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RARETÉ DE LA DÉMENCE

quefois remarque des attaques surprenantes par l'élocutioncomme inspirée, et par le grandiose des pensées de certaines malades; ce qui faisait dire à Diderot que, dans le délire hystérique, la femme revient sur le passé, qu'elle lit dans l'avenir, et que tous les temps lui sont présents. Hien ne se touche de plus près, ajoutait ce philosophe enthousiaste, que l'extase, les visions, les prophéties, les révélations, la poésie fougueuse et l'hystérisme. »

Brillante exagération d'un grand esprit, mais exagéralion d'un fait réel.

itarcté de i.-» démence. — La folie hystérique, e'est encore là un caractère de valeur, aboutit rarement à la démence; frappant contraste, disons-le dès l'abord, avec le délire des épileptiques dont la démence plus ou moins profonde est une des conséquences à peu près fatales. Cependant, lorsque, contrairement à la règle, l'hystérie persiste avec ses diverses manifestations jusqu'à un âge avancé, il est possible que l'intelligence se ressente de cette prolongation anormale de la névrose : c'est ainsi qu'on peut voir errer dans les cours de la Salpètrière une ancienne hystérique bien connue, Ler***, dont l'intelligence est descendue à un degré assez bas. Dans quelques cas, on observe une dégradation intellectuelle passagère, sorte de stupeur plutôt que de démence vraie, qui disparait habituellement avec le temps et sous l'influeuced'un traitement approprié. Les auteurs en ont rapporté d'assez nombreux exemples : le suivant, publié par Morel (loc. cit.), est des plus instructifs.

OBSERVATION XXVIII. — Folie hystérique suivie de démence et de gâtisme. — Réminiscences musicales.

Une jeune fille, appartenant à une excellente famille de négociants, avait montré, dès l'âge le plus tendre, des dispositions intellectuelles et artistiques on ne peut plus remarquables. Le seul tort des parents avait été peut-être de trop favoriser cette évolution précoce des facultés.

Il faut cependant dire, à la louange de la jeune fdle, à peine âgée de treize à quatorze ans, qu'elle portait avec une naïveté enfantine les triomphes que lui valaient sa beauté naissante, les saillies de son esprit et un talent hors ligne pour la musique, lorsqu'un événement inattendu (émotion) vint hâter le développement de la névrose hystérique dont elle portait probablement le germe. Bientôt toute la série des accidents hystériques se succédèrent.

A cinq années de là, dit Morel, invité à voir celle jeune malade, je la trouvai dans le dernier degré de l'idiotisme et du marasme. Elle était fixée sur un fauteuil, au moyen d'une camisole de force, et avait perdu jusqu'à l'instinct d'accomplir ses fonctions les plus naturelles; elle se souillait de ses ordures et ne conservait plus aucun sentiment de pudeur. Sur ma demande, on ûta la camisole à la pauvre insensée et on la fit descendre au salon; elle promena un regard hébété sur l'assistance, puis, sans proférer une parole, se dirigea automatiquement vers le piano et exécuta assez brillamment un morceau de musique que l'on avait placé sous ses yeux; mais celte réminiscence fugitive d'une aptitude acquise n'en amena aucune dans la sphère de l'intelligence et des sentiments.

Analo^icN entre le «I «■ I ï ■•«- hystérique et le délire

aieooii<|n<-. — Après la description syrnptomatiquc qui

DÉLIRE MYSTÉRIQUE ET DÉLIRE ALCOOLIQUE. :jll

précède, je crois devoir rapporter l'intéressante et parfois embarrassante analogie qui existe entre le délire des hystériques et certains délires toxiques, produits par exemple par l'alcool, l'opium, le hachich. J'insisterai seulement sur le délire alcoolique. Les autres sont assez rares pour que je ne croie pas devoir m'y arrêter.

Comme chez les hystériques, les hallucinations sont une des formes les plus communes que revête le délire chez l'alcoolique. A la vérité, ces hallucinations sont le plus souvent tristes. Le malade voit des tableaux effrayants, assiste à d'horribles scènes et trahit fréquemment par son attitude, ses gestes, ses actes, la terreur que provoque chez lui le spectacle dont il est le témoin.

Comme dans l'hystérie, ce sont encore Là les animaux qui dominent dans le tableau, des rats, des chiens, des chats noirs, des hètes à aspect bizarre créées de toutes pièces par l'imagination délirante du malade. Quelquefois cependant, les hallucinations tristes font place aux hallucinations agréables. M. Magnan1 rapporte qu'un militaire, ancien combattant de la Ciïmée et du Mexique, et qui avait en outre passé plusieurs années en Algérie, voyait dans son accès de délire alcoolique des forêts magnifiques, avec des arbres immenses, des groupes de jeunes filles, chantant, dansant, traversant des bosquetsde fleurs éclairés par des lumières de mille couleurs.

1. Magnan, De l'alcoolisme, des diverses formes du délire alcoolique et de leur traitement, Paris, 1 874 .

31S FOLIE HYSTÉRIQUE

Mais ces scènes imaginaires, auxquelles assiste L'alcoolique, n'ont guère plus de fixité que celles dont les hystériques sont les témoins, et la mobilité des conceptions délirantes et des hallucinations est un trait commun aux deux variétés de désordres intellectuels. Ces analogies entre le délire de l'alcoolisme et de l'hystérie sont importantes à retenir, si l'on tient à éviter dans la pratique de fâcheuses et impardonnables confusions.

Rien n'est plus variable que les conditions dans lesquelles se développe la folie hystérique : l'âge auquel elle apparaît, les causes prédisposantes et immédiates qui en facilitent ou en provoquent l'éclosion, les conditions de milieu qui sont propres à l'engendrer et à lui imprimer telle ou telle autre allure, sont variables à l'infini. Aussi bien, un chapitre complet sur Pédologie de la folie hystérique serait-il ici déplacé. Il ferait double emploi d'ailleurs avec celui dans lequel nous avons plus haut touché à l'étiologie générale de l'hystérie.

Il est néanmoins certaines particularités sur lesquelles je dois dire quelques mots.

Si la folie hystérique se montre surtout dans la jeunesse, il est possible cependant de la rencontrer à un âge avancé. Morel en a rapporté un remarquable exemple.

« Je fus un jour, dit-il, appelé dans un couvent où l'on recevait quelques femmes malades comme pensionnaires. Parmi elles se trouvait une vieille demoiselle de soixante-cinq ans, qui avait mis toute la commu-

Haute en émoi par des cris et des vociférations. Je la trouvai blottie dans un coin de sa chambre, les cheveux épais, et à peu près nue; elle quittait sa position pour sauter sur les meubles, grimpait après les murs et demandait, à grands «ris, que l'on chassât le diable qu'elle avait dans le corps. Je la fis transporter à l'asile des aliénés, où des grands bains, des antispasmodiques et un éméto-calliartique ramenèrent le calme dans l'état nerveux de cette hystérique qui avait déjà eu plusieurs accès semblables de folie. La première attaque avait eu lieu à la suite d'un mariage manqué, et, depuis, cette demoiselle était toujours restée souffrante, névropathique et soumise à de véritables accès hystériques. »

L'instantanéité fréquente du début de la folie, son apparition à la suite de déceptions d'amour, ou de contrariétés à l'occasion du mariage, sont encore des traits sur lesquels ont insisté tous les auteurs et qu'il importe de rappeler.

Folie hystérique épidémique '. les possédées et les

démoniaque*. — Parmi les conditions multiples qui prédisposent au développement de la folie hystérique, qui, dans certains cas même, semblent en commander l'apparition, — tout en lui imprimant, comme nous allons le voir, un cachet spécial, — il n'en est certes pas déplus puissante que la grande réunion dans un même établissement ou une même contrée, de sujets impressionnables, candidats-nés à l'hystérie, souvent merveilleusement préparés à Téclosion des désordres intellectuels par des pratiques mystiques, prières en com-

311 FOLIE HYSTÉRIQUE ÊPIDÊMIQUB.

mun, macérations ou jeûnes. Le système nerveux, tantôt exalté et tantôt anémié par cel ensemble de circonstances, est rendu singulièrement apte à subir le contre-coup des impressions venues du dehors. Que, dans un pareil milieu, relaie une étincelle, la folie hystérique apparaît sous la forme la plus effrayante et la plus grave : la folie hystérique épidémique. Alors, L'instinct d'imitation, si puissant chez les hystériques, se mettant de la partie, le délire revêt chez la plupart des malades les mêmes allures, la même forme; ici ce seront des convulsions, là des hallucinations spéciales, ailleurs un délire démoniaque. Puis, viennent des témoins enthousiastes, disposés à croire au merveilleux, ou ignorants des choses de la pathologie, et ils vont nous tracer des relations singulières, pleines de dangereuses inepties, qu'excuse peut-être la naïveté des auteurs, mais qui nous montrent à quel degré d'infériorité intellectuelle et de grossier mysticisme l'obscurantisme du moyen âge avait fait descendre les esprits; telles, par exemple, les relations des Dodin, des Boguet, des Le Loyer et autres croyants à la sorcellerie et aux diables.

Nous déj tasserions certainement les bornes que nous nous sommes assignées, si nous prétendions non seulement tracer, mais même esquisser ici l'histoire de la folie hystérique épidémique. Au reste, cette étude, toute confuse encore, il y a quelques années, a été, dans ees derniers temps, remise en honneur; et bien des faits, bien des ouvrages du plus haut intérêt, au point, de vue du médecin, comme à celui du bibliophile, ont

été tirés de l'oubli. Les travaux de Calmeil ', de Lithv -', de Valentiner3, de M. Charcot* ont particulièrement concouru à ce but. Des relations assez complètes des épidémies de folie hystérique sont rapportées dans plusieurs ouvrages récents; nous devons notamment signaler celle que M. P. nicher5 a jointe en appendice à ses études cliniques sur l'hystéro-épilepsie. Nous nous contenterons de rappeler les principaux caractères qu'affecte la folie hystérique, lorsqu'elle se présente à l'état épidémique.

Aux siècles passés, les épidémies d'hystérie, revêtant d'ailleurs les formes les plus variées, ont été très communes. Mais le progrès des lumières, en reléguant àParrière-plan la croyance aux phénomènes mystérieux, l'instruction, en atténuant la tendance des esprits naïfs au mysticisme, ont amené dans nos mœurs des modifications telles que l'hystérie épidémique est devenue une curiosité pathologique. De loin en loin, sans doute, on voit éclater, au sein d'une province ignorante et arriérée, — quelques exemples récents le démontrent, — de ces phénomènes hystériformes qui vont se propageant

1. Calmp.il, De la folie considérée au point de rue pathologique, philosophique, historique et judiciaire, Paris, I84.">.

2. Littré, Un fragment de médecine rétrospective, in La philosophie positive, Rcv., n° I, 180).

3. Valentiner, Des rapports entre l'hystérie et les affections convultives épidémiques liées à la folk religieuse, comme la possession, les manifestations des convulsionnaires, etc., trad. de l'allemand par Teinturier, in Le mouvement médical, 1872.

4. Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, 46 édition et leçom de la Salpétriére.

5. P. Richer, Etudes cliniques sur l'hystéro-épilepsie, Paris, 1881 . Appendiee.

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