‹ Les HydrocéphaliesChapitre 10 sur 26 · Adulte · texte numérisé non relu

Adulte

2 Adulte — 88 — 552

42 22 ans — 85^7 — 630

41 Adulte - &1 - 630

Muske Broca

Enfant Indice : 103,1

Enfant — 24

2 mois - 9 M

Enfant — 8^9

Jeune — 89.8

Adulte - 97,5

Adulte - TA!

Regnault donne encore la mensuration de 9 crânes de collections particulières d'un an à 2J ans dont l'indice varie de 8iJ à 95,2.

Je rappelle l'indice du crâne de Bordini (50 ans) : 97,8.

Les conclusions de Regnaultsont exactes dans leur généralité, mais il importe toutefois de ne point les tenir pour absolues.

Il est exact que le diamètre transverse maximum se trouve généralement très en arrière. Il peut y avoir exception à cette règle : sur notre crâne du muséum de Longchamp, par exemple, le diamètre transverse maximum passait à 2 centimètres seulement en arrière de la suture fronto-pariétale.

La brachycéphalie a été trouvée en général plus forte chez les plus jeunes. Cette constatation ne démontre point, ainsi que l'admet Regnault, que la brachycéphalie tende à se corriger chez les adultes guéris. Le degré de la brachycéphalie est en rapport avec le volume de l'hydrocéphalie. S'il est généralement moins prononcé chez les hydrocéphales adultes, cela peut tenir à ce que les grands hydrocéphales brachycéphales sont morts dans l'enfance du fait de l'étendue de leurs lésions. Il est certain que les adultes peuvent présenter une brachycéphalie très marquée : tel ce crâne d'adulte du Musée Broca dont l'indice est 97,5, tel le crâne de Bordini 97,8. Les mensurations chez le môme sujet aux différents âges pourraient seules donner l'évolution de l'indice céphalique dans l'hydrocéphalie.

Il faut noter enûn l'absence possible de brachycéphalie, remplacée quelquefois par la dolichocéphalie. Il en est ainsi pour le dernier crâne du musée Broca (ind. 73,1). Cette dolichocéphalie s'explique généralement par la prédominance presque exclusive de l'ampliation du crâne au niveau de l'occipul. 11 existe souvent dans ces cas une synostosc précoce de la suture sagittale. La tôle est allongée,

volumineuse avec prédominance des parties postérieures et aplatissement transversal ; elle présente en un mot la déformation connue sous le nom de scaphocéphalie. Bourneville a relaté plusieurs faits de cette nature, qu'il décrit sous le nom hydrocéphalies scaphocéphaliques. Voici les mensurations du crâne dans une de ses observalions.

Diamètre antéro-poslérieur 190 millimètres

Diamètre bi-pariélal 135 —

Indice céphalique 71 —

Il s'agit dans ces cas d'hydrocéphalies très particulières. Sous l'influence de lésions spéciales l'épanchement ventriculaire occupe surtout ou exclusivement les cornes occipitales; c'est en raison de cette localisation que le développement du crâne se fait surtout dans son segment occipital.

Il est une déformation que l'on constate quelquefois chez les hydrocéphales, surtout chez ceux d'un certain âge : c'est la plagiocéphalie. Dans quelques cas l'asymétrie crânienne tient aux différences d'ossification des sutures d'un côté à l'autre (tig. II).

La capacité normale du crâne n'a pas été établie pour les différents âges. Par contre elle a étéétudiée pourl'adulte chez les différentes races. D'après Broca et Manouvrier, chez le parisien moderne elle serait de 1560 centimètres cubes.

Dans l'hydrocéphalie la capacité du crâne peut dépasser de beaucoup la normale aux différents âges. Je rappelle celle du crâne de Bordini : 8,300 centimèlres cubes.

D'Ali ROS

Modes de début.

Signes objectifs. — Volume et forme de la tête. Le faciès. La circulation veineuse sous-cutanée du crâne.

Elat de la nutrition générale. — Le développement général et la puberté chez les hydrocéphales.

Les troubles nerveux. — Convulsions. Contractures. Paralysies. Etat de la sensibilité. Troubles de la vue. L'état mental des hydrocéphales ; étude de Dourneville.

Marche de la maladie. — Les poussées aiguës au cours de l'hydrocéphalie. — La guérison de l'hydrocéphalie est-elle possible? Les guérisons accidentelles. La rétrocession naturelle. — (.a survie des hydrocéphales.

Début de la maladie. — Dans quelques cas d'hydrocéphalie congénitale l'augmentation du volume de la tête est déjà apparente au moment de la naissance. Il n'en est généralement pas ainsi. Dans le plus grand nombre des cas ce n'est qu'au bout de quelques jours ou de quelques semaines que les parents s'aperçoivent de l'augmentation rapide du volume de la tète. 11 en est de môme dans certaines bydrocéphalies acquises où le développement anormal du crâne constitue le phénomène initial de la syraptomatologic.

Dans un certain nombre de cas toutefois certains symp-

tomes nerveux peuvent marquer le début de la maladie avant tout accroissement apparent de la tête.

Un de ces symptômes importants est l'état spastique de la musculature des extrémités. Ranke (1) a récemment insisté sur l'apparition de ce symptôme alors que l'augmentation du crâne n'est pas encore apparente. Cette contracture musculaire précoce doit attirer l'attention sur la possibilité d'un épanchement hydrocéphalique, ù condition de la distinguer de la contracture symptomatique d'autres affections cérébrales, de la maladie de Littlc notamment, ce que nous ferons ultérieurement.

Dans d'autres cas, le début de l'affection est marqué par une ou plusieurs attaques d'éclampsie. Ce début brusque de l'hydrocéphalie par des convulsions indique une atteinte brutale de l'encéphale sous des influences que nous ferons ressortir. Plus rares, ces hydrocéphalies à début aigu ne sont pas moins d'un grand intérêt.

Symptômes de l'hydrocéphalie. — Une fois constituée, l'hydrocéphalie se manifeste cliniquement par deux ordres de symptômes, les uns relèvent de la pression excentrique du liquide sur la boîte osseuse crânienne ; les autres résultent des effets de cette pression sur les organes crâniens, sur l'encéphale, ce sont les symptômes nerveux de l'hydrocéphalie.

L'augmentation de volume et la forme particulière de la tête constituent en quelque sorte les signes objectifs cardi-

(1) Ràhkk, Sur le diagnostic de l'hydrocéphalie chronique au début, le développement du crâne n'existant pas encore. Juhrbuch fûr Kinderheilk. , vol. XXXIX, 1895.

naux de l'hydrocéphalie. Ce développement se fait dans to is les diamètres. Aussi la tète prend-elle une apparence gh> ulcuse généralement assez uniforme surtout dans les hydrocéphalies congénitales, en sorte que les bosses crâniennes normales apparaissent moins distinctes, fusionnées dans la dilatation générale. Le front est bombé, saillant en avant au point, à un certain degré, de surplomber les yeux, et élargi transversalement. Les fosses temporales sont effacées, remplacées même par une convexité temporale. La tete est fortement élargie au niveau des pariétaux déjetés en dehors. Vue de dessus, elle présente quelquefois l'apparence d'une pyramide quadrangulaire. Sa forme générale n'est pas toujours symétrique, elle présente souvent la déformation plagiocéphalique.

Le développement progressif du crâne s'apprécie par les diverses mensurations, notamment celles de la circonférence horizontale et des principaux diamètres. Chez certains hydrocéphales, la tète peut atteindre des dimensions considérables, jusqu'à 60 centimètres, 80 centimètres, et même 92 centimètres de circonférence.

On sent nettement chez les jeunes enfants les fontanelles et les sutures élargies et bombées. On peut quelquefois percevoir la fluctuation. Dans quelques cas on a pu par transparence à travers la tète apercevoir la lumière d'une bougie.

La faciès de l'hydrocéphale se caractérise tout d'abord par ces grandes dimensions du crâne où les cheveux sont souvent rares et clairsemés. Sous le front développé et large par suite de l'écarlemcnt des os frontaux, existe chez la

plupart une dépression sourcilière, et le visage triangulaire contraste par son amaigrissement avec l'énormité du crâne surtout chez les congénitaux. Les globes oculaires sont souvent proéminents, en degré plus ou moins marqué d'exorbitisme. De plus par le fait de la dépression de la voûte orbitaire, le globe de l'œil est abaissé, le blanc de la sclérotique apparaît au-dessous du bord de la paupière supérieure, tandis que la paupière inférieure recouvre et cache la partie inférieure de l'iris, quelquefois jusqu'au centre de la pupille. Cette disposition ferait reconnaître l'hydrocéphalie môme quand le reste de la tôte serait couvert (Camper) ; mais elle n'existe que dans les grandes hydrocéphalies et manque dans les hydrocéphalies moyennes (fig. VII).

Le port de tête est à noter. <« Les adultes ou les enfants de la seconde enfance tiennent en général la tête assez correctement, bien qu'elle ait une tendance à s'incliner en avant. Les hydrocéphales du premier âge, surtout si la maladie est très accentuée, ne peuvent maintenir la tôle verticale ; ils la laissent tomber soit en avant, soit en arrière, souvent môme sur un côté. Ce symptôme est fréquemment celui qui attire le premier l'attention des parents » (Bourneville).

Circulation veineuse périphérique. — 11 est un signe variable, qui dépend surtout de la pression du liquide intracrânien, c'est le développement des veines sous-cutanées. Lorsque cette pression existe à un certain degré, soit par l'abondance du liquide, soit parla résistance des parois du crâne, à plus forte raison par ces deux causes réunies, la compression des grandes voies veineuses amène secon-

dairement une augmentation de pression dans les sinus

Ptatntl VU. — Hydrocéphale, 16 mois.

La tète volumineuse ù la naissance a augmenté surtout à partir de l'Age de six mois, a la suite d'accidents méningitiques. Cécité.

Le crAne est en grande partie membraneux ; la fontanelle antérieure mesure 8 centimètres de long sur 11 centimètres de large.

Circonférence horizontale de la tete : centimètres ;

Diamètre transverse maximum : t.ï8 millimètres;

Diamètre antéro-postérieur maximum : 110 millimètres ;

Indice ccphalique : 92,7.

On voit que malgré une hydrocéphalie assez développée, le faciès et le regard n'ont pas l'apparence décrite comme classique.

de la dure-mère, et le sang veineux a tendance à prendre des voies collatérales de dégagement.

On constate dans ces cas une dilatation des veines tégumentaires superficielles : veines frontales, qui se jettent dans les veines faciales, — veines occipitales, — et surtout veines pariétales, qui convergent vers l'arcade zygomatique pour se jeter dans la veine temporale superficielle, l'une des principales branches d'origine de la veine jugulaire externe.

Le passage du sang du système veiueux intra-crânien dans ces veines superficielles se fait : a) par la veine ophtalmique qui unit le sinus caverneux à la veine faciale,

b) par la veine mastoïdienne qui à travers le trou mastoïdien relie au sinus latéral les veines de la région mastoïdienne,

c) et surtout par la veine émissaire de Sanlorini qui, traversant de haut en bas le trou pariétal, fait communiquer le sinus longitudinal supérieur avec les veines pariétales.

Le développement collatéral des veines tégumentaires du crâne n'est qu'un signe de l'excès de pression intracrânienne. Sa constatation peut avoir de l'importance au début de l'hydrocéphalie.

Le souffle céphalique n'est point un signe d'hydrocéphalie. Fischer de Boston prétendait l'avoir constamment perçu dans cette affection. Roger a nettement démontré qu'il est aussi rare dans l'hydrocéphalie que fréquent dans le rachitisme. Rilliet et Barthez nient aussi que ce soit un signe d'hydrocéphalie. Je ne l'ai pour ma part jamais constaté dans cette affection.

Les troubles nerveux dans Phydrocéphalie relèvent de

M Dinit

plusieurs causes. L'épanchemont ventriculaire coïncide souvent avec des liions ce'rébralesqui se manifestent par leur symptomatologic propre. Je m'attacherai à décrire surtout ici les symptômes qui sont sous la dépendance de cet épanchement.

Tout d'abord il faut se rappeler que dans un très grand nombre de cas l'épanchement se produit lorsque le cerveau est encore en pleine période de développement. L'hydrocéphalie qui survient pendant la vie intra-utérine influe sur le développement de cet organe, empoche ou retarde la myélinisation de ses fibres blanches et l'évolution définitive des cellules nerveuses. Au degré extrême, produisant par la pression du liquide ces cerveaux kystiques que j'ai décrits, elle empêche la vie cérébrale de s'élever du fonctionnement ganglionnaire réflexe à l'activité corticale supérieure. L'enfant reste incapable d'éducation cérébrale : les sens restent fermés, la vision notamment ne se développe pas. A l'absence de développement des fonctions sensitives correspond l'absence du développement intellectuel. Et si les mouvements réflexes se produisent comme chez l'enfant normal, les mouvements qui exigent la coordination volontaire n'apparaissent pas. Par contre les fonctions végétatives peuvent pendant quelque temps rester absolument normales. Cet état n'est pas compatible avec une longue survie.

En dehors de ces formes extrêmes, les fonctions nerveuses sont toujours plus ou moins troublées chez les hydrocéphales. Bourncville a fait de ces troubles une étude approfondie à laquelle je me reporterai souvent. Tout d'abord ils peuvent retentir sur la nutrition générale,

mais très différemment il faut le reconnaître. Chez les malades qui ne sont pas de véritables monstres, la nutrition est presque normale ; certains môme jouissent d'une excellente santé et sont dans un état d'embonpoint des plus satisfaisants. Il n'en va pas de même chez les grands hydrocéphales ; ceux mêmes qui dans les premiers temps qui suivent la naissance paraissaient prospérer, engraissaient môme, finissent par éprouver dans leur nutrition générale les effets de l'insuffisance fonctionnelle de leur système nerveux ; anémiés, lymphatiques, la plupart tombent dans une cachexie progressive. Le ralentissement de la nutrition se manifeste par une diminution notable de la température du corps ; la température rectale varie chez eux entre 36°2 et 37°. — Au point de vue du développement, l'accroissement en poids et en taille se fait normalement chez les enfants qui ne sont pas paralysés. Cependant quelques-uns restent petits. — La dentition est généralement retardée ; mais l'épanchement hydrocéphalique ne semble réagir en rien sur la conformation des dents.

Quant à la puberté, chaque hydrocéphale forme un type à part. Si certains hydrocéphales se développent normalement, nombre d'autres ont les testicules atrophiés ou en ectopie. Chez les filles la menstruation peut s'établir. Anton a vu a Prague une fillette hydrocéphale à un haut degré, imbécile, ne parlant pas et qui était régulièrement menstruée avant la fin de la 1 0* année.

Parmi les symptômes nerveux proprement dits, les convulsions doivent nous arrêter en premier lieu. Elles ne sont néanmoins qu'un symptôme épisodique. Elles pré-

UJAWTRB IV

sentent une certaine importance lorsqu'elles signalent le début de l'hydrocéphalie, constituant en quelque sorte la manifestation de l'ictus cérébral par l'agent morbide causal. Plus banalement elles peuvent se produire dans le cours de l'hydrocéphalie, et survenir par séries. Les crises sont quelquefois très fréquentes et marquent en général une étape en avant de la maladie. Chez certains malades elles persistent pendant tout le cours de la maladie, revêtant alors le caractère comitial, de sorte que le malade peut être considéré comme atteint d'épilepsie symptomatîque.

Mais il est un certain nombre d'hydrocéphalies qui évoluent sans présenter jamais de convulsions.

Les convulsions ne paraissent donc pas tenir à la présence môme du liquide dans les ventricules. Elles ne sont pas à proprement parler un symptôme de l'hydrocéphalie, mais traduisent vraisemblablement les processus congestifs ou infectieux qui la compliquent. Elles n'ont donc pas de signification symptomalique directe.

Il n'en est pas de même des contractures, que j'ai déjà signalées comme symptôme possible de début. Les membres supérieurs et inférieurs peuvent ôtre le siège de demicontractures. Les doigts sont généralement les premiers atteints; la contracture gagne ensuite les uvant-bras et les extrémités inférieures, parfois même la musculature du tronc. Ce symptôme reste généralement à un degré peu marqué. Dans les hydrocéphalies précoces il relève très probablement du retard dans la myélinisation des faisceaux latéraux. Dans les hydrocéphalies tardives on peut constater une vraie paralysie spasmodique.

La paralysie est un symptôme inconstant. Lorsqu'elle revêt la forme hémiplégique elle relève vraisemblablement de lésions cérébrales concomitantes. Généralement elle est partielle et incomplète. Dans les épanchements considérables on peut néanmoins constater une impotence absolue des membres inférieurs.

La motilité est en rapport avec les troubles paralytiques ou spasmodiques. La marche chez les plus jeunes et les plus atteints ne peut se développer. Chez presque tous les hydrocéphales elle est notablement retardée. Les plus précoces commencent a marcher à 13, 14, 15 mois. Souvent ils ne l'apprennent qu'à 2, 4 et mflme 6 ans. En général la marche est lourde, très lente, compliquée «l'une sorte de balancement latéral. Le corps est souvent penché en avant et l'enfant paraît courir vers son centre de gravité déplacé en avant par le poids de sa tête (Bourneville).

Dans l'ordre des troubles sensitifs, des douleurs peuvent se faire sentir soit dans les membres, soit dans la tête. La céphalalgie est quelquefois violente et revient par accès. On peut dans quelques cas la considérer comme un effet de la résistance des parois crâniennes.

La sensibilité générale \ parfois obtuse, n'est jamais complètement éteinte, même chez les hydrocéphales les plus avancés.

Du côté des sens spéciaux, l'odorat et le goût ne sont pas sensiblement modifiés. L'ouïe est en général conservée.

Il n'en est pas de même de la vue. La vue est le sens qui se perd le plus fréquemment et le plus tôt. Les hydrocéphales les plus accentués paraissent être d'emblée com-

plètement aveugles. Certains il est vrai conservent l'intégrité de la vision jusqu'à leur mort. Mais presque tous ont la vue faible et sont très myopes, et l'affaiblissement (,1e la vision peut être suivi de cécité complète. Celle-ci est dans un grand nombre de cas la conséquence d'une névrite optique double, aboutissant à l'atrophie papillaire. L'ophtalmoscope fait souvent constater cette atrophie de la papille et la dilatation des veines rétiniennes résultat de la compression du sang dans le sinus caverneux.

Il n'existe pas généralement de troubles prononcés de la motilité de l'œil ni des réflexes de la pupille chez les hydrocéphales. Quelques-uns ont la pupille ordinairement dilatée, d'autres l'ont contractée. On constate quelquefois du strabisme convergent ou divergent. Assez souvent les yeux sont invariablement dirigés vers le bas pour des raisons indépendantes de la motricité oculaire, que j'ai déjà signalées.

Inintelligence est souvent complètement arrêtée. Certains enfants, sont complètement idiots. Chez les autres c'est un simple retard que l'on constate et une insuffisance psychique. La mémoire est ordinairement mauvaise. Le langage se développe cependant généralement mais le début de la parole est tardif. L'enfant peut commencer à prononcer quelques mots à 15 ou 20 mois ; mais certains n'apprennent à parler qu'à 3, 4 et 5 ans.

Bourneville a étudié Yétat mental des hydrocéphales arrivés à un certain âge: «Il est difficile, écrit-il, d'en tracer le tableau net et précis, à cause des différences psychiques considérables qu'ils présentent entre eux. Comme chez tous les enfants arriérés ou idiots, l'inattention, Tins-

tabilité forment le fond de leur caractère. Ils possèdent tous les instincts, même lorsque l'hydrocéphalie est très développée et en fait de véritables èlres végétatifs. Ils sont ordinairement affectueux pour ceux qui s'occupent d'eux. Les sentiments sociaux et moraux existent chez presque tous ; les sentiments de pudeur peuvent se développer. Mais le penchant caractéristique des hydrocéphales est la vanité. Chez les petites filles, la vanité se traduit par le bavardage sur un ton d'importance, et surtout par la coquetterie. Chez les garçons, cette fatuité se traduit souvent par de la prétention qui les rend suffisants et paresseux. La volonté chez la plupart est à peu près nulle. L'entêtement relatif de certains et leurs accès de colère, sont déterminés par un trouble apporté dans leurs habitudes, les obligeant à prendre une initiative quelconque et par conséquent à mettre enjeu leur volonté.

Nous conclurons, ajoute Bourneville, qu'au point de vue mental l'hydrocéphale ne forme pas un type encore bien défini ; que son cerveau fonctionne psychologiquement assez mal, mais que les lacunes qui caractérisent ce mauvais fonctionnement sont nombreuses et varient avec chaque individu. D'ailleurs l'état psychique n'est pas en rapport direct avec le degré de l'hydrocéphalie et les symptômes somatiques. Tel hydrocéphale qui a une circonférence maxima du crâne égalant 70 centimètres, gâteux et paralytique, cause correctement, a l'intelligence assez développée et raisonne môme parfois très judicieusement, tandis que tel autre mieux constitué au point de vue somalique est resté idiot. Certains hydrocéphales même peuvent être au point de vue psychique considérés comme des enfants presque normaux. »

Je crois qu'il est difficile en effet d'admettre un type mental spécial à l'hydrocéphalie. L'hydrocéphalie tient à de nombreuses causes et peut coïncider avec des lésions cérébrales variées. Ce sont ces dernières bien souvent, plus que l'hydrocéphalie, qui déterminent les caractères de l'état mental des malades. L'épanchement hydrocéphalique en lui-même nous paraît seulement capable de déterminer un affaiblissement général des facultés intellectuelles en rapport avec l'abondance de l'épanchement et surtout avec le degré de développement de l'encéphale lorsque la maladie a commencé. Chez les sujets jusque-là sains chez lesquels une hydrocéphalie survient accidentellement dans un cerveau normal, c'est l'affaiblissement intellectuel, la torpeur cérébrale, que l'on constate uniformément. Les autres caractères ne sont donc en quelque sorte que contingents et surajoutés. S'il y a notamment un grand nombre d'hydrocéphales idiots, il ne me semble pas qu'on puisse en réalité décrire une idiotie hydrocéphalique à caractères spéciaux.

Marche et terminaisons. — La marche de la maladie est souvent régulièrement progressive. Quelquefois elle se fait par saccades correspondant au développement d'accidenls aigus.

Ces poussées aiguës qui surviennent ainsi dans le cours de l'hydrocéphalie chronique relèvent vraisemblablement de phénomènes de nature congestive, ou de méningite séreuse suivant l'opinion de Quincke. Durant ces périodes aiguës, la céphalalgie est intense, et c'est alors surtout que peuvent apparaître des convulsions sous forme de

crises plus ou moins répétées ; l'engorgement papillaire se produit ou augmente souvent à un degré qui compromet gravement la vision. Ces poussées laissent habituellement après elles une augmentation de l'épanchement et une aggravation de la maladie.

Beaucoup d'enfants meurent au bout de quelques mois oudans les premières années de la vie. La mort peut survenir au cours de ces accidents aigus que je viens de signaler. Elle se produit quelquefois en état de mal épileptique. Le plus souvent elle est due à des complications ou à des maladies intercurrentes : pneumonie, broncho-pneumonie, entéro-colite, fièvres éruptives. Dans quelques cas c'est une méningite tuberculeuse qui vient compliquer l'hydrocéphalie.

La guérison de r hydrocéphalie est-elle possible ? On a cité des faits absolument exceptionnels où la guérison serait survenue à la suite d'un écoulement brusque du liquide hors du crâne. Huguenin (1) a recueilli 8 faits de cette nature, parmi lesquels 5 soi-disant guérisons, 1 amélioration, 1 légère modification de l'évolution morbide, 2 décès. Dans 6 cas, l'écoulement eut lieu spontanément, 4 fois par le nez, 1 fois par le nez et les orbites, 1 fois par les oreilles ; dans 3 cas il survint à la suile de traumatismes,dont 2 fois par l'os frontal. Greatwood rapporte l'observation d'un enfant de 15 mois, hydrocéphale à un haut degré, qui depuis quelque temps se trouvait dans un état d'assoupissement constant et avait perdu l'usage de ses

(1) Cité par Henlf, Contribution à la pathologie et a la thérapeutique de l'hydrocéphalie. Mitleilunyen aus den Ortnzgeôielen der Medizin und Chirurgie, 1896.

membres. Il tomba sur un clou qui pénétra dans le tiers supérieur de la suture lambdoïde gauche. Le clou fut extrait, le canal de perforation sondé, et à la suite de cette opération se produisit un écoulement considérable de liquide qui dura pendant trois jours. L'enfant guérit ; il était à l'âge de 4 ans et demi un fort et robuste garçon. Dans un fait de Hofting(l), l'écoulement se fit au niveau d'une fracture du frontal produite par une ruade de vache ; l'enfant, deux ans après cet heureux accident, jouissait d'une fort bonne santé et sa tète avait repris presque complètement des proportions normales.

En dehors de ces guérisons, accidentelles peut-on dire, la guérison par rétrocession naturelle peut-elle être observée?» Rigoureusement parlant, écrit West, la guérison de l'affection n'existe pas, mais il se fait un temps d'arrêt dans ses progrès ; il ne s'épanche plus de liquide, mais celui déjà épanché ne se résorbe pas ; les sutures et les fontanelles s'ossifient et le volume de la tête attire moins l'attention, non qu'elle présente aucune diminution de volume, mais parce que la disproportion entre le crâne et la face devient moins frappante en raison du développement de celte dernière à mesure que l'enfant devient plus âgé. »

Quelques auteurs cependant ont admis la possibilité d'une rétrocession de l'épanchement hydrocéphalique. Pour Otto, la guérison réelle pourrait s'effectuer par un accroissement de nutrition du cerveau produisant l'hypertrophie de l'organe, en sorte que la substance nerveuse

(1) Hormo, Wochensch. far die ges. Heilk., 1831 ; fAnal. in Arch. de méd., 1837.

prendrait la place du liquide au fur et à mesure qu'il se résorbe. Bourneville admet également que l'encéphale et les parois du crâne se développent aux dépens du liquide en voie de résorption.

J'admets volontiers ce processus de guérison spontanée, mais je crois qu'il ne se produit que très exceptionnellement et que la résorption du liquide n'est possible que dans des proportions très restreintes. La majorité des hydrocéphales qui survivent ont encore leurs ventricules latéraux notablement distendus par du liquide et les lésions cérébrales secondaires à l'épanchement, si elles sont prorondes, paraissent irréparables ; du moins le degré de réparation possible est en rapport inverse du degré de l'hydrocéphalie.

Ces hydrocéphales survivants restent donc le plus souvent des infirmes ; leurs facultés intellectuelles sont généralement faibles ; leur nutrition générale est imparfaite et les laisse exposés aux maladies environnantes. La plupart meurent entre 3 et 6 ans de broncho-pneumonie ou de méningite.

Quelques-uns cependant atteignent l'âge de la puberté ou le dépassent. Chez un malado de Rivet, hydrocéphale aliéné (1 ), la mort ne survint qu'à 24 ans. Les Médical Reports de Bright renferment l'histoire bien connue d'un hydrocéphale nommé Thomas Cardinal : hydrocéphale depuis sa naissance, il vécut jusqu'à l'âge de 29 ans, en possession d'un degré suffisant d'activité physique et intellectuelle. Sa tète mesurait 34 pouces de circonférence (86 cm. i-2).

(1) V. chap. vu.

DASTROS

6fi

A l'autopsie on trouva dans son crâne 7 à 8 pintes de liquide (4 lit. à 4 lit. 1/2). Tuszek et Cramer (1) relatent l'observation d'un idiot hydrocéphale mort à 32 ans : de son vivant il présentait un arrêt de développement des facultés intellectuelles ; il n'avait pu apprendre ni à lire, ni à écrire; il était cependant doué d'une bonne mémoire. La parole était lente et monotone. Il était calme, assez propre, manifestant une certaine pudeur. Les membres inférieurs étaient déformés par suite des contractures des fléchisseurs avec atrophie musculaire. La circonférence du crâne mesurait 75 centimètres. La mort survint à la suite d'un phlegmon. Un malade de Christian (2), sur lequel je reviendrai, mourut à l'âge de 40 ans. Son crâne mesurait 70 centimètres de circonférence ; la quantité de liquide hydroeéphalique était de H 00 grammes. Enfin je rappellerai le fait de Bordini qui aurait vécu jusqu'à l'âge de 50 ans malgré les dimensions colossales de son crâne. « Bien qu'il eût beaucoup de cervelle, écrit Spon, il n'en avait pas plus d'esprit pour cela, et c'était un proverbe qui courait à Marseille : tu n'as pas plus de sens que Bordini. Quand il devint âge il ne pouvait plus soutenir sa tète sans l'appuyer sur un coussin (3). »

(1) Loc. cit.

(2) V. chap. VII.

(3) Voyage dltalie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant, Fait ès années 1675 et 1670. par Jacob Spon, docteur médecin agrégé & Lyon et Georoe Vuukler, gentilhomme anglais. Lyon, 1678.

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