‹ Les hysteriquesChapitre 134 sur 265 · SIMULA FIONS ET MYSTIFICATIONS · texte numérisé non relu

SIMULA FIONS ET MYSTIFICATIONS

Voici encore, d'après M. Lasè^ue, une autre histoire d'hystérique qui a mis en émoi des généraux, des diplomates et même des têtes couronnées.

OBSERVATION XXXIV. Bystérique se disant fille naturelle d'une sœur de roi. — Tentative de chantage. — Idées extravagantes partagées par 1'- mari.

Un jour Victor-Emmanuel reçoit une lettre d'une personne qui lui annonce qu'elle est fille naturelle de sa sœur, la princesse de Carignan. Comme preuve de son assertion, elle parle d'une cassette cachée sous le lit de la femme qui lui servait de mère : celle-ci lui avait fait des demi-confidences sur sa véritable naissance, un jésuite venait souvent voir cette femme; mais un jour cassette et jésuite avaient disparu, etc. No recevant pas de réponse à sa lettre, elle continue d'écrire et donne son adresse. Victor-Emmanuel finit par envoyer un de ses aides de camp, avec mission d'aller trouver l'empereur et l'impératrice. La police est chargée de faire des recherches; mais on ne découvre rien. Cependant le mandataire, qui avait vu la jeune femme, est convaincu par ce qu'elle lui raconte et il l'emmène en Italie. Elle est installée tacitement à la cour. Puis un jour, pour je ne sais quel motif, elle quitte l'Italie et revient à Paris. Là, les inventions continuent leur train, les jésuites y jouent un grand rôle; tous ces manèges durent encore un an. Enfin, à force de recherches, on finit par trouver que cette soidisant fille naturelle de la sœur de Victor-Emmanuel est la femme d'un coiffeurde la rue de B.,à Paris. Quant au roman qui avait mis en émoi la diplomatie et les tètes couronnées, il ne contenait pas un mot de vrai.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Cette femme, après avoir réintégré le domicile conjugal, arrive à convaincre son mari de la vérité de toutes ses inventions. Il se produit alors

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un véritable délire à deux qui prend, avec Le temps, de grandes proportions. Enfin, un jour, je suis appelé en toute hâte auprès du chef de division à la prélecture de police; je trouve là cette femme dans une violente attaque d'hystérie,

qui finit par un état aphasique. La malade, ne pouvant plus parler, écrit; c'est par ce moyen que nous arrivons à connaître qui elle était et à la rendre à qui de droit.

On voit des hystériques s'imposer volontairement des souffrances physiques pour rendre plus vraisemblable telle Table qu'elles veulent faire accepter.

OBSERVATION \\\V. — Incisions superficielles multipliées sur toute la surface 'lu corps. — Simulation <Jc tentatives de viol.

Le dimanche, 5 janvier 1840, vers quatre heures de l'aprèsmidi, Marie V..., âgée de vingt-trois ans, vint tomber dans un état apparent d'évanouissement, à quelques pas de la maison de son oncle et sur le bord d'un chemin très fréquenté. Ses deux poignets étaient attachés séparément par un même lien; son propre mouchoir était noué sur sa bouche, ses yeux étaient incomplètement bandés par les rubans de son chapeau. Ses vêtements étaient souillés de boue, mais dans leur partie inférieure seulement; sa camisole était lacée.

Transportée chez son oncle, elle ne parut reprendre connaissance que quelques heures plus tard. Elle raconta aussitôt qu'à un kilomètre du village de P... où elle se rendait, quatre jeunes gens, dont elle fournit le signalement le plus minutieux, l'avaient attaquée, lui avaient fait des propositions, et, pour vaincre sa résistance, lui avaient bâillonné la bouche, mis la poitrine à nu, lié les bras et avaient tenté, mais inutilement, de la violer. De dépit, ils lui avaient fait des incisions sur la ligure, les bras, la poitrine et plusieurs autres parties du corps. Elle s'était défendue et avait fait à

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