CONDITIONS PATHOGÉNIQGES DE L'HYDROCÉPHALIE
Dans d'autres cas au contraire, et ces faits présentent le plus grand intérêt, la lésion des plexus choroïdes apparaît isolée de toute autre lésion de voisinage et ayant en quelque sorte son autonomie propre. Une localisation si précise trouve son explication dans la nature même de la lésion. Il ne s'agit point alors, en effet, de lésions franchement inflammatoires, qu'il eût été bien étonnant de voir uinsi se limiter aux seuls plexus. Dans ces cas, les plexus choroïdes apparaissent augmentés de volume dans des ventricules sains, et l'examen histologique démonlre qu'il ne s'agit que d'un processus hypertrophique qui peut porter sur les différents tissus des plexus. Dans un cas d'hydrocéphalie (350 gr. de liquide) autopsié par P. Claisso et Ch. Lévy (1), ces auteurs ne trouvèrent d'autre altération anatomique que des plexus choroïdes volumineux ayant l'apparence d'une chenille rugueuse formée de petites granulations. Ces granulations étaient composées de bourgeons épithéliaux semblables aux bourgeons du tissu des plexus sains. Mais ce qui distinguait le tissu pathologique, c'était une augmentation considérable du nombre des bourgeons ; de plus les veines de gros calibre étaient légèrement dilatées et gorgées de sang. L'examen microscopique démontra donc que les granulations de cette hydrocéphalie correspondaient à une hypertrophie des plexus choroïdes. « Il est vraisemblable, ajoutent les auteurs, que le liquide épanché venait des plexus choroïdes hypertrophiés. » Dans mon observation V (700 ce. de liquide) je constatai aussi, comme lésion à peu près isolée, des plexus
(l) P. Claisse et Ch. Lévy, Etude histologique d'uo cas d'hydrocéphalie interne. Soc. anatom., 1 9 mars 1897.
choroïdes volumineux et hypertrophiés. Mais dans ce cas sur lequel je reviendrai plus longuement (V. chap. IX), l'hypertrophie portait moins sur le tissu épithélial que sur le tissu conjonctif des plexus. Dans les faits de cette nature, l'hypertrophie des plexus choroïdes apparaît moins comme une lésion primitive commandant l'hydrocéphalie, que comme une lésion simplement connexe, analogue aux hypertrophies des organes et des tissus par excès de fonctionnement. 11 est probable qu'un simple processus irritatif dans les fonctions sécrétoires des plexus choroïdes a pu être le point de départ de l'ensemble morbide et avoir comme double conséquence l'épanchement ventriculaire et l'hypertrophie des plexus.
Enfin il arrive assez souvent qu'à l'autopsie d'hydrocéphalies on ne constate aucune lésion capable d'expliquer l'origine de l'épanchement, et ce sont les faits de cette nature qui ont été décrits autrefois sous le nom d'hydrocéphalie simple, d'hydrocéphalie essentielle. Il faut le dire, dans un grand nombre d'observations l'état des plexus choroïdes n'est pas mentionné dans les relations d'autopsie ; il est probable qu'assez souvent un examen plus attentif de ces plexus à l'œil nu ou au microscope eût pu fournir les éléments d'une interprétation pathogénique. Mais si les progrès des méthodes d'examen doivent restreindre de plus en plus le nombre des hydrocéphalies dites essentielles, il ne répugne pas cependant à l'esprit d'admettre que certains épanchements hydrocéphaliques soient sousla dépendance de simples troubles fonctionnels dans la sécrétion du liquide ventriculaire.
L'atteinte des plexus choroïdes, troubles fonctionnels ou
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lésions organiques, apparaît donc en dernière analyse comme la condition déterminante immédiate d'un grand nombre d'hydrocéphalies. Les fonctions des plexus choroïdes, comme je l'ai dit tantôt et comme j'aurai l'occasion d'y revenir, ont leur plus grande activité pendant la vie intra-utérine et dans les premiers temps de Pexislence ; comme le thymus, comme la glande pinéale, ces organes subissent rapidement après la naissance un processus régressif. Aussi à la période de leur fonctionnement maximum correspond le maximum de fréquence de l'hydrocéphalie : les hydrocéphalies congénitales constituent en effet la très grande majorité des hydrocéphalies totales, et les hydrocéphalies acquises (à l'exception des hydrocéphalies par tumeurs cérébrales dont la pathogénie est si particulière), sont d'autant plus rares qu'on s'éloigne davantage de l'époque de la naissance.