1595. « Votre très-affectionnée et bonne mère, «Charlotte Arbaleste'.»
l. Mémoires de M'"' Duplessù-Mornay, 1. 1.
L'Évangile, placé au centre de la famille, non-seulemenl apprit à l'époux à aimer son épouse, à la mère à aimer ses enfants; il enseigna encore à ceux-ci le respect filial et l'amour fraternel.
Henri IV, qui si souvent foula aux pieds les instructions de sa mère, était à Chaunay, en Poitou, quand un courrier en grand deuil lui fit connaître la mort de Jeanne, de «cette femme forte selon les Ecritures». La sinistre nouvelle lui causa une commotion terrible. Il ne chercha point à dissimuler son affliction. Il jeta beaucoup de cris et de pleurs; puis il tomba dans un profond accablement, d'où il ne se réveilla que par une fièvre brûlante dont il eut vingt accès.
La Noue, qui «posséda la vraie noblesse, celle de lame», montra, tout jeune encore, le prix qu'il attachait au respect filial. Sa mère avait la réputation d'être joueuse. Pendant l'absence de son fils on craignit qu'elle ne dissipât son patrimoine. Henri II, d'autorité, lui en ôta l'administration. Quand La Noue parut à la cour, le monarque lui fit part des précautions qu'il avait prises. Le jeune homme pria, en rougissant, le roi de rendre à sa mère une gestion qui lui appartenait. Il voulut que, si elle péchait par défaut d'ordre et d'économie, elle eût au moins la faculté de disposer des propriétés qui venaient de son chef.
Casaubon fils écrit à un ami : « Ma bonne mère se porte bien selon l'Age et ses ennuis.... Les moyens assez bons que mon feu père lui avait laissés sont pour la plupart évanouis par la fraude de certains qui nous ont trompés. Mais loué soit Dieu qui m'a fait la grâce de réparer toutes ces brèches, et me donne le grand contentement de pouvoir faire acte de fils à ma mère^. »