‹ Les Hydrophthalmies chez le Chien: Essai de traitement par la vitamine PPChapitre 8 sur 36 · LES MILIEUX DE L'ŒIL · texte numérisé non relu

LES MILIEUX DE L'ŒIL

Sans trop schématiser, nous pouvons écrire que les milieux de l'œil comprennent dans’ l’ordre : l'humeur aqueuse, le cristallin et le vitré et forment un tout inclus sous deux enveloppes : l’une épithéliale (rétine, épithélium ciliaire, irien, cornéen postérieur), l’autre cuticulaire (membre de BruCH, de DESCEMET, ligament pectiné, ligament suspenseur du cristallin). Ces milieux-revêtent une inégale importance pour l'étude de la tension oculaire.

Cristallin. — Le cristallin ne retiendra pas notre attention : infime est le courant lymphatique dont il est le siège. L'humeur aqueuse, après avoir pénétré par diffusion à l'équateur, circule dans les lacunes périnucléaires comprises entre les fibres de Porgane et ressort suivant une ligne correspondant à peu-près au grand cercle artériel de l'iris (ROUVIERE).

Une seule notion nous intéresse : cernée par ses cristalloïdes, cette lentille est suspendue au corps ciliaire par la zonule de ZiIN\, qui présente la particularité d’être « soudée » aux cristalloïdes ; dans les cas d’hypertonie considérables, celles-ci vont être arrachées plutôt que les fibrilles suspensives rupturées.

C'est dire que la cataracte à bref délai est inévitable en raison de la solution de continuité dans les cristalloïdes ; et effectivement nous l’observons toujours en clinique à un stade avancé de Fhydrophtalmie.

Humeur aqueuse et vitré. — Humeur aqueuse et vitré

sont indissociables pour létude ; nous nous appesantirons plus spécialement sur eux en raison de leur importance physiologique.

Le tonus oculaire est essentiellement conditionné par l'état de réplétion de la coque par l'humeur aqueuse : celle-ci remplit les chambres antérieure et postérieure, baigne la lentille, infltre les mailles vitréennes et s'étend ainsi jusqu'à la rétine.

En effet le vitré, semi-Hhquide au niveau de Ia fosse patellaire et gélatineux près de la rétine, n’est qu’une «éponge hbrillaire imbibée d'humeur aqueuse » (Maci- TOT) possédant un canal axial étendu de la pupille au pôle postérieur de la lentille et reliquat de lartère hyaloïdienne : c'est le canal de CLOQUETr ; 1l joue un rôle dans la circulation du liquide endoculaire. Le vitré est circonscrit par la «membrane » hyaloïdienne, qui ne semble bien n'être qu’une simple condensation rattachée du reste à la limitante interne de la rétine par des fibres très fines et rigides (REDSLOB).

Il n'existe donc, et c’est un point capital, qu’un seul liquide endoculaire : l'humeur aqueuse ; de nombreuses expériences rendent ce fait indubitable.

Propriétés de l'humeur aqueuse. — L’humeur aqueuse est un liquide absolument limpide, ce qui a pour conséquence de rendre la chambre antérieure «optiquement vide » ; on y note souvent la présence de granulations pigmentaires, précieuses pour l'étude des courants de ce liquide et des globules blancs, rampant comme des amibes à la face postérieure de la cornée (Kogy) ; accessoirement l'humeur aqueuse de la cham-

bre antérieure du Chien peut renfermer des parasites (Filaires, Hoœmostrongylus vasorum). Ces exceptions, mises à part, l'humeur aqueuse est physiologiquement

pure ; sa composition chimique en fait un liquide sucré

riche en NaCI, pauvre en protéines. Son pH oscille

entre 7,1 et 7,3, + ; Biologiquement, elle se range avec le liquide céphalo-

rachidien et les liquides auriculaires internes dans les

trois humeurs «neuroprotectrices » de MESTREZAT :

l'œil et l'oreille ne sont, en effet, que deux émanations différenciées du cerveau embryonnaire. |

L'humeur aqueuse est de la lymphe interstitielle ou, si l'on veut, du liquide lacunaire ; fournie par le sang qui n'a, dans le métabolisme, qu’un rôle indirect de transport, elle lui émprunte le sucre et les éléments minéraux indispensables à la vie, mais refuse les éléments protéiques à pouvoir nutritif nul. C'est le véritable milieu intérieur qui baigne toute cellule vivante et qui se forme même pathologiquement : le liquide des hydrocholécystes, des hydronéphroses, des kystes du rein, des kystes hydatiques et même des œdèmes a une composition très voisine de l'humeur aqueuse. Donc, loin d'être un milieu spécial à l'œil, c’est un tybe de liquide assez répandu dans l'organisme (MAGITOT).

Origine. — De nombreuses théories ont fait successivement produire l'humeur aqueuse au niveau de liris, puis des procès ciliaires, puis de ces deux organes, auxquels on à ajouté la choroïde. À l'heure actuelle, elle semble se former partout où il y a des capillaires, avec

une LH RES pour les organes fortement vascu-

it. : iris et surtout procès, dont nous avons vu la

structure destinée à à présider à à des échanges humoraux

l considérables,

Bien que l’épithélium ciliaire soit de type glandulaire

avec mitochondries, vacuoles, variation de chromati- - cité des noyaux (), le mécanisme de production, très

lent, semble relever non pas de la transsudation ou de

Ja filtration, mais de la dialyse, ce qui implique une

sélection active résultant de la mise en jeu des lois de l'osmose et de l'équilibre de Donxan (Macrror, DuKkE- ELDER).

Ce dialysat peut devenir un fitrat dans un œil où siège une inflammation ou lors de ponction de la chambre antérieure : les variations de composition du liquide seront dues à des modifications de la perméabilité capillaire et aussi à celles de la composition même du sang : d’où perturbation dans les conditions osmotiques des échanges. C’est ainsi que toute vasodilatation va faire de l'humeur aqueuse «une sorte d’exsudat sérique » (MAGITOT) ou encore le «plasmoïd» de DuüukE-ELDER mot qui traduit justement sa ressemblance avec le plasma sanguin. A part le sucre, dont la quantité reste inchangée, les colloïdes protéiques vont abonder alors que les chlorures vont diminuer. Parallèlement vont s'élever poids spécifique, viscosité, tension superficielle, toutes modifications susceptibles d’entraver le départ par les émonctoires normaux du liquide endoculaire.

La ponction expérimentale de la chambre antérieure

(1) BoucHERoN avait nommé les procès : glandula uvea,

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qui, en pathologie se produit si souvent chez le chien à la suite d’un ulcère cornéen négligé, va démontrer

la proportion considérable de Hbrine dans l'humeur de seconde formation. Et il n’est pas irrationnel, à notre avis, de ne voir là qu'un phénomène de défense d’un organe tentant de s'opposer à une soustraction de son

liquide constituant et de rapprocher ce fait des modi-

fications sanguines déterminées par la saignée.

Cette hyperalbuminose disparaît, du reste, soit par la voirie normale de l'œil, soit par protéolyse pure, que l'on peut comparer à la digestion du cristallin par l'humeur aqueuse lors de la luxation.

D'une manière très générale, cette teneur en protéines exagérée peut-être déterminée :

4° Par une action directe sur le globe. C'est ainsi que le massage et la compression prolongée (4), la contusion, fréquente chez le chien, tout traumatisme enfin,

détermine par vasodilatation et troubles de la perméa-

bilité capillaire de graves perturbations dans la composition de l'humeur aqueuse. Des expériences personnelles, tendant à provoquer une hydrophtalmie par vasodilatation de l'œil, réalisée par injection rétrobulbaire de parasympathicotoniques, n’ont jamais abouti. Le moins qu’on puisse dire est que l’expérience demanderait à être prolongée pendant un laps de temps sufilisant pour permettre un certain phénomène accumulatif.

2° Par une action à distance : tout traumatisme sur OD va, par exemple, déterminer sur OG, mais à un

(1) Nous verrons qüe certains en ont fait une méthode de traitement : il en apparaît dès à présent les inconvénients.

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Ce que serait SCHEMATIQUEMENT la circulation sanguine et lymphatique de œil, à la lueur des connaissances actuelles.

À remarquer :

4° Les zones d'épaisseur différente de la sclérotique.

2° L'existence du muscle choanoïîde chez le Chien.

3° Le prolongement de la lamina-lusca en manchon autour des veines du nerî optique.

4° La disposition en tronc de cône (exagérée ici) du nerî optique à sa sortie de l'œil.

afférentes et

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degré moindre que sur l'œil traumatisé, des perturbations dans la composition de l'humeur aqueuse, comme à titre expérimental, l'excitation du trijumeau, du sympathique cervical, du moteur oculaire commun.

Le vitré n'est pas à l'abri de ces perturbations : sa masse va s’hydrater, et il s'ensuit une destruction de sa structure fibrillaire ; d’autre part, l'acidité du pH va

avoir pour effet de recouvrir les filaments de granula-

tions albumineuses. Attention donc aux médications dites «acidifiantes ». He La conclusion est que, puisque les substances du sang se retrouvent, mais à des concentrations différentes, dans les milieux de l'œil, il existe une barrière hématooculaire: les parois capillaires elles-mêmes et aussi, sans doute, les couches cellulaires qui les séparent des cavités oculaires. |

Elimination. — Comme tout liquide interstitiel, lhumeur aqueuse est «produite par le côté artériel des capillaires et résorbée par le côté veineux » en obéissant aux lois physico-chimiques et hydroimécaniques (MaAGiroT). Au niveau des capillaires artériels, la pression sanguine, plus élevée que celle régnant dans la cavité oculaire correspondante, va permettre la dialyse

alors que, dans les capillaires veineux, la basse pression

qui y règne conditionnera la résorption — surtout, sans doute, dans l’angle cornéen bien plus que dans le corps ciliaire et l'iris, que NicaTi décrivait en 1907, comme « l'éponge de l'humeur aqueuse ».

Là, l'humeur aqueuse pénètre tout d’abord dans les espaces de Fontana, soit, directement, par l'angle irido-

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cornéen, soit par la périphérie de l'iris, en traversant

les stomates de la face antérieure de cet organe. Puis elle se résorbera dans le riche système veineux anastomotique de l'angle cornéen, ou peut-être s’éliminera par les mêmes voies que la lymphe des membranes oculaires.

Circulation. — La sécrétion et l’excrétion, fort lente, À l’état physiologique, en raison du peu d'échanges nutritifs que nécessitent la cornée, le cristallin et la rétine, vont conditionner une circulation également très raientie. L’humeur aqueuse, sécrétée «comme en bavant » (Nicari) surtout par les procès dans la chambre postérieure et le vitré, par l'iris dans le compartiment antérieur de l'œil, par la choroïde dans le vitré, va subir quelques lents mouvements circulatoires.

Dans le vitré, elle empruntera surtout la voie du canal de Cloquet et se dirigera vers la pupille mais aussi vers la chambre antérieure, car il n’y a pas, dans le globe, une circulation antérieure et postérieure indépendantes (WEEKERS, FR. BENOIT). Le passage de la chambre postérieure dans l’antérieure se fera périodi-

quement par le clapet que représente la pupille ; à

remarquer que celle-ci se troue pendant les derniers mois de la gestation, mais peut rester imperlorée dans certains cas. Le liquide passera par cette ouverture lorsque la pression dans la chambre postérieure sera assez importante pour soulever l'iris de la critalloïde antérieure ; puis <il montera devant l'iris et redescendra derrière la cornée » (Mawas) en réalisant de véritables mouvements de convexion, déterminés par la

#4 ee HISTO-PHYSIO-PATHOLOGIE DE L'ŒiL #1 PE différence de température entre la cornée oies parcequ’en contact avec le milieu extérieur et avasculaire, | d’une part et l'iris profond et chaufté par la riche vascularisation uvéale, d'autre part. :

Ce courant thermique, uniquement, physique, contribuera à repousser l'humeur aqueuse vers l'angle iridoscléral et aussi les matériaux pathologiques ; mais d’autres facteurs entrent en jeu pour expliquer les mouvements des «louches » ou des «troubles » de l'humeur aqueuse : ce sont la pesanteur des corpuscules, la force centrifuge des mouvements du globe oculaire, la tension superficielle, l'attraction chimio-tactique des cellules vivantes, etc.

Le mécanisme de la circulation intraoculaire est obscur. Nous n'irons pas jusqu’à voir dans la choroïde comme NiCATI, un «cœur oculaire lymphatique » ; mais de nombreux facteurs entrent certainement en jeu et notamment les incessantes variations respiratoires et musculaires de l’ophtalmotonus. |

Rôle. — En conclusion, lhumeur aqueuse semble bien avoir un quadruple rôle :

1° Rôle optique pour la constitution de la portion antérieure du dioptre oculaire.

2° Rôle statique pour le maintien de la forme arrondie du globe et plus spécialement de la cornée « pièce capitale de la réfraction du globe» (RocHon-Duvi- GNEAUD) ; accessoirement pour l’aisance des mouvements de l'iris, plus faciles dans une couche liquide que coincé entre deux membranes.

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3° Rôle neuroprotecteur pour le maintien de l’excitabilité normale de la rétine.

4° Rôle nutritif pour le cristallin et la cornée avasculire et pour la rétine insuffisamment ravitaillée par le sang choroïdien et le sien propre.

Définition - But. — Par une phrase empruntée à NicaTI, on peut définir la tension oculaire comme «la contre-pression opposée à la pression intérieure de l'œil : une fonction supplémentaire à la contraction des vaisseaux, afférente à la circulation sanguine et placée par un mécanisme propre sous sa dépendance ». L’œil sera donc un appareil d'optique solide et d’un bon fonctionnement mais, d'ores et déjà, on peut se persuader que la tension oculaire doit obéir à un réglage précis.

Mesure - Valeur. — Mesurée directement par manomètres dans les laboratoires, indirectement en clinique par tonomètrie instrumentale ou digitale, sa valeur moyenne est, chez le Chien, de 20 m/im de mercure, ses valeurs limites physiologiques de 10,5 et de 26.

Variations générales. — L'ophtalmotonus varie selon de nombreux facteurs liés, pour la plupart, à l'histoire de l'humeur aqueuse. Ces variations se font :

— avec l’âge, en rapport avec la rigidité sclérale. Nous avons observé, par la prise systématique de la tension oculaire des Chiens présentés à la Clinique Médicale

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