France protestante , t. I, p
80 I" PAr.TIE, — LA FOI DES HUGUENOTS.
absent: il s'y trouvait sous ses deux formes les plus élevées, la musique et la poésie. Je veux parler des psaumes.
C'est le chant des psaumes qui, après la lecture de la parole de Dieu en langue vulgaire, a le mieux entretenu dans le cœur des protestants de France les sentiments d'une vive piété. Ces hymnes sacrées éleclrisaient les multitudes^ les ouvriers et les princes. Elles versaient la consolation, elles préludaient aux grandes choses.
La musc des premiers réformés était plus soucieuse de ridée que de la forme, trop oppressée de douleur pour être toute aux déhcatesses de l'art; mais «toujours droite, haute, respirant d'un souffle viril, elle perdait rarement ce calme d'un christianisme qui veut être détaché des préoccupations terrestres' ».
La traduction des psaumes par Clément Marot parut à Paris, en 1541. Le poète avait écrit seulement par amour de l'art; mais la soif d'épurement religieux qui travaillait ses contemporains fit accueillir son travail avec un empressement extraordinaire. Le roi François F' chantait volontiers ces petits poèmes d'un langage excellent pour le temps où ils furent écrits; il en récitait encore à son lit de morl. Son fils Henri II, en sa qualité de grand chasseur, aimait singulièrement le Psaume XLII : Comme un cerf altéré brame.... Diane de Poitiers avait adopté le cent trentième; la reine Catherine de Médicis préférait le sixième : Ne veuille pas, 6 sire, Me reprendre en ton ire, Moi qui t'ai irrité — Mais ce qui n'était chez certahis grands qu'un engouement littéraire fut, chez les fidèles huguenots, de l'attachement
1. Voir la belle étude île M. Bonlier sur les Poésies calvinistes, Bulletin, t. XVI, p. 247. C'est à lui que uous oinprunlou.s, en les complétant, la plupart des détails qui suivent. Voir aus.si l'article de M. Dardier, sur le chaut sacre, Ballrtin, l. .Wlll, p. ilio.
religieux. On s'aperçut bientôt de l'énergie avec laquelle ils s'étaient assimilé cette poésie qui répondait si bien à leur foi, ces vers rapides et enflammés où l'on sent le souffle de l'inspiration. Ils savaient le recueil de Marot par cœur; c'était un des signes auxquels on les reconnaissait. Et ils se reconnaissaient eux-mêmes de loin les uns les autres, sans effort, quand certaines mélodies bien connues arrivaient à leurs oreilles. Des fenêtres du Louvre, Henri II eut plus d'une fois le spectacle d'une foule enthousiaste qui remplissait le Pré aux Clercs et s'y promenait gravement le soir en chantant des psaumes.
Mais c'était aux persécutés surtout que ces chants servaient de rempart et de soutien. Personne ne les chantait aussi sincèrement du fond de l'âme que les malheureux tombés entre les mains des juges et des bourreaux. « Il fut mené au lieu du supplice rendant à Dieu par tout le chemin ses actions de grâces; puis chanta un psaume et le continua jusques à ce que, surpris du feu, il rendit son âme au Seigneur));ainsi se terminentla plupart des récits du Martyrologe.
Donc, grâce à leur vertu intrinsèque, grâce aussi, j'imagine, à ce que la pensée religieuse y présente parfois de rude et d'âpre, grâce enfin au talent des traducteurs, de Clément Marot et de Théodore de Bèze qui continua son œuvre , les psaumes traduits eussent fait leur chemin tout seuls. Calvin et Marot les y poussèrent: Calvin, en plaçant en tête de l'édition de 1543 son épître A tous chrétiens et amateurs de la Parole de Dieu; on y lit: «Ce présent livre doit être en singulière recommandation à chacun qui désire se réjouir honnêtement et selon Dieu, voire à son salut et au profit de ses prochains » ; Marot en y appelant l'attention des Dames de France * :