‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 74 sur 163 · Bulletin, t. 1, p · texte numérisé non relu

Bulletin, t. 1, p

L'attitude que prirent les huguenots à l'égard de la Renaissance est significative. îls lui devaient beaucoup et ne se montrèrent pas ingrats envers elle. Ils y virent un bienfait de Dieu et un moyen de propager l'Evangile, mais rien qu'un moyen. Aussi se séparèrent-ils de ses partisans exclusifs. Ils laissèrent ceux-ci se tourner vers l'antiquité païenne, se réservant à eux-mêmes d'appliquer au présent les enseignements du christianisme, mais non sans partager avec les amis de la Renaissance cette forte éducation classique qui polit l'esprit au contact des chefs-d'œuvre an tiques. Par un penchant naturel les hommes les plus instruits se sentirent attirés vers la Réforme et, à son tour, la Réforme, qui prêchait le libre examen, poussa ses adeptes vers la science. Vers la fin du seizième siècle, les trois quarts des hommes instruits, suivant Catherine de Médicis, étaient protestants ^ Ce n'est pas une petite gloire pour l'Église protestante que d'avoir compté parmi les siens, non-seulement Cujas et Dumoulin, «ces deux flambeaux de la législation française, maisCoras, Duaren, Doneau, Baudouin, Hotman et tant d'autres dont les savants travaux n'ont pas médiocrement contribué à tirer la science du droit du chaos où l'avait plongée le moyen âge».

A treize ans, d'Aubigné faisait autant «dé vers latins qu'un habile écrivain en pouvait faire en un jour » ; à sept ans et demi, il traduisit le Crito de Platon sur la promesse que lui fit son père de le faire imprimer avec son effigie enfantine en tête du livre*. L'urbanité des manières appartenait en France à toute la noblesse, mais l'instruction distinguait les réformés. Protestantisme obligeait.

Henri Estienne se souvient d'avoir vu à la table hospita-

1. Mémoires de J. A. de Tliou, collection Poujoulat, t. XI, p. 2G8.

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