Hulletin, I. III. p
rasse. «Comme elle était giandemenl adonnée aux devises, elle fit de sa main de grandes et belles tapisseries, entre lesquelles il y a une tente de douze ou quinze pièces excellentes qui s'appelle les Prisons brisées, par lesquelles elle donnait à connaître qu'elle avait brisé les liens et secoué le joug de la captivité du pape. Au milieu de chaque pièce, il y a une histoire du Vieux Testament qui ressent la liberté: comme la délivrance de Suzanne, la sortie du peuple de la captivité d'Egypte, l'élargissement de Joseph, etc. Et à tous les coins, il y a des chaînes rompues, des menottes brisées, des estrapades et des gibets en pièces, et par-dessus en grosses lettres sont ces paroles de la IP aux Corinthiens : Où est l'esprit, là est la liberté'.»
Palissy, qui fut non-seulement un grand chrétien et un écrivain de génie , mais encore un artiste de premier ordre, laisse percer, dans toutes ses créations, un vif amour de la nature et celte ardente charité dont la Bible est la source la plus pure et la plus abondante. «Les rustiques figulines étaient ainsi appelées — telles sont les paroles de M. Cap, dans la notice qu'il a mise en tête de son édition des œuvres de Palissy — parce qu'elles représentaient des objets rustiques, des rochers, des grottes, des arbres, des animaux et quelquefois des personnages, le tout en rehefouen ronde-bosse
et recouvert d'un émail coloré Ses ouvrages de moyenne
et de petite dimension ornaient les appartements et figuraient sur les dressoirs , les buffets, les tables et les consoles. Ce sont des vases, des aiguières avec leurs bassins, des statuettes, des groupes pleins de grâce et de mouvement, des écritoires , des flambeaux , des corbeilles, de grands et de petits plats sculptés, enfin des bassins rustiques chargés
t. France protestante, t. 1 , p. 60.
de fruits, de coquillages, de poissons et de reptiles, représentés avec une vérité de formes et de coloris qui fait l'admiration des hommes de l'art.» Selon d'autres biographes de l'humble potier de terre, non-seulement ses faïences sont caractérisées par un style particulier et plusieurs qualités qui leur sont tout à fait propres, mais encore par l'heureux choix des sujets qu'elles représentent. M. Alfred Dumesnil fait remarquer que ce qui constitue l'originalité de Palissy, c'est qu'il a reproduit mieux que des plantes et des animaux: «Un siècle avant Rembrandt, en France, il prend les pauvres, les misérables, les mendiants des campagnes, joueurs de vielle et de cornemuse, aux vêlements bariolés, au visage rougi par les intempéries, et leur donne un air de moralité si touchant, que dans ces figures je vois le reflet derâmederartiste\» C'est, en un mot, le souffle évangéhque qui anime les artistes huguenots.
C'est encore ce souffle que l'on retrouve dans les écrits scientifiques des huguenots, dans leurs idées morales, dans toutes les manifestations de leur intelligence et jusque dans leur style.
Lamartine, qui s'y connaissait, dit, en parlant du style de Pahssy, de ce «simple artisan» : «Nous ne connaissons point de style plus biblique et plus moderne à la fois. On y sent les premiers bouillonnements d'une source qui va jaillir: c'est une langue qui se moule sur l'âme, et non sur l'antiquité.»
Voici un fragment des Discours admirables de cet humble et illustre chrétien du seizième siècle :
«Le nombre de mes ans m'a incité de prendre la hardiesse de vous dire* qu'un de ces jours je considérais la couleur de