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158 ir PARTIE. — LA VIE DES HUGUENOTS.
Hère de son père jusqu'à dix savants étrangers; pour bien les recevoir, tout le monde, même les servantes, ne parlait que latin. Dans l'imprimerie régnait une activité qui faisait l'admiration de tous ceux qui furent à même d'y pénétrera
Palissy, auquel il faut revenir encore, peut passer pour l'un des précurseurs de Descartes. Il a tout entrevu : la dilatation des gaz par la température, la théorie des puits artésiens, la loi de la formation des nuages, l'origine des glaces flottantes, et toujours il entremêle ses dissertations scientifiques de paroles bibliques et de réflexions morales. Dans le traité des Pierres et de la Marne, par exemple, le potier saintongeais , génie pénétrant, établit, avec un instinct vraiment prophétique, «des théories rationnelles que la science ne fait encore de nos jours, après un laps de trois siècles, que formuler avec plus de précision et traduire en usages vulgaires : l'accroissement des corps organiques par l'action végétative {intussusception) et des corps inorganiques par addition congélative {juxtaposition); la porosité des corps; les forces occultes de l'aflînité et de l'attraction, dont il emploie même les termes; le système du sondage des terres, la stratification du sol, les jaillissements artésiens; les modes de pétrification, et puis, à la question: où as-tu trouvé cela? il répond: je n'ai point eu d'autre livre que le ciel et la terre. Et est donné à tous de connaître ce beau livre*. ...» Un peu plus loin , à peine a-t-il dit que les secrets de l'agriculture ne doivent être celés, qu'il ajoute: «la parole de Dieu ne doit être celée»! Il est infatigable à faire des découvertes utiles, bien qu'il soit souvent «rempli de grandes tristesses» !
Pour propager les lumières, la Réforme couvrit le sol de
I. Sayoïis, Études lUtéruires , elc., t. Il , p. 71. i. Bul/elin, I. II, p. :,T.).
la France d'un réseau d'académies où se devaient enseigner, outre la théologie, la jurisprudence, la médecine, la physique. La première de ces utiles institutions fut créée à Orthez, sous les auspices de Jeanne d'Albret, en 1566; elle dura, non sans de fréquentes interruptions, jusqu'en 1620. D'autres furent fondées à Nîmes, à Montpellier , à Montauban, à Saumur, à Sedan, régie, chacune, par des règlements particuliers, jusqu'à ce que le synode national tenu à Gap, en 1603, essayât de les soumettre à un régime uniforme'. Grand nombre d'hommes éminenis y firent, pendant un siècle, leur éducation scientifique.
La vigueur de l'intelligence n'empêcha pas, chez les huguenots, la finesse de l'esprit.
Lesdiguières, voulant annoncer à sa femme, en 1586, une victoire qu'il venait de remporter, écrivit ces deux lignes : «Ma mie , j'arrivai ici hier, j'en pars aujourd'hui : les Provençaux ont été défaits. Adieu l»
Personne n'eut l'esprit plus prompt à la repartie que Condé. A l'entrevue qu'il eut, en 1562, près Boyiancy, avec la reine-mère, celle-ci, se voyant entourée de tant de casaques blanches, demanda en riant au prince «qu'est-ce qu'il voulait faire de tous ces meuniers-là» ? — «C'est pour charger vos ânes, Madame», répliqua-t-il sur-le-champ.
La reine de Navarre pouvait rivaliser d'esprit et de logique avec les plus forts. En 1563, le saint-siége avait résolu de frapper un grand coup. Le pape Pie IV, à la sollicitation du roi d'Espagne, donna l'ordre à ses inquisiteurs d'excommunier tous les hérétiques ou suspects d'hérésie, sans consi-
1. Bulletin, t. Il, p. 43, article de M. le professeur Nicolas. Voir aussi, sur l'Académie de Saumur, cinq lettres à Dnplessis-Mornay, Bufletin, t. XVni, p. 470.