France protestante , t. Il, p
dération de rang ou de titres. Jeanne était trop coupable aux yeux du souverain pontife pour que sa couronne fût respectée. Mais avant d'en venir à ces extrémités, Pie IV voulut au moins donner à ses actes une apparence de modération. Il chargea le cardinal George d'Armagnac, archevêque et légat d'Avignon, de tenter un derniei' effort pour ramener la brebis égarée dans le giron de l'Eglise.
Le cardinal lui écrivit une longue lettre; elle répondit par retour du courrier :
«Je n'ai point entrepris de planter nouvelle religion en mes pays, sinon y restaurer les ruines de l'ancienne. Par quoi je m'assure de l'heureux succès, et vois bien, mon cousin, que vous êtes mal informé tant de la réponse de mes États que de la condition de mes sujets — Je ne fais rien par force : il n'y a ni mort, ni emprisonnement, ni condamnation, qui sont les nerfs de la force.»
Il avait accusé ceux de la religion d'une infinité de meurtres, larcins, voleries, sacrilèges, rébellions, apostasies; elle répond avec indignation: «Vous me faites rougir de honte pour vous, quand vous alléguez tant d'exécrations que vous dites avoir été faites par ceux de notre religion : ôtez la poutre de votre œil, pour voir le fétu de votre prochain; nettoyez la terre du sang du juste, que les vôtres ont répandu, témoin ce que vous savez que je sais Vous me
priez de ne trouver étrange ni mauvais ce que vous dites : étrange, non, pour la profession que vous faites; mais
mauvais, oh! oui, le plus mauvais du monde » Il s'était
attaqué aux ministres : elle les défend. «Je connais bien par la description que vous faites de nos ministres, que vous ne les avez hantés, ouïs, ni connus, car ils ne prêchent rien que l'obéissance des princes, la patience et l'humilité, suivant l'exemple de leurs patrons, les martyrs et lus apôtres.»
Elle l'a surpris en flagrant délit d'ignorance : elle le
raille sans pitié. Après lui avoir reproché que les honneurs de Rome lui ont vraisemblablement obscurci l'entendement : « Lisez, lui dit-elle, lisez une autre fois mieux les passages avant que les alléguer mal à propos; encore me serait-il pardonné à moi qui suis une femme, mais un cardinal être si vieil et si ignorant, certes, mon cousin, j'en ai honte pour vous — »
Enfin, prenant un ton plus viril encore, elle fait appel à sa conscience :
« Je ne suis tant marrie de chose du monde que de vous voir, à qui Dieu a fait la grâce autrefois de faire voir sa vérité, la rejeter ainsi et supporter tant d'infâmes idolâtries qui sont la ruine de votre conscience , et néanmoins l'avancement de vos biens et honneurs mondains. Je crois que si vous ne péchez contre le Saint-Esprit, pour le moins vous en approchez de fort près. Et vous prie de vous hâter de venir à repentance, autant que votre péché ferme la porte à la miséricorde de notre Dieu J'ai pitié de votre prudence mondaine, que j'estime, avec l'apôtre, vraie fohe devant Dieu, lequel, je m'assure, ne me frustrera de l'espérance que j'ai en lui Votre doute vous fait trembler et
mon assurance m'affermit.... Il me semble entendre en vous le roi Achab, parlant au prophète Élie; mais ce prophète vous répondra à vous, qui avez abandonné Dieu, ce qu'il répondit à ce roi impie : C'est vous qui troublez Israël , vous qui faites des ligues en France contre Dieu et les commandements du roi * . . .»
On ne saurait ni raisonner plus fortement, ni mieux parler.
t. France protestante , 1. 1, p. 41. Voir toute la réponse dans M"* VauviUiers, t. 1, p. 356, et dans Olhagaray, Histoire de Foix , Béam et Navarre. Paris, 1609, in-4°, p. 540.