‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 129 sur 163 · IP PARTIE · texte numérisé non relu

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ne quittaient jamais ? De grandes pensées, un Dieu qui châtie ceux qu'il aime et qui a compté tous les cheveux de notre tête. De là leur calme, leur tranquille acquiescement à la volonté divine, leur joyeuse résignation aux épreuves.

Il existe de d'Aubigné un charmant opuscule, sur la douceur des afflictions, tellement rare qu'on a pu l'assimiler à certains manuscrits, tellement éloquent qu'on a pu l'appeler son chef-d'œuvre. Le but de ce livret est évident: il a été composé dans l'intention de soutenir la sœur de Henri IV, Catherine, duchesse de Bar, contre les obsessions de ses convertisseurs. Nous n'en communiquerons qu'un court fragment qu'on pourrait intituler : De la véritable beauté.

«...Les beautés tant affectées par les dames de ce temps sont bien d'une aulre sorte. L'affliction les ternit: c'est elle qui donne de si vives couleurs, que les affligés pour Dieu passent en blancheur la neige. La raison en est bien aisée à trouver, parce que près des cœurs désolés le Seigneur volontiers se tient.

« C'est ce qui a fait reluire quelques visages de beautés sans mesure, comme l'Écriture témoigne de Moïse et de saint Elienne...

« Tout Paris est témoin que telles beautés non accoutumées parurent au visage de la damoiselle de Graveron et de ses deux sœurs, qui furent couronnées du martyre au temps des barricades. Bienheureux sont ceux que l'esprit de Dieu éclaircit et polit, et qui, comme un cristal reluisant, ou plutôt comme les astres, renvoient les rayons de la face de Dieu qui se mire en eux, aux yeux des anges et des humains... Tous ces rayons éloignés du grand soleil de lumière ne sont que petits gages de la beauté sans mesure, de la félicité indicible, de l'incompréhensible splendeur qui est préparée aux agneaux de Christ, en la face de

rÉterneP. » Voilà, sous de gracieuses images, ce qui donnait aux huguenots la joie dans les larmes : le ferme espoir de voir de près cette beauté sans mesure, cette incompréhensible splendeur que vingt siècles avant eux Platon avait entrevue dans ses rêves.. . et la communion intime et constante de leur âme avec ce Dieu qui se tient volontiers près des cœurs désolés.

Nous trouvons, en d'Aubigné lui-même, la preuve de ce que nous venons d'écrire. Ce grand guerrier, cet illustre écrivain, convient mainte fois, sans ostentation ni honte, qu'il se réfugia dans la prière comme dans un port tranquille. Il se trouvait, en 1583, dans l'île d'Oleron, à la tête d'un corps de onze cents hommes : ses troupes sont chassées de l'île; il est, lui-même, fait prisonnier. «Au plus fort de mon angoisse, dit-il à ses enfants, je fis une prière à Dieu, laquelle ayant été suivie, le lendemain, de ma délivrance, je la mis en vers latins, et vous la trouverez dans mes papiers....» Une autre fois, Henri IV voulut le faire enfermer à la Bastille, lui, son fidèle serviteur, parce qu'il avait bravement défendu la cause huguenote; M"^® de Ghâtillon lui révéla tout et le conjura de partir la nuit même. Mais d'Aubigné lui répondit, sans s'émouvoir, qu'il allait implorer l'assistance de Dieu, et qu'après l'avoir invoqué d'un cœur fervent il verrait ce qu'il aurait à faire. « Mon inspiration, raconte-t-il, fut de m'en aller le lendemain de grand matin trouver Sa Majesté, et après lui avoir représenté en bref mes services passés, de lui demander une

pension, ce que, jusqu'alors, je n'avais point voulu faire. Le roi.... m'embrassa soudainement et m'accorda sur-lechamp ce que je demandais » Scène charmante où se

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