Frunct' protesta aie , t. I, p
Dandelol, lui aussi, frère cadet de Tamiral et colonel général de l'infanterie française sous Henri II, fut, pour emprunter une expression de l'amiral, un de ces amateurs de piété qui se montrèrent prêts à tout sacrifier à ce qu'ils tenaient pour vrai en matières religieuses. Il combattit avec éclat dans les rangs du parti protestant après la violation de l'édit de janvier, le servit tour à tour de ses conseils et de son épée, et mourut, en 1569, également honoré des regrets des huguenots et des catholiques. «Je puis dire en vérité, écrivait l'amiral son frère, que personne en France ne l'a surpassé en la profession des armes, ne doutant point que les ennemis ne lui rendent ce même témoignage, surtout ceux qui ont autrefois éprouvé sa valeur. Et certes, je n'ai point connu d'homme ni plus équitable, ni plus amateur de piété envers Dieu, suppliant humblement notre Seigneur que je puisse partir de celte vie aussi pieusement que je l'ai vu mourir. »
Dandelot était digne d'un tel éloge par la noblesse de son caractère et par l'ardeur toute chevaleresque de sa foi. Instruit des vérités évangéliques par la lecture de quelques écrits que lui avait prêtés la duchesse de Ferrare , il se déclara publiquement pour la religion réformée, au risque de déplaire au roi Henri II, dont il était le favori, et qui venait de jurer l'extermination des églises protestantes. Il fit plus encore : possesseur, par sa femme Claude de Ri eux, dame de Laval et de Montfort, de vastes domaines en Bretagne, il y fit prêcher l'Évangile par le ministre Gaspard Carmel, beau-frère du réformateur Farel. Rien ne pouvait davantage irriter le monarque et son farouche conseiller, le cardinal de Lorraine. Mandé à la cour pour y rendre compte de sa conduite, Dandelot se vit interpellé par le roi lui-même, qui l'accusa d'ingratitude et lui reprocha, non -seulement d'avoir fait prêcher la doctrine
nouvelle, mais aussi de s'être trouvé aux assemblées du Pré aux Clercs, de ne plus assister à la messe et d'envoyer à l'amiral des livres de Genève. « Sire, répondit Dandelol, vous ne trouverez étrange, s'il vous plaît, si, après avoir l'ait mon devoir à votre service, je m'étudie à chercher mou salul. La doctrine que je confesse avoir fait prêcher est bonne et sainte, prise du vieux et nouveau Testament... Je confesse qu'il y a bien longtemps que je n'ai été à la messe, et ne l'ai fait à la légère, mais après en avoir pris l'avis et conseil des plus savants de votre royaume... J'ai aussi envoyé un livre à M. l'amiral mon frère, plein de consolations et propre pour le consoler en l'ennui de sa prison... Par ainsi, Sire, je vous supplie de laisser ma conscience sauve, et vous servir du corps et des biens qui sont du tout vôtres. » Irrité de ces fières paroles, le roi lui dit: « Je ne vous avais pas donné cet ordre (montrant celui qu'il avait au cou) pour en user ainsi ; car vous avez juré et promis d'aller à la messe et suivre ma religion. » Il répondit: «Sire, je ne savais pas ce que c'est d'être chrétien, et ne l'eusse accepté à cette condition, si Dieu m'eût eu touché comme à présent. » Alors, le loi lui ayant commandé de sortir, il fut arrêté par des archers de la garde et mené à Melun, où il se porta aussi vertueusement comme il avait fait devant le tqW
On le voit: c'est toujours de leur conscience que se réclament les huguenots; c'est elle qui les guide, ce n'est pas l'intérêt. Si, pendant quelque temps, il leur arrive de déguiser leurs opinions, c'est encore leur conscience qui les réveille et lès pousse à racheter une défaillance momentanée par un redoublement d'ardeur. Ainsi, Philibert Hamelin, fondateur de l'église de Saintes, dont Bernard
1. Bèze, Histoire ecclésiastique. Voy, Bulletin, t. III, p. 238.
52 V PARTIE. — LA FOI DES HUGrENOTS.
Palissy a résumé la vie, après avoir été autrefois prisonnier dans celte ville, s'y transporta derechef en 1557. Un longséjour à Genève l'avait fortifié dans la foi protestante : il avait toujours « un remords de conscience » de ce que, pour échapper au hûcher, il avait « dissimulé en sa confession faite en cette ville » lors d'une première incarcération. Voulant réparer sa faute, il s'efforçait partout où il passait « d'inciter les hommes d'avoir des ministres et de dresser quelque forme d'église, et s'en allait ainsi par le pays de France, ayant quelques serviteurs qui vendaient des Bibles et autres livres» imprimés en son imprimerie, — car, après avoir renoncé au sacerdoce catholique, il s'était fait imprimeur à Genève \
Nous pourrions citer d'autres huguenots, paresseux à se prononcer, en qui de cruelles épreuves, une maladie dangereuse par exemple, réveillèrent ces remords de conscience dont parle Bernard Palissy, Bèze, par exemple, qui succéda à Calvin en qualité de président de la compagnie des pasteurs à Genève, se souvint, pendant une maladie qui le mit aux portes du tombeau, des leçons de son maître Wolmar; la maladie fit fructifier dans son cœur les sentiments de piété qui y sommeillaient. Que d'autres, moins soucieux d'obéir aux avertissements de leur conscience, qui demeurèrent, en apparence du moins, fidèles à la foi romaine!
Des multitudes entières préférèrent avoir la conscience en repos plutôt que de trahir leur foi. La Réforme avait été introduite au Croisic, aux environs de Nantes. L'évêque s'y rendit, en 1555 si nous ne faisons erreur, et annonça une procession avec ordre à chacun de s'y trouver et de tapisser le devant de sa maison. Il savait bien que c'était là le plus sûr moyen de découvrir les sectateurs de la Réforme,