France protestante j t. II, p
d'une fois sous noire plume, Jeanne d'Albret écrit au roi : «Ma CONSCIENCE en sûreté, il n'y a point de condition que je ne fusse prête d'accepter dans la vue de plaire au roi....; mais j'aimerais mieux de descendre à la condition de la plus petite damoiselle de France , que de sacrifier à la grandeur de ma famille mon âme et celle de mon fils.» Parole où se reconnaît bien cette illustre reine qui, quelques années auparavant, avait choisi précisément le moment le plus difficile pour se dire huguenote. Plus étaient grands les dangers qui l'entouraient, menaçants, plus elle éprouvait le besoin de se rapprocher de son Dieu en confessant ouvertement sa foi. La malheureuse entreprise d'Amboise venait d'échouer. Jeanne ne larda pas à apprendre l'arrestation du prince de Condé et les périls que courait son mari. L'ordre même avait été donné d'envahir ses propres Etats et de l'arrêter avec ses enfants; une armée espagnole était déjà en marche. La reine se multiplie; elle-même voit tout, pourvoit à tout; elle garnit ses frontières de ses meilleures troupes, approvisionne ses places , et après avoir pris toutes ses dispositions pour conjurer une agression armée, elle se renferme avec ses enfants dans la place de Navarrcins. Voyant donc, dit Bèze, que la confiance qu'elle avait eue dans les hommes était perdue et que tout secours humain lui défaillait, aétant touchée au vif de l'amour de Dieu, elle y eut recours, avec toute humilité, pleurs et larmes, comme à son seul refuge, protestant d'observer ses commandemenls, de sorte qu'au temps de sa plus grande Iribulation elle fit profession de la pure doctrine ' » .
Le fameux d'Aubigné, lui aussi, nous a légué une de ces paroles énergiques qui sont des révélations. Non moins
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que tant d'autres, il eût bien aimé demeurer catholique, pour échapper à la vie tourmentée à laquelle devait s'attendre tout huguenot : « Le diable, avoue-t-il, se prévalant de mes doutes, me suggéra... d'étudier à fond les controverses en matière de religion, pour voir si je ne pourrais point trouver dans la romaine quelque ombre d'apparence d'y pouvoir faire mon salut... » Mais il résista au diable'. Coligny, on le sait, utilisa les loisirs de sa captivité après le sîege de Saint-Quentin, pour étudier les livres que lui envoya son frère Dandelot. L'auteur de la Vie de Gaspard de Coligny rapporte, à ce sujet, qu'ayant été bientôt aussi éclairé que Dandelot et formant des vœux ardents pour le service de Dieu, ses gens lui virent pousser des soupirs qu'ils attribuaient au regret qu'il avait de sa prison; ils ne se doutaient pas qu'ils étaient le résultat des luttes de cette grande àme affamée de vérité. Son épouse, qui déjà était une fervente protestante, l'encourage par ses lettres. Calvin lui écrit le 4 septembre 1558 : « Je vous prierai de penser. . . que Dieu, en vous envoyant cette affliction, vous a voulu comme retirer à l'écart, pour être mieux escorté de lui. Car vous savez assez. Monseigneur, combien il est difficile, parmi les honneurs, richesses et forces du monde, de lui prêter l'oreille, pour ce qu'on est par trop distrait comme çà et là et comme évanoui... Nos vraies armes sont d'avoir du tout (entièrement) notre refuge à lui, le priant qu'il soit notre force.» Et, bien que le sang des confesseurs de la vérité coulât par toute la France, Coligny se rattacha ouvertement au protestantisme. Il était du nombre de ces chrétiens que l'illustre réformateur appelle quelque part ses frères parce qu'on les voit « de tout leur pouvoir tâcher de parvenir au royaume de Dieu».