Il s'adresse au seigneur Antoine de Pons
ma barbe, qui rue causa penser au peu de jours qui me restent pour finir ma course : et cela m'a fait admirer les lis et blés des campagnes, et plusieurs espèces de plantes, lesquelles changent leurs couleurs vertes ou blanches, lorsqu'elles sont prêtes de rendre leurs fruits. Aussi plusieurs arbres se hâtent de fleurir quand ils sentent cesser leur vertu végétative et naturelle. Une telle considération m'a fait souvenir qu'il est écrit : que l'on se donne garde d'abuser des dons de Dieu et de cacher le lalent en terre; aussi est écrit que le fou celant sa folie vaut mieux que le sage celant son savoir. C'est donc chose juste et raisonnable que chacun s'efforce de multiplier le talent qu'il a reçu de Dieu, suivant son commandement. Par quoi je me suis efforcé de mettre en lumière les choses qu'il a plu à Dieu me faire entendre, selon la mesure qu'il lui a plu me départir, afin de profiter à la postérité.» Dans ces lignes, quel charme naïf!
Les préceptes de la morale évangéhque, les recommandations d'amour fraternel se présentent tout naturellement aux écrivains huguenots, découlent, sans effort, de leurs lèvres.
« Personne ne doit s'en aller triste et marri de la parole d'un prince, se plaisait à répéter la mère de Jeanne d'Albret'.»
«Il n'y a rien en quoi les hommes soient réputés imiter Dieu de plus près qu'en s'employant charitablement pour le profit d'autrui : considéré que ce n'est pas pour vivre solitairement, comme des sauvages et à la façon des bêtes brutes, que nous sommes mis ici, mais pour y vivre en compagnie, et y apporter ce que Dieu a départi à un chacun'»; ainsi s'exprime le président La Place.
1. M"« de Vauviliiers, Histoire de Jeanne d'Albret, 1. 1, p. 44.