‹ Les hysteriquesChapitre 133 sur 265 · SIMULATIONS ET MYSTIFICATIONS · texte numérisé non relu

SIMULATIONS ET MYSTIFICATIONS

OBSERVATION XIX II. — Hystérique se disant victime d'un attentat (coups de poignard et strangulation). — Simulation de mutisme, dévoilée par Le médecin.

lue jeune fille hystérique, intelligente et distinguée, habitant Courhevoie, voulut se rendre intéressante en se Taisant passer pour la vie lime d'une conjuration politique dont elle prétendait avoir surpris le secret. Un soir, elle fut trouvée dans le plus grand trouble et dans l'état en apparence le plus alarmant, à la porte de son appartement; elle ne parlait pas, mais indiquait par des gestes, et déclarait ensuite par éefil qu'elle avait été attaquée, au moment où elle rentrait chez elle, par un homme qui avait cherché à l'étrangler en lui serrant le cou avec la main, en même temps qu'il lui portait, en pleine poitrine, deux coups de poignard. Ceux-ci n'avaient entamé, il est vrai, que les vêtements, et encore le corset n'était pas percé au même niveau que la robe. Mais en ce qui touche la prétendue strangulation, elle aurait eu cetelfet bizarre et tout à fait nouveau, de produire instantanément, non pas une gène de la parole ou une altération de la voix, mais un mutisme complet. Chargé d'aller constater la réalité de ces faits, qui avaient paru déjà, à bon droit, suspects à un magistrat difficile à tromper (M. le juge d'instruction Busseiolles), M. Tardieu ne trouve aucune trace apparente de la tentative de strangulation; et, comme le médecin expert déclara à la jeune tille que cette perte de la parole ne pouvait se prolonger au delàdupremier moment, elle se décida tout de suite, et avec unegraude docilité, à renoncer à son rôle de muette. Bientôt après; elle avoua sa supercherie.

Il y a peu de temps, M. Lasègue a rapporté à la Société médico-psychologique un fait étrange dont l'hystérie avait fait tous les frais.

350 MENSONGES BT ROMANS.

OBSERVATION WXlll. —Fugue.— Roman i&venté par une hystérique (enlèvement, tentative de séduction, séquestration) pour expliquer une absence do la maison paternelle.

lue jeune fille do dix-neuf à vingt ans raconte l'histoire suivante : un jour elle est envoyée de l'atelier où elle travaillait pour prendre des mesures. A la porte, elle est accostée par un domestique qui la fait monter dans une voiture et la conduit dans une maison qu'elle ne saurait plus reconnaître, auprès d'un vieux monsieur. — Là trouve naturellement place la description complète de la demeure; il n'y manque pas un détail.— Le vieillard auprès de qui elle est amenée, ne lui démunir qu'une chose, c'est qu'elle remplace dans son affection la fille qu'il a perdue. Comme elle fait des difficultés, on exige simplement d'elle qu'elle se rende à son atelier; tous les jours on la ramènera dans une voiture auprès du vieux monsieur, puis elle retournera auprès de sa mère.

Ce manège aurait, en effet, duré pendant quelque temps; mais un jour est arrivé un prêtre qui l'adjure de céder au désir du vieillard; elle s'ohstine à refuser, alors des domestiques la saisissent etlaporlent dans un sous-sol. Au bout de quelques jours elle parvient à s'échapper et va retrouver sa mère. Tout cela durait depuis un mois, six semaines; mais l'absence complète de la jeune fille n'a duré que huit jours. — Naturellement la mère colporte les récits de sa fille; celle-ci de son côté les raconte dans tous les détails; enfin la chose prend de telles proportions que plainte est déposée par les habitants mêmes du quartier. Ceux-ci se portent caution de la vérité de l'histoire, et cependant il n'y avait de vrai que l'absence de huit jours de la maison paternelle. Au bout de m.\ mois, on apprit que c'était avec un musicien de régiment qu'elle avait passé cette huitaine1.

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