‹ Les hysteriquesChapitre 120 sur 265 · FOLIE HYSTÉRIQUE ÉPIDÉMIQUE · texte numérisé non relu

FOLIE HYSTÉRIQUE ÉPIDÉMIQUE

dans un village, à travers une contrée. .Mais les mesures éclairées qu'on sait prendre aujourd'hui ne lardent pas à restreindre dans d'étroites limites ces épidémies nerveuses, auxquelles les exorcistes du moyen Age, parleurs pratiques bizarres, fournissaient un nouvel aliment.

En 137i, dit Ileckcr1, on voyait arriver d'Allemagne à Aix-la-Chapelle des troupes d'hommes et de femmes, qui, réunis par un délire commun, offraient au peuple, dans les rues et dans les églises, cet étrange spectacle : se tenant parla main, et emportés parleurs sens, dont ils n'étaienl plus maîtres, ils dansaient des heures entières et prolongeaient ce spectacle, sans être intimidés par les assistants, jusqu'à ce que, épuisés, ils tombassent à terre.

Les peintres flamands, Breughelle vieux notamment, ont illustré dans des tableaux impérissables ces scènes singulières, ces épidémies de chorée qui de l'Allemagne se répandirent dans les Pays-Bas, d'Aix-la-Chapelle à Qtrecht, Cologne, Metz. Le fléau de la danse visita Strasbourg en 1418 et se promena de ville en ville pendant plus de deux siècles, jetant l'épouvante sur sa route, déjouant les tentatives de la médecine, s'exaspérant au lieu de se calmer, sous l'influence des pèlerinages que des fanatiques allaient faire à la chapelle de Saint-Guy, à Dresselhausen et ailleurs.

A peu près à la même époque, sévissait en Italie ce

1. .1. F. <;. lirckcr, Die Tamwuth, eine Volkskrankheit bm Miitelalter Berlin, \x.',i. Mémoire sur la chorée du moyen âge, traduit de l'allemand par M. Ferdinand Dubois. (Annales d'hygiène publique, Paris, 1834, t. XII, p. 31-J à 363.)

qu'on appelle le tarentisme, parce qu'on avait attribué l'affection à la morsure d'une araignée venimeuse, la tarentule. « Les malades, dit le même Hecker, éprouvaient une altération sensible de leur faculté visuelle et de leur faculté auditive; d'autres perdaient l'usage de la parole, et tous restaient insensibles aux moyens d'excitation ordinaires. La flûte et la guitare pouvaient leur procurer du soulagement; alors, comme réveillés d'un sommeil magique, ils ouvraient les yeux, se mouvaient d'abord lentement et en mesure, puis ils étaient entraînés à une danse passionnée. »

En 1-491, éclatait, chez des moinessesde Cambrai, une épidémie de démonopathie avec accidents hystériformes. — En 1550, dans le comté de Horn, au couvent d'Ubertet, les religieuses, obéissant à la direction d'un prêtre très exalté, après avoir passé cinquante jours de carême sans prendre d'autre aliment que du jus de ra?es et s'être livrées à des pratiques exagérées, furent prises de convulsions et de délire démoniaque. Dès lors, on vit ces femmes se livrer aux actes de la plus scandaleuse irréligion, jurer, proférer des blasphèmes, tenir des discours licencieux, refuser d'assister aux cérémonies religieuses, et se livrer aux plus bizarres contorsions.

Au couvent de Sainte-Brigitte, près de Xante, en 1552, une jeune nonne ayant été affectée d'accidents d'hystérie, à la suite de la prise de voile, la névrose se propagea dans le monastère et s'y maintint pendant plus de dix ans, se traduisant par des phénomènes convulsifs, du délire, des cris semblables au bêlement

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de certains animaux, des spasmes de la gorge empêchant la déglutition.

Pareilles épidémies se produisirent chez les religieuses du couvent de Nazareth, à Cologne, en 1564; — à Kintorp, près de Strasbourg: « Les lilles de Kintorp, dit Calmeil, n'exerçaient plus aucun empire sur leur volonté. 11 leur arrivait de se mordre, de frapper et de mordre leurs compagnes, de faire des efforts pour se jeter sur les étrangers qu'elles auraient voulu blesser. On les surprenait à se porter les unes les autres, à se précipiter contre le sol et à faire cent autres actions non moins déraisonnables. »

En 1554, à Rome, dans un hôpital d'orphelins, plus de quatre-vingts jeunes filles furent prises de convulsions et de délire, à la suite de leur initiation aux mystères de la religion catholique. Ces malades avaient, dit-on, le don des langues pendant leurs attaques.

A Amsterdam, en 1566, semblable épidémie : cinquante à soixante enfants au-dessus de douze ans, filles et garçons, avaient des attaques convulsives, avalaient ce qui leur tombait sous la main, grimpaient sur les murailles, sur les toits comme des chats.

A Aix, en 1009, les religieuses du couvent des Ursu. lines furent atteintes de délire démoniaque, et le curé Gauffridi, supérieur du couvent, convaincu d'avoir ensorcelé ces malheureuses, fut brûlé vif.

Les épidémies d'hystérie les plus célèbres sont celles des Ursulines de Loudun, en lG3i; — des religieuses de Louviers, 1 042 ; — celles enfin des convulsionnaires de Saint-Médard, en 1727. Leur histoire est

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tracée partout et aujourd'hui trop connue pour que je doive y insister ici.

Avec le dix-huitième siècle, l'esprit humain entre dans une phase nouvelle, et, sous l'influence des grands écrivains de celte époque, des Voltaire, des Diderot, des d'Alembert, on voit se dissiper les préjugés et les superstitions grossières qui jusque-là l'ont obscurci. Aussi put-un espérer un instant qu'on en avait, à la fin du siècle dernier, fini pour toujours avec les idées de possession et de sortilège, qui avaient dans le passé entante les redoutables épidémies nerveuses dont nous venons de résumer l'histoire.

Et cependant, dès 177 i, l'hystérie épidémique allait trouver un aliment nouveau dans les ingénieuses inventions et lespraliques charlatanesques des magnétiseurs. Gassner d'abord, et Mesmer après lui, allaient, sous prétexte de cures merveilleuses, reproduire sur une vaste échelle, et comme à plaisir, les scènes de crises nerveuses, de convulsions et d'extases.

Ce n'est pas tout; notre dix-neuvième siècle lui-même a vu, malgré la diffusion de l'instruction dans toutes les classes, éclore et se développer des épidémies d'hystérie qui rappellent par les conditions dans lesquelles elles se sont développées, par les symptômes qu'elles ont revêtus, par les idées qu'elles ont éveillées chez les esprits ignorants, les épidémies du passé. — En 18 48, lamaison desdétenues du Bon-Pasteur, àAmiens, vit éclaterparmi les détenues, les infirmières, les sœurs, des phénomènes nerveux insolites. La mémoire et l'intelligence étaient profondément troublées, les malades

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