FOLIE HYSTÉRIQUE &PID&MIQUE
déliraient, tombaient en extase et en catalepsie. — 11 y a quelques années, on vit des épidémies analogues à
Josselin, en Bretagne, — en Suède, en 1841 et 1843.
Dans les revivais et camp-meetings d'Amérique et d'Irlande, sortes d'assemblées religieuses protestantes qui se tiennent en plein air ou dans les églises, on a vu fréquemment, et récemment encore, en 1860, à Belfast, à Ballymène, à Ballyclare en Irlande, des scènes analogues à celles dont les couvents catholiques avaient été le théâtre. Le docteur John Chapman l résume ainsi les symptômes qu'il a constatés dans ces circonstances : « cris affreux, chutes à terre, suffocation, oppression, respiration haletante, tremblements, douleurs dans certaines parties du corps, convulsions, secou sauts, tournoiements, danse, évanouissement, stupeur, insensibilité, catalepsie, extase, visions, clairvoyance, perte temporaire de la parole, de l'ouïe, de la vision, paralysie transitoire des diverses parties du corps, hémiplégie, paraplégie, enfin aliénation mentale. »
A Moraines, petite commune de la Haute-Savoie, éclatait, en 18G1, une épidémie d'hystéro-démonopathie.
Morzines, situé à l'extrémité sud de la vallée d'Aulph, n'est séparé du Valais que par une montagne; son altitude est de 1500 mètres environ, son climat est rude, sa végétation tardive. L'habitant est très pauvre : relégué avec toute sa famille dans la salle basse d'un chalet misérable, il vit dans un état permanent de demi-asphyxie, auprès d'un poêle de fonte chauffé jus-
l. John Chapman, Christian Revivais, thehistory ami natterai history,
London, 1880.
POSSÉDÉES ET DÉMONIAQUES. 3"2t
qu'au rouge. Sa nourriture se compose de pain d'orge, de pommes de terre et de viande fumée, et pour boisson il n'y a que de l'eau toujours très froide. La population a un aspect général chélif, le tempérament lymphatico-nervenx prédomine, l'enfance est difficile et maladive, la fécondité des ménages très grande, l'Age adulte prématurément décrépit, la vieillesse rare.
Les habitants de Morzines sont doux, honnêtes, entêtés, très dévots, invinciblement entraînés vers le merveilleux; peu intelligents déjà, leur jugement est encore obscurci par une foule de croyances absurdes. Vers le milieu du xvp siècle, « les sorciers y étaient si épais qu'on ne pouvait les dénicher ».
Au mois de mars 1 8T>7, des accidents d'apparence extraordinaire se manifestèrent chez deux petites filles très pieuses, blondes, malingres, mais cependant jusque-là bien portantes. Les accidents dégénérèrent bientôt en véritables crises convulsives, accompagnées de phénomènes que personne, au dire des gens de la localité, ne put ni comprendre ni expliquer, et qui, gagnant de proche en proche, s'emparèrent d'un grand nombre d'enfants, de jeunes filles et de femmes. D'après des témoins — probablement assez peu dignes de foi — ces enfants, pendant leurs crises, parlent la langue française avec une facilité surprenante, ou répondent en allemand ou en latin, perdent toute affection de famille, sont d'une insolence inouïe, d'une impiété dépassant toutes les limites, d'une force physique capable d'en imposer à quatre hommes, et on les voit grimper en un clin d'œil à la cime des arbres, « y
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FOLIE BYSTÊRIQCE ÈPIW MIQUE.
Paire la culbute ou bien sauter de là à un autre arbre éloigné de plusieurs mètres, en descendre la tète en bas », etc. En sept mois, 27 personnes furent atteintes; sur ce chiffre, 17 lurent guéries par la vertu de- exorcismes.On exorcisa constamment et partout, à ce point que les animaux malades furent eux-mêmes reconnus possédés, puis exorcisés! L'autorité ecclésiastique était aux abois.
Quelques enfants guérirent spontanément; d'autres cédèrent à des menaces de mort ou à des promesses.
A la fin de l'année 1860, le nombre total des malades ayant eu des crises convulsives s'élève à 110. Le ministre de l'intérieur s'en émeut, et le 26 avril 1861, M. le docteur Constans, inspecteur général du service des aliénés, arrive à Morzines, chargé d'une mission officielle. Il trouve la population entière dans un état de profonde dépression : chacun s'attend à être envahi par quelques diables. Le conseil municipal, presque à l'unanimité, croit de son devoir d'informer M. Constans que, s'il n'apporte que des remèdes naturels, il ne réussira point à faire disparaître la maladie. Une profonde irritation règne dans le cœur de tous contre les sorciers, auteurs du mal.
M. Constans entreprend aussitôt des recherches multiples et rencontre encore 64 malades à Morzines, la plupart célibataires, hystériques, gastralgiques, amcnorrhéiques, dysménorrhéiques, chloro-anémiques ou scrofuleuses; leur appétit est capricieux, leur sommeil inconstant et léger. Paresseuses, loquaces, exaltées et fantasques, elles se réunissent entre elles, jouent aux
cartes, s'excitent mutuellement et masquent l'insuffisance de leur alimentation par un usage immodéré de café noir. Pour elles, tout est une occasion de crises, mais rien ne les produit plus sûrement que lorsqu'un vient à mettre en doute leur possession ; elles se donnent alors en spectacle et s'ébattent.
La crise e^t annoncée par des bâillements, des pandiculations, quelques tressaillements, des mouvements saccadés et choréiformes, des alternances de dilatation et de contraction des pupilles, et par un certain air effaré; les cris, les vociférations, les jurements surviennent; la physionomie s'injecte, se revêt de l'expression de la fureur ; la respiration est haletante ; les mouvements, bornés d'abord aux parties supérieures, gagnent successivement le tronc et les extrémités. L'aggression commence : meubles, chaises ou tabourets sont lancés sur les assistants ; puis les convulsionnaires se précipitent sur leurs parents ou sur les étrangers, les frappent, se frappent elles-mêmes, se meurtrissent la poitrine ou le ventre, se tournent, se retournent, se renversent et se relèvent comme par une détente de ressort. Aucun érotisme ne se mêle à l'idée de possession démoniaque ; les malades ne profèrent jamais de mots obscènes et ne font point de gestes lubriques. Dans leurs mouvements les plus désordonnés, elles ne se découvrent pas. Cette crise dure de dix à vingt-cinq minutes, et pendant ce temps le pouls se concentre, les battements du cœur restent normaux ; les mains sont glacées; les pieds se refroidissent. Vers le déclin de l'accès, le bruit s'apaise, les mouvements deviennent
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moins rapides ; quelques gaz s'échappent par la bouche ; les malades promènent avec étonnement les regards autour d'elles, arrangent leurs cheveux, ramassent leur bonnet, boivent quelques gorgées d'eau, et reprennent
leur ouvrage, tout en déclarant qu'elles n'éprouvent aucune lassitude et qu'elles ne se souviennent de rien. Cette dernière assertion est loin d'être toujours sincère.
Les possédées de Morzines « entendent et voient, parfaitement, dit M. Constans, puisqu'elles répondent aux questions ou reconnaissent les personnes qui les approchent quand leur crise est commencée, et ferment les yeux dès qu'elles les croient menacés par un objet quelconque. En général, quand elles se jettent à terre, elles savent très bien choisir l'endroit où elles vont tomber, et j'ai souvent répété l'expérience suivante : je feignais de poser mon pied par mégarde sur une de leurs mains, ou bien, quand elles frappaient le sol à coups redoublés, je poussais une pierre à l'endroit où elles frappaient; jamais aucune n'a manqué de retirer sa main ou de frapper à côté de la pierre, et les femmes grosses ont grand soin de ne pas se donner de coups sur le ventre. »
Les unions consanguines étaient extrêmement fréquentes à Morzines : sur quatre-vingt-un mariages célébrés dans l'espace de huit ans, dix-neuf ont nécessité des dispenses. M. Constans n'a pas vu un seul sourdmuet ou aveugle de naissance, mais il a observé six idioLs, cinq imbéciles, trois rachitiques bossus ou plus ou moins contrefaits, deux pieds bols et un boiteux. En
outre, sur les cent vingt convulsionnaires de l'épidémie de 1857-1861, cinquante-neuf avaient des parents atteints de divers états névropathiques mal définis, mais réels, ou étaient affectées de lésions pathologiques capables de se transmettre par la voie générative.
Avant l'arrivée de l'inspecteur général du service des aliénés, le traitement des malades avait consisté dans l'intimidation paternelle, les exoreismes, les pèlerinages et le magnétisme. « J'ai voulu, dit M. Constans, expérimenter quelques médicaments, mais ma tentative a été sans succès; les convulsionnaires étaient tellement persuadées que tout médicament devait leur être plus nuisible qu'utile, que celles qui consentaient à essayer quelque chose accusaient des souffrances atroces après la moindre cuillerée d'une simple potion ralmante. » Le médecin modifia alors sa tactique, et toute sa thérapeutique se borna aux prescriptions que voici : changement du curé de Morzines, envoi d'une brigade de gendarmerie et d'un détachement d'infanterie. — La population fut intimidée, et l'épidémie finit par disparaître.
Enfin tout dernièrement, en 1881 ', l'hystérie sévissait sur plusieurs enfants d'une même famille, au village de Pledran, près de Saint-Brieuc, et les journaux, grossissant à plaisir et travestissant à la fois les faits, menaient grand bruit autour de ces nouveaux possédés « qui se livreraient jour et nuit à des contorsions extrêmement bizarres; qui quelquefois, poussés par une force