‹ Les hysteriquesChapitre 135 sur 265 · SIMULATIONS EK MYSTIFICATIONS · texte numérisé non relu

SIMULATIONS EK MYSTIFICATIONS

l'un d'eux une légère blessure à Taule d'un crucifix qu'elle portait. Enlin les agresseurs prirent la fuite en entendant le son des cloches qui annonçaient les vêpres et un bruit peu éloigné de coups de fouet. Mais ils lui attachèrent avant son chapeau sur les yeux, lui donnèrent quelques coups de pied et de poing sur la poitrine et réparèrent un peu le désordre de ses vêtements.

L'examen médical permit, en effet, au Dr Toulmouche de constater que Marie V... portait sur tout le corps, aussi bien en arrière qu'en avant, sur la face que sur les membres inférieurs, de nombreuses incisions régulières, longues et superficielles. Il y avait absence de contusions surtout le corps, même aux poignets.

Ces faits, joints aux commémoratifs, permirent d'émettre des duules sur la sincérité des assertions de Marie Y...

En effet, elle avait eu de fréquentes attaques d'hystérie, de somnambulisme, de visions ascétiques. De plus, elle n'ignorait aucune des rumeurs publiques, sans fondement, qui établissaient que plusieurs jeunes personnes avaient été attaquées et même déchiquetées (c'était l'expression vulgaire admise) par des jeunes gens bien vêtus. Enfin, il fut impossible de découvrir aucun de ces quatre individus signalés par elle, soit dans la commune, soit même dans toute la région.

L'instruction judiciaire démontra d'une façon certaine que toute cette aventure avait été imaginée par la prétendue victime. Peu à peu elle entra dans la voie des aveux qu'elle arriva à faire complets.

Le désir de faire parler d'elle, d'émouvoir l'opinion publique ou une véritable aberration mentale, peut-être même l'action simultanée de ces deux causes l'avaient poussée à exécuter ce petit drame qu'elle racontait dans ses différents interrogatoires avec une précision etunaplomb remarquables1.

1. Toulmouche, in Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., 1" série, t. L, p. 425.

Legrand du Saille. Les hystériques. 23

CARBONISATION nTN BRA8.

Le fait précédent et d'autres semblables peuvent s'expliquer par l'état d'anesthésie où se trouvent beaucoup d'hystériques. Mais il faut véritablement invoquer pour

l'interprétation de l'observation suivante, un état de délire religieux semblable à celui des prêtres de certaines religions barbares ou des Skoptzy de Russie, qui, dans leurs transports d'aliénation pieuse, se mutilent effroyablement. On va voir une jeune extatique endurer volontairement et sans plainte une véritable torture.

OBSERVATION XXXVI. — Hystérie religieuse — Hallucination?. — Extases. — Carbonisation volontaire d'un bras.

Une jeuno fille, de Strasbourg, âgée de vingt-trois ans, du nom de Marie IL, délicate, douée d'unejolie figure, pleine de douceur, ayant les yeux brillants, était sujette à des extases pendant lesquelles elle entendait, disait-elle, au chevet de son lit, des voix mystérieuses, angéliques, qui chantaient un très vieux cantique alsacien.

Un jour, les voix lui ayant ordonné de plonger la main dans un réchaud ardent, elle se leva aussitôt, alluma le réchaud et y tint sa main pendant fort longtemps. La douleur lui arracha des cris terribles. Les voisins persuadés que mademoiselle IL venait d'être victime de quelque tentative d'assassinat, enfoncèrent la porte, et la trouvèrent convenablement vêtue, le bras étendu sur le brasier. Elle était à genoux et chantait le cantique que les voix mystérieuses lui avaient appris. On s'empressa de l'arracher à ce supplice. Le bras était presque entièrement calciné. Envoyée d'urgence de l'infirmerie du dépôt de la préfecture à Sainte-Anne, elle fut ensuite transférée dans la section de chirurgie. Le chirurgien, jugeant la situation de l'extatique extrêmement grave, lui annonça que l'amputation du bras malade était nécessaire.

SIMULATIONS et mystifications. 355

« Ce que Dieu voudra! répondit-elle en souriant. Coupez mon poignet. »

On essaya inutilement de l'endormir avec de L'éther. La jeune fille chantait le vieux cantique pendant l'opération, et son visage rayonnait d'une joie inexprimable.

« J'ai souffert, dit-elle au chirurgien, après l'amputation, mais il le fallait pour les anges, pour les voix que j'ai entendues et que j'entendrai encore. »

Elle s'est endormie peu après en répétant toujours les paroles du cantique.

OBSERVATION XXXVII. — Ecchymoses résultant d'attaques convulsives

et attribuées par une hystérique, tantôt à l'intervention du diable, quand elle s'adresse à des religieuses, — tantôt à une tentative de viol, quand elle est interrogée par ses parents.

V. P..., âgée de vingt-six ans, brune, forte, à l'œil vif, était sujette à des attaques d'hystérie assez fortes pour lesquelles je l'ai soignée pendant longtemps. Elle a été visitée quelquefois par des religieuses qui me firent part un jour de l'intérêt tout parculier qu'elles lui portaient, par la raison que cette fille était une sainte, une inspirée, une illuminée; elles me dirent que leur opinion était fondée sur ce qu'elles avaient observé chez la jeune malade. Elles me racontèrent, par exemple, que dans une de leurs dernières visites, la fille P... avait présenté tout à coup un regard fixe, une figure radieuse, et qu'elle avait interrompu brusquement la conversation. — « Qu'y a-t-il, qu'avez-vous donc? » demandèrent les sœurs. — « Je vois, répondit-elle, mon doux Jésus, qui vient à moi portant sa croix. » Puis tout à coup ses yeux se fermèrent, son visage prit l'expression d'une indicible frayeur, et elle se mit à crier : « Ma sœur, ma sœur, il tombe, il tombe; sa croix va l'écraser, allez donc le soutenir. » Les bonnes sœurs, avec ce penchant irrésistible au merveilleux qui entraîne les femmes, avaient déjà raconté cette histoire

TACHES Km BYMOTIQUES

aux âmes pieuses de la ville, et V. P... allait devenir l'héroïne du jour. Elles ajoutèrent que la malade leur avait montré, sur divers points de son corps, notamment sur les cuisses. des taches noires provenant des contusions que le diable lui avait faites en la frappant rudement avec sa queue de fer, parce qu'elle ne voulait pas céder à ses tentations.

Mais quel fut le désappointement des vénérables religieuses quand elles virent que je souriais ironiquement, en leur disant qu'elles étaient dupes. En effet, les taches noires que la jeune hystérique attribuait à des coups du diable, venaient de ce que, dans une crise de nerfs violente, dont j'avais été témoin, elle s'était heurtée contre les murs et les meubles dont elle était entourée.

Le lendemain de cette crise, elle avait donné à ceux de aïeuls qui lui demandaient l'origine de ces contusions, une explication bien différente. La jeune hystérique avait un amant que sa famille repoussait. Irrité d'un refus qu'il aurait essuyé récemment, en la demandant en mariage à ses parents, il avait, en l'absence de ces derniers, pénétré jusqu'à elle, et, la trouvant couchée, l'avait saisie violemment dans ses bras, en lui criant, avec l'accent du désespoir : « Tu ne seras jamais à d'autres qu'à moi. »

Les taches noires, d'après cette autre version, résultaient de trop vives étreintes de l'amant désolé. Mais une parente ne put garder le secret; elle en fit part au père, qui se préparait à porter plainte en justice contre le jeune homme. Mais comme j'avais vu les contusions, il vint, fort heureusement pour sa famille, me demander préalablement un certificat. Je lui fis connaître la vérité, et arrêtai ainsi des poursuites qui auraient pu avoir pour résultat, soit la condamnation d'un innocent, soit un scandale qui aurait couvert de confusion une honorable famille1.

1. Bergeret, in Ann. d'Iujy. publ. et de méd. lég., 2« série, t. XIX, p. 403, 1863.

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