A LA COMTESSE DE NOAILLES
Ne t'es-tu jamais aperçu du mal étrange dont tous les animaux pâtissent?...
Platon, Le Baïujud.
Le ciel nocturne ( La France endormie (
Les forêts printanières / Un frisson Partout
Les collines i A passé Recommence
Les eaux < Sur ma face . Verte et rouge
Les villages / Et mon cœur La fête
L'Amour [ Aimez
Le ciel nocturne i Le terrible et le doux m'embrase, un souffle bleu m'emporte, la lune a soupiré La France endoraue (
Les forêts qui s'éveillent / Doux argents bondissants, biches, errants désirs, l'ombre qui vous oppresse Les collines \ Un regard embrumé glisse entre les pins noirs
Les eaux \ L'amertume des pleurs déborde de tendresse Les villages /
L'Amour [ Je viens
Le ciel nocturne ^ Où va-t-il, le doux Sang du monde?... Où coule-t-il La France endormie ( Dans mes rêves couchée, quelle Thémis sanglante m'amène cet Adolescent
Les forêts qui s'éveillent / Monte des profondeurs
Les collines X Ses beaux pieds, de la lune ont la mélancolie
Les eaux < S'il me parle à voix basse, il me boit tout le cœur Les villages / Au fond des lits pensifs les femmes, seules, rêvent. Son flambeau va les empourprer L'Amour [ Non, non, je ne viens pas, dans ce printemps funèbre, avec les torches du plaisir.
[Avec vous ;e veux pleurer.
Le ciel / L'Amour qui dort
La France i N'éveillez pas
Les forêts 1 Ombres errantes
Les collines J Rosiers de guerre
Les eaux 1 Larmes d'amour
Les villages / Triste printemps
L'Amour [ J'aime à pleurer
Les Vierges Folles
Mon sein se gonfle et pourtant tous mes désirs sont partis
Beaux Dans la tranchée
Mes genoux trop las s'ouvrent dans mon sommeil Dans le sang
Aux flottantes étreintes Que je repousse
Un ciel fermé se couche et m'accable les flancs D'un baiser Trop pesant
Il n'est pas de bûcher plus tendre qu'eux
L'HOJfJfE
Mains, je veux épouser, bouches, ce que j'ignore
Du monde
Tout ce qui brûle Mes blancs martyrs
Mes fiancés Mes colombes, mes robes
Brûlez
Voici l'Amour
Les Vierges Sages
Mon beau pays saignant dort dans les aromates
Je tiens la pâle lampe au-dessus de mon cœur
Au-dessus de son front Mère, la lune rose avec tendresse pleure Sur les blés pâles
J'oindrai de longs parfums tout trempés de prières
mon pa3-s oppressé le combattant blessé
Derrière vos voiles agenouillés, mère, un doigt sur la bouche, quel est ce calme Ami
qui me regarde et pleure
quel est ce Lys
de FEU Du sépulcre plein de lys le Printemps ressuscite, le doux Mart^'risé
L'Amour J'ai peur de lui
- -3 ^iîîffi- r-
Ah ! sur le vert parvis de la forêt flottante, éteignant les torches de fleurs, rejoignez-vous, l'Amour est mort.
Vos pleurs sont la caresse la plus émouvante, le plus pathétique aveu.
Le Désir se nourrit des pleui-s secrets des femmes. Je t'élis, pleure
A ton tour
Je t'ai choisie, avec tes noirs soupirs d'aiglonne, toi la plus vierge, toi qui, sans âme, me cherches. Je te déchirerai. Tu me boiras sans soif, mais ivre de regrets
Cette source entre nous Cette source, à tes flancs, de miel noir, ce nuage de fleurs
Ton tendre orgueil défaille avec pour moi ce rire éclatant de larmes
les rossignols les sombres œillets ce pardon agenouillé
tes tièdes perles coulent tes genoux sont mouillés
Toute pâle, oppressée, et pareille à ton âme, la lune brumeuse fuit
et le soleil, sans la voir, comme moi, tourbillonne autour d'elle dans son cœur
dans ses yeux dans le jour qui se lève et le mystère amer et toi parmi tes sœurs, victime brasillante, ô faucille d'un soir tranche, avant que je le regrette • ce Kerre sombre
avec nos rêves entre nous qui me ronge le sang
A ton tour
Ah ! sur les verts parvis trempez vos torches dans mon sang, trempez vos larmes, une seule m'éveillera
mais le monde entier avec elle et moi je la prendrai sur moi, dans le cœur de la Guerre, dans le cœur de la Mort, je ressusciterai tous les désirs des hommes
et toutes les amours
pour l'en mieux châtier Peuples, je suis l'Amour
Ah ! Sur les noirs parvis, mais rayonnant de colère avec tous mes désirs
J'implore mes victimes et j'adore les âmes Qui ne m'écoutent pas
Les vierges folles ^ Châtie, embrase, tue tes victimes
Les vierges sages l Pitié, Brûlant. Choisis bien tes ^•ictimes
Les mains [ Aux rires enlacé quel noir rosier nous brûle Les bouches l II est gonflé d'un dieu le vent que nous mordons
Les yeux ( Sur les cimes
Les bouches ( Tout le ciel défaillant glisse dans nos caresses
Les yeux < Sous nos paupières
Les cœurs ' Sur les cimes
Toute la cime en feu
du sépulcre toute la cime en feu de mon être se dore
a tremblé
La Guerre
a baisé l'Amour sur les yeux Il dormait ' ses yeux sont en feu non Si l'Amour s'endormait, le monde
ne s'éveillerait plus
Sur les cimes en feu.
Par les amers chemins, couronné d'hirondelles. Il vient, le Souffle aigu dont les balbutiements, sous les baisers, font mal. Par les chemins amers...
Sous la torche de fleurs... le cœur tissé de larmes...
Plus je désire, plus Je me sens désiré désiré par la Mort
Les vierges folles ( Marche dans mes cheveux, viens, tes beaux pieds me brûlent en accourant vers moi Les vierges sages ( Ils me brûlent le cœur, m'emportent la pensée, tes pieds ailés sur mes pieds nus Le ciel nocturne f Tissez de pleurs de feu
Les forêts \ tissez de bleus parfums, de ra\ons et de larmes
Les EAU.X y Le voile qui scintille, .\ grands plis déchirés d'épines et de roses, sur le corps invisible ' L'Amour seul est vivant [du dieu.
Le poêle : Pour te connaître et t'épouser, ah! ma vie, il faut regarder, dans les yeux de la mort, l'Amour...
J'eus cette amante. Je fus ce Désir nu sous la couronne des obus
surgi du sépulcre brisé
dans les cheveux noirs de la Guerre
Elle est la Femme ! Elle a ses cris, ses soupirs de colère. EUe tombe à genoux dans la boue... Le même attrait vertigineux qu'on maîtrise avec la même âme... La même mélancolie Y Suit le vainqueur. On n'a jamais fini de vaincre ni
d'aimer, jamais... EtTe amoureux, c'est vaincre.
Sois ma Victoire, ô mon amour, ma vie, ô toi qui fus ma guerre... Encor.
Dans les lys brisés du sépulcre, avec ton rire sur mes mains Dans ce gémissement dont tremblent les lauriers de l'Eté romain Sous ce voile tissé de désirs vagues
de larmes comme les souffles de la mer
Sans me voir aime-moi, mort douce, douce vie
Mieux que dans la forêt des myrtes ils sont là, sur la pourpre prairie ombreuse
où Vei-dun prie,
Entre les vagues croix de fumée et d'aurore, ils s'enlacent, les couples,
mieux que dans la forêt.
Coupables,
les uns sourient lassés, les autres brûlent encore
Innocents
Mais toi qui ne sais pas si divine ou humaine la faute à tes sanglots peut ajouter le ciel,
Toi qui, comme la Guerre, as les yeux trop brûlants pour voir le geste obscur de ceux qui t'abandonnent, Toi que j'aimais déjà lorsque enfant je trempais dans quelque sombre source ma bouche, après mon cœur, Mais toi, de loin, alors, aussi me cherchais-tu? toi toujours vierge, car toute ardeur te consiune, et tu nais.
Te voici, les mains sur tes yeux,
tes mains comme un bandeau que dénouera ma bouche en l'effleurant à peine, dis Te voici, beau Désir roucoulant sous le voile.
■1 »Sg= »>
Il est un lit profond, il est dans la tranchée, sous l'invisible m3'rte aux fusils enlacé, 11 est, de chaude boue, un lit que tu connais où nu, mon astre, et ra^-onnante, avec tes froids bijoux. Les beaux rubis qui t'ensanglantent, contre moi tu t'es étendue, une fleur de brume à la bouche. Et j'étais dans tes bras cette gerbe d'épis, ces grappes, ces rosiers, que tu presses. Victoire !
Là, j'ai détaché de tes yeux
l'ardent bandeau tissé par le désir des autres, frémissant tu m'as regardé Sans me voir, ô ma mort, si tendre sous ton voile...
Il est des voiles, des baisers, il est, autour de nous, tout un flottant bûcher, un rire plein d'étoiles. Ce doux monde qui naît en eflleurant tes yeux, il est des voiles que l'Amour, pour nous livrer les choses. Tisse. Sans cesse des baisers, ô fleur des choses, tissent ce qu'ils vont devenir, ce qu'ils furent. Nos mains Les froissent. Il est des idées, mon amour. Sous la couronne des obus le voile du Temple s'envole, le Voile.
Tu me souris, nue et craintive,
sur nos genoux unis un Ange appuie son front, toute l'armée alentour veille, Et je descends en moi comme dans un tombeau.
Mets ta tempe contre ma tempe, ô mon âme, réveille-moi...
L'ylme : Je suis comme la nuit des biches. Avouons-le. « Non, mon bonheur, le bonheur n'est possible
Que dans les bras enfuis de l'autre qui m'aimait. Je te déchirerai de si sombres extases — veux-tu — Que le cadavre obscur de tous les jours depuis l'Eden en gémira, depuis le baiser de Sappho à Judas. . Je suis venue, marchant dans mes cheveux sanglants. J'ai soif. Je suis comme la nuit des biches.
Sur l'ardent sépulcre où je nais
tous les regrets errants ont appuyé leur bouche,
les yeux cernés, les mains pendantes, Je suis morte déjà d'être tant désirée...
L'jimour : Ah! viens, c'est bien ainsi, moi que je te voulais, si meurtrie, ô ma vierge, à ma Guerre pareille. Sur tes genoux étroits laisse, avec ton doux sang, couler tous tes trésors. Dresse-toi dans ces roses... Il n'est rien de plus pur, de plus doux, donne-moi tes poignets, que ce pouls que j'y baise,
atSg ' '. ' ■ i-
Le sang du monde immense 3^ bat, tous les désirs toui'billonnants des fiancées.
O ma biche, viens, que j'égorge,
pour que boivent les 13's du sépulcre brisé,
toute cette nuit qui t'oppresse, Viens, avant que la lune embrase la forêt.
Il n'est rien de plus pur que nous...
Ma douce source, étanche-moi...
Venez, beaux flancs. Je suis ce doux néant de l'être qui n'est créé qu'en gémissant.
Je suis ce Plaisir gémissant, ce vol des colombes de l'âme,
Sous les verts flambeaux ce couple sur l'autel qu'adorent les bêtes dans leur vague Eden.
A l'autel d'un roc large et pur il la presse toute appuyée, il la brûle.
Agenouillé contre elle il boit. Les paupières fermées, les mains dans les cheveux crispées.
Elle écoute, elle le couronne, elle écoute la vie en elle se tarir, elle écoute la vie
Gronder. Lui, sans que ses fortes mains de maître heureux la touchent.
Il la couche dans l'univers, il la sacre... Elle dort. Je suis ce couple à réveiller...
Je suis le sacre de l'Amour,