I. Bulletin, t. IV, p
montrent à découvert et l'inconstance du roi, si prompt à passer de l'ingratitude à la générosité, et la fierté chevaleresque du pieux guerrier huguenot qui, dans sa blanche vieillesse comme dans la force de l'âge, mettait toute sa joie à s'entretenir avec son Dieu :
0 Dieu! tu m'as, enfant, instruit de tes merveilles; Enfant, j'ai enseigné les cœurs par les oreilles
A Ion saint nom bénir :
Ne me relire encore en ma blanche vieillesse, Tant que j'aie achevé d'élever ta hautesse
Aux siècles à venir'.
D'autres guerriers huguenots trouvèrent dans leur foi, à des degrés divers il est vrai, un calme que les stoïciens leur eussent envié.
En 1560, le prince de Condé attendait patiemment l'exécution de l'arrêt qui le condamnait à mort. Il jouait avec des officiers de garde auprès de lui, lorsqu'un de ses serviteurs, auquel on avait permis de le rejoindre, feignant de s'approcher pour ramasser une carte, lui dit à l'oreille : «Notre homme est croqué!» Maîtrisant son émotion, le prince achève sa partie; il trouve ensuite moyen d'être un moment seul avec ce serviteur, et il apprend de lui que François II est mort! Sa foi l'avait préparé à tout événement.
Condé lui-même avait à peine fermé les yeux, lorsque l'amiral, déjà vivement éprouvé, apprit la mort de son frère Dandelot. Il écrivit alors à ses enfants et à ceux de son frère défunt, réunis à la Rochelle sous le même précepteur, Le Greslc, une lettre où le plus vif sentiment chrétien alterne avec les exhortations les plus paternelles et avec les regrets | les plus sincères. Cette lettre est du 18 mai 1569.