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HALLUCINATIONS DES SENS

rats noirs ou rouges, car la couleur rongé joue aussi un rôle capital dans l'histoire du délire. Il n'est pas rare que les hallucinations gaies alternent avec les hallucinations tristes. La malade voit alors des personnes amies, des oiseaux, des fleurs, elle entend une musique agi éable.

M. P. Richer ', dans lalongueel intéressante étude sur l'hystéro-épilepsie qu'il a récemment fait paraître, cite un grand nombre d'observations fort curieuses, notamment au point de vue de la description des hallucinations dans le cours du délire.

Nous lui empruntons le fait suivant qui est relatif à une malade observée par l'auteur dans le service de M. Charcot, à la Salpêtrière.

OBSERVATION XXV. — Hallucinations tour à tour effrayantes, gaies ou bizarres (fantômes, crapauds, singes, musiciens galonnés, neige).

Suzanne V... aune série d'attaques d'hystéro-épilepsie le 29 septembre 1879. Le délire consécutif à lune de ces attaques se caractérise connue il suit.

La malade est saisie de crainte, se cache la figure dans l'oreiller. Bientôt elle se redresse, et se penchant sur le bord de son lit, l'œil fixé à terre, elle est victime d'une Iiallucination effrayante, qu'elle traduit en ces termes : « Oh! la terre qui s'ouvre, des tètes sortent... ce sont des fantômes... Tiens!... Oh .'ces tètes alTreuses! ces grimaces qu'elles font!... je n'ai pas peur. Je ne veux pas qu'il me touche, celui-ci... » Après un instant de silence : « Eh bien! approche,... qu'il ose... (air de défi) oh! (elle rit) pour sûr, que ce n'est pas

1. P Richer, Etudes cliniques sur l'hystéro-épilepsie, Paris, 1881.

vrai... si... c'est bien des fantômes... Oh! (long mouvement de surprix1 et d'effroi) ces bêtes qui viennent près de moi!... Des crapauds! ah! maman, ils viennent sur moi (me frayeur, elle se retire, se cache sous ses couvertures), je n'aime pas ça, de> crapauds... C'est sale, pouah! des crapauds. On voit des singes, des crapauds, de tout dans cette maison-là. »

Le côté gai de l'hallucination ne tarde pas à se montrer. On voit Suzanne, assise sur son lit, diriger en haut un regard extatique : «Oh! c'est le chœur des anges... Qu'il est beau.., ce n'est pas un ange pourtant... ah ! c'est ça... C'est un auteur!... quelle drùlede tète il a... Tiens! tiens! (Elle chante en prêtant l'oreille.) J'aime bien cet air-là... oui... J'aime bien entendre de la musique comme ça... mais sont-ils laids, tous ces musiciens!... Ils sont bien galonnés! de l'or... en voilà de l'or (puis se ravisant), c'est-à-dire du cuivre !... oh ! ça étourdit!... oh! que c'est drôle !... Il fait froid !... Bit... on gèle... En voilà de la neige qui tombe... je ne vais jamais retrouver mon chemin !... quel temps gris!... c'est aussi gris sur la terre qu'au ciel!... quel tourbillon! en voilà de la neige! ça prend à la gorge ce froid-là!... Elle porte la main à son cou comme pour en détacher quelque chose qui l'étouffé. Toute cette neige!... c'est gênant ! Je suis tout étourdie. » Subitement une nouvelle attaque recommence.

Dans les faits précédemment rapportés, nous venons de voir les hallucinations coïncider avec l'agitation maniaque, le délire mélancolique et d'autres manifestations hystériques. Mais, dans quelques cas, et le fait est particulièrement important à retenir au point de vue des conséquences médico-légales qui peuvent s'y rapporter, l'hallucination peut se présenter à l'état de phénomène isolé, alors que la raison est en apparence

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intacte. Marcé ' cite le cas d'une jeune hystérique convalescente d'un accès maniaque intense. Celle-ci conserva pendant plus de deux mois, après la cessation du délire, une hallucination de la vue qui avait pris naissance au milieu même du paroxysme. Elle voyait incessamment devant elle la figure de la mort, et cette apparition, dont elle reconnaissait parfaitement la nature, la jetait dans un trouble et un malaise moral insurmontables. Les faits de cet ordre ne sont pas exceptionnels, et on les voit assez communément se produire, notamment chez les hystériques hypnotisables, au sortir du sommeil léthargique.

Impulsions et menaces de suicide. — 11 ne lailt

pas s'attendre à rencontrer chez les hystériques ces impulsions irrésistibles trop fréquemment observées dans l'épilepsie, que nous avons longuement décrites ailleurs ù, et qui poussent souvent les malades avec une extrême violence aux plus redoutables méfaits. Sans doute, il n'est pas rare que la volonté, si profondément atteinte dans l'hystérie, fléchisse et laisse libre carrière à cette singulière tendance qui porte les hystériques à commettre des extravagances. Mais tout se borne le plus souvent à des actes ridicules. Il est bien rare que les choses aillent jusqu'au crime. Il s'agit là d'un besoin invincible d'étreindre violemment des objets, de frapper, de déchirer des vêtements, de mordre, ou tout simplement d'injurier, de chercher

1. Marcé, Traité pratique des maladies mentales, Paris, 1862, p. 507.

2. Legranddu Saulle, Étude médico-légale sur les épilep tiques, Paris,

querelle, de taquiner, d'exciter l'impatience ou la eolère; ou bien, c'est une étrange propension à proférer, au milieu d'une conversation d'ailleurs sensée et convenable, des mots absurdes et grossiers, comme dans les cas rapportés par Briquet et par Itard.

« Lu confrère , M. le docteur Rosiau, dit Briquet1, a vu une demoiselle hystérique fort pieuse, hallucinée, entendant des voix dans les diverses parties de son corps, et qui, assez fréquemment et toujours involontairement, puisqu'elle en est elle-même scandalisée, laisse échapper des injures contre la divinité. » — Dans le fait d'Itard2, il s'agit d'une dame qui, au milieu d'une conversation qui l'intéresse vivement, tout à coup, sans pouvoir s'en empêcher, interrompt ce qu'elle dit ou ce qu'elle écoute par des cris bizarres et par des mots encore plus extraordinaires, qui font un contraste déplorable avec son aspect et ses manières distinguées. Ces mots sont pour la plupart des jurements grossiers, des épithètes obscènes, et, ce qui n'est pas moins embarrassant pour les auditeurs que pour elle, l'expression toute crue des jugements ou des opinions peu favorables qu'elle porte sur quelques-unes des personnes de la société.

Cependant, si les hystériques ont plus de tendance à se livrer à des actes excentriques et désordonnés, qu'à commettre des délits sérieux ou des crimes, il n'en est

1. Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie, Paris 1859. p 321.

2. Itard, Lésions des mouvements volontaires (Arch. deméd., 1825, cite par Marcé, p. 567).

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pas moins vrai que le vol, l'incendie et Les attentats criminels Les plus invraisemblables et les plus imprévus, sont assez communément l'œuvre de ces malades. Tous ces faits constitueront, au chapitre suivant, l'importante clinique médico-légale de L'hystérie.

Chez les hystériques, la tendance au suicide est assez commune, mais elle se présente, dans l'espèce, avec certains caractères spéciaux. Dans les formes les plus habituelles de l'aliénation, les idées de suicide sont, en quelque sorte, des déductions logiques de convictions fausses (mélancolie, persécutions, crainte du déshonneur, peur de la ruine); dans l'hystérie, elles apparaissent tout à coup sans motif. Elles ne se rattachent à rien : c'est une secousse, une sorte de vertige accidentel, une impulsion, dans toute l'acception du mot. Du reste, le plus souvent l'hystérique s'arrête en route et le suicide est rarement consommé. On retrouve habituellementdans les préparatifs quiprécèdent la mise à exécution de l'acte, ce continuel besoin qui obsède l'hystérique d'occuper de sa personne le monde qui l'entoure. Quand elle tente de se suicider, elle ne procède pas comme les autres : celle-ci cherchera à se pendre avec les faveurs roses d'une boite à bonbons ; celle-là essaiera de s'empoisonner publiquement, ostensiblement. La mise en scène ne fait généralement pas défaut.

Quoi qu'il en soit, le penchant au suicide fait habituellement explosion avec une soudaineté effrayante. Morel (loc. cit., p. 674) rapporte le fait suivant : « Consulté, un jour, pour une jeune personne de dix-neuf ans de-

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venue hystérique sous l'influence du dépit que lui causa

un mariage ajourné, je conseillai l'isolement et un séjour momentané dans une institution hydrothérapique. La proposition fut acceptée avec joie par la jeune personne,dont l'état nerveux était aggravé par les exigences et les soins irrationnels d'une mère qui était elle-même névropalhique, et attribuait la situation de sa fille à un caractère capricieux qu'il fallait réprimer avec une grande sévérité. La translation dans la maison de santé allait s'opérer au grand contentement de la malade, lorsqu'une détermination nouvelle de la mère, motivée avec beaucoup d'aigreur, changea les dispositions qui venaient d'être prises. Aussitôt, je fus témoin d'une crise hystérique formidable : la malade délirait avec fureur; elle s'échappa même de nos mains, et se dirigea avec rapidité vers une fenêtre qu'elle aurait franchie, si l'on n'était heureusement arrivé à temps pour empêcher ce suicide. »

J'observe en ce moment, dans mon service de la Salpêtrière, une malade qui, à différentes reprises, a présenté cette tendance au suicide.

OBSERVATION XXVI. — Altitude mélancolique. — Divagations. — Tentatives de suicide.

B., Célestine, âgée de vingt-neuf ans, a toujours eu depuis son enfance le caractère difficile. Elle est très mélancolique, très impressionnable.

Elle ne présente aucun antécédent héréditaire. Ses frères et ses sœurs sont bien portants.

A l'âge de quatre ans, elle aurait eu des attaques ner-

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