‹ Les hysteriquesChapitre 132 sur 265 · SIMULATIONS ET MYSTIFICATIONS :M · texte numérisé non relu

SIMULATIONS ET MYSTIFICATIONS :M

ces paroles ne laissèrenl pas en moi le moindre souvenir; je ne nie les rappelai que lorsqu'il fui trop tard.

y> La douceur et l'esprit de conciliation dont le malade fit preuve dans ses derniers jours, furent cause qu'après mort je vous induisis en erreur do la manière la plus condamnable, vous et le préfet. Je le fis dans l'intention de sauver l'honneur de trois familles, sans réfléchir que, par ce que j'avais dit de la scène de Corfou et du flacon de strychnine que mon mari m'avait demandé, ce. qui n'était pas vrai, je faisais peser un crime sur le défunt.

» Par mes mensonges, j'ai rendu votre position plus difficile, et vous ai préparé beaucoup d'ennuis et de peines, ce que je regrette vivement. Si la confession de mes péchés, qui sont affreux et dignes de tout mépris, ne me fait pas paraître une femme entièrement perdue à vos yeux, et si vous avez pitié d'une malheureuse, je vous demande pardon du fond de mon cœur. Quelque punition que l'on prononce contre moi, vous pouvez compter, monsieur le juge d'instruction, que vous avez en moi une femme repentante et guérie de ses erreurs.

» Recevez mes vifs remerciements pour vos égards et pour votre commisération pour une infortunée, ainsi que pour les bons traitements que vous m'avez procurés dans ma prison. Je termine en vous priant... »

Simulations et mystifications. Parmi les traits du

caractère hystérique, celui qui donne le plus souvent naissance à des actes insolites de la part de ces malades, est leur invincible besoin d'attirer l'attention, de faire parler d'elles. Elles y réussissent le plus souvent par des mensonges et des supercheries variées: elles simuleront des maladies, la grossesse, des blessures reçues, des tentatives de viol exercées sur elles par des incon-

316 l'.l SOIN D'ATTIRER L'ATTENTION.

nus; elles ironl jusqu'à se l'aire dos mutilations réelles.

Parfois, comme j'en citerai des exemples dans la suite de ce chapitre, elles s'efforcent à l'aide de simulations, de tirer vengeance de personnes qu'elles auront prises en haine, et elles accuseront formellement quelqu'un. Le plus souvent, leurs fausses déclarations n'ont rien de précis ni de personnel : elles n'obéissent dans ces cas qu'à leur perversion maladive. Leur esprit malicieux s'exercera par des mystifications, des supercheries de tout genre. Ces grandes comédiennes sans le savoir veulent à tout prix dramatiser la banalité de leur existence, accidenter le terre à terre de leur train journalier, et, suivant le milieu social qu'elles occupent, suivant le degré d'imagination et d'instruction qu'elles possèdent, elles déploient une habileté plus ou moins grande, à machiner leurs tromperies, à ourdir leurs trames malicieuses.

Telle ouvrière ou telle bourgeoise se contentera modestement de mystifier son entourage, mari, parents, médecin; telle autre n'aspirera qu'à exciter la commisération de ses voisins, de sa maison, de son quartier; telle religieuse voudra être le point de mire des préoccupations de sa communauté; telle malade d'hôpital cherchera à concentrer sur elle l'attention du chef de service et des élèves. Il est enfin telle hystérique à hautes visées dont l'ambition déréglée ne sera pas satisfaite à moins d'avoir ému l'opinion publique : il lui faudra la réclame passionnée de la presse et le grand jour de la cour d'assises.

Pour se convaincre de la réalité de ce tableau d'en-

SIMULATIONS El MYSTIFICATIONS. :H7

semble, on n'a qu'à lire la relation des faits résumés dans ce paragraphe.

11 se pourra qu'on rencontre certaines hystériques sincères dans leur tromperie, victimes alors de leur propre imagination qui s'exalte etjles abuse elles-mêmes par une sorte de mirage. Ainsi une femme, interprétant faussement des sensations viscérales morbides qu'elle ressent, se croira enceinte, et, caressant sa chimère, fera partager son erreur à sa famille, ira même jusqu'à éprouver les douleurs prémonitoires d'un accouchement et ne cédera qu'avec peine à l'évidence des faits. Tel est le cas suivant de grossesse dite par illusion pure.

OBSERVATION XXXI. — Grossesse apparente nerveuse se terminant par un faux travail extrêmement pénible.

.Madame de B..., âgée de quarante-trois ans, hystérique au dernier degré, qui était déjà accouchée treize fois, se crut, après cinq ans de repos, de nouveau enceinte. Ses règles, qui se montraient avec beaucoup de régularité, se suspendirent, et déjà, à la deuxième fois, elle fixa le 15 mai comme le jour de son accouchement. Elle eut, comme dans toutes ses grossesses, des anxiétés qui nécessitèrent plusieurs saignées, du dégoût pour les mêmes aliments et pour d'autres, etc. Elle sentit L'enfant juste à l'époq 1e qu'elle avait indiquée; son bas-ventre devint de jour en jour plus volumineux; néanmoins elle était inquiète de ce qu^, de temps en temps, et même toujours à l'époque menstruelle, les règles se montraient, mais pas aussi abondantes qu'à l'ordinaire; une de ses amies finit par la rassurer en lui disant que la chose était possible.

Vers la fia de son compte, la grossesse devint très fati-

BESOIN D'ATTIRER L'AI M.MloN.

gante pour elle; plus elle approchait du terme présumé, moins elle pouvait s'asseoir à cause d'un ténesme el d'un tiraillement désagréable vers le lias. Sur un sofa, elle ne pouvait se placer que sur le bord, en écartant fortement les cuisses, et dans le lit elle ne pouvait être couchée que sur le dos.

Exactement, au jour qu'elle avait indiqué, le 15 mai au matin, les douleurs commencèrent à se faire sentir; lorsque j'arrivai, je la trouvai dans des douleurs atroces, et dans des convulsions pénibles accompagnées de claquements de dents; le bas-ventre était très tendu; le ténesme était si grand qu'elle craignait à chaque instant la sortie précipitée de l'enfant et que l'urine s'écoulait involontairement.

Le toucher par le vagin m'apprit qu'elle n'était pas enceinte, et je ne trouvai aucune trace de fœtus au dehors de la matrice.

Lorsque cette dame fut assurée qu'elle s'était trompée, les douleurs et les convulsions cessèrent tout à coup, et toutes ces sensations de grossesse, toutes les incommodités, le dégoût, les anxiétés disparurent avec l'idée fixe qui les avait produites; depuis ce temps elle est parfaitement bien portante, mais ne peut pas encore concevoir qu'il soit possible de s'imaginer une chose si fermement et si douloureusement'.

On jugera mieux, par les observations que je rapporte, que d'après une simple description, du degré que peut atteindre la perversité chez ces malades.

1. Klein, Journal de Hufelanrl, 1815, cité par Ambr. Tardieu, in Histoire médico-légale des grossesses fausses ei simulées. (Ann, d'hyg. publ. et de méd. lég., lrs série, t. XXXV, p. 87, 1846).

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