‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 142 sur 163 · Marguerite de .Navarre, dans Uenninjard, t. 11, p. 1C · texte numérisé non relu

Marguerite de .Navarre, dans Uenninjard, t. 11, p. 1C

lement tués ; d'autres avaient dans leurs bouches ou dans de larges blessures faites tout exprès, des feuillets des Psaumes et du Nouveau Testament, traduits à l'usage des

protestants ; les soldats criaient en les apostrophant d'un

air moqueur: «Puisque vous avez tant aimé ces livres, «mangez-en à présent tout votre saoul ; dites à votre Dieu le «fort de venir à votre secours; il n'a pas été assez fort pour «vous secourir.» Ensuite ils criaient, en branlant leurs épées sanglantes : «Où est maintenant votre poltron de Dieu qui «ne peut vous aider'?»

Nous avons hésité à reproduire ces scènes de cannibales rapportées par un abbé; mais faut-il donc craindre de faire passer sous les yeux de nos lecteurs ces images hideuses si propres à inspirer à tous des sentiments de tolérance réciproque et qui, il faut bien l'ajouter, expliquent, si elles ne les justifient, les cruautés commises, un peu plus tard, par les huguenots que commandait le baron des Adrets?

A côté de ces sanglantes hécatombes, que de bûchers isolés! que d'actes de barbarie! que d'épisodes touchants, horribles, émouvants, quelles fortunes bizarres dans l'histoire des martyrs huguenots !

Le corps mutilé de l'amiral, après avoir subi les dernières ignominies, s'est transmis, le croirait-on, de lieu en lieu et de main en main, jusqu'à nos jours! Sa noble tête fut, il est vrai, portée à Charles IX et embaumée sans doute par son ordre, pour être envoyée au pape; mais le maréchal de Montmorency, cousin de Coligny, quatre ou cinq jours après le 24 août, envoya nuitamment ses gens à Montfaucon pour enlever du gibet les restes du cadavre. Il les fît enfermer dans une caisse de plomb et déposer à Chantilly, en atten-

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