‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 110 sur 163 · France protestante , t. Vlll, p. 45 i · texte numérisé non relu

France protestante , t. Vlll, p. 45 i

228 ir PARTIE. — LA VIE DES HUGUENOTS.

Jean Lemaçon, sieur de La Rivière, l'un des fondateurs de l'Église réformée de Paris, se soumit, lui aussi, au grand principe que renferment ces paroles : Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Son père, procureur du roi à Angers, avait en horreur la doctrine réformée. Son indignation fut extrême quand il apprit que son fds était devenu hérétique! Il employa tout, caresses, promesses, menaces, pour le faire revenir; mais La Rivière résista.

Celui-ci confessa plus tard que toutes les rigueurs dont son père usa à son égard, ne furent rien, à ses yeux, auprès des larmes paternelles. Sa résistance fut respectueuse, mais inébranlable. Il fut l'une des victimes de la Saint-Barthélémy. Crespin a raconté sa fin. Montsoreau se transporta à son logis. « Trouvant la femme dudit La Rivière à l'entrée du logis, il la salue et la baise à la coutume de France, spécialement des courtisans, et lui demande où était son mari. Elle répond qu'il se promenait au jardin. Disant cela, elle y mène Montsoreau, lequel ayant gracieusement embrassé La Rivière, lui dit: Savez-vous pourquoi je suis venu ici? Le roi m'a commandé de vous tuer et tout maintenant. J'en ai charge expresse, comme vous le connaîtrez par ces lettres. Quoi disant, il lui montre une pistole toute bandée. La Rivière répond qu'il ne pensait avoir commis aucun forfait; toutefois, puisqu'on cherchait ainsi sa vie, priait d'avoir quelque loisir d'implorer la miséricorde de Dieu , et remettre son esprit entre les mains d'icelui. Ayant achevé en peu de mots sa prière, il présenta volontairement son corps à ce bourreau, qui lui tira un coup de pistole, dont il mourut sur place.»

Sa veuve, elle aussi, demeura inébranlable; on la précipita dans le Maine'.

\'. t'iunce prolesta ntc. , I. VI, p. 529.

Nous ne nous arrêterons pas à décrire l'amour fraternel dont tant de huguenots donnèrent de beaux exemples. Il nous suffit d'en avoir parlé plus haut, comme en passant, à propos de Catherine de Navarre, de la famille de Duplessis- Mornay, de celle de Coligny. Nous ne rapporterons, à ce sujet, qu'une parole de l'historien de Thou qui, en faisant connaître les quatre fils de François de Coligny, frère de l'amiral, fait remarquer qu'ils furent très-vertueux et toujours très-unis pendant le peu de temps qu'ils vécurent : ils n'ont pas même été séparés à la mort, ajoute-t-il ; un tombeau commun recueillit leurs restes dans la chapelle de Taillebourg^ Ajoutons que d'Aubigné, après avoir employé quelques pages à raconter la mort de son frère, ajoute éloquemment : «J'en dis beaucoup; mais c'est un frère ^)).

Il manquerait un trait au tableau que nous venons d'esquisser de la vie de famille des huguenots, si nous* omettions de dire que, conformément à la recommandation faite par un synode, les serviteurs y furent considérés, non pas comme des étrangers, mais comme des amis. L'amiral, Duplessis-Mornay et, à leur exemple, d'autres gentilshommes huguenots voulurent qu'ils assistassent à tous les exercices religieux qui se pratiquaient sous leur toit. Jeanne d'Albret, d'autres encore dont nous parlerons plus bas, n'oublièrent pas de faire leur part dans l'expression de leurs dernières volontés. La reine de Navarre recommande expressément à son fils « de traiter ses serviteurs comme elle a traité ceux du feu roi Antoine, et de leur donner, outre ce qui leur est dû, deux années de leurs revenus, sans compter l'année de sa mort'". »

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