ANOMALIES DO SOMMEIL
lui fait mal des deux rolés. Ou a pratiqué des frictions variées, mis de la glace, appliqué des sangsues, des emplâtres, et tout cela eu vain. Dans le cours de l'année, elle a eu fréquemment des crises gastralgiques. Il est a ses commun aussi d'observer des vomissements à la fin des séries d'attaques.
Etat en 1875. — II... a engraissé considérablement depuis un au. La face est fraîche, les joues sont colorées, ainsi que les muqueuses. Les mains sont potelées. H... mange bien; elle vomit parfois ses aliments, mais pas de sang; elle souffre beaucoup dans le ventre spontanément et par la pression des régions ovariennes, qui fait naître la sensation d'une boule remontant à l'estomac, puis à la gorge.
Par moments, le ventre prend presque tout d'un coup un développement exagéré (tympanisme). Les selles sont quotidiennes.
La malade a constamment gardé le lit depuis 1866 et n'a jamais offert aucun des accidents du décubitus.
Au commencement d'avril 1875, elle se plaint de souffrir dans la tète : «Ça me serre au front, j'ai des secousses dans tous les membres et même dans la tète. J'ai des bouffées de chaleur et ma figure devient toute rouge. Ça me travaille dur. » Elle a « des fourmillements dans la tète et comme des coups de couteau dans la tempe gauche». Ces symptômes feraient défaut à droite.
Elle a de plus des battements des paupières, un brouillard devant les yeux, une propension irrésistible à dormir; durant son sommeil, elle a des soubresauts, mais ne rêve pas beaucoup et n'a pas de visions.
L'anesthésie cutanée est totale.
Les muqueuses n'ont pas perdu toute sensibilité; à gauche, la conjonctive est insensible; mais, à droite, il y a une sensibilité obtuse et le contact de la tête d'une épingle suscite quelques mouvements réflexes.
La moitié gauche du palais et de la base de la langue sont
les seuls points dont le toucher digital détermine des mouvements réflexes et des efforts de vomissements.
Le membre inférieur droit est libre: la malade le fléchit, l'allonge; il possède une certaine puissance, car si on le lui fait fléchir et étendre, en s'y opposant, on constate un effort assez grand.
Le membre inférieur gauche est entièrement inerte. Le pied est en varus équin; les orteils sont fléchis. Le cou-depied est souple. Le genou est raide; quand on fléchit la jambe sur la cuisse, on éprouve une certaine résistance et on entend des craquements comme si de nombreuses brides se déchiraient. Bien que l'on répète celte manœuvre plusieurs fois, les craquements persistent. La hanche est libre.
Les deux jambes sont dans l'extension avec tendance à l'adduction. Le chatouillement de la plante des pieds produit des mouvements réflexes, rares et lents à gauche, assez multiples et plus rapides à droite. Le mollet gauche est flasque; le droit assez ferme.
Première attaque du soiinm'il (du 7 avril au 7 juin 1875).
Le 7 avril. — H... a pris un purgatif. — On la trouve endormie. La physionomie est tranquille. Les paupières sont agitées de frémissements rapides, mais ne cachent pas toujours les globes oculaires. On lui secoue la tète, H... se réveille et assure ne pas avoir de rêves. Hier dans l'aprèsmidi, elle a dormi longtemps. Elle mange comme d'habitude.
Du 8 au 27 avril, la somnolence est constante, mais le réveil facile.
Le "27 avril, à quatre heures, après avoir mangé, 11... a été prise d'un rire bruyant, puis de délire : elle voyait son beau-père qui lui « faisait des misères », elle pleurait, disait qu'elle allait sur la tombe de son père et de sa mère; qu'elle était enterrée depuis dix ans. Ensuite elle riait aux éclats, sentait une bête qui dansait dans son ventre, avait une couronne blanche sur la tète, etc. Cette excitation a continué
LEùRa.nd dc sallle. Les hystériques. 10
MS ANOMALIES DU SO.MMfc.lL.
jusqu'à minait; alors elle a eu de grands éclats de rire et S9 est oui uni) ie de nouveau.
Le 28, elle est dans la situation suivante : décubitus dorsal, tête Légèrement étendue, joues colorées, battements rapides des paupières; si on les écarte vite, on voit que les pupilles sont très dilatées ; elles se contractent très promptement.
Les membres supérieurs sont allongés et rigides dans les jointures, excepté les doigts qui sont simplement raid es. On note la même rigidité aux membres inférieurs; seuls les pieds sont flasques. L'abduction des cuisses est impossible.
On lui fait avaler du potage à l'aide de la cuiller portée au fond de la bouche; elle avale automatiquement avec bruit et sans paraître se réveiller. Quand elle a pris suffisamment de nourriture, elle serre les dents. Bâillements, borborygmes, urines involontaires, une garde-robe hier.
29 avril. — Hier elle a eu une sorte d'accès de rire inextinguible; elle n'a pas parlé. Les phénomènes sont les mêmes. — Tandis qu'on la fait manger, si l'on écarte les paupières, les pupilles paraissent moins dilatées qu'elles ne le sont en dehors des repas. Une selle involontaire après lavement.
lermai. — Lorsqu'on joint les mains (attitude de la prière;, elles conservent cette position. — - Pas de changement dans la situation générale.
4 mai. — Même état. — Hier soir, accès de fou rire suivi de pleurs. — Bâillements fréquents. Les membres sont toujours contractures, ne conservent pas la position qu'on leur impose, mais reviennent aussitôt à celle qu'ils avaient auparavant.
5 mai. — Parfois, mouvements de déglutition, et vagues abdominales accompagnées d'un léger bruit. Les bras, rigides, se laissent mettre dans l'abduction, et reviennent proin ) I ment à leur position primitive. — Accès de rire, dani i'après-midi, quand on la secoue vigoureusement.
8 mai. — Les bras, élevés, conservent cette attitude pendant quinze minutes à gauche et vingt minutes à droite.
13 mai. — Alternatives de rires, de pleurs, de bâillements. — L'alimentation, qui se compose de soupes épaisses, s'effectue toujours de la même façon ; parfois, vomissements ; ventre très gonflé, sonore à droite, offrant de la submatité dans le liane gauche. — ■ Rigidité générale; extension des membres. Persistance de l'état cataleptique.
17 mai. — Les accès de rires ont été moins fréquents; H... n'a pas pleuré. Elle a refusé en partie la soupe qu'on lui donne; quand elle en a suffisamment, elle souffle, refoulant ainsi les aliments. Parfois elle vomit.
18 mai. — Le ventre est énormément distendu, sonore partout, quoique un peu moins à gauche. On ne retrouve pas la submatité, autrefois constatée.
19 mai. — La contracture générale persiste; elle est plus marquée aux bras qu'aux jambes et à la jambe gauche qu'à la droite. Les selles et les urines sont toujours involontaires. Accès de rire bruyant, avec congestion de la face et mouvements latéraux de la tête.
3 juin. — La situation n'a pas sensiblement changé. Alternatives de rires et de pleurs; — contracture des membres qui conservent l'attitude qu'on leur impose. — II... prend moins bien sa soupe et semble avoir des nausées.
5 juin. — Hier et ce matin, H... n'a pris que du lait, du vin et de l'eau de Seltz ; on a dû cesser les potages parce qu'ils étaient rejetés. La malade se plaint et pleure. Ce matin on lui a fait prendre de l'huile de ricin, qui a déterminé des selles peu abondantes. La tympanite est très considérable. Le ventre est le siège de mouvements onduleux. Les autres symptômes n'ont pas changé. Les bras conservent la position qu'on leur donne durant quinze à vingt minutes.
7 juin. — Dans l'après-midi du 5, dans la journée d'hier, et la nuit dernière, petites plaintes étouffées. A partir d'une
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heure du soir, hier, II... a eu îles irises offrant les symptômes suivants : les paupières riaient ouvertes, les yeux dirigés eu haut; puis elle poussai! des « oh! oh! oh! », s' sseyait et laissail retomber brusquement le tronc sur le. lit. Ces grands mouvements se répétaient cinq ou six fois de suite. Les crises étaient séparées par un répit d'environ dix minutes. Elles ne s'accompagnaient ni de rires, ni de pleurs. Elles se sont éloignées vers 9 heures, et, de là jusqu'il minuit, H... a eu du délire : cris, chants, appel au secours, rires. Elle disait qu'elle avait une hôte dans le ventre. Par moments, elle prenait son drap et simulait l'acte de laver et de savonner.
II... s'est réveillée à minuit, en quelque sorte tout d'un coup. Elle a causé tranquillement à la sous-surveillante el à une de ses voisines et ne s'est pas rendormie.
Ce malin, elle cause comme si elle n'avait rien eu d'extraordinaire. Elle se plaint d'être courbaturée par tout le corps et d'une série de phénomènes douloureux : mal dans la poitrine qui est serrée; mal dans le ventre où « ça saute »; céphalalgie frontale avec sentiment de constriction plus intense à gauche; élancements dans l'œil gauche, dans les doigts, dans le coude et l'épaule du môme côté; hyperesthésie ovarienne double. — La tympanite s'est dissipée; il... ne gâte plus; elle a la bouche pâteuse, une soif vive, mais ne désire pas manger; les membres ne sont plus contractures; la main gauche tremble légèrement; l'anesthésie est toujours complète.
La malade assure n'avoir aucun souvenir de ce qui a été dit ou fait autour d'elle pendant son sommeil; elle ignore si elle a eu des visions et ne sait pas pourquoi elle pleurait ou riait aux éclats. La vue est normale (objets, couleur).
I i juin. — Quelques-uns des phénomènes que nous avons notés précédemment n'ont pas encore disparu : sentiment de constriction des diverses parties du corps, avec prédominance à gauche; secousses dans les quatre membres.
L'appétit est médiocre; il y a souvent des vomissements alimentaires, des crampes d'estomac, des renvois gazeux. La tympanite est revenue; les selles sont régulières. \ condition d'administrer des lavements ou de la maguésie. Le sommeil est très court. Les règles ont commencé le 8, fini le 12; elles ont été abondantes (elles étaient venues le 21 mai).
4870. — 23 mars. — Depuis son attaque de sommeil, II... prétend qu'elle avait une insomnie fatigante qui a résisté à l'opium et au chlorul. Durant les deux derniers jours, elle a eu des secousses dans les jambes et dans le bras gauche qui est engourdi; dans la tète, qui est lourde; la tempe gauche est le siège d'élancements. Enfin, on note une tendance à la somnolence. Les pupilles sont normales.
25 mars. — La somnolence et les autres symptômes sont les mêmes. Si l'on excite la malade, elle répond d'une façon précise aux questions qui lui sont adressées. Il n'y a pas de contractures.
Deuxième attaque de sommeil (du 25 mars au 9 avril 1870). — Après six minutes d'application profonde, l'attaque de sommeil a débuté, à sept heures du soir. La nuit, II... s'est réveillée, a pris le bassin, a demandé à sa voisine combien il y avait de temps qu'elle dormait et s'est rendormie au bout de dix minutes.
Sa situation générale est la même que dans la précédente attaque. La face est rouge, un peu chaude; les paupières sont closes, fréquemment animées de palpitations rapides; si on les entr'ouvre, on voit que les pupilles sont normales; la bouche est fermée. Les bras sont rigides; la rigidité peu être vaincue; les bras, placés perpendiculairement au tronc les doigts étant écartés, conservent cette position pendan, cinq minutes et se replacent dans l'extension et rigides le long du corps. — Les membres inférieurs sont rigides ; à gauche, la rigidité ne peut pas être vaincue.
30 mars. — L'alimentation s'opère comme l'année précé-
ANOMALIES DU SOMMEIL, dente. Il n'y a de garde-robes qu'après lavement ; les selles et le> urines sont involontaires. La contracture et Yétat catal fftique n'ont pas changé.
l'r av.il. — Les battements du cœur sont assez forts et réguliers. — La face est rouge, un peu violacée; les paupières sont fermées, tantôt immobiles, tantôt agitées par nu frémissement convulsif; les pupilles paraissent très dilatées et se contractent très vite dès que l'écarlement des paupières laisse pénétrer suffisamment la lumière. La contracture est générale; toutefois, elle est moins accusée aux raembres inférieurs. L'état cataleptique existe encore.
3 avril. — Accès de fou rire qui durent quelquefois dix minutes.
.") avril. — La respiration semble gênée; la malade rejette, par mouvements bruyants d'expuilion, une salive rmusseuse. Elle n'a pas eu de selles depuis trois jours. Les accès de rire continuent.
6 avril. — Le ventre est énormément ballonné. Les accès de rire ont cessé; en revanche, on observe des attaques hystériques ébauchées : soulèvement léger de la tète, rigidité plus forte des bras; face rouge, battements des paupières, inspiration sifflante, expiration ronflante, petits cris : <c oue ! oue ! », écume. — D'habitude, nous assure la sous-surveillante, la malade n'a de ces sortes d'attaques que quand elle est pour reprendre connaissance.
9 avril. — Hier soir, cà partir de sept heures et demie, H... a crié, chanté, etc. — Son agitation s'est calmée vers dix heures. — Alors elle est revenue à sa condition ordinaire. — On a noté pendant l'attaque de sommeil un abaissement habituel de la température centrale (36°, 9 dans le rectum.)
10 avril. — Le sommeil est court; pas de rêves, le délire reparait par instants. H... frappe le mur, rit niaisement à propos des choses les plus insignifiantes et se plaint du ventre, de la tète, surtout de douleurs au niveau de la tempe
ATTAQUES DE SOMMEIL. -Ji7
gauche où elle a des « coups de couteau ». Elle fait sa toilette et mange seule.
1877. — 1er mars. — Depuis une dizaine de jours, H... est acariâtre, désagréable, demande sans cesse des ventouses scarifiées. Elle ne serait pas somnolente.
2 mars. -— Hier, vers cinq heures, accès de rire, excitation. — H... crie : « Viens, mon père, c'est toi qui es cause que je suis ici. » Et elle répète souvent ces mots. Elle a chanté jusqu'à deux heures du matin, moment où a commencé sa troisième attaque de sommeil (du 3 au 11 mars).
3 au 6 mars. — L'attaque offre les caractères habituels. Les battements des paupières sont plus ou moins rapides suivant les jours. Les accès de rire sont variables.
0 mars. — Dans les vingt-quatre heures, on a compté huit accès de rire. Les règles ont paru cette nuit.
JO mars. — La projection brusque d'eau froide sur le visage occasionne une sorte de soubresaut, accompagné d'un spasme pharyngien.
13 mars. — Hier, la malade a eu de fréquents accès de rire, durant lesquels elle agite la tête. Palpitations des paupières. Dès qu'on les écarte, les pupilles qui étaient dilatées, se contractent promptement. — Nystagmus. — Les jambes ne sont plus rigides, mais simplement raides.
14 mars. — De minuit à cinq heures, agitation, cris, chants, injures : « Canaille, c'est lui (son beau-père) qui est cause que je suis malade. » Elle voyait Jésus-Christ et disait en éclatant de rire : « Jésus-Christ a un nez comme un manche à balai. » Elle parait en vouloir beaucoup à son beau-père qu'elle traite de coquin. En revenant à elle, elle disait que son lit tournait. Ce matin elle se plaint de douleurs, de fatigue, etc. La langue est saburrale, l'haleine nauséabonde, comme elle l'était dans les jours précédents; H... a des nausées, souffre dans les deux côtés du ventre, ne va pas à la selle.
15 mars. — La journée d'hier a été bonne. Insomnie. —
II... mange seule. Ce matin elle est tout en larmes, dit qu'elle n'a rien t'ait *< pour être guillotinée. Le médecin veut me taire monter sur l'écliafaud. » Elle s'imagine que le sifflet du chemin de fer d'Orléans l'appelle, qu'elle va aller à l'échafaud dans son pays. Quand on se moque de ses idées, elle rit bruyamment.
Du 12 au 16 avril. — Attaque de sommeil incomplète.
Depuis mon installation dans le service (5 octobre 1879) la malade a eu deux attaques de sommeil : l'une a duré quinze jours et l'autre neuf jours.
3 juin 188-2. — Rien de spécial à noter.