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Les Huguenots et la Famille

Nous arrivons à la famille proprement dite. Quels principes présidèrent au mariage des huguenots ? Quelle influence la foi protestante exerça-t-elle sur les époux, les parents, les enfants? Voilà les questions auxquelles nous allons répondre.

A en juger d'après quelques précieux exemples que l'histoire a conservés, c'est la piété que les huguenots recherchaient avant tout dans les personnes dont ils souhaitaient d'obtenir la main; c'est moins aux avantages temporels qu'ils demandaient des garanties de bonheur qu'à la communion des sentiments religieux, à l'harmonie des cœurs, aux qualités morales.

En épousant Téligny, la fille de Goligny, Louise de Châtillon , ne regarda qu'au mérite personnel de son futur qui avait 'peu de bien\ Il périt, on le sait, lors de la Saint-Barthélémy, sur les tuiles où il s'était sauvé et où les massacreurs finirent par le découvrir.

Jacqueline, veuve du baron d'Anthon, fille du comte d'Entremont, l'un des plus grands seigneurs de Savoie, qui avait une naissance illustre, des biens immenses, une âme supérieure, s'était éprise de l'amiral sur la renommée des choses extraordinaires qu'il avait faites : elle lui écrivit

geois seront exhortés de le faire quand il leur sera possible, afin d'être mieux résolu si lesdits nécessiteux reçoivent fidèlement la somme qui leur est distribuée, et si elle est suffisante ou excessive, pour en faire rapport au bureau».

l. De Thou, Histoire universelle, 1742, t. IV, p. 490.

simplement qu'elle l'aimait, qu'elle serait fière de porter son grand nom et de partager son sort difficile. Le prince de Savoie, qui voulait la marier à un seigneur de sa cour, essaya de contrarier ses projets ; il rendit un décret par lequel il défendait à tous ses sujets de se marier à l'étranger sans son consentement, sous peine de voir leurs biens confisqués. Les ordres, les menaces de son souverain n'intimidèrent point cette femme courageuse. Quoique obse/vée avec soin, elle se dérobe à ses surveillants, passe en France par les sentiers des Alpes, et arrive, brisée de fatigue et d'émotion, en 1571, à la Rochelle, où elle épouse l'amiral. Elle brûlait d'impatience, dit Davila, d'être la Martia de ce nouveau Calon. Ce fut à cinquante-trois ans que Coligny excita une passion dont les circonstances extraordinaires offrent l'intérêt d'un roman.

Cependant le duc de Savoie, irrité de cette alliance, saisit tous les héritages de la dame d'Entremont. Elle éprouva jusqu'à la fin, mais sans jamais se repentir, le malheur d'avoir provoqué la colère de son souverain. Après la mort de l'amiral, obligée de fuir le sol de la France, elle se retira en Savoie; sa belle-fille, la veuve de Téligny, le fils aîné de l'amiral et Laval, fils de Dandelot, parvinrent à sortir avec elle de ce malheureux pays où la piété chrétienne était frappée d'ostracisme. Une prison devint son asile. On l'accusait de sorcellerie, de magie, de pactes avec le diable ; son plus grand crime était d'être riche et huguenote. C'est ce que nous apprennent plusieurs lettres du cardinal d'Ossat, adressées à Henri IV et à M. de Villeroi, en date de 1597 et 1599. Henri s'intéressa vainement au sort de la veuve de Coligny ; la cour de Rome et celle de Turin furent inexorables. «J'ai supphé (lit-on dans une des lettres du cardinal d'Ossat) qu'on ait pitié de cette pauvre dame qui n'est travaillée que pour l'envie qu'on a de son

bien...» Elle succomba, en 1599, sous le poids de' ses malheurs et de ses ennuis V

Le mariage de Duplessis-Mornay fut plus significatif encore.

Charlotte Arbaleste se trouvait à Sedan, lorsque Mornay y arriva, peu après la mort de Charles IX. Il y apprit à connaître la jeune veuve qui, pour passer plus doucement sa solitude, « y prenait plaisir en l'arithmétique, en la peinture et en autres études^».

Elle n'avait ni la fortune ni l'ancienneté de race à laquelle pouvait prétendre un seigneur tel que Duplessis ; mais celui-ci était d'avis « que bien était la dernière chose à quoi on devait penser en mariage ; que la principale était les inœurs de ceux avec qui l'on avait à passer sa vie, et surtout la crainte de Dieu et la bonne réputation^». Il n'eut pas lieu de se repentir : il ne tarda pas à s'assurer qu'il n'eût pu trouver de meilleure compagne que M'"'' de Feuquères.

Charlotte cependant, qui était « fort éloignée des pensées de mariage*», avoue ingénument qu'elle pensait d'abord que «cette hantise était à cause du voisinage ». Elle déclara à Mornay qu'elle trouvait étrange la conduite des gens de guerre qui pensaient à se marier en temps si calamiteux; mais elle voyait néanmoins sans déplaisir que Duplessis continuât ses visites et bientôt elle « l'affectionnait comme pas un de ses frères, combien qu'elle ne pensât pas à mariage».

1. Preuves de l'histoire de la maison de Coligny, par Du Boucliet, p. 5G9 et suiv. Mémoires , etc., édition de 1786, t. XXVU, p. 492.

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