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du peuple tout entier qui demeura fidèle aux doctrines romaines. Ce que nous avons établi plus haut quant aux temps antérieurs à la Réforme, nous allons le démontrer pour le siècle de Bèze et de Calvin.
On a dit que la religion romaine ne fut, au seizième siècle, qu'une misérable dérision; on a eu raison d'ajouter que les mœurs étaient au niveau de la religion.
Le Balafré sortait d'une nuit de débauche quand il fut assassiné. Les duchesses de Nevers, de Nemours, de Guise, de Montpensier menaient une vie immonde. On sait comment cette dernière, sœur de Henri de Guise, raffermit le bras de Jacques Clément. Deux de ces grandes dames se firent apporter les têtes de leurs amants décapités, les baisèrent, les embaumèrent et les gardèrent dans leurs reliques d'amour. Et le peuple, à l'imitation des grands, faisait un affreux mélange d'une prétendue piété avec de misérables superstitions, des instincts sanguinaires, des goûls dépravés. La haine pour les huguenots suffisait pour ouvrir les portes du ciel. Les chefs donnaient f exemple, le peuple suivait.
Montluc nous donne une juste idée des sentiments de vengeance qui étouffaient, dans bien des cœurs, tout mouvement de piété. Un jour il harangue le roi qu'il ne trouve pas assez sévère. Il lui reproche d'avoir parfois des velléités de clémence. II se vante, en véritable bandit, de n'avoir point connu la commisération. «0 pauvre roi, s'écrie-t-il , que vous avez été bien pipé en vos édits, et y êtes tous les
jours! Les édits et ordonnances que l'on vous a fait
signer, sont plus cause de votre malheur et du nôtre, que non la faute du combat des soldats ni de vos gouverneurs. Croyez, sire, croyez qu'avec cette douceur vous ne viendrez jamais à bout de ces gens-là : le plus homme de bien d'eux vous voudrait avoir baisé mort ; et puis vous nous défendez
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de leur faire mal La rigueur les fait trembler: lorsque
sans forme de procès je les faisais brancher sur les chemins, il n'y avait personne qui ne tremblât. Pensez donc, sire, de quelle importance sont ces beaux édits!'»
Nous verrons bientôt quels furent ces gens-là, dont un farouche soldat parle avec un tel dédain. Nous ferons, ici, une seule remarque : des paroles telles que celles que nous venons de citer expliquent la Saint-Barlhélemy.
Le catholicisme était devenu synonyme du fanatisme le plus abject. Il avait répudié toute douceur évangélique et, avec elle, les vertus qui font le chrétien.
Qui est-ce qui ne connaîtrait du moins le nom de l'un des chrétiens les plus accomplis qu'ail produits la Réforme, de Casaubon? Casaubon, à qui les plus savants ont décerné le litre de prince de la science, et que le chroniqueur Cayet proclame l'un des ornements des lettres de son temps, Casaubon ne fut pas seulement un érudit de premier ordre, habile à déchiffrer les manuscrits grecs et latins. Il possédait à un haut degré l'honnêteté du cœur; un grand amour de la vérité, la piété la plus vive furent son partage. On s'en convaincra aisément en lisant sa correspondance et sui'tûut ses Ephémérides^, simples notes que cet illustre savant mit chaque jour par écrit durant dix-sept années, à partir de 1597, et que nous aurons plus d'une fois l'occasion de citer. Désigné par Henri IV pour occuper au Collège de France une chaire (|ue les Jésuites l'empêchèrent d'obtenir définitivement, il vint habiter Paris en mars 1600. A
1. Mémoires de Montluc, collection Poujoulat, t. VII, p. 295.
2. Éditées en 1850 par M. J. Russell, d'après le manuscrit original conservé dans la bibliothèque do la cathédrale de Gantorbéry. Voir sur Casaubon la belle étude de M. Read dans le Bulletin du protestanlisme, t. II, p. 255 et suiv.
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partir de là , il fut aussi assidu que possible au culte protestant que les réformés de la capitale durent alors célébrer à Ablon. Rien ne saurait valoir ces pages de l'intimité; rien n'est plus touchant que cet examen de conscience quotidien, que cette naïve conversation de Casaubon avec lui-même et avec Dieu ; aucune narration historique (dit à bon droit M. Read) n'aurait l'intérêt de ces mille particularités saisies au passage qui nous retracent sous de si vives couleurs la précaire existence des fidèles de Paris et le labeur du pèlerinage qui, chaque dimanche, leur était imposé.
Or, voici un court passage des Ephéméricles , sur les mœurs catholiques, passage d'autant plus précieux que Casaubon a été consciencieux jusqu'à en être timoré : il s'est vu en butte aux soupçons des deux partis, si bien qu'un historien protestant du dix-neuvième siècle a pu le traiter d'indifférent en matière de foi*. Écoutons Casaubon: «Ce matin (5deskalendesdejuin 1600) je voulais partir pour le prêche; mais, d'une part, le mauvais temps, de l'autre quelques affaires assez désagréables m'en ont empêché et m'ont fait rebrousser chemin. J'ai consacré quelques heures à des méditations religieuses et j'ai conversé avec des amis trèsattachés à l'Église romaine. Voici le résumé de notre entretien, n est vrai, certain, évident, qu'aujourd'hui, dans l'Église romaine (ce sont eux qui parlaient ainsi de leur propre église) beaucoup de vices dominent — Les choses sont à ce point que l'adultère a non-seulement cessé d'être honteux, mais qu'il est même ouvertement pratiqué et avec honneur. Les évèques et le clergé tout entier voient cela;
1. }\.^\S3xà. {le Triumvirat littéraire au seizième siècle, Paris, 1852) dit, au contraire, que ceux qui savaient estimer la modération comme une des principales marques de l'honnêteté du cœur, aimèrent Casaubon et le respectèrent.
ils le voient et n'en sont point scandalisés. Bien plus, ils suivent l'exennple commun. Bien plus, ils donnent euxmêmes l'exemple. On cita des faits, des faits sûrs, nombreux. Cela fait mal d'y penser. Je t'invoque, ô Dieu saint: porte remède aux maux de ton Église et aux miens, père de clémence !»
D'autre part, nous trouvons, dans les Mémoires du fougueux seigneur de Tavannes, un charmant chapitre propre à montrer comment un seigneur catholique peut, en toute conscience, unir à la piété, telle qu'il l'entend, la plus insigne duplicité. On dirait ces quelques lignes sorties d'une plume jésuitique. Tavannes y enseigne comment il faut s'y prendre pour s'évader. «Les prisonniers, dit-il, ne doivent faire dessein que de penser à sortir çt parler peu Premièrement crier merci à Dieu, se mettre en bon état, le remercier de ce qu'il lui plaît permettre que nous soyons châtiés, qu'il lui plaise que cela serve à l'expiation de nos péchés, le prier ardemment et remettre le tout à sa volonté.» Après ces moyens divins, vient l'indication de moyens humains qui ne sembleront nullement à dédaigner à un pieux fidèle de l'Eglise. Du semblant, et toujours du semblant! avec cela, vous arriverez.
«Deux choses sont nécessaires aux prisonniers, lalibéra-
hté et l'humilité Un prisonnier ne doit jamais se réjouir
que quand il est dehors..., dire toujours du bien du roi et de la seigneurie dont il est le sujet, et de ceux qui le tiennent et le gardent prisonnier , ne confesser rien, hormis
la clarté du jour et l'obscurité de la nuit; et ne faut oublier d'être humble et gracieux aux juges à leur entrée et sortie. .. Dehors, il faut rendre grâces à Dieu!'» Johes instructions
I Mriitoircs (le Taiiuitics. idllcclioii l'OllirMlIilt , t. Vlll, p. 7.
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à l'adresse de quiconque voudra apprendre l'art de dissimuler. Heureux ceux qui savent à temps se taire , à temps être « gracieux et humbles » : ils seront élevés.
Voilà la morale d'un guerrier catholique du seizième siècle. Quelles pouvaient donc être les mœurs des prêtres, ses contemporains? Disons toute la vérité, sans rien exagérer, sans rien craindre. On se souvient du jugement que porta, sur le clergé de son temps, un théologien du quinzième siècle, dont le nom est, à juste titre, en haute estime, Théodore de Vrie, moine augustin d'Osnabrûck. A l'en croire, tous les clercs de son temps furent simoniaques, non moins que les évêques et les cardinaux. Les successeurs de saint Pierre se sont éloignés de la primitive simplicité des apôtres. Au lieu de se servir de leurs revenus pour nourrir et habiller les pauvres qui meurent de faim et de froid, ils se promènent sur des chevaux dont les freins sontétincelants d'or. '< Au lieu d'être les serviteurs des chrétiens, ils entendent être leurs maîtres. Leurs tables plient sous les mets les plus délicats; ils ne connaissent plus le peuple, ils n'aiment et n'honorent que les tyrans. Adonnés à une vie corrompue, ils ne respectent rien, ni l'état ni le sexe S)
Or, le clergé du seizième siècle ne valut pas mieux que celui des siècles précédents.
J'ai cité, plus haut, le jugement que porta, sur la moralité des ordres monastiques, le moine François Lambert, d'Avignon. Je n'y reviendrai pas. Il sera plus instructif de faire connaître, d'après Lestoile, l'état moral du clergé romain, alors que déjà l'origine et les progrès de la Réforme lui eurent donné de salutaires avertissements. «En