L'HYDROCÉPHALIE DES DÉGÉNÉRÉS
L'hydrocéphalie n'est souvent qu'un élément secondaire. — Hydrocéphalie asymétrique. — Hydrocéphalie occipitale. — Anomalies cérébrales.
L'hypertrophie du cerveau et des os du crâne. — La scaphocéphalie et l'hydrocéphalie scaphocéphalique de Bourneville. — L'asymétrie crânienne et fan aie. — Stigmates physiques de dégénérescence.
Hydrocéphales épileptiques. Hydrocéphales idiots. Hydrocéphales aliénés ; rapports de l'hydrocéphalie avec l'aliénation mentale.
L'hydrocéphalie quelle qu'en soit l'origine et quel le qu'en soit la forme, qu'elle soit congénitale, qu'elle soit acquise pendant la première enfance et accidentelle comme celles dont je vais parler bientôt,constilue à un certain degré une cause capable non seulement d'altérer les fonctions cérébrales, mais encore de troubler l'organisme entier d'une façon profonde et de porter une grave atteinte à son développement général. En d'autres termes, l'hydrocéphalie comme toute influence morbide ou accidentelle grave peut être considérée comme came possible de dégénérescence.
Mais c'est d'un autre côté que je veux considérer ici les rapports de l'hydrocéphalie et de la dégénérescence. L'étude que j'ai faite des causes de l'hydrocéphalie congénitale, influences héréditaires, causes tératologiques etc..
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doit d'ores et déjà faire envisager un eertain nombre d'hydrocéphalies comme des produits de déyénérescence. Dans les grandes hydrocéphalies que j'ai eues surtout en vue jusqu'à présent, les graves malformations cérébrales que l'on constate dans ces cas constituent presque des monstruosités, qui dominent par leur importance et leur gravité l'ensemble des autres troubles formateurs.
Ailleurs, par contre, plus limitée et moins progressive, l'hydrocéphalie n'apparait au milieu d'autres anomalies physiques et psychiques que comme un effet similaire de l'évolution dégénéralivc. Duces sujets malformés et infirmes on peut dire qu'ils le sont par tout leur être et non point seulement par leur hydrocéphalie.
Chez cesdégénérés hydrocéphales l'épanchement hydrocéphalique n'est pas toujours très abondant ; il peut être même assez réduit, ne dépassant pas dans quelques cas 100, 150 centimètres cubes de liquide ventriculaire. Cette faible quantité de liquide, rapprochée des troubles marqués des fonctions cérébrales durant la vie, démontre déjà quelle erreur il y aurait à la regarder comme la cause première et unique de ces troubles. L'hydrocéphalie n'est en effet ici qu'un élément connexe, témoignant du trouble de la sécrétion ventriculaire dans l'ensemble des troubles du développement et du fonctionnement cérébral.
Chez ces hydrocéphales en outre on constate fréquemment une répartition irrégulière de l'épanchement ventriculaire, qui peut tantôt occuper avec prédominance un ventricule, tantôt distendre inégalement les diverses cornes ventriculaires. L'hydrocéphalie subit ici les lois d'à-
symétrie et d'irrégularité qui régissent l'ensemble des manifestations de la dégénérescence.
Enfin l'hydrocéphalie des dégénérés paraît se localiser volontiers dans les cornes occipitales. Celles-ci sont souvent atteintes en effet d'une façon prédominante. Il y a plus, dans quelques cas elles sont exclusivement dilatées: il s'agit en quelque sorte alors d1 hydrocéphalie occipitale. Je ne sache pas qu'on ait donné l'explication de cette prédisposition des cornes occipitales à subir l'influence des troubles évolutifs de la dégénérescence. Elle n'en reste pas moins, dans un certain nombre de cas, comme un caractère important de cette forme d'hydrocéphalie.
Le cerveau présente ordinairement des anomalies notables. J'ai déjà décrit les malformations cérébrales les plus importantes des hydrocéphales congénitaux ; ces grands maiforraés meurent généralement dans le premier âge. Ceux qui atteignent la seconde enfance présentent souvent encore certaines anomalies de la morphologie cérébrale. Les plus intéressantes portent sur les circonvolutions. La petitesse des circonvolutions, la microgyrie, sont quelquefois signalées, ainsi que les irrégularités dans la profondeur des sillons. Quelquefois c'est dans la disposition mAme des circonvolutions et des scissures qu'on a relevé des anomalies. La région sylvienne en particulier paraît assez souvent irrégulièrement formée ; dans plusieurs observations, on signale une disposition des circonvolutions delà région convexe convergeant vers la scissure deSylvius. La fosse de Sylvius reste quelquefois ouverte, laissant largement apparaître un insula à circonvolutions courtes, petites, aplaties. Les lobes temporaux et occipitaux peu-
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vent présenter également des anomalies dans ia disposition de leurs circonvolutions et de leurs scissures. Le cervelet est assez souvent malformé, asymétrique.
Ce qui constitue encore une caractéristique importante de ces formes d'hydrocéphalies, c'est la coexistence, surtout du côté de l'extrémité céphalique, de certains signes considérés comme témoins de la dégénérescence.
Le crâne, chez ces hydrocéphales, diffère assez souvent du crâne simplement hydrocéphalique, dont j'ai décrit les caractères. L'augmentation de volume et la forme du crâne dans l'hydrocéphalie simple relèvent exclusivement de l'épanchement qui produit la distension des sutures et l'amincissement des os. Or, dans certains faits dont il s'agit ici, l'épanchement est certainement insuffisant à expliquer à lui seul le volume de la tôte, et celui-ci apparaît bien plutôt comme une conséquence de troubles de nutrition plus généralisés, atteignant simultanément le cerveau et les os du crâne. Dans quelques cas, en effet, le cerveau est réellement augmenté de volume et de poids, comme il ressort de quelques observations de Bourneville : dans l'une d'elles (18ans), le poids de l'encéphale est de 1560 grammes, il n'existe que 390 grammes de liquide. Chez un enfant de 9 ans, le poids de l'encéphale est de 1510 grammes, la quantité de liquide recueilli est de 300 grammes seulement. 11 semble bien qu'il y ait eu ici une véritable hypertrophie du cerveau. — D'autre part, les os du crâne se montrent durs, épais et compacts. J'ai antérieurement fait des réserves sur l'opinion de Bourneville qui paraît considérer l'épaisseur des os du crâne comme étant toujours un effet de l'évolution de l'hydrocéphalie vers la guérison. Je crois que,
dans bien des cas, l'hypertrophie des os et Phydrocéphalie légère qui l'accompagne sont contemporaines et résultent de troubles de l'évolution générale de l'extrémité céphalique. Il est probable même que dans un certain nombre de faits décrits simplement sous le nom de macrocéphalies, coexiste un certain degré d'hydrocéphalie vcntriculaire.
La scaphocéphalie en elle-même est une déformation crânienne bien caractéristique de la dégénérescence. Ort dans certaines hydrocéphalies, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, le crâne est en même temps scaphocéphale par synostose précoce de la suture sagittale. Ces hydrocéphalies scaphocéphaliquesy ainsi que les a dénommées Bourneville, relèvent bien certainement elles-mêmes de la dégénérescence. L'épanchement vcntriculaire y est généralement peu abondanl, il occupe surtout les cornes occipitales qui peuvent se présenter comme de véritables poches allongées; il est quelquefois localisé dans l'une d'elles seulement. Cl iniquement l'aspect de la tête est caractéristique : le front est bombé en avant ; le crâne n'est pas élargi au niveau des bosses pariétales, par contre il est très développé dans ses régions postérieures, surtout au niveau du segment occipital saillant en arrière et en bas (Figure VIII). On constate souvent simultanément d'autres stigmates de dégénérescence. Au point de vue mental, ces hydrocéphales sont généralement de parfaits idiols. Je crois utile de résumer ici deux observations caractéristiques d'hydrocéphalie scaphocéphalique.
Dans un fait de Bourneville (1) il s'agit d'un enfant qui mourut à l'âge de 9 ans.
(1) Observation XIII du mémoire cité.
l'hydrocéphalie des dégénérés
Ses antécédents étaient chargés : père rhumatisant nerveux ; grand'mère paternelle rhumatisante et migraineuse; oncle paternel bègue; grand-père maternel, apoplexie et hémiplégie transitoire ; grand'mère maternelle migraineuse ; aïeux paralysés et alcooliques ; cousin germain idiot ; sept cousins morts de convulsions ; grandoncle maternel hègue ; s<eur morte de convulsions et deux autres de congestions cérébrales.
Fiolue VIII. — Hydrocéphalie scaphocrphnlique (Doi'HMK ville).
C'est vers 2 ans 1/2 que la tète de l'enfant se mit à grossir et prit peu à peu sa forme actuelle. Il avait les jambes faibles et testait presque continuellement immobile. Voracité, gâtisme, clastomanie, violence.
Le crâne volumineux est très aplati latéralement, trèfl saillant en avant et en arrière. Les régions pariétales offrent des méplats, tandis que la tète est très bombée au sommet surtout et au niveau de la suture sagittale. La face est énorme, longue cl «rosse surtout
à sa partie inférieure.La physionomie, hideuse, n'exprime que l'hébétude. Lèvres épaisses toujours entrouvertes. Dentition très irrégulière. Palais très ogival. Hernie ombilicale. Ectopie abdominale du testicule gauche. Mains épaisses, doigts courts et épais. Parole à peu près nulle, pas de mots distinctement prononcés. Mouvements de préhension assez mal coordonnés. Instabilité très grande,colère, grimaces ; tic sous forme de balancement antéro-postérieur. Démarche lourde et bestiale.
àutopsik. — Le crâne est nettement dolichocéphale, j'en ai donné les mensurations au chapitre III. Il est asymétrique, le coté droit moins développé que le gauche. La suture sagittale est complètement synostosée.
Le ventricule latéral gauche est notablement dilaté, surtout au niveau de la corne occipitale et à sa partie moyenne. Pas de dilatation du ventricule droit.
Le fait suivant dû aussi à Bourne ville (t) concerne un enfant mort à l'âge de 6 ans. L'enfant n'a commencé à marcher qu'à 3 ans 1/2. Début de la parole à 4 ans seulement. A 2 ans il avait présenté des accès de petit mal épileplique. 11 a toujours été gâteux. Il bave encore. Il présente fréquemment un halancement antéropostérieur du tronc et comme autre tic un petit clignement des paupières. Ois de colère violents.
Les bosses frontales sont saillantes et la tête latéralement aplatie présente très nettement l'aspect scaphoïde. Les mensurations donnent les chiffres suivants :
Circonférence horizontale maxima 48
Diamètre antéro-postérieur maximum 16,5
— bi-pariélal 13
Autopsik.. — Les os du crâne très minces a certains points et très compacts, offrent une épaisseur assez grande sur d'autres points et sont alors formés de tissu spongieux. Les sutures coronale et interpariétale sont ossifiées.
Le cerveau est très allongé. Les ventricules latéraux sont légèrement dilatés dans leurs cornes frontales, normaux dans leur partie moyenne ainsi que dans la corne temporale ; mais en revanche les
(1) Obscrv. XIV du mémoire cité.
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cornes occipitales sont très dilatées jusqu'à la pointe du lobe correspondant. La dilatation parait un peu plus prononcée à gauche qu'à droite. Les cornes occipitales constituent à proprement parler de véritables poches allongées entourées par les circonvolutions dont l'épaisseur varie de 5 à 15 millimètres.
L'asymétrie crânienne est assez fréquente dans l'hydrocéphalie. On ne considère plus actuellement toute asymétrie crânienne comme signe de dégénérescence. D'après certains auteurs cette asymétrie est absolument physiologique, et suivant Ribbes (1) la moitié des crânes humains sont asymétriques. PourTopinard même, l'asymétrie crânienne résulte du fonctionnement physiologique des deux hémisphères et représente un caractère, non d'infériorité, mais au contraire de supériorité chez l'homme. 11 y aurait, croyons-nous, exagération à généraliser cette formule. Chez l'hydrocéphale notamment, on ne conçoit pas comment cette asymétrie pourrait manifester un caractère de supériorité par fonctionnement des hémisphères. Lorsqu'elle est limitée à la voûte du crâne, l'asymétrie tient souvent à l'inégale répartition de l'hydrocéphalie daus les deux hémisphères, le côté le plus volumineux correspondant au ventricule le plus dilaté. L'asymétrie parait avoir plus de valeur comme signe de dégénérescence lorsqu'elle porte aussi sur la face. Enfin l'asymétrie de la base du crâne, constatée dans quelques observations, manifeste encore plus nettement la précocité des troubles d'ossification.
Or les troubles d ossification du crâne et de la face sont fréquents dans l'hydrocéphalie, lorsque celle-ci relève de
(1) Rimes, Thèse de Paris, 1885.
causes dégénératives, ainsi qu'en témoignent les observations suivantes:
Un enfant hydrocéphale (Obs. de Bourne ville) (1), décédé à 7 ans, présente les antécédents suivants: Père violent. cardiaque. Arrièregrand père paternel buveur. Grand-oncle paternel, ivrogne, mort subitement. Mère, convulsions à 4 ans. Grand-père maternel enfant naturel. Grand'mère maternelle enfant naturel. Frère mort à 2 mois et demi de convulsions. La mère a eu une varioloïde au 3» mois de sa grossesse.
L'hydrocéphalie constatée dos la naissance augmente surtoul à 3 mois. Allaitement au sein. Sevrage à 8 mois. Dentition complète ù 2 ans. Convulsions à 4 ans.
Téte très volumineuse, plagiocéphalique. Voûte palatine ogivale. Le maxillaire supérieur offre une atrophie de l'os inler-maxillaire latéral droit et la réduction de ses diamètres transversal et longitudinal. Le maxillaire inférieur est augmenté de volume dans ses deux diamètres. Dentition extrêmement anormale. Au maxillaire supérieur, les incisives centrales offrent un type très marqué de géantisine, l'incisive latérale gauche seule existe, la latérale droite manque, la canine également. Au maxillaire inférieur, l'incisive latérale gauche que le sujet possédait, manque ; les trois incisives qui restent sont marquées de géanlisme, et leurbord supérieur affecte la forme d'une fleur de lys. — Les oreilles sont irrégulièrement implantées, la gauche plus bas que la droite ; l'ourlet est plus prononcé à droite qu'à gauche, les lobules sont à demi adhérents. — Scoliose légère àron vexilé droite lombaire. La main gauche est ù demi-contraclurée. Les pieds, plats et en varus équin, sont cyanosés. Testicule de la grosseur d'un pois situé au niveau de l'oritice du canal inguinal. Mensuration de la tète :
Circonférence horizontale maxima 66 cm.
Diamètre antéro-postérieur maximum 21,8 cm.
— bi-pariétal 20 cm.
L'enfant est complètement gâteux, dépourvu de toute intelligence et de tout sentiment, il prononce cependant quelques mots : maman, papa, à boire, et pousse presque continuellement des cris plaintifs. H meurt de broncho-pneumonie.
(1) Observation VIII du mémoire.
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Autopsie. — Le cerveau réduit à une simple vésicule contient 2180 grammes de liquide ; il n'a pu être examiné. Le crâne est asymétrique, le côté droit plus saillant que le gauche. Il existe en avant de la bosse pariétale, une bosse surnuméraire. Os wormiens multiples. La suture fronto-pariétalc gauche est presque entièrement synostosée. La base du crâne est très asymétrique ; l'éminence cruciale de l'occipital est déviée à droite et les fosses cérébelleuse et cérébrales postérieures sont plus vastes à droite qu'à gauche. Le trou occipital est dévié fortement à gauche et forme un plan incliné en bas et à droite.
Dans le fait suivant dû encore à Bourneville (1) il s'agit d'une enfant qui vécut jusqu'à l'âge de 13 ans.
Père alcoolique ayant eu des accès de délirium tremens. Tante maternelle fortement né vropa Inique. Rapports sexuels pendant l'ivresse.
Hydrocéphalie dès la naissance. Cécité. Faiblesse musculaire, l'enfant n'a jamais marché. Crises convulsives à diverses reprises. L'enfant a commencé à parler à 5 ans, elle a toujours été gâteuse. La lèvre supérieure présente à 1 centimètre de chaque commissure une encoche de 4 à 5 millimètres environ.sorte d'esquisse de bec-delièvre. Circonférence de la tète: 53cm. 5. Membres supérieurs en extension forcée. Membres inférieurs ordinairement fléchis.
Aitopsir. — Les os de la voûte du crâne sont tous soudes; ils sont minces, transparents. La base du crâne est absolument déformée, la moitié droite est plus profonde et plus larpe que la gauche. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que le rocher est complètement aplati des deux côtés et que la fosse pariétale a la dépression maxima correspondant à l'aplatissement du rocher. La selle turcique est très étroite. La gouttière basilaire est tout à fait verticale.
La tente du cervelet n'existe pas, ou plutôt elle est représentée par deux lames indépendantes l'une de l'autre et très obliquement disposées, à peine plus larges en arrière qu'en avant. La loge du cervelet est extrêmement étroite.
Cerveau énorme contenant dans les ventricules latéraux, considérablement dilatés, U70 grammes d'un liquide clair, limpide ;
(1) Observation XI du mémoire.
D'Asrnos
lu
soustraction faite de ce liquide, l'encéphale nepèse plusque 770 grammes. Cervelet rudimentaire, à peine du volume d'un petit cruf de pigeon. Les hémisphères cérébelleux manquent totalement, en sorte que le cervelet nest représenté que parle vermis, légèrement renflé sur les parties latérales. Protubérance et bulbe normaux.
Les stigmates physiques de la dégénérescence se montrent à des degrés divers dans ces formes d'hydrocéphalie. Cela ressort de la lecture môme des observations. Je citerai notamment la forme ogivale de la voûte palatine, les anomalies dentaires, les malformations de l'oreille, écartement du pavillon, adhérence du lobule, les ébauches du bec-de-lièvre, elc.L'ectopie du testicule, la monorchydie, la cryptorchydiesont assez souvent signalées.
On peut rencontrer quelquefois une accumulation de malformation chez le môme sujet. Dans le fait d'hydrocéphalie héréditaire rapporté par Marie et Sainton, auquel j'ai déjà fait allusion, le père présentait en outre de son crâne volumineux (590 mm. de circonférence) un prognathisme du maxillaire inférieur, une séparation complète de la voûte palatine sur la ligne médiane par non-soudure des os; sa clavicule droite était séparée en deux fragments non soudés. Le lils présentait une voûte du palais extraordinairement ogivale reproduisant a un moindre degré la déformation paternelle, des malformations dentaires, une atrophie de toute la moitié interne de la clavicule droite, une division de la clavicule gauche en deux fragment incomplètement soudés, une absence des côtes supérieures.
Les symptômes nerveux (|ue l'on conslalc chez ces dégé-
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nérés hydrocéphales sont variables. Il existe toujours un degré marqué d'insuffisance mentale. Mais les troubles cérébraux et nerveux sont sans rapport et quelquefois hors de proportion avec la quantité de l'épanchement ventriculaire,car la plupart de ces troubles relèvent beaucoup moins de l'hydrocéphalie que de la dégénérescence dont cette hydrocéphalie est elle-même une manifestation.
C'est dans cette forme surtout que l'on observe des hydrocéphales épileptiques, des hydrocéphales idiots, des hydrocéphales aliénés.
Quelques-uns de ces hydrocéphales en effet sont en môme temps épileptiques. J'ai dit combien les convulsions étaient un symptôme irrégulier de l'hydrocéphalie, ne relevant donc pas directement de l'épanchement. Les convulsions isolées peuvent apparaître dans les diverses formes d'hydrocéphalie, sous l'influence de poussées congestives du côté du cerveau. Mais quelques malades présentent des crises convulsives qui se répètent chez eux fréquemment et constituent réellement de vraies crises d'cpilcpsie. Tel cet hydrocéphale de Bournevillc qui durant les trois années 1881, 1882, 1883, eut 119, 78, 96 accès d'épilepsie. Tel cet autre hydrocéphale scaphocéphale du même auteur qui durant les quatre années qui précédèrent sa mort eut : en 1881 : 397 accès,/ vertiges; en 1882 : 333 accès; en 1883 : 159 accès, 19 vertiges ; en 1884 (1»r semestre) : 297 accès, 19 vertiges.
L'épilcpsie est ici surajoutée à l'hydrocéphalie. La rareté relative de ces faits ne permet pas de reconnaître entre Tune et l'autre de ces affections une dépendance causale, mais on doit bien plutôt les considérer comme deux effets
simultanés d'une môme cause, en sorte que s'il y a des hydrocéphales épilepliques, il n'existe pas à proprement parler, à mon avis, d'épilepsie hydrocéphalique.
J'ai déjà parlé assez longuement de Yidiotie chez les hydrocéphales, et j'ai conclu également que s'il y avait un grand nombre d'hydrocéphales idiots, il n'existait pas à proprement parler d'idiotie hydrocéphalique. Le degré de l'idiotie est en effet loin d'être toujours en rapport avec le degré de l'hydrocéphalie. Chez les grands hydrocéphales congénitaux, l'absence de développement du cerveau entraîne naturellement une absence complète du développement des facultés intellectuelles. Mais le développement de ces facultés n'est pas incompatible avec un degré assez marqué d'hydrocéphalie, tandis que d'autre part chez certains hydrocéphales idiots la quantité de liquide est quelquefois relativement minime. Nul doute que dans plusieurs de ces derniers faits l'idiotie relève de la dégénérescence, dont la plupart de ces sujets présentent les caractères sur lesquels je viens d'insister.
Les rapports de l'hydrocéphalie avec {'aliénation mentale sont moins connus. Il est juste de dire que la folie se manifeste habituellement à un âge auquel les hydrocéphales arrivent rarement. Les auteurs cependant rapportent quelques faits bien nets de coïncidence entre les deux affections.
Rivet ft) relaie l'histoire d'une malade âgée de 24 ans, entrée à la Salpèlrière dans I*» service de Moreau (de Tours) avec du tremblement el des idées de suicide qu'elle manifeste souvent. D'un
|1i lltu i. U vdr.n ••|>li,ili«- contenu de . Mélancolie. Impulsion m suicide. Suc. Aitrtt., 1STJ.
l'hydrocéphalie des dégénérés
caractère désagréable, facilement excitable, elle ne dort pas la nuit- Elle menace toujours de se tuer, fait môme une tentative dans la cour en se frappant la téte contre les murs. Longtemps son état mental demeure le même ; elle refuse absolument de travailler, passe toutes les journées inoccupée, les bras rroisés,refusant parfois de répondre aux questions qu'on lui adresse, et, quand elle le fait, affectant un ton de mauvaise humeur non motivé. La malade tient volontiers la tète inclinée en avant et semble fatiguée par son poids, Pas de céphalalgie. Jamais de phénomènes eonvulsifs ni paralytiques. La tète prend un volume plus considérable qu'à l'état normal, élargie vers les régions pariétales, plus bombée dans la région occipitale. L'ossification de la botte osseuse est complète, les sutures bien formées. Cette malade meurt en 7 semaines de phtisie rapide.
AiToesiK. — Le crâne à parois amincies donne les mensurations suivantes :
Circonférence ti7 centimètres.
Diamètre anléro-postérieur . . . 19 cent. 1/2
Diamètre transverse 10 cent. 1/2
Les deux ventric ules latéraux très dilatés, renferment une quantité de liquide évaluée à 1 litre. Leurs parois amincies n'offrent plus qu'un centimètre d'épaisseur.
Dans un fait de Christian il}, il s'agit d'un hydrocéphale mort à 40 ans. Ce malade avait eu une enfance très tourmentée, ne paraissant pas devoir vivre longtemps. Cependant de bonne heure il présenta un goût spécial pour la musique et une aptitude aux langues étrangères. Son caractère a toujours été difficile ; il était bizarre, irritable, inégal. Mais ce n'est qu'à 38 ans qu'il présenta des signes manifestes d'aliénation mentale : idées de ruine, emportements, violences, impulsions à l'homicide et au suicide. La tète était énorme. Dans le dernier mois, attaques épileptiformes auxquelles il succomba.
AiTorsir. — Crâne complètement ossifié, symétrique.
Circonférence horizontale 70 centimètres.
Diam» tre anléro-postérieur .... 24 centimètres. Les ventricules du cerveau contiennent 1100 grammes de liquide.
(1) CmusTiAK, Soc. méd. psychol , 27 février 1882.
CHAl'ITHE VII
Poids du r.erveau : 1400 grammes (au-dessus de la moyenne). Le cerveau étalé sous la pression, dit Christian, parait avoir gagné en étendue ce qu'il avait perdu en épaisseur.
Lorsque l'hydrocéphalie atteint les proportions des deux observations précédentes, elle est facilement reconnue pendant la vie. Mais il est Irès probable qu'à un degré plus léger, elle existe ou a pu exister antérieurement chezun assez grand nombre d'aliénés. Zuckerkandl (d'après Meyncrt) constata les caractères distinctifs du crâne hydrocéphale sur 127 crânes d'aliénés, examinés dans le musée de Rokitansky, dans les proportions suivantes : crânes d'hommes, 23,8 0/0 ; crânes de femmes : 32,1 0/0 ; crânes indéterminés de l'âge de la puberté : 27 0/0. D'après Meynert (1), l'existence de l'hydrocéphalie serait encore plus fréquente chez les sujets atteints de maladies mentales qu'on ne serait porté à l'admettre d'après les caractères objectifs seuls des crânes d'aliénés : sur 719 cerveaux d'aliénés, il rencontra l'hydrocéphalie 306 fois, c'està-dire dans une proportion de 42, 5 0/0.
Depuis ces premières recherches, Meynert a insisté de nouveau sur la coexistence fréquente de lésions hydrocéphaliques chez les idiots, les épileptiques, les aliénés héréditaires. Sur 450 autopsies de cerveau pratiquées dans la clinique de Meynert, on constata dans 168 cas de l'hydrocéphalie chronique ou le reliquat d'une hydrocéphalie probablement congénitale, sous l'apparence d'un état cicatriciel de la paroi ventriculaire. Ces dernières lésions siégeaient presque toujours dans la corne postérieure,
(1) Cité par Autos, loc. cit.
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tantôt formant une zone cicatricielle complètement scléreuse, tantôt constituant une formation kystique dans l'extrémité occipitale. Dans ces derniers faits, il fois les deux cornes postérieures étaient oblitérées ; 21 fois l'oblitération portait seulement sur l'une d'elles, 10 fois sur la droite, H fois sur la gauche. Avec cette oblitération unilatérale coexistaient presque toujours une élongation et une dilatation de la corne venlriculaire postérieure du côté opposé restée saine. On ne tint compte dans cette statistique que des faits où la dilatation ventriculaire était considérable et la collection du liquide importante. Le plus grand nombre de ces cas dataient de la première enfance, alors que le crâne prend facilement la forme hydrocéphalique; pour quelques-uns il s'agissait d'affections hydrocéphaliques tardives, développées à la période terminale de la maladie, sans signes extérieurs manifestes.
Je dois dire que malgré ces observations de Meyncrt, les aliénistes ne signalent généralement pas la fréquence de lésions hydrocéphaliques dans l'aliénation.