‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 71 sur 163 · France protestante , t. III, article Calvin · texte numérisé non relu

France protestante , t. III, article Calvin

rier franchit le seuil de la tente de l'amiral occupé devant Chartres. Ce courrier arrivait d'Orléans; il apportait des nouvelles de l'épouse de Coligny. Coligny partit avec les deux meilleurs médecins de l'armée. Il trouva sa femme dans un état désespéré; elle touchait à l'agonie. Cette noble Charlotte de Laval avait tenu parole; selon ses promesses, elle avait soigné et consolé les soldats blessés. Elle avait élu domicile dans les hôpitaux militaires d'Orléans, résisté à ses amis, passé chaque matin et chaque soir des heures périlleuses dans ces lieux empestés, affronté tous les dégoûts et bravé le mauvais air, sans souci d'elle-même. Elle qui, au début des' guerres civiles, avait conseillé l'héroïsme à Coligny, elle avait choisi le martyre. Atteinte à son poste, au milieu de la contagion des hôpitaux, elle allait succomber sur ce champ de bataille de la charité.

Coligny fut profondément ému au chevet de cette chère malade. Il l'embrassa saintement. Il la servit comme une garde. Il seconda les veilleuses, les médecins. «M™® l'amirale se ranima tout à coup des ombres du sépulcre où elle entrait et reconnut son mari. Elle se redressa sur son séant, et, joignant les mains: «Seigneur, dit-elle, je vous «remercie de deux choses: l'une, que vous me permettiez «de mourir pour vous, pour votre nom, après avoir assisté «les soldats de votre droite; l'autre, que vous m'accordiez «cette douceur de voir encore M. l'amiral à ce moment su- «prême!» Coligny, dominant son attendrissement, replaça sur l'oreiller cette tête sublime embellie par tant de pressentiments divins et par une si forte certitude de l'immortalité. Il ne quitta plus sa femme bien-aimée et vénérée. Il reçut son dernier soupir et lui ferma les yeux. La douleur de l'amiral fut intense et mêlée de prières. Quand il eut réglé et accompli les funérailles, il pressa ses enfants contre sa poitrine, leur parla de leur mère avec effusion, les re-

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commanda tous et chacun à leurs maîtres et reprit le chemin de Chartres'... .»

Voilà les transformations opérées dans le cœur des huguenots par leur foi intense.

Le huguenot, on peut s'y attendre, imprime à tout le sceau de son caractère. La poésie huguenote, l'art huguenot ont leur cachet particulier. C'est à tort qu'on a reproché au protestantisme français la défaveur des Muses. Pendant des années troublées par des guerres cruelles, il a produit Aneau, Certon, qui ne sont pas sans mérite dans la poésie légère, puis d'Aubigné, du Bartas, et, parmi les artistes, Delaulne, du Cerceau, Jean Cousin, Jean Goujon, Goudimel, Palissy. Il est vrai que toute poésie ne s'accorde pas avec le génie de la Réforme. On en a fait la juste remarque: la Réforme refuse de sacrifier à. la beauté le bien, son premier amour; une telle indulgence serait coupable à ses yeux, et lui en faire un reproche, c'est l'accuser de ce qui fait sa gloire. Elle restreint en quelque sorte le domaine de la poésie. Mais si la véritable poésie est dans un étroit rapport avec le fond de l'âme humaine, si l'inspiration, seule digne de ce nom, jaillit des sources de la foi, il faut louer la Réforme d'avoir préféré, à l'art pour l'art, l'art pour le bien et la vérité l

Les idées bibliques paraissent partout dans les œuvres d'art issues du protestantisme.

Jeanne d'Albret, dans ses courts moments de loisir, se livrait à ces ingénieuses compositions en tapisserie dont quelques historiens ont parlé. On cite, entre autres, un de ses ouvrages qui devait être un vrai chef-d'œuvre en ce genre. Nous en emprunterons la description au Père Ga-

1. Dargaiid, Histoire de In /iherté relirjicvse , etc., t. II.

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